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Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : juin 2014

Desmard (Démard, Demard, parfois Desmares), Louis Robert


Né le 28 mars 1811 [1] et décédé le 2 octobre 1872 à Lyon (Rhône). Fabricant d’étoffes puis marchand de métiers. Fondateur et président de l’Association fraternelle des Travailleurs unis. Franc-maçon.


Au banquet d’octobre 1847 organisé par le Groupe phalanstérien des travailleurs de Lyon, Démard [sic] porte un toast « à la fusion de tous les peuples et de toutes les classes de la société ! » [2]. Il s’agit probablement de Louis Desmard, marchand de métiers ou d’ustensiles de fabrique. Il est le fils de Jean-François Desmard, fabricant résidant 90 montée du Garillan et d’Hélène-Louise Vende (ou Vande). Le 17 janvier 1833, alors fabricant d’étoffes montée du Gourguillon, il épouse Marie-Louise Meyer, fille d’un fabricant d’étoffes.

En 1848, il est président ou vice-président selon les sources du Club Jandard et du club du Jardin de la Montagne à La Croix-Rousse, il devient sergent-major de la garde nationale. Desmard est l’un des vingt-quatre sociétaires en nom collectif qui fondent l’Association fraternelle des Travailleurs unis de La Croix-Rousse, le 30 janvier 1849. Il en est le président. Un capital de 100 000 francs par action de 1 franc est établi. L’association crée un premier magasin central avec boulangerie situé 32 et 34 rue du Mail et un second rue du Chapeau rouge. L’idée est de « mettre en harmonie la production et la consommation au moyen d’un système d’échange des produits » [3]. En deux années de fonctionnement, voient le jour un magasin de gros, sept épiceries de détail, des boulangeries, deux magasins de charbon, un entrepôt de vin, une pâtisserie avec fabrique de chocolat. Les bénéfices doivent être affectés à des œuvres « d’éducation et de solidarité » [4]. Deux écoles primaires sont ouvertes et une « caisse des invalides du travail » est constituée. L’association doit verser des pensions mensuelles de 25 francs à huit coopérateurs âgés ou invalides. Le coup d’État de 1851 met fin à l’expérience officielle. Emprisonné à la maison d’arrêt de Perrache après le coup d’État, Desmard y séjourne encore le 13 mars 1852 alors qu’est liquidée l’Association des Travailleurs unis. Il est condamné par la Commission mixte du département du Rhône à la transportation et incarcération à Oran (Algérie plus). Le 12 juin 1852 sa peine est commuée par grâce présidentielle en transportation en Algérie avec choix de résidence (Algérie moins), puis en surveillance le 12 août 1854. D’après la Préfecture du Rhône, dès 1852, « les épiceries socialistes travaillent sourdement à se reconstituer » [5]. En 1863, il appartient au « Comité central » qui assure les liens entre l’opposition républicaine et les coopérateurs.

Desmard est un franc-maçon actif de la loge de rite écossais ancien et accepté, Les Amis des Hommes, à l’Orient de Caluire (Rhône), loge affiliée au Suprême Conseil de France et établie officiellement le 9 mars 1848. Elle existe probablement en relative autonomie et non-officiellement antérieurement. Cette loge est également celle de Joseph Reynier [6]. Le 30 avril 1849, ses locaux sont investis par l’armée qui opère une saisie jusque chez le trésorier. Vénérable et principaux officiers sont arrêtés le lendemain. En 1850, 18 membres sont cités devant le conseil de guerre de la 6e division militaire pour conspiration (complot d’Oran), 15 sont condamnés pour appartenance à une société secrète. Desmard est « reconnu coupable à l’unanimité [et condamné à] un an de prison, 50 F d’amende [et] 2 ans de privation [de ses droits] » [7]. Le jugement est cassé en conseil de révision et un second jugement acquitte les prévenus faute de preuves ; leur implication est fantasmée par les autorités. Néanmoins, en 1851, la loge est sous le coup d’une nouvelle enquête militaire pour constitution de société secrète. L’affaire est classée, la dénonciation est calomnieuse. Desmard est vénérable de son atelier en 1861 [8].

Il réside 21 rue d’Austerlitz lors de son décès. Ses obsèques civiles ont lieu le 4 octobre 1872. Il est inhumé au cimetière de la Croix-Rousse.


Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : juin 2014

Notes

[1Et non 21 septembre 1811 comme l’indique la notice du Maitron.

[2« Anniversaire de la mort de Charles Fourier », La Tribune lyonnaise, octobre 1847, p. 74.

[3« Démard, Louis, Robert », Le Maitron, Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social (en ligne sur Le Maitron.

[4Denis Bayon, « Michel Derrion, pionnier coopératif », Economie et humanisme, n° 354, octobre 2000, p. 37.

[5Ibidem.

[6Anthea Chenini, Les Amis des Hommes, une loge lyonnaise subversive ? Histoire de la fabrique d’un fantasme du régime bonapartiste et de sa déconstruction (1848-1865), Mémoire de séminaire à l’Institut d’Études Politiques de Lyon, 2011-2012, p. 34.

[7Ibidem, p. 72.

[8Ibidem, p. 58.


Ressources

Sources

Archives municipales de Lyon, 2E142 registre de l’état civil de la ville de Lyon, acte de naissance n° 1076 du 28 mars 1811 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 74).
Archives municipales de Lyon, 2E306 registre de l’état civil de la ville de Lyon, acte de mariage n° 72 du 17 janvier 1833 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 37).
Archives municipales de Lyon, 2E1062 registre de l’état civil de la ville de Lyon, acte de décès n° 821 du 3 octobre 1872 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 116).
« Anniversaire de la mort de Charles Fourier », La Tribune lyonnaise, octobre 1847, pp. 73-74 (en ligne sur le site de la Bibliothèque numérique de Lyon, Numelyo).
« Enterrement civil », La France républicaine, 4 octobre 1872, p. 3 (en ligne sur le site de la Bibliothèque numérique de Lyon, Numelyo).

Bibliographie

« Démard, Louis, Robert », Le Maitron, Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social (en ligne sur Le Maitron.
Denis Bayon, « Michel Derrion, pionnier coopératif », Economie et humanisme, n° 354, octobre 2000, pp. 32-37.
Anthea Chenini, Les Amis des Hommes, une loge lyonnaise subversive ? Histoire de la fabrique d’un fantasme du régime bonapartiste et de sa déconstruction (1848-1865), Mémoire de séminaire à l’Institut d’Études Politiques de Lyon, 2011-2012 (en ligne sur WebDoc de Sciences Po Lyon.
André Combes, La Franc-maçonnerie à Lyon, Brignais, ed. des Traboules, 2006.
Jean Gaumont, « Les Coopérateurs et le coup d’Etat de 1851 », Revue des études coopératives, n° 46, janvier-mars 1933, pp. 176-197 (en ligne sur Gallica).
Jean Gaumont, « Les fouriéristes et le mouvement précoopératif. Les associations pour la "vie à bon marché" », Revue d’économie politique, 40e année, 1926, pp. 1014-1059 (en ligne sur Gallica).
E. Réveil, « De quelques associations fraternelles et politiques à Lyon (1848-1850) », Revue d’histoire de Lyon, Études, documents, bibliographie, tome 4, 1905, Lyon, A ; Rey, 1905, pp. 161- (en ligne sur Gallica).
Iouda Tchernoff, Associations et sociétés secrètes sous la Deuxième République, 1848-1851, d’après des documents inédits, Paris, Félix Alcan, 1905 (en ligne sur Internet archive).
Iouda Tchernoff, Le Parti républicain au Coup d’état et sous le Second Empire d’après des documents et des souvenirs inédits, Paris, A. Pedone, 1906 (en ligne sur Gallica).

Sitographie

« Desmard Louis Robert - Numéro d’ordre : 8876 - Numéro dossier : 160 », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851 (en ligne sur [http://tristan.u-bourgogne.fr/inculpes/WEB/1851_accueil.html]).


Index

Lieux : Lyon, Rhône

Notions : Banquets - Coopération - Franc-maçonnerie

Pour citer cette notice

SOSNOWSKI Jean-Claude, « Desmard (Démard, Demard, parfois Desmares), Louis Robert », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en juin 2014 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1346 (consultée le 11 novembre 2017).

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