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DE MULDER Caroline : Leconte de Lisle, entre utopie et république (2005)
Amsterdam, New York, Rodopi, 2005, 466 p.

Bernard Desmars  |  2007 / n° 18 |  décembre 2007



Index

Notions : Littérature - Poésie

Personnes : De Mulder, Caroline - Leconte de Lisle

Pour citer ce document

DESMARS Bernard , « DE MULDER Caroline : Leconte de Lisle, entre utopie et république (2005). Amsterdam, New York, Rodopi, 2005, 466 p.  », Cahiers Charles Fourier , 2007 / n° 18 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article532 (consulté le 12 octobre 2017).

Texte intégral

Dans les années 1840, des artistes et des poètes fréquentent les milieux fouriéristes et quelques-uns participent aux activités de l’École sociétaire (cf. par exemple les travaux de Jean Fornasiero sur Gérard de Nerval et notamment son article publié dans le n° 7 des Cahiers Charles Fourier, en 1996). Caroline de Mulder s’est intéressée à l’un d’entre eux, Leconte de Lisle, qui, entre 1846 et 1847, a joué un rôle actif au sein de la rédaction de La Démocratie pacifique. L’ouvrage n’est pas une biographie, ni une étude de l’ensemble de l’œuvre du poète ; l’auteur veut montrer l’intensité des « liens entre les positions politiques et littéraires de Leconte de Lisle » (p. 13) et examiner comment cela s’est traduit dans son œuvre poétique. Elle souligne en particulier l’importance de l’engagement fouriériste de Leconte de Lisle, qui, dit-elle, a souvent été minoré et considéré par les critiques et les historiens de la littérature comme une « erreur de jeunesse » qui n’aurait guère laissé de traces dans sa production poétique. Or, écrit-elle, « Charles Fourier a si bien charmé Leconte de Lisle qu’une veine fouriériste apparaîtra de façon intermittente dans son œuvre future. En outre, le poème utopique est une des premières formes que prend l’imaginaire social d’un Leconte de Lisle qui en est encore à ses balbutiements poétiques » (p. 19-20).

C. de Mulder étudie tout d’abord son entrée au sein de la rédaction de La Démocratie pacifique, par l’intermédiaire de Désiré Laverdant, puis sa collaboration au quotidien fouriériste ainsi qu’à la revue La Phalange ; entre juillet 1845 et novembre 1847, il y publie dix nouvelles et articles signés, et vingt-et-un poèmes, sur lesquels onze seront repris en 1852 dans Les Poèmes antiques. Un certain nombre de ces textes reprennent des thèmes fouriéristes ou sont visiblement influencés par la lecture des ouvrages de Fourier et de Considerant. Quant à la correspondance de Leconte de Lisle, elle « ne laisse aucun doute sur la sincérité de son attachement à la cause fouriériste ». L’éloignement, puis la rupture, interviennent au cours de l’année 1847 ; le poète exprime dans sa correspondance ses scrupules, puis son rejet « des monstruosités » (cité p. 29) qu’il lit dans l’œuvre de Fourier et qui heurtent son sens moral. Il est également en désaccord avec les idées fouriéristes sur les fonctions sociales de l’art et des artistes et annonce son départ de la rédaction lors d’une réunion de l’École sociétaire. L’auteur étudie dans plusieurs chapitres ce que l’œuvre des années suivantes doit à ce « moment fouriériste » ; le chapitre sur « Les sciences de combat » montre en particulier l’influence de la cosmologie et de la zoologie fouriéristes sur l’imaginaire et l’écriture du poète. Pour cela, C. de Mulder confronte de façon très minutieuse les poèmes de Leconte de Lisle aux textes de Fourier et de Victor Considerant, entre lesquelles elle relève de nombreuses affinités et correspondances. On peut simplement regretter l’absence dans la bibliographie de certains travaux récents sur Fourier et l’École sociétaire, et en particulier ceux de J. Beecher,
ainsi que la présentation parfois un peu rapide et approximative de termes ou de notions appartenant à la théorie fouriériste (par exemple le garantisme, p. 24).


Bernard Desmars

Bernard Desmars

Bernard Desmars est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Lorraine. Après avoir étudié la délinquance des premières décennies du XIXe siècle, il s’intéresse depuis quelques années déjà aux militants fouriéristes, et surtout à ce qu’ils deviennent après la Seconde République, aux voies qu’ils empruntent pour réaliser leurs ambitions et concrétiser leurs idéaux. Il participe depuis une quinzaine d’années aux activités de l’Association d’études fouriéristes. Il a récemment publié Militants de l’utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle (Dijon, Presses du Réel, 2010)


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