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Au Texas
Aperçus biographiques sur quelques membres de Reunion

Michel Cordillot  |  1993 / n° 4 |  octobre 2016



Index

Lieux : Belgique - Dallas, Texas - Etats-Unis - Réunion, Texas - Suisse - Texas, Etats-Unis

Notions : Biographie - Colonisation - Emigration - Essai sociétaire - Expérimentations

Personnes : Boll, Henrich - Boulay, Jean-Louis - Bourgeois, Lucien - Bureau, Allyre - Bürkli, Karl - Cantagrel, François - Capy, Charles - Considerant, Victor - Cousin, Vincent - Crétien Athanase - Daly, César - Frichot, Christophe Désiré - Frichot, Pierre Philippe - Frick, Heinrich - Goetsels, Jean - Guillemet, Auguste - Henri (ou Henry), Paul R. - Long, Benjamin - Louck (ou Louckx), John B. - Louis, Louis "Lewis" - Loupot, François (dit "le grand Loupot") - Loupot, Jean (dit "le petit Loupot" - Nussbaumer, Jacques - Nussbaumer, Robert - Priot, Jean - Rémond, Emile - Réverchon, Jacques Maximilien - Reverchon, Julien - Santerre, François - Savardan, Auguste - Vigoureux, Clarisse - Willemet, F. L.

Pour citer ce document

CORDILLOT Michel , « Au Texas. Aperçus biographiques sur quelques membres de Reunion  », Cahiers Charles Fourier , 1993 / n° 4 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article84 (consulté le 15 octobre 2017).

Texte intégral

On sait généralement que plusieurs dirigeants fouriéristes français de premier plan participèrent à l’expérience de Réunion, comme Victor Considerant, Allyre Bureau, ou encore François Cantagrel. Mais que sait-on de la masse des militants phalanstériens qui abandonnèrent sans hésiter leur situation en Europe pour s’en aller bâtir une société nouvelle ?

Jusqu’à ce jour, les historiens français se sont peu intéressé à ces obscurs qui ont souhaité aller poursuivre leur combat au-delà de l’Océan [1]. De l’autre côté de l’Atlantique en revanche, des descendants de phalanstériens comme Eloïse et George Santerre, ainsi que des chercheurs comme William et Barbara Hammond et surtout James Pratt, ont mené des investigations approfondies et rassemblé des éléments d’information qui nous permettent de mieux connaître le parcours américain de la plupart des colons de Réunion. Pour beaucoup d’entre eux, la difficulté majeure reste toutefois de reconstituer dans leur intégralité des trajectoires personnelles et militantes souvent à cheval sur deux continents.

Les éléments biographiques que l’on trouvera ici ont été rassemblés dans le cadre d’une recherche portant sur les socialistes franco-américains. Ces notices, qui ne sont pas sans doute exemptes d’erreurs ou d’imprécisions, seront reprises et approfondies dans le Dictionnaire biographique des émigrés politiques et des militants ouvriers et socialistes français aux États-Unis (1848-1916) à paraître d’ici quelques mois. Rédigées par Michel Cordillot, elles sont le fruit d’un travail collectif auquel Jonathan Beecher, Guy Clermont, Jean-Claude Dubos, James Pratt, Bruno Verlet et plusieurs autres chercheurs ont apporté leur contribution.

Pour des raisons de place, seules les notices concernant les membres de la colonie ayant exercé des responsabilités en son sein et/ou joué un rôle appréciable aux États-Unis après sa dissolution sont données ici, sous une forme abrégée et sans indication de sources ; les autres colons sont répertoriés dans une liste figurant en annexe. Pour ce qui concerne les quelques dirigeants fouriéristes dont la vie est déjà bien connue, on s’est principalement attaché à retracer leurs activités en Amérique ; le lecteur qui souhaiterait trouver des compléments d’information sur leur carrière en France pourra se reporter au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français publié sous la direction de Jean Maitron et Claude Pennetier.

Tout renseignement complémentaire et toute critique constructive seront accueillis avec gratitude [2].

*

BOLL Henrich (Jr)

Né à Gwinden, près de Bergdietikon (Suisse), le 14 novembre 1830, il partit à Zürich à l’âge de 19 ans, pour entrer en apprentissage dans une conserverie. En 1854, il perdit sa femme et ses deux enfants.

Le 12 février 1855, il embarqua à Brême avec le groupe placé sous la direction de Karl Bürkli pour rejoindre la colonie de Réunion, où il arriva le 4 juillet de la même année. Sans doute fit-il parvenir à sa famille des lettres débordant d’enthousiasme, car il fut bientôt rejoint par ses parents, ses deux sœurs, son oncle Jacques Peire, puis, beaucoup plus tard, par son propre frère Jacob, pharmacien qui avait connu des revers en Europe. À Réunion, il fit la connaissance d’Elizabeth Knœpfli, qu’il épousa le 21 juillet 1856, et avec laquelle il eut 10 enfants.

Au sein de la colonie, il fut chargé de s’occuper de la mise en conserve des viandes.

En 1862, il s’engagea dans l’armée conféderée et servit dans l’intendance. De retour à Dallas, il reprit le commerce de la viande (en association avec les frères Henri, H. Frick et Knœpfli). Très actif dans l’immobilier, il s’intéressa aussi aux affaires publiques. En 1868 il refusa la place d’adjoint au Maire qui lui était proposée par les autorités militaires qui administraient le Texas, mais il fut élu City and County Treasurer lors des premières élections libres de 1872. Il était franc-maçon, et appartenait à plusieurs loges. Il mourut à Dallas le 5 novembre 1904.

BOULAY Jean-Louis

Né à Château-Renault (Indre-et-Loire) en 1806, il rejoignit avec sa famille, la colonie de Réunion. Il y arriva le 10 juin 1855 avec le groupe du Dr Savardan et fut considéré comme une recrue de choix, car il était habitué à la vie des pays neufs », ayant passé deux années au Brésil au phalanstère du Saί avec le Dr Mure. À Réunion, il travailla comme boulanger et comme cultivateur.

Sa femme mourut sans doute à la fin des années 1850 car le recensement de 1860 indique qu’il vivait alors en la seule compagnie de son fils âgé de 14 ans. Lui-même serait mort peu après que son fils ait dû s’enfuir de Dallas (sans doute à destination du Brésil) pour avoir tué en 1868 ou 1869 son meilleur ami au cours d’une querelle à propos d’une jeune femme.

BOURGEOIS Lucien

Né à Paris, tailleur de son état, il quitta la France pour aller s’installer aux États-Unis à une date inconnue. Parlant plusieurs langues, il travailla comme interprète pour le compte du gouvernement français.

Il était déjà à Dallas quand Considerant y passa pour la première fois. Il était peut-être, comme Gouhenant, un ancien cabétiste. En 1855, il paraît avoir aidé Cantagrel à acheter les terres destinées à la colonie, puis à préparer l’arrivée des premiers colons.

Bien que n’étant pas fouriéristes, il figura au nombre des actionnaires-fondateurs de la Société de Réunion. Sa femme Louisa et lui rejoignirent même pendant quelques temps la colonie en 1856. Grâce à sa connaissance de la langue anglaise, Lucien Bourgeois servit d’interprète aux colons.

En 1860, il vivait encore à Dallas avec son épouse. Il y mourut à une date inconnue, et fut enterré dans le vieux cimetière, aux côtés de son épouse décédée en 1885.

BUREAU Allyre

Né le 16 avril 1810 à Cherbourg (Manche) ; mort à Kellum Springs (Texas), le 31 octobre 1859. Journaliste, publiciste et musicien.

Entré en 1829 à l’École polytechnique, il fut affecté dans l’artillerie, et donna sa démission pour s’occuper de travaux littéraires. Socialiste fouriériste, il collabora activement au Phalanstère, à La Phalange, puis à La Démocratie pacifique. En 1849, il se présenta sans succès aux élections législatives dans le Cher.

Lors de la fondation à Bruxelles, le 14 septembre 1854, de la Société européo-américaine de colonisation au Texas (sous la forme d’une société de commandite par actions), Allyre Bureau en fut nommé premier gérant (il était secondé par Guillon et Godin-Lemaire).

Lorsque la situation commença à se dégrader dangereusement à Réunion, la gérance décida de dépêcher sur place Allyre Bureau, qui parlait anglais. Il embarqua avec sa famille le 25 septembre 1856 et arriva à La Nouvelle-Orléans le 4 décembre. Il y séjourna une semaine. Le 19 du même mois, il rallia Austin en diligence. Tandis que sa famille s’installait dans cette ville, Bureau se rendit à San Antonio pour y rencontrer Considerant, qui songeait alors à liquider Réunion pour en tenter une nouvelle expérience dans les cañons d’Uvalde.

Puis Allyre Bureau se mit en route pour gagner Réunion, où il arriva le 17 janvier 1857. Il fut consterné par la situation qu’il y découvrit, et le 28 janvier 1857, il fit apposer une affiche annonçant que la colonie était dissoute et que les affaires seraient reprises en main par la Société générale. Puis il tomba en état de prostration. Avertie, Mme Bureau décida de rejoindre à Réunion, où elle arriva le 4 mars 1857 ; elle repartit pour Austin en compagnie de son mari deux jours plus tard.

Le 25 mai, ayant récupéré, Allyre Bureau alla passer trois semaines avec V. Considerant à San Antonio ; à cette occasion il visita les cañons d’Uvalde, En novembre, il entreprit un voyage Austin-Houston.

Dans les premiers jours de janvier 1858, Bureau revint s’installer à Réunion, où il avait fait l’acquisition de trois terrains. Il apportait avec lui tous ses meubles venus de Paris, y compris un piano. Il reprit alors avec V. Cousin l’administration de Réunion, où toute sa famille s’installa courant avril.

Aidé par ses fils, il cultiva la terre, s’efforçant par ailleurs d’animer la vie artistique et culturelle de la colonie. Chargé de l’administration et de la gestion du magasin (dernier vestige du centre collectif), il se rendait deux ou trois fois par an à Houston pour y faire des achats. C’est dans cette ville qu’il contracta le choléra en octobre 1859. Il mourut en quelques jours, loin des siens, sur la route du retour.

Désormais sans ressources, sa famille décida de retourner s’installer en France.

BURKLI Karl (ou BURKLI Charles)

Né à Zurich le 31 juillet 1823 dans une famille d’origine patricienne, entré à l’Ecole militaire, il en claqua la porte à l’âge de 17 ans pour se faire tanneur-corroyeur. Au sortir de son apprentissage, il entreprit un tour d’Europe, qui le conduisit successivement à Lausanne, Lyon, Marseille et Paris. À Lausanne il participa aux discussions de l’Arbeiterverein au sujet de l’ouvrage de Wilhelm Weitling, Garantien der Harmonie und Freiheit. Une fois à Paris, désireux d’approfondir les connaissances théoriques nécessaires à l’exercice de son métier, Bürkli commença à suivre les cours du soir du chimiste Dumas à la Sorbonne. Parmi ses condisciples, se trouvait un Guadeloupéen qui lui prêta un jour la brochure de Briancourt, L’Organisation du travail et l’association. Cela se passait en 1846. Peu après, il eut l’occasion de lire le livre d’Hippolyte Renaud, Solidarité, vue synthétique de la doctrine de Fourier. Ce fut pour lui une révélation. Enthousiasmé, il se mit à fréquenter les cercles fouriéristes, où il fit la connaissance de Considerant, qui le fascina instantanément.

Vers le milieu de l’année 1847, Bürkli décida que le moment était venu de rentrer au pays. Il visita encore au passage l’Angleterre, la Belgique et la Hollande, arrivant finalement en Suisse à la veille de la Révolution de Février. Pour gagner sa vie, il ouvrit à Zurich un atelier de tanneur, mais réalisa bien vite que pour mettre sur pied une entreprise rationnelle et moderne, il était nécessaire de pouvoir disposer de capitaux importants, ce qui n’était pas son cas.

Il tenta de populariser au sein du Grütliverein les idées rapportées de Paris. En 1851, il parvint à fonder une association de consommation (Konsumverein), qui fut rapidement la plus importante d’Europe du point du vue du nombre des adhérents. Il effectua à peu près à la même époque sa première entrée en politique, réussissant à conquérir un siège au Grand conseil de Zurich.

Toutefois, lorsque Considerant entreprit de fonder sa colonie fouriériste en Amérique, Bürkli n’hésita pas un instant à répondre à son appel, et fut associé à l’élaboration de la Convention provisoire destinée à servir de charte à la future colonie sociétaire de Réunion. En Suisse, il se mit en devoir de collecter des fonds (plus de 150 000 f au total), traduisit à des fins de propagande, avec Gaspard Baer, la brochure Au Texas (Auswanderung nach Hoch-Texas, Zürich, Orell-Füssli, 1855), et prit finalement la tête du groupe de 31 phalanstériens helvétiques qui s’embarqua à Brême le 12 avril 1855 pour rejoindre Réunion. Il y arriva le 5 juillet, en compagnie de 26 compatriotes, car une fois en Amérique, il avait estimé que 5 des membres du groupe n’étaient peut-être pas « aptes aux rudes travaux des commencements ».

Dès la publication des statuts de la Société de Réunion, il fut choisi par Considerant pour faire partie du conseil de direction. Mais six mois plus tard, ce dernier ayant refusé son accord pour la mise en route d’une tannerie, Bürkli, découragé, quitta la colonie et partit en Amérique centrale.

De retour en Suisse en 1861, malgré l’échec de ces expériences, il était resté un « phalanstérien endurci, excellent homme [...] revenu avec une foi intacte. »

Militant de l’A.I.T. de la première heure, il fut l’un des fondateurs de la section de Zurich, ville où tout le monde le surnommait « le chef de tribu » ou « le Texan ». Il prit part au congrès de Genève de l’A.I.T. (1866), où il était délégué par les sections de Zurich et de Wetzikon. Il participa aux travaux de la commission chargée de rédiger le règlement de l’Internationale. L’année suivante, il participa au congrès de Lausanne, et fut l’un des 4 secrétaires du congrès. Au congrès de Bâle (1869), soutenu par divers délégués allemands (Rittinghausen, Liebknecht), il souleva la question de la législation directe, laquelle ne figurait pas à l’ordre du jour. Bakounine s’éleva contre cette proposition, qui fut alors rejetée.

La scission et la disparition de la Première Internationale ne le fit pas varier dans ses convictions. En 1880, il accepta d’être à Zurich le correspondant de la Revue socialiste de Benoît Malon. Toujours très actif au sein du parti socialiste suisse, il participa au congrès de Zurich de la Deuxième Internationale (1893), faisant une fois encore l’apologie de Fourier dans son intervention.

Il s’éteignit à Mentmenstetten le 20 octobre 1901, à la suite d’une infection pulmonaire.

CANTAGREL François, Jean, Félix

Né à Amboise (Indre-et-Loire), lc 27 juin 1810. Mort à Paris le 27 février 1887. Fouriériste ct homme politique républicain.

Architecte de formation, attaché à la voierie de Paris, il prit, le 13 juin 1849, une part active à l’insurrection de la Montagne et fut obligé de s’enfuir en Belgique, puis en Angleterre. Depuis son exil, il continua à coordonner la propagande de l’école sociétaire et il rédigea avec Considerant les Statuts de la future colonie de Réunion.

Le 3 octobre 1854, il prit la tête du premier groupe de colons fouriéristes qui s’embarqua à Ostende en partance pour le Nouveau Monde. Sa femme accoucha d’une petite fille pendant la traversée. En arrivant à New York le 27 octobre, il apprit que le mouvement de colonisation se développait rapidement au Texas. Il se rendit d’abord à Washington, essayant d’obtenir une entrevue avec le Président Pierce. Puis il partit à cheval en compagnie de John Allen, ralliant au passage à Cincinnati quelques volontaires qui allaient former le premier noyau de colonisation. Arrivé le 29 décembre 1854 à Dallas, Cantagrel s’employa à acheter des terrains pour le compte de la Société européenne de colonisation. Il fit les premiers achats de terre en février 1855 ; en mars il acquit la « ferme de Houston ›› destinée à devenir une pépinière. Début mars, il s’installa avec le Dr Roger et 11 autres fouriéristes à Réunion, s’activant à préparer l’accueil des groupes dont l’arrivée était annoncée. Cantagrel fut rejoint le 30 mai 1855 par son épouse, arrivée avec Considérant.

Il fut alors choisi comme directeur de la Société de Réunion constituée le 7 août 1855 pour gérer le domaine de Dallas, participant en cette qualité à son conseil d’administration et rendant des comptes à la gérance. En l’absence de Considerant, c’est lui qui assumait l’essentiel de la responsabilité de la colonie. Ne s’entendant plus avec ce dernier, en butte selon Savardan à la haine de Roger et Cousin, Cantagrel démissionna de son poste de directeur le 6 juillet 1856. Il repartit pour l’Europe le 3 août et se trouvait à Bruxelles en décembre. Il s’installa à Neuchâtel, où il prit la direction du journal républicain L’Impartial, jusqu’à ce que l’amnistie de 1859 lui ouvre les portes du retour en France. Il n’avait toutefois pas rompu tout lien avec le mouvement fouriériste puisqu’il fut nommé agent européen de la nouvelle société créée en 1861. Il joua également un rôle au sein du mouvement coopératif, figurant par exemple parmi les membres du conseil de surveillance provisoire de la société l’Imprimerie nouvelle en 1866.

En 1875, lors de la liquidation des terres qui appartenaient encore à la Société européenne de colonisation, Cantagrel s’en porta acquéreur. Il était à cette date un des conseillers municipaux de Paris les plus influents (13e arr).

CAPY Charles

Né à Meaux en 1829, Charles Capy fit de solides études à Paris, ville où il résida jusqu’à l’âge de 25 ans. Son père était entrepreneur en bâtiment, et Charles apprit le métier de peintre-menuisier.

Il quitta Paris au début de l’année 1856 avec le groupe de Savardan, pour partir au Texas prendre part à l’expérience de Réunion.

Il travailla pour la colonie comme charpentier et comme entrepreneur en bâtiment. Lors du séjour du comptable A. Simonin à la colonie, Capy s’opposa à ce dernier, insistant pour que les colons touchent une part d’avance plus importante. Le 3 février 1857, il fut désigné pour être membre de la commission consultative chargée de soutenir Bureau dans son travail. Il contribua également à animer la vie culturelle de la colonie en créant et en dirigeant une compagnie musicale et une chorale. Il quitta La Réunion pour Dallas, où la demande de main-d’œuvre était grande, au bout d’une année environ.

En 1861, il épousa Nativa Charpentier, fille d’un autre colon fouriériste. Ils eurent 7 enfants. À Dallas, Charles Capy continua de travailler dans le bâtiment.

Membre fondateur, en 1872, de la section 46 de l’AIT, Charles Capy en fut élu secrétaire-correspondant. À ce titre, il entretint une correspondance régulière avec les Internationaux francophones de New York. Contrairement à d’autres anciens colons fouriéristes, son nom n’apparaissait toutefois plus en 1875 dans la liste des abonnés du Bulletin de l’Union républicaine.

Féru de politique, il fut élu conseiller municipal du First Ward de Dallas. En 1879, il retourna visiter la France avec son épouse. Ce fut pour y découvrir que son pays natal avait été en grande partie détruit durant la guerre de 1870.

Preuve de son attachement aux idées fouriéristes, il était encore abonné à La Rénovation durant la première décennie du XX” siècle. Dans une lettre publiée le 31 août 1904, il écrivait : « Il ne reste plus guère de Français ici de la Réunion de 1855, et tous sont bien âgés. » Une autre de ses lettres, en date du 14 juillet 1908, fut également publiée dans La Rénovation.

Il mourut à Dallas le 2juin 1920.

CONSIDERANT Victor, Prosper

Né le 12 octobre 1808 à Salins (Jura). Mort à Paris le 27 décembre 1893. Polytechnicien, officier, journaliste, homme politique et théoricien disciple de Charles Fourier franc-maçon et membre de l’AIT.

Élève de son père au collège de Salins, il eut pour condisciple son futur beau-frère Paul Vigoureux. C’est chez la mère de ce dernier, Clarisse Vigoureux, que, tout en préparant au collège de Besançon le concours d’entrée à Polytechnique, il fut initié au fouriérisme. Mais ce n’est que deux ans après sa sortie de l’école, en 1830, qu’il rendit publique son ralliement aux idées de Fourier par un article publié dans le Mercure de France.

En 1832, il fonda avec Jules Lechevalier Le Phalanstère ou la Réforme industrielle, suivi en 1836 par La Phalange, puis par La Démocratie pacifique. Après avoir sans succès posé sa candidature à la députation en 1839 à Montbéliard et à Colmar, il fut élu conseiller général de la Seine en 1843, puis en 1848 député de Montargis. Membre de la Commission du Luxembourg aux côtés de Louis Blanc au lendemain de la Révolution de février 1848, il prit une part active à ses travaux, proposant notamment l’adoption du Droit au Travail et la création d’un Ministère du Progrès.

Élu député de Paris en 1849, il déposa – sans succès – le 14 avril une proposition de loi demandant l’organisation d’une expérience de commune sociétaire. Peu après, il prit la tête avec Ledru-Rollin du mouvement de protestation après l’intervention des troupes françaises contre la République romaine. Décrété d’arrestation après l’insurrection manquée du 13 juin 1849, il dut s’enfuir en Belgique, où il s’installa. C’est là que, cédant aux instances pressantes d’Albert Brisbane, il se décida à partir aux États-Unis pour y effectuer un voyage exploratoire. Il débarqua à New York le 14 décembre 1852. Apres un voyage au cours duquel il séjourna durant six semaines dans la North American Phalanx, rencontra divers fouriéristes américains, et explora le Texas, il se convertit à l’idée de fonder une colonie fouriériste en Amérique. De retour en Europe le 29 août 1853, il commença à réfléchir aux moyens de réaliser ses projets. Le 6 février 1854, il renvoya à Paris les épreuves corrigées de son Rapport à mes amis, écrit qui parut début mai.

Le 14 septembre 1854 était fondée à Bruxelles la Société européenne de colonisation du Texas (société en commandite par actions), dont la gérance fut confiée à Allyre Bureau, Guillon et Godin-Lemaire. Victor Considerant était nommé agent exécutif au Texas.

Parti d’Ostende le 15 janvier 1855 en compagnie de son épouse Julie et de sa belle-mère Clarisse Vigoureux, Considerant arriva à New York le 4 février. Après y avoir entrepris diverses démarches, il partit le 19 février pour Washington, où il rencontra plusieurs membres du Congrès. Il y resta jusqu’à début d’avril, en compagnie de César Daly qui l’y avait rejoint.

Il arriva finalement à Réunion le 30 mai 1855. Le 7 août fut fondée la « Société de Réunion » qui, sous sa direction, devait prendre en charge l’exploitation du domaine acquis dans le comté de Dallas.

Pourtant, très vite devant les problèmes et les difficultés qui s’accumulaient, et surtout devant l’afflux trop prématuré de colons (ils étaient 128 en juillet), V. Considerant se persuada que l’expérience allait à l’échec, échec qu’il fallait conjurer en liquidant la colonie. En octobre 1855, il partit pour Austin, puis San Antonio. Il ne retourna à Réunion qu’à la fin du printemps suivant. La crise latente fut précipitée par les démissions de Cantagrel et du Dr Savardan le 6 juillet. Le 8, V. Considerant et V. Cousin disparurent sans crier gare au moment où devait être signée la convention dédommageant les membres de la colonie en leur cédant la moitié des parts réservées.

Victor Considerant s’installa alors à San Antonio. Il souhaitait procéder à la liquidation de Réunion pour pouvoir lancer une nouvelle expérience dans les cañons d’Uvalde. Il s’ouvrit de ces plans à Allyre Bureau qui, arrivé à Austin le 19 décembre, vint le voir avant de gagner Réunion (17 janvier 1857).

En 1858, suite à une nouvelle visite d’Allyre Bureau, V. Considerant, après s’être efforcé d’expliquer son échec dans un livre intitulé Du Texas (Paris, Librairie sociétaire, 1857), retourna à Paris pour tenter de lancer une nouvelle souscription dans le but de financer l’acquisition de terrains. N’ayant guère obtenu d’écho, il repartit pour le Texas à la mi-janvier 1859.

Il resta pendant de nombreuses années une des grandes figures de la micro-société française de San Antonio. Sa voiture, conduite par un cocher en livrée, était un spectacle familier dans les rues de la ville. Il avait ouvert un petit commerce avec l’aide de son ami Cousin. Mais devant subvenir aux besoins de sa famille et de son ami (qui était dans un état « proche de la décrépitude »), il se retrouva finalement obligé « de piocher la terre » pour vivre. Ses amis ouvrirent alors une souscription pour lui permettre de revenir en France, ce qu’il fit en 1869 après avoir été amnistié. Son retour fut annonce par La Démocratie du 12 septembre 1869.

COUSIN Vincent

Arpenteur géomètre, né vers 1823 à Mons (Belgique).

Le 25 décembre 1854, V. Cousin et 11 autres colons belges et français s’embarquèrent sur l’Ariel à destination de La Nouvelle-Orléans, et de là gagna le Texas au terme d’un voyage éprouvant. V. Cousin était porteur de plusieurs dizaines de milliers de francs-or destinés à financer l’installation de la colonie. Il assista Cantagrel dans les préparatifs effectués pour recevoir les premiers arrivants à Réunion. Proche de V. Considerant, il fit partie du Conseil d’administration de la « Société de Réunion » constituée le 7 août 1855 pour prendre en charge l’exploitation du domaine de Dallas. Nommé ingénieur et architecte de la colonie par Considerant, il n’y fit pas preuve d’une grande réussite si l’on en croit Savardan.

Lorsque V. Considerant quitta Réunion le 8 juillet 1856, Cousin partit avec lui pour San Antonio. Toutefois, dès l’annonce de la maladie de Bureau, il « décida spontanément » de retourner à Réunion. Il y arriva le 14 ou le 15 février, se comportant comme le « véritable exécuteur des volontés de Considerant ». En mars 1857, il remplaça Bureau qui lui avait délégué ses pouvoirs avant son départ pour Austin. D’après Savardan, Cousin s’était efforcé d’isoler complètement ce dernier, au point d’ouvrir le courrier qui lui était destiné.

En janvier 1858, Bureau, rétabli, reprit avec V. Cousin l’administration de Réunion. Il était prévu qu’après avoir achevé l’inventaire de fin d’année, Cousin irait rejoindre Considerant à San Antonio pour commencer le relevé cadastral des terres de l’Ouest. D’après Savardan, il vendit à des prix « usuraires » des terres de Réunion aux colons qui désiraient rester. Il aurait même fait l’objet d’une instruction devant le grand Jury de la cour de Dallas le 17 juillet 1857, mais malgré des observations sévères et menaçantes sur certains détails de son administration qui pouvaient compromettre les intérêts des colons et des voisins de la colonie, l’affaire fut rapidement classée.

Considerant et lui ouvrirent ensemble un petit commerce à San Antonio, mais Cousin, malade, se retrouva vite à la charge de son ami, Il rentra en Belgique en 1869. Ses lettres à Considerant le montrent réinstallé au domicile paternel, se lamentant sur l’impact des chemins de fer dans les campagnes et se moquant des frayeurs éprouvées par les Belges devant « cette Internationale qui empêche les gens de dormir. »

CRÉTIEN Athanase

Originaire de Monnes (Aisne), il reçut au retour du service militaire une formation de corroyeur, et se spécialisa dans la fabrication de colliers et de harnais.

Il quitta la France avec son épouse en 1856 pour se rendre à Galveston, afin d’aller prendre part à l’expérience fouriériste du Texas. Il arriva à Réunion le 10 mai 1856. Il y travailla à la fabrication de rouets, puis monta une tannerie qui permit la fabrication de harnais et de chaussures pour les enfants. Ayant récupéré de vieux outils lors de la démolition du premier tribunal de Dallas, il les retrempa afin qu’ils puissent servir aux colons. Le 3 février 1857, il fut désigné pour être membre de la commission consultative chargée de soutenir Bureau dans son travail.

Lorsque la colonie se dispersa, il partit s’installer à Dallas. Citoyen français, il se fit dispenser de service actif dans l’armée confédérée durant la guerre de Sécession.

Resté fidèle à ses convictions fouriéristes et socialistes, A. Crétien fut vraisemblablement membre de la section 46 de l’AIT. Durant les années 1875-76, il entretint une abondante correspondance avec les socialistes francophones de New York, dont on peut trouver la trace dans les colonnes du Bulletin de l’Union républicaine. Il rédigea en particulier une vibrante profession de foi fouriériste, publiée dans le n° du 17 mars 1875. Il était sans doute également l’auteur d’une très intéressante lettre à propos du projet d’ériger une Statue dc la Liberté à l’entrée du port de New York.

Cet homme cultivé (dont la bibliothèque personnelle fut donnée à la Southern Methodist University) mourut à Dallas en 1896, et fut inhumé à l’Oak Cliff Cemetery.

DALY César, Denis

Né à Verdun en 1811 de père irlandais et de mère française, il fut envoyé en Grande-Bretagne pour y faire ses études et ne revint en France qu’à l’âge de 16 ans. Il voyagea beaucoup en Orient, puis se fixa à Wissous, près de Paris, où il fut l’hôte de Considerant pendant près de 3 ans.

Sculpteur connu, ami de Viollet-Leduc et restaurateur de la cathédrale d’Albi, il fonda en 1840 la célèbre Revue d’architecture et des travaux publics, dont il fut rédacteur-en-chef, et dans laquelle il donna les plans complets d’un phalanstère.

Gagné au fouriérisme dès le début des années 1830, il figura parmi les collaborateurs de La Démocratie pacifique (1843-51) et fut aussi au nombre des souscripteurs de L’Union ouvrière de Flora Tristan en 1843 et 1844.

Au lendemain de la Révolution de février 1848, il fut membre de la Société républicaine centrale, le Club fondé par Blanqui. Après la Révolution de février 1848, il dessina pour Louis Blanc et la Commission du Luxembourg les plans d’établissements où 400 ménages ouvriers, disposant chacun d’un logement distinct, pourraient bénéficier des avantages de la consommation en commun. En avril, il fut candidat à la Constituante, mais fut rayé de la liste du Luxembourg parce qu’architecte et non ouvrier. Dans sa profession de foi, il demandait « la République avec toutes ses conséquences », le suffrage universel, l’éducation professionnelle et générale garantie à tous, le droit au travail, le respect de la propriété, « l’union fraternelle entre les chefs d’industrie et les ouvriers », une retraite pour les travailleurs. Le 2A septembre, il fut désigné par Proudhon pour faire partie de la commission des travailleurs et des doctrinaires chargée « d’organiser une Banque du Peuple avec deux syndicats [...] sur la base du projet de Banque d’échange et des travaux de la Commission du Luxembourg. » Les vice-présidents de la commission étaient Jules Lechevalier et Pierre Leroux, Cabet s’étant récusé.

Ami personnel de Considerant, il rejoignit ce dernier à Washington en avril 1855, en vue d’y négocier avec le gouvernement fédéral, Arrivé avec le groupe de Considerant à Réunion, il y séjourna pendant quelques temps, travaillant à l’établissement des plans de l’entrée de la cave de stockage que Savardan se proposait d’édifier, Il quitta la colonie en octobre 1855 afin de retourner en France. Arrivé à Fort Washita, dans le Territoire indien (Oklahoma), il tomba malade, ce qui le força à revenir sur ses pas. En 1856, il accompagne Considerant à Austin pour lui servir d’interprète. Il y fit la connaissance de nombreux sénateurs du Texas et de journalistes, dont il sut se faire apprécier. Eût-il attendu la reprise de la session parlementaire, il aurait peut-être été à même de convaincre les parlementaires texans d’accorder aux colons fouriéristes des concessions domaniales à titre gracieux.

Quelques temps plus tard, il répartit, décidant de visiter l’Amérique centrale avant de rentrer en France.

Il mourut à Wissous le 18 janvier 1894.

FRICHOT Christophe-Désiré

Christophe Frichot naquit à Paris le 26 novembre 1821. Frère cadet de Pierre-Philippe Frichot, il apprit le métier de bijoutier. Il fit également des études à l’Université de Paris et étudia l’astronomie.

Fouriériste convaincu, il fit partie de l’expédition phalanstérienne du Dr Mure au Brésil, puis rallia New York avec son frère. C’est là qu’ils décidèrent de se joindre à l’avant-garde qui partait pour le Texas. Il ne séjourna à Réunion que peu de temps.

Il tenta de s’établir comme bijoutier à Dallas, mais faute de clientèle, il devint le partenaire de son frère dans la briqueterie fondée par ce dernier.

Membre fondateur de la section 46 de l’AIT, il envoya à plusieurs reprises sa contribution financière aux diverses souscriptions ouvertes par les socialistes francophones (pour les grévistes du Nord de la France en septembre 1872, pour les déportés de Nouvelle-Calédonie en février 1875, etc). De 1872 à 1875, il entretint une correspondance régulière avec les internationaux de New York, dont on trouve trace dans les colonnes du Socialiste, puis du Bulletin de l’Union républicaine. En 1875, son nom figurait encore parmi les abonnés de ce journal. À cette même date, il était également en correspondance avec Jules Leroux et était abonné à L’Étoile du Kansas.

Lors de la liquidation de la colonie, il acheta de nombreux terrains à Dallas, ville où il mourut le 2 juin 1879.

FRICHOT Pierre-Philippe

Né à Paris, Pierre Frichot reçut une formation d’architecte et de maçon. Après avoir effectué son service militaire, il travailla pendant de nombreuses années dans une entreprise de construction. Il se maria et eut deux enfants. Mais son épouse étant morte peu après, il décida de s’expatrier. Fouriériste convaincu, il fit partie de l’expédition phalanstérienne du Dr Mure au Brésil, puis traversa les États-Unis, travaillant dans plusieurs villes, avant de rallier New York avec son frère. C’est là qu’ils décidèrent de se joindre à l’avant-garde en partance pour le Texas. Quelques mois plus tard, il retourna en France chercher sa famille et celle de son frère, avant de repartir pour prendre part à l’expérience fouriériste du Texas.

Il quitta Le Havre au printemps 1856, et parvint à Réunion via La Nouvelle-Orléans et Houston durant l’été suivant, Il fut membre de la colonie jusqu’à sa dissolution, et continua de vivre sur place jusqu’à la fin des années 1850.

Réinstallé à Dallas, il y acheta un terrain situe près des actuelles rues Bryan et Harwood, et y construisit en l869 une maison en pierres de taille où il vécut jusqu’à sa mort.

Membre fondateur de la section 46 de l’AIT, Pierre Frichot envoya à plusieurs reprises une contribution financière aux souscriptions ouvertes par les socialistes francophones. Il versa ainsi avec son gendre $3 à la souscription organisée par l’AIT en faveur des grévistes du Nord de la France.

En 1873 il retourna en France avec l’intention d’y rester, mais il revint à Dallas deux années plus tard lorsqu’il apprit que son unique petit-fils était gravement malade. Durant ses demières annees d’activité, Pierre Frichot monta avec son fils Christophe, son gendre et son frère une briqueterie. Il fut également le concepteur et maître d’œuvre de nombreux bâtiments en briques construits à Dallas. ll mourut dans cette ville en 1880.

FRICK Heinrich

Né à Kämpfnach (Suisse) vers 1822, Heinrich Frick vécut avec ses parents à Zurich. Il travailla dans l’épicerie familiale jusqu’à son départ depuis Brême, le 12 avril 1855, avec son épouse et deux enfants, pour rejoindre la colonie fouriériste de Réunion (sur les conseils de son ami J. Nussbaumer). Il y arriva le 5 juillet 1855, souhaitant y travailler comme instituteur ou comme forgeron.

Après la dissolution de la colonie, il s’installa comme maréchal-ferrant dans la campagne avoisinante, à Mountain Creek. Comprenant le parti qu’il pouvait tirer de la croissance de Dallas, il se lança – « en association avec les frères Henri, Knœplli et son gendre Boll – dans l’épicerie en gros. Il réinvestit ses gains dans des terrains situés au centre-ville, qui prirent rapidement une très grande valeur.

Il vécut à Dallas jusqu’à sa mort.

GOETSELS Jean

Riche marchand originaire de Louvain (Belgique), fouriériste convaincu, Jean Goetsels avait investi d’importantes sommes d’argent (de l’ordre de 30 000 F) dans la Société de colonisation européo-américaine. Il arriva au Texas début 1856 avec sa femme et ses trois filles pour rejoindre son fils Philippe, et participer à l’expérience de Réunion. Il rejoignit en fait son fils à Mountain Creek, qu’il se hâta de racheter à Sauzeau. Il chercha à se faire rembourser les actions qu’il avait souscrites, et Duthoya y consentit partiellement. Plusieurs irrégularités concernant ces tractations nécessitèrent un arbitrage. Malgré plusieurs « surcharges et grattages » les comptes paraissaient exacts, et l’affaire en resta là. Selon Savardan, qui ne l’appréciait guère, Jean Goetsels aurait fait tout ce qui était en son pouvoir pour détourner le commerce qui se faisait à Réunion au profit de Mountain Creek. Après son décès, sa famille s’installa à Dallas.

GUILLEMET Auguste

Né en France, A. Guillemet suivit les cours d’une école militaire. Il effectua son service actif en Algérie, avec le grade de sergent major dans la Légion. Sa fille Angèle naquit à Alger, où il était stationné. Fin 1855, il partit avec sa famille pour rejoindre la colonie fouriériste de Réunion. Arrivé en février 1856, il fut charge par une lettre de la gérance signée Bureau en date du 27 août 1856, de contrôler les dépenses aux côtés de Savardan et Doderet. Il s’occupa notamment des dépenses du restaurant. Il resta à Réunion jusqu’à la dissolution finale. Sa femme, excellente couturière, avait apporté avec elle une malle pleine de tissus de la meilleure qualité.

Il acheta ensuite avec quelques compagnons la propriété Horton et participa à cette tentative de recréer un mini-phalanstère. Lors du recensement de 1860, il vivait toujours à Dallas avec sa femme et ses 4 enfants. A. Guillemet mourut dans cette même ville quelques années plus tard.

HENRI (ou HENRY) Paul R.

P. Henri était lithographe de son état. À la suite de sa rencontre avec V. Considerant à New York début 1855, il décida de partir avec sa famille pour rejoindre la colonie fouriériste du Texas. Il arriva à Réunion fin 1855. Son nom figure sur une liste des actionnaires de la Sociéte de colonisation.

Ne pouvant y exercer son métier, il se consacra aux travaux des champs.

Lors de la dissolution, il acquit un terrain au sud de Dallas, à Lancaster, sur lequel il se construisit une petite maison. Il y resta jusqu’en 1863. À cette date, il fut embauché dans une usine d’armement de l’armée confédérée.

Après la guerre, il ouvrit un magasin à Lancaster, qu’il géra jusqu’en 1880. Il était alors, avec son frère, associé aux anciens fouriéristes H. Frick, H. Boll et Knœpfli.

Il mourut le 18 décembre 1890.

LANG (puis LONG) Benjamin

Né à Zurich (Suisse), vers 1838, il fit partie du groupe de fouriéristes helvétiques qui embarqua à Brême le 12 avril 1855 sous la direction de K. Bürkli pour rejoindre la colonie du Texas (il en fut le plus jeune membre). Il arriva à Réunion au début de l’été et y resta jusqu’à la dissolution, avec la jeune femme qu’il venait d’épouser, et qui était la fille d’un phalanstérien belge.

Réinstallé à Dallas, il participa activement à la vie politique locale. Il américanisa alors son nom, choisissant de se faire appeler Ben Long. Durant la guerre de Sécession, il eut une attitude pro-unioniste courageuse, qui lui valut d’être désigné en septembre 1868 par le gouverneur militaire du Texas pour occuper la fonction de Maire de Dallas. Il signa, de même que J .A. Gouffe, une pétition demandant que des troupes fédérales soient cantonnées à Dallas, afin de prévenir les « insultes, indignités et autres violences » que leurs « ennemis impitoyables » promettaient aux « Unionistes et aux Noirs affranchis ». Il démissionna en 1870 et partit pour la Suisse, d’où il revint en compagnie d’une cinquantaine de compatriotes qui allaient prendre une part très active à l’essor de Dallas.

Il redevint Maire en 1872, à l’occasion des premières élections libres, puis fut réélu à ce poste en 1873 et 1874. Après cette date, il accepta le poste de shérif. Il mourut en 1877, tué par balle lors d’un règlement de comptes entre cow-boys.

LOUCK (ou LOUCKX) John B.

Né à Louvain (Belgique), le 10 février 1829. Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts et de l’école d’architecture de cette ville.

Il partit d’Anvers sur l’Ariel avec 150 autres adeptes de Fourier pour rejoindre Réunion. Il fut choisi comme responsable de la construction des bâtiments de la colonie et fut élu membre du conseil d’administration de la société le 14 août 1855.

Déçu par l’échec de Réunion, il prit part à la tentative de créer une autre colonie à Mountain Creek. Découragé par l’échec de cette nouvelle expérience, il s’engagea pour deux ans dans l’armée confédérée.

Après la guerre, il se réinstalla pendant quelques temps à Fort Worth, avant de revenir à Dallas. Il prit une part active à la vie politique locale, étant élu alderman de la première circonscription de 1885 à 1889. Franc-maçon, il appartenait à différentes loges.

Il mourut en 1920, à l’âge de 91 ans.

LOUIS Louis "Lewis"

Né en France, il y exerça le métier de forgeron jusqu’à l’âge de 26 ans. Fouriériste convaincu, il partit pour le Texas début 1855, afin de prendre part à l’expérience de Réunion. À la colonie, il fit office de vétérinaire, travaillant également à la forge et au ferrage des chevaux. Il devint aussi rapidement le spécialiste du marquage au fer rouge du bétail.

Il resta trois ans à Réunion, puis partit s’installer à Dallas (il s’y trouvait en 1860), où il épousa Henrietta Blanche. Il tenait alors une forge.

Après la guerre de Sécession, on le retrouve à La Nouvelle-Orléans, où il s’était installé comme vétérinaire du chemin de fer de Carrolton dans le faubourg de Jefferson. Toujours fidèle à ses convictions fouriéristes, il ne manquait aucune occasion de gagner à la cause de nouveaux fidèles. Le 7 avril 1868, il organisa une célébration du 96e anniversaire de la naissance de Fourier à laquelle assistaient le libraire A. Simon et le Dr Testut, rédacteur en chef du journal spiritualiste Le Salut (tous deux anciens sympathisants de J. Déjacque et futurs membres de la section 15 de l’AIT) et M. Dalloz, ex-rédacteur de La Tribune de La Nouvelle-Orléans ; trois ans plus tard, il fut de nouveau à l’initiative de la commémoration du 99e anniversaire de la naissance de Fourier, tentant peu après de constituer « un groupe en état de travailler à la propagande fouriériste ».

Membre-fondateur du « Club républicain » qui regroupait les socialistes francophones de La Nouvelle-Orléans, il en fut élu trésorier lors de la séance du 7 mai 1871, puis fut l’un des artisans de sa transformation en section de l’AIT. Peu après, une polémique éclata entre le directeur de L’Abeille, Félix Limet, et les Internationaux de Louisiane à propos de la Commune de Paris. À cette occasion, L. Louis envoya à L’Abeille une lettre pleine d’ironie et toute de modération, mais qui fut mal acceptée par les autres membres de la section 15 dans la mesure où il paraissait s’y désolidariser des révolutionnaires parisiens.

Louis Louis mourut peu après, et une nécrologie rappelant son engagement fouriériste fut publiée par La Commune le 12 novembre 1871.

LOUPOT Jean (dit « le petit LOUPOT »)

Né dans les Ardennes en février 1835. Fils de maçon, il fut mis en apprentissage dans la même branche d’activité. Mais à l’âge de 16 ans, il se lança dans le commerce de l’épicerie à Sedan.

A 20 ans, il décida de partir pour le Texas, afin de participer à l’expérience fouriériste. Ayant quitté d’Anvers en compagnie de son oncle François le 11 novembre 1855, il arriva 31 jours plus tard à La Nouvelle-Orléans, et partit aussitôt pour Galveston. Une fois dans cette ville, faute de moyen de transport, ils décidèrent de gagner Réunion à pied, mais durent rapidement revenir sur leurs pas. Finalement ils trouvèrent une barge qui les emmena jusqu’à Newport, ce qui les obligea à couvrir à pied les 150 miles les séparant encore de leur but. François, malade, fut contraint de s’arrêter à Palestine (Tex) ; mais Jean, qui ne parlait pas un mot d’anglais, parvint à surmonter tous les obstacles, et arriva finalement à Réunion le 24 février 1856.

Il y travailla d’abord comme berger, puis comme cultivateur. Le 3 février 1857, il fut désigné pour être membre de la commission consultative chargée de soutenir Bureau dans son travail ; mais désireux de se faire rembourser intégralement en argent les parts qu’il avait souscrites, il se retira de celle-ci dès la première réunion. La même année, il partit s’installer dans le comté de Kaufman et y travailla pendant 4 mois.

En 1869, il était réinstallé à Dallas, où il se maria. D’abord boulanger, puis tenancier de salon, il se reconvertit finalement comme entrepreneur en maçonnerie. Féru de politique, il fut également franc-maçon et membre de l’International Order of Odd Fellows pendant de longues années.

En 1875, il se construisit une maison de pierre à étage sur un terrain situé un peu à l’ouest de l’ancienne colonie. Il se consacra dès lors au jardinage et à l’élevage laitier.

Il mourut à Dallas le 7 octobre 1904.

LOUPOT François (dit « le grand LOUPOT »)

Il accompagna son neveu Jean, lorsque celui-ci décida de partir pour rejoindre la colonie fouriériste du Texas. Au cours du long voyage à pied (150 miles) qu’ils étaient en train d’effectuer pour se rendre de Newport (Tex) à Réunion, François Loupot tomba malade et dut s’arrêter à Palestine (Tex), tandis que son neveu poursuivait sa route. Il n’arriva à Réunion qu’en 1856. Il repartit pour la France en 1859. Homme cultivé, peintre et musicien de talent, il devint instituteur pour s’occuper des enfants défavorisés à Paris.

NUSSBAUMER Jacques

Né à Soleure (Suisse) vers 1828 dans une famille nombreuse, Jacob Nussbaumer exerça le métier de boucher. Son père Robert et lui furent les premiers Suisses à arriver en 1855 à Réunion pour participer à l’expérience fouriériste. Il y épousa Dorothéa Boll, la sœur d’un autre colon.

Avant même la dissolution de la colonie, J. Nussbaumer se réinstalla à Dallas, et y fonda une ferme qu’il exploita en commun avec le frère de sa femme. Lorsque le Dr Savardan, en route pour la France, fit étape chez lui durant l’été 1857, il le trouva, bien que nostalgique de la Suisse, heureux et prospère (car il avait joint à ses travaux d’agriculture la profession de boucher, rendue lucrative par la proximité de Dallas). D’après le recensement de 1860, il vivait à cette date dans le comté de Dallas avec sa femme et deux enfants.

Quelque vingt années plus tard, J. Nussbaumer fut à l’origine d’une des opérations immobilières les plus réussies de l’histoire de Dallas, lorsqu’il fit procéder au lotissement de sa ferme, située dans un des quartiers les plus recherchés de la ville, car proche du terminus d’une des premières lignes de tramways.

Désormais riche, J. Nussbaumer acheta un ranch à Fort Worth, dont il assura l’exploitation avec ses trois fils.

Il mourut à Dallas, et fut inhumé au Greenwoad Cemetery.

NUSSBAUMER Robert

Père du précédent. Originaire de Soleure (Suisse), où il naquit vers 1807. Militant fouriériste, il fut membre du comité de surveillance de La Démocratie pacifique.

Candidat au départ pour le Texas, il embarqua au Havre en janvier 1855. Son fils Jacques et lui furent les premiers Suisses à arriver à Réunion. À la question concernant les professions déjà exercées, les aptitudes et les occupations qu’il souhaiterait exercer dans le cadre de la colonie fouriériste du Texas, il répondit : culture, soin des animaux, conduite des attelages, fromagerie, porcherie.

Employé aux épuisants travaux de défrichage et de mise en culture de la ferme-relais achetée à Houston par la société de colonisation, il y contracta la fièvre jaune en pleine saison chaude. Il revint mourant à Réunion, et y décéda entouré de l’affection due à un militant de longue date. le 26 septembre 1855.

PRIOT Jean

Jean Priot naquit près de Nevers (Nièvre) le 26 octobre 1832. Il fut éduqué chez les frères, et à 18 ans partit pour Paris, comme apprenti tailleur.

Un de ses amis, installé à La Nouvelle-Orléans, l’encouragea à émigrer pour s’installer aux États-Unis. Mais une fois arrivé à La Nouvelle-Orléans, il ne trouva pas d’embauche. Il décida alors de partir pour Dallas, et fut ainsi l’un des tout premiers à arriver à Réunion. Faute de clientèle, il dut alors se reconvertir aux travaux des champs. Il resta à Réunion jusqu’au début de la guerre de Sécession, puis il travailla comme employé pour le compte de l’armée sudiste. Durant cette période, il épousa Léontine Frichot, fille d’un autre colon fouriériste.

A la fin de la guerre de Sécession, il s’installa à Dallas. Vers la fin des années 1860, il s’associa avec son beau-père, et avec le fils et le frère de ce dernier, pour monter une briqueterie.

Tous les quatre adhérèrent à la section 46 de l’AIT, et l’on retrouve au moins une fois le nom de J. Priot dans les listes de souscription publiées par Le Socialiste.

Il construisit par la suite sa propre briqueterie à l’emplacement des rues Bryan, Harwood et Liveoak. Exproprié, il se réinstalla au coin des rues Flora et Allen. Il se retira des affaires en 1882.

En 1884, il réalisa une partie de ses avoirs à Dallas, retourna en France, et se fit construire une grande maison au Pont-Patin, à Coulanges-les-Nevers, près de l’endroit où il était né. Il y résida de 1886 à 1906, cultivant son verger et faisant du vin. Il retourna quatre fois aux États-Unis durant cette période, et en 1906, il décida de se réinstaller définitivement à Dallas. Il y mourut le 9 septembre 1908, et fut enterré aux côtés de sa femme au Greenwood Cemetery.

RÉMOND Émile

Émile Rémond naquit le 2 août 1840 à Thianges (Nièvre) ; il était le demi-frère de Jean Priot. Il fréquenta I’école des jésuites, puis le séminaire, où il étudía la géologie et la peinture. À la mort de sa mère, il renonça à entrer dans les ordres.

Début 1856, il décida de rejoindre son demi-frère au Texas pour prendre part à l’expérience fouriériste. Parti du Havre, il arriva à Réunion, via Houston, durant l’été. Il vécut à la colonie jusqu’au début de la guerre de Sécession.

Engagé volontaire dans l’armée sudiste le 21 mars 1863, il fut un combattant intrépide choisi pour être le porte-drapeau de son unité. Blessé et fait prisonnier, il s’évada deux fois. Il revint à Réunion à la fin des hostilités et épousa Césarine Santerre, fille d’un autre colon fouriériste. Il partit alors s’installer à Hutchins, au sud de Dallas, et y construisit une briqueterie.

Il adhéra à l’AIT en 1872 (section 46), ainsi qu’en fait foi son livret d’adhérent, contresigné par C. Capy et F.L. Wilemet, aujourd’hui conservé dans les papiers de famille.

Il revint s’installer à Dallas même en 1879, et y fabriqua les premières briques réfractaires. Ses découvertes géologiques devaient permettre ultérieurement le développement de cimenteries.

Collectionneur de fossiles et d’antiquités indiennes, il mourut citoyen des États-Unis sans jamais avoir revu la France le 21 mai 1906.

REVERCHON Jacques, Maximilien

Jacques Reverchon naquit le 16 novembre 1810 à Marcigny (Saône-et-Loire). Son père, Jean Reverchon, était un homme cultivé qui l’envoya suivre des études à Paris, au collège de Cluny.

Il participa activement à la Révolution de 1830 et fut correspondant du journal saint-simonien Le Globe en 1831.

Il épousa Florine Pelé, puis partit s’installer à Lyon, où naquit son fils Julien. Il partit ensuite en Algérie, où il fut directeur des cultures de la colonie du Sig ; mais, malade, il dut rentrer en France. En 1848, il participa de nouveau activement aux événements politiques ; après le coup d’État du Deux Décembre, il se retira de la vie publique.

Hostile au régime, il décida de partir avec Considerant. Il arriva au Texas en décembre 1856, en compagnie de son fils Julien, afin de prendre part à l’expérience de Réunion. Son nom figure sur une liste des actionnaires de la Société de colonisation.

Il y resta pendant plusieurs années, mais décourage, il s’en retira pour aller se réinstaller sur des terres situées près des rues Davis et Westmount (ferme McCracken). D’après le recensement de 1860, il vivait à cette date avec deux autres personnes, vraisemblablement son fils et sa bru.

Il mourut à Dallas en 1879 après une longue maladie.

REVERCHON Julien

Né à Diémoz (Isère), près de Lyon, le 3 août 1837. Il suivit des études à Lyon, s’intéressant particulièrement à la botanique et aux sciences naturelles.

A l’âge de 18 ans, il partit avec son père pour participer à l’expérience fouriériste de Réunion. Il y arriva au printemps 1856, et y resta presque jusqu’à la dissolution. Lors de la création de la nouvelle société en 1861, il fut nommé délégué du conseil de surveillance auprès de Bessard.

Herboriste, Julien Reverchon découvrit et répertoria de nombreuses plantes locales inconnues en France. Devenu un botaniste éminent, il contribua à populariser la technique des greffes d’arbre dans la région de Dallas.

Sa femme mourut en 1901, et lui-même décéda le 30 décembre 1905. Tous deux reposent au cimetière français. Ce citoyen austère et cultivé fut honoré par l’attribution de son nom à un jardin public de Dallas.

SANTERRE François

François Santerre naquit près de Blois le 16 mars 1809. Durant sa jeunesse, on sait qu’il travailla « dans les fermes comme journalier, batteur en grange, semeur et faucheur » à Maves, aux confins de la Beauce. Après quatre années de service militaire, il s’orienta vers l’agriculture. Laïc et républicain dans un village dominé par un hobereau réactionnaire, il vécut en union libre avec Marie Launey, jusqu’après la naissance de leur premier enfant (ils en eurent sept au total).

Fouriériste convaincu, il décida à 46 ans de partir pour le Texas avec sa famille, afin de prendre part à l’expérience de Réunion. Il était alors assez connu des dirigeants français du mouvement pour que J.-B. Godin fasse le déplacement afin de venir s’entretenir avec lui des risques de l’aventure. Il vendit ses biens, et embarqua avec plusieurs autres familles au Havre. Ils arrivèrent à Galveston après 60 jours de traversée. À Houston, ils rencontreront Raizant qui, sur instruction de Considerant s’efforça de les persuader de faire demi-tour. Ils atteignirent néanmoins à Réunion après bien des difficultés en mai 1856, et y furent accueillis sans enthousiasme. Pourtant Santerre fut l’un des rares colons qui s’avéra capable de cultiver la terre aride de la colonie. Il eut de ce fait la responsabilité des travaux agricoles. Il avait en outre apporté une riche bibliothèque, ce qui fut très apprécié des autres colons.

Lorsque les opérations furent officiellement suspendues en 1857, François Santerre persista dans son désir de rester à Réunion. À force d’ingéniosité, il parvint au cours des trente années suivantes à se constituer une exploitation prospère de 75 ha, sur des terres acquises à bon compte. Avec sa nombreuse famille, il réalisa un mini-phalanstère autarcique, qui réussit là où les projets trop grandioses de Considerant avaient échoué. En 1866, il s’installa avec sa famille dans une grande maison construite sur les terres qu’il avait reçues après la liquidation de la colonie (aujourd’hui Colorado Bd et Westmoreland Ave).

Colon nostalgique, il retourna à six reprises au pays durant la morte-saison agricole. Son voyage en France fin 1869-début 1870 fut particulièrement mémorable, puis qu’il assista aux obsèques de Victor Noir (qui faillirent tourner à l’épreuve de force entre les révolutionnaires parisiens et le pouvoir impérial). À cette occasion, il alla aussi saluer ses vieux amis fouriéristes et visiter les établissements de J.-B. Godin à Guise.

Fidèle à ses convictions socialistes, il fut membre de la section 46 de l’AIT, et entretint pendant des années une correspondance régulière avec les socialistes de New York, envoyant non moins régulièrement des contributions financières appréciables aux souscriptions pour les veuves et orphelins des communards, pour les déportés de La Nouvelle-Calédonie, pour aider la presse socialiste francophone à subsister, etc. En 1875, son nom figurait encore sur la liste des abonnés au Bulletin de l’Union républicaine. Ce même journal publia le 16 décembre 1874 une longue et très intéressante lettre signée de lui, dans laquelle il parlait de sa vie et réaffirmait ses convictions fouriéristes : « Je suis partisan de l’organisation de la commune agricole et industrielle, libre et volontaire [...] Je suis partisan de l’association intégrale [...] J’espère toujours un avenir meilleur. »

Dans le même temps, il s’attachait à placer en France ses économies ; mais des opérations imprudentes lui firent perdre l’essentiel des 20 000 francs-or patiemment économisés.

François Santerre mourut dans sa maison de Dallas le 9 décembre 1889.

SAVARDAN Augustin, Dr

Augustin Savardan naquit en 1792 à La Chapelle-Gaugain (Sarthe), où il alla à l’école. Après le lycée, il suivit les cours de la faculté de médecine de Paris, et fut reçu docteur en médecine. De 22 à 28 ans il exerça comme médecin militaire.

Fouriériste, il travailla à la popularisation des idées socialistes. Il figura parmi les collaborateurs de La Démocratie pacifique et publia diverses brochures de propagande.

Comme ce « vieux phalanstérien à la barbe blanche ›› avait participé, au début des années 1830 aux côtés de Laverdant à l’élaboration d’un projet sociétaire à Condé-sur-Vesgre (où il s’agissait de fonder un asile rural d’enfants trouvés), il fut élu secrétaire de la Société de colonisation. Il insista auprès de Considerant pour que l’expérience de Réunion ait un caractère authentiquement fouriériste.

Emportant un matériel considérable, il partit du Havre le 28 février 1855 sur le Nuremberg, en compagnie de 43 autres volontaires, afin d’aller prendre part au lancement de l’expérience de Réunion. Il y arriva autour du 17 juillet 1855 (et non le 15 juin ainsi qu’il le dit dans son ouvrage). Il y fit fonction de médecin (selon sa propre comptabilité, il traita 228 patients en 2 ans), mais aussi de magistrat (célébrant notamment les mariages). Actionnaire de la Société de colonisation, il fut élu membre du conseil d’administration de la société le 7 août 1855.

Pour protester contre ce qu’il estimait être l’incurie de V. Considerant, Savardan démissionna (de même que Cantagrel) de ses responsabilités au sein de la colonie le 6 juillet 1856. Ce geste hâta la décision de la gérance d’envoyer sur place Allyre Bureau. Le 3 février 1857, il fut désigné pour être membre de la commission consultative chargée de soutenir ce dernier dans son travail (cette commission fut supprimée par Cousin après le départ de Bureau).

Déçu et amer, il repartit pour Paris durant l’été 1857. Quittant Réunion peu après la mi-août, il fit un vaste périple à l’intérieur des États-Unis, passant par Memphis, Chicago, Detroit, New York, où il embarqua le 4 octobre sur l’Ariel à destination du Havre. Le 21 octobre, il était de retour en France. L’année suivante, il publia son livre-témoignage, Un naufrage au Texas.

Revenu dans son pays natal, il y reprit l’exercice de la médecine, et fut maire de sa commune pendant de nombreuses années. Jusqu’à la fin de sa vie, il fit aux cultivateurs de La Chapelle-Gaugain des conférences sur l’hygiène, l’agriculture et l’économie sociale, toujours à la recherche de « voies de transition pratique vers ce bel ordre dont les livres de Fourier [lui] avaient donné la notion. » Il mourut en 1867 au château de La Chapelle-Gaugain.

VIGOUREUX Claire-Dorothée, dite Clarisse

Née le 11 juin 1789 à Montagney (Doubs). Morte le 13 janvier 1865 à San Antonio (Texas), dans la propriété de son gendre Victor Considerant.

Fille d’un maître de forges, Claire-Dorothée Gauthier épousa en 1808 Pierre-François Vígoureux, marchand de draps à Besançon, lequel disparut en 1817 dans des circonstances tragiques : accusé – certainement à tort – par la rumeur publique d’être à l’origine de la disette qui sévissait alors à Besançon, il se suicida en s’empoisonnant dans les bois de Charbonnières près de Lyon.

Nul doute que cette épreuve n’ait incliné Clarisse Vigoureux à adhérer au fouriérisme, auquel l’initia dès 1822 un ami de son frère, Just Muiron, et dont elle devint une fervente zélatrice, notamment dans son ouvrage Paroles de Providence, publié en 1834 en réponse aux Paroles d’un croyant de Lamennais. Le livre fut mis à l’index par le Pape Grégoire XVI.

En 1832, Clarisse Vigoureux fut la gérante, aux côtés de Muiron et Fourier, du journal fonde à Paris par Lechevalier et Considerant, Le Phalanstère. Mais pour des raisons d’ordre juridique, elle fut amenée à utiliser son fils Paul-Émile (alors âgé de 20 ans) comme prête-nom. Ceci a amené plusieurs de ses biographes à lui donner pour époux son propre fils, gratifié au passage du titre de maître de forges.

Ayant placé toute sa fortune et le patrimoine de ses enfants dans les affaires de son frère, le maître de forges Joseph Gauthier, Clarisse Vigoureux permit en 1839 à Victor Considerant, devenu son gendre l’année précédente, grâce à une reconnaissance de dette fictive, de payer les 500 F de cens nécessaires pour se présenter à la députation. Mais le chiffre de sa fortune a été largement exagéré. En janvier 1841, la faillite de Joseph Gauthier entraîna la ruine totale de Clarisse Vigoureux et de ses enfants, ce qui amena Victor Consideranlt, après avoir posé sa candidature à un poste de bibliothécaire à l’Ecole polytechnique, à vivre de ses émoluments – toujours refusés jusque-là – en tant que directeur de La Démocratie pacifique.

La fortune disparue de Clarisse Vigoureux n’a donc joué aucun rôle dans la fondation en 1854 de la Société européenne de colonisation (le principal actionnaire fut en fait Godin-Lemaire). N’ayant pratiquement plus rien publié (à l’exception d’une critique sévère de Jocelyn parue en 1838 dans La Phalange, et d’un appel « Aux femmes de France » en faveur de la Pologne paru en 1846 dans La Démocratie pacifique), Clarisse Vigoureux semble avoir volontairement choisi de vivre dans l’ombre de son gendre, le déchargeant, comme le montre sa correspondance, de bien des détails matériels. Vivant à Paris avec le ménage Considerant, elle l’accompagna dans son exil en Belgique.

Elle partit avec sa fille et son gendre pour le Texas pour prendre part à l’expérience fouriériste de Réunion, s’embarquant le 17 janvier 1855 sur le vapeur de New York.

Après le départ de V. Considerant pour San Antonio, elle resta à Réunion avec sa fille, Elles quittèrent ensemble la colonie, désormais condamnée, autour de la fin du mois de février 1858. Elle passa le reste de ses jours près de San Antonio avec Julie et Victor Considerant. Elle mourut le 13 janvier 1865, et fut enterrée par Victor et Julie près de leur cabane située le long du fleuve San Antonio, à cinq kilomètres de cette dernière ville.

WILLEMET F.L.

Né dans la région parisienne le 25 août 1820, F.L. Willemet s’appelait en réalité Thuvignon – decouverte qui plongea le Dr Savardan dans la perplexite. Il était cuisinier de son état.

Fouriériste convaincu installé aux États-Unis, il fit la connaissance de Considerant lors du séjour de ce dernier à Brook Farm. Considerant le décida à partir pour le Texas, afin de prendre part, en tant que colon, à l’expérience de Réunion. Arrivé durant l’été 1855, il s’occupa pendant trois ans de l’économat et de la cantine de la colonie. Il fut toutefois à un moment donné révoqué par Cantagrel pour insubordination et mauvaise gestion des cuisines, mais fut réintégré par Duthoya avant même le départ de Cantagrel de Réunion. Selon Savardan, Willemet, qu’il qualifiait « d’homme violent resté fidèle à Considerant », fut de fait pendant l’intérim « le véritable directeur de la colonie ».

Il s’installa ensuite à Dallas, et y ouvrit un restaurant. Il y vivait seul en 1860 ; par la suite il se maria et eut deux filles. Fidèle à ses convictions socialistes, il fut membre fondateur de la section 46 de l’AlT et en fut l’un des dirigeants (il contresigna, avec C. Capy, le livret d’adhérent d’Émile Rémond). Féru de politique, il se fit élire conseiller municipal de Dallas en 1875. Il mourut dans cette ville le 4 août 1884 et fut inhumé, ainsi que sa femme, dans le vieux cimetière municipal.

Autres membres de la colonie recensés à ce jour ACHARD Edmond – ALBIKER Mathieu – ALLEN John – AYMARD – BACHMAN Henri – BAER Gaspard – BAER J. – BARBIER Alexandre – BARBIER Alexis – BARBOT Joseph – BARETHippolyte – BAYER Jean – BEGNIER Paul – BELLINGER Pierre – BERNARD – BESSARD Alexis – BESSARD Louise – BILLARD Henri – BILLARD Sophie – BLOT Jacques- BLUNTSCHLI J.-J. – BOHNIER – BOIDRON Louis – BOLL Dorothée – BOLL Heinrich – BOLL Suzanne – BONNEVILLE Etienne – BOSSEREAU Abel – BOSSEREAU Catherine – BOUGE – BOULAY Dominique – BOULAY François – Mme BOULAY Isabelle, née PIMPARE – Mme BOURGEOIS Sarah, Louisa [3] – BOYER Jules, Jean – BOYER Pierre – BRISON – BRISSON – BRISOT, dit « le Père BRISOT » – BROCHIER Auguste – Mme BROCHIER Melinda – BROCHIER O. – BROC]-IIER Pierre – BRUNETTE Ernest – BUREAU Gustave – Mme BUREAU Zoë, née REY – BUSSY Charles, François, Bernard – CANDIL François – Mme CANDIL Rose, née FAURY – Mme CANTAGREL Joséphine, née CONRADMme CAPY Nativa, née CHARPENTIER – Mme CHARPENTIER Elisabeth, née MAUGER – CHARPENTIER Joseph, Noël – CHAMBORD – CHAVANNES – CHRISTIAN M. – CHRISTOPHE Henri – CILLARD Jules – COIRET François – COLAS Aîné – COLAS Jeune – COLEMAN Louis – COLIN Denis – COLM François – COME Sébastien – Mme CONSIDERANT Julie, née VIGOUREUX – CORNE – CRESPEL Père- CRESPEL Fils – Mme CRETIEN Justine-Marie, née GUILLIOS – CRISSET Joséphine – DAILLY Abel – DANDERET – DANTON – DEGUELLE – DEITERALL (ou DUTERALL) – DELASSEAUX Michel – Mme DELASSEAUX Amélie – DELLARD – DELORE Alphonse (ou DELORD) – DERIGNI – DESMET Henri – DESPART – DESPART (Mme Vve Henry ?) – DEVRY – DILLARD – DIVION – DODERET Fils – DOMINIQUE – DREVET – DROXAL – DUMIREL – DUSSEAU Pierre – DUSSEAU-JONES Henriette – DUTHOYA Tristan – ENGINARD Charles – ETEIN – ETIENNE (ou ETTIENNE) – EYMAR – FARINE Nicolas – FARINE Jeannette – FERGUSON – FORETTE Antoine – FRANCHOT – FRICHOT Achille – FRICHOT Léontine – Mme FRICHOT Suzanne, née BOLLFRICK Barbara – GAUDEL – GIRARD François – GIRARD Joseph – GIRARD Pierre – GIRARD Pierre, Jr – GLATTLI R. – GODELLE (Mlle) – Mme GOETSELS Lucine – GOETSELS Philippe – GORDIA – GOUFFE Antoine, Joseph – Mme GOUFFE Nathalie, née ZOIE – GOUHENANT Fils – GOUGELIN – GRESSET Pierre – GRIMOT Pierre – GRINDERBECK Louis van – GRINDERBECK Guillaume (William) van – GRISOT Pierre – GUERIN – Mme GUILLEMET Marie, née LAGOGUE – GUILLER Pierre (ou GUILLIER) – GUSMAN – GUYOT Rémy – HAECK F. – HAIZE Jules – Mme HENRI Adélaïde, née DEHOUGE – HENRI Eugène – HENRI, Margaret – I-IEYMENS F.T. – I-HTTEN Gustave (ou HETTEN) – JOFFRE Christophe – JOIDISON – Mme KNŒPFLI Barbara – KNŒPFLI Elizabeth – KNŒPFLI Jacob – KOLLER Ernest – KOLLER Jacques – LAGOGUE Jean-Baptiste – LANOTTE Alexandre – Mme LANOTTE Joséphine – LANOTTE Jules – LASSAGNE – LAVINGE – LEINHARDT Georges – LERAY – LESCRENIER – Mme LOUIS Henrietta, née BLANCHE – MCDELORE Ant. – Mme MCDELORE Augustine – McKINNEY – MAGET – MANSION Emmanuel – Mme MANSION Jennie – MARTLNET – MARIUS – MARIUS Antoine – MAROLD – MAYER Joseph – MICHEL Ferdinand – Mme MICHEL Salomée – MIGOUREAUX – MIQUE – MONDUEL Jean – MONPATE – MONTREUIL Henry – Mme MOULARD Jean – NAEGELY Jacques – NATTON – NICOLAS Dr – NOEL Joseph – Mme NUSSBAUMER Dorothée, née BOLL – PASCAL – PEIRE Jacques – PELOUX – PENDLETON – PERISON – PETIT – PJERQUET A. – PIMPARE René – Mme POITEVIN Anne, née DUSSEAU – POITEVIN Guillaume – Mme PRIOT Léontine, née FRICHOT – PROTAT Antoine – PRUNET Joseph – QUINET Joseph – RAIZANT (RAISANT) – REGNOIR – REINHARDT Georges – Mme REMOND Césarine, née SANTERRE – RENIER – RENSHAW James – Mme REVERCHON Florine, née PETEMme REVERCHON Marie, née HENRI – REY Guillaume – ROGER Dr – ROSE Jules – ROUBY – ROYER Joseph, Julius – ROYER Joseph – RUPERT – SALLENBACH Jacques – Mme SANTERRE Marie, née LAUNEY – SAUZEAU – SCHAERER Jean – SCHOCH Jacques – SCOTT – SELLHER – SHALTON – SIMONIN Amédée – SMITH – STEERTE (ou STEERE) – STIFFEL – STUDER H. – TAUPIN – THEVENET Michel – TOURNEVILLE – TROXLER Just – TUILLOT R. – VACHER – VACHER Alexandre – VAIZIAN (ou VÉZIAN) – VALENTIN – VANDENBOSCH Guillaume (William) – VARDACH – VIESCHONDERE Eugénie (épouse Ben LONG) – VILMORIN – VOGEL – VOIRIN Charles – VOISION Pierre – VREIDAG Rudolph – WADE – WEALMS John – Mme WEALMS Barbara – WEGMAN Henri – WILLEMAIN (ou VILLEMAIN) – WILLEMS – WILLUME Richard – WITIKER – YEUCH


Michel Cordillot

Michel Cordillot

Michel Cordillot, professeur émérite de civilisation américaine à l’Université Paris VIII, collabore au Maitron et a publié aux Editions de l’Atelier La Sociale en Amérique : dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux Etats-Unis, 1848-1922. Il a été l’un des fondateurs des Cahiers Charles Fourier.


Les autres articles de Michel Cordillot



Notes

[1. À la seule exception des articles de Bruno VERLET, « François Santerre et les siens » et « Quand des Suisses construisaient Dallas » ; cf. Bibliographie infra.

[2. Toute remarque ou information peut être adressée directement à Michel Cordillot 7 rue des Mésanges 89000 AUXERRE (FRANCE).

[3. Les noms en gras sont ceux des épouses des hommes dont la biographie a été retenue pour figurer dans cet aperçu.



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