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SCHERER René : Pari sur l’impossible (1989)

Saint-Denis : Presses universitaires de Vincennes, 1989, collection « La philosophie hors de soi », 213 p.


Chantal Guillaume  |  1990 / n° 1 |  décembre 1990



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Personnes : Benjamin, Walter - Kant, Emmanuel - Platon - Rousseau, Jean-Jacques

Pour citer ce document

GUILLAUME Chantal , « SCHERER René : Pari sur l’impossible (1989)  », Cahiers Charles Fourier , 1990 / n° 1 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article11 (consulté le 9 août 2017).

Texte intégral

Ces articles, même lorsqu’il ne sont pas directement consacrés à Fourier, sont encore fouriéristes dans leurs esprit, dans leur fond.

C’est l’utopie comme « Pari sur l’impossible », comme l’impossible réalisable que traque Schérer. Que Fourier n’ait pas été révolutionnaire, cela s’explique par le radicalisme de son projet qui se déjoue de tout faux renversement, tout semblant de remise en question.

Schérer trace le chemin de l’utopie amoureuse à l’esthétique passionnelle de Fourier qui mène à l’expression orgiastique et unitéiste des passions.

Dans un parallèle passionnant avec Kant, il définit deux pôles autour desquels gravite encore la philosophie sexuelle contemporaine : le pôle personnaliste (Kantien) qui pose des relations symétriques responsables fondé sur le « Droit réel personnel », et un pôle orgiastique qui fait prévaloir sur les droits de la personne ceux d’une sexualité dyonisiaque (Platon). La « mania » érotique de l’Antiquité est un désir inspiré des Dieux, et à ce titre ne peut être aucunement limité. Fourier est résolument du côté de l’orgiastique. Il y aurait, dit Schérer, antinomie à vouloir parler d’une sexualité raisonnable. Le débordement dyonisiaque est aussi du côté de Sade qui, malgré le culte de l’ego, « l’égoïsme passionnel » de sa philosophie, développe un « aspect fouriéristement philanthropique ». Contre toute apparence, la sexualité sadienne centrée sur le moi intègre une dimension attractive. Pour Fourier, le moi autarcique est en « contre-marche », un centre entravé et réprimé.

Dans une seconde étude, Schérer interroge le sublime dans ce qui serait, non théorisée, non catégorisée par Fourier, une esthétique personnelle. Pourtant Fourier fait du beau et de la sensation (aisthesis) un pôle essentiel de l’arbre passionnel. L’harmonie sociétaire se trouve conçue comme une « sublimité de passion ». L’esthétique fouriériste, comme quête et appréciation du beau, n’existe que dans le lien social, la communication et le partage des passions. Et paradoxalement elle retrouverait la jouissance esthétique Kantienne, qui requiert d’être universellement partageable.

Schérer clôt cet ouvrage par une série de réflexions sur l’enfant (W. Benjamin), sur l’anti-pédagogie de Fourier. Le post-ambule nous ramène à notre modernité, notre « post-modernité » qui n’a plus, pour Schérer, de projet utopique. Fourier aimait citer un mot de Rousseau : « La civilisation est atteinte d’une maladie de langueur » ; Schérer ajoute à celui-ci : « Sérieux jusque dans notre quotidien, calculateurs exercés du simplement possible, nous avons perdu jusqu’à l’idée d’une invention sociale. »


Chantal Guillaume

Chantal Guillaume

Professeur de philosophie. Elle a publié plusieurs articles dans les Cahiers Charles Fourier et dans Luvah. Elle vit et écrit des textes de fiction à la campagne (au bord de la Loue).


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