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Astrid Léger  |  mise en ligne : mars 2011

Duchasseint, Félix (Jean-Baptiste-Félix Delapchier, ou Delchapier)


Né à Lezoux (Puy-de-Dôme) le 20 janvier 1814, mort à Paris le 20 février 1895. Domicilié à Lezoux. Républicain proche de l’Ecole sociétaire, engagé sur les questions de la colonisation et des salles d’asile.


Né dans une ancienne famille de la région de Lezoux, Duchasseint fait ses études au lycée de Versailles. C’est peut-être à cette époque qu’il rencontre Désiré Laverdant. Licencié de droit, il est inscrit au barreau de Thiers et devient en 1840 membre du Conseil d’arrondissement de cette ville. Ce propriétaire est alors très investi dans la vie politique et intellectuelle locale. Ainsi, il participe à la rédaction de la Revue de Riom [1], du Courrier du Centre [2]et on le compte parmi les collaborateur de La Presse Judiciaire. Egalement membre de l’Académie des Sciences et des Lettres de Clermont et de la Société Centrale d’Agriculture, il est très lié avec Laverdant et Trélat.
Si l’appartenance de Duchasseint au camp républicain est claire, les historiens locaux semblent hésiter à le classer parmi les socialistes. Dans ses articles, il se présente lui-même comme un proche de l’École et de sa théorie, admirant le génie de Fourier, connaissant « la pureté des intentions, l’amour de l’humanité de ses disciples », et étant lié d’amitié avec certains de leurs chefs. Ses conceptions de l’asile et de la colonisation contiennent un nombre conséquent de principes de la théorie sociétaire, sans pour autant qu’il adopte l’intégralité de l’interprétation phalanstérienne du monde et sans abandonner ses principes d’ordre. Bien loin d’embrasser uniquement l’aspect de la théorie qui a été désigné comme le plus pragmatique, le plus raisonnable, Duchasseint se fait l’écho de ses dimensions plus philosophiques et abstraites comme la marche de l’humanité vers l’Unité et l’Harmonie, la prise de possession du globe par l’homme obéissant à sa destinée... Parallèlement, il adopte parfois si complètement certains principes qu’il se les réapproprie et les détache de leur sens et de leurs objectifs d’origine. Ainsi, le principe de formation associée à la production économique dans les salles d’asile n’ a pas le même but chez lui et chez les phalanstériens.

En 1848, il salue avec joie la proclamation de la République et est élu délégué par l’Assemblée cantonale de Lezoux en avril. Candidat à l’élection de l’Assemblée Constituante, il reçoit le soutien de La Démocratie Pacifique et du journal Le Peuple. Dans sa profession de foi, présentée au club républicain de Riom le 1er avril 1848, il déclare : « Je ne suis ni communiste, ni saint-simonien, ni phalanstérien. Je veux le respect de la famille et de la propriété, ces deux bases essentielles de tout ordre social... la garantie de tous les droits, la liberté et l’égalité de tous les cultes... le suffrage universel, le droit d’association... ». Cette distance s’explique : Duchasseint attend que le phalanstère soit réalisé pour affirmer sa foi : « Je ne suis pas phalanstérien, parce qu’il n’est pas démontré que la formule phalanstérienne soit réalisable ». Il est finalement vaincu aux élections. En septembre 1848, il est élu pour représenter Lezoux au Conseil général. En 1851, il proteste contre le coup d’État dans une lettre publiée dans la presse et, refusant de prêter serment à l’Empire, démissionne de son poste de conseiller général.

Son engagement politique continue sous la IIIe République. Ainsi, le 8 octobre 1871, il rentre au Conseil général du Puy-de-Dôme. Puis le 20 février 1876, il est élu député de l’arrondissement de Thiers avec une profession de foi qui réclame « une République définitive, conservatrice et progressive ». Il est réélu 5 fois, jusqu’en août 1893. Il siège alors à gauche, vote contre le ministère de Broglie et fait partie des 363. Il est réélu en octobre 1877 et vote pour l’enquête sur les actes du cabinet du 16 mai, contre le ministère de Rochebouët et pour les ministères républicains qui lui succèdent. En août 1881, il se déclare favorable aux lois Ferry sur l’enseignement et aux crédits du Tonkin. Porté sur la liste opportuniste du Puy-de-Dôme le 4 octobre 1881, il est à nouveau élu : il se fait inscrire à la Gauche radicale et à l’Union des gauches, et continue de voter à gauche : pour l’expulsion des princes, pour le rétablissement du scrutin d’arrondissement, pour l’ajournement indéfini de la Constitution en 1889 (Dictionnaire des parlementaires), pour les poursuites des trois députés membres de la Ligue des Patriotes, contre le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse... En 1885, il présente un rapport à la Chambre des députés sur la proposition d’Henri de Lacretelle pour la création d’asiles d’enfants nouveaux-nés.

Portrait de Duchasseint, sans date
BMU, Clermont-Ferrand

Astrid Léger

Dernière mise à jour de cette fiche : avril 2012

Notes

[1Journal très hostile à Guizot, né en 1841 de la réunion de jeunes licenciés de la Faculté de Paris, comme Esquirou de Salneuve, Place et Grellet, associés à Louis Barse. Il meurt rapidement à l’été 1842.

[2Journal d’opposition dynastique lancé par Louis Barse et qui se livre à des attaques ouvertes contre la Préfecture. Après le retrait forcé de son rédacteur, la direction est confiée à un comité composé entre autres d’Henri Doniol, Montader, Duchasseint et d’un journaliste parisien influencé par le babouvisme. À la suite de violentes attaques, le gouvernement se débarrasse de cet organe gênant.


Ressources

Œuvres

« Quelques mots sur les salles d’asile », La Revue de Riom, 15 décembre 1841.
Article sur les Études sur les réformateurs contemporains de M. L. Reybaud, dans La Revue de Riom, avril 1842.
« De la colonisation », feuilleton de La Presse judiciaire, 29 juin 1844.
« Colonisation de Madagascar par Levardant », feuilleton de La Presse judiciaire, 23 août 1845.
« Colonie agricole pour les enfants trouvés », feuilletons de La Presse judiciaire, 8 et 10 juin 1851.
« Les salles d’asile », Le Courrier du Centre, 19 février 1843.
« Souvenirs de voyages. L’agriculture en Toscane », Variétés du Courrier du Centre, 1er juin 1843.

Sources

AD du Puy-de-Dôme, 8 BIB 1111, « Chambre des députés. Session de 1885. Rapport fait au nom de la commission chargée d’examiner la proposition de loi de M. de Lacretelle, pour la création d’asiles d’enfants nouveaux-nés, par M. Duchasseint, député. »
AD du Puy-de-Dôme, 1 J 546, Profession de foi de Félix Duchasseint.
L’Auvergne Démocratique, 12 avril 1848.
La Gazette d’auvergne et du Bourbonnais, 28 mars 1848.

Bibliographie
v

Georges Bonnefoy, Histoire de l’administration de la province d’Auvergne et du département du Puy-de-Dôme depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours : suivie d’une revue biographique illustrée des membres de l’Etat moderne (députés et sénateurs), Paris, Emile Lechevalier, 1895-1902, III, p. 603.
Henri Doniol, Notes sur le passé contemporain. V. Journalistes et politiques de jeunesse, Paris, Armand Colin, 1898, p. 64.
Robert Schnerb, « La Seconde République dans le Puy De Dôme », La Révolution de 1848 et les révolutions du XIXe siècle, CXIV, février 1926, p. 725.


Index

Lieux : Lezoux, Puy-de-Dôme

Notions : Colonisation - Député - Election - Politique - Salles d’asile

Pour citer cette notice

LéGER Astrid, « Duchasseint, Félix (Jean-Baptiste-Félix Delapchier, ou Delchapier) », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en mars 2011 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article850 (consultée le 14 décembre 2017).

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