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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Wardecki, Romuald Laurent Antoine
Article mis en ligne le 12 décembre 2023
dernière modification le 10 décembre 2023

par Sosnowski, Jean-Claude

Né le 8 août 1825 à Varsovie (Pologne). Décédé après le 2 décembre 1874. Tailleur pour hommes à Paris. Travailleur de l’École phalanstérienne. Membre de la Banque des échanges en 1839. Contribue à la souscription du groupe parisien du Nouveau Monde pour un projet de fondation d’un phalanstère d’enfants en 1841.

Fils de Jean Wardecki et Marianne Lipinska [1], Romuald Wardecki, ancien soldat du 4e régiment polonais de ligne (uhlans) [2], est de ceux dont les biens sont confisqués par le Tsar après l’insurrection polonaise de novembre 1830 [3]. Exilé en France, il a une « fille naturelle » [4] Stéphanie Marie Catherine née le 20 avril 1837 à Paris, et dont la mère, Stéphanie Chalmond est giletière ; il est signalé pour la première fois comme tailleur, établi 121 rue Saint-Honoré dans l’Almanach du commerce de 1837 [5]. Toujours à Paris, il épouse le 23 avril 1842, Catherine Leger, fille d’un tailleur de Limoges, née le 18 juin 1824.

En 1839, il est sociétaire de la Banque des échanges. Le Nouveau Monde fait l’éloge de la société dès son second numéro : « un établissement de ce genre mérite d’être encouragé ; aussi avons-nous remarqué avec plaisir, au milieu des souscripteurs, les principaux propriétaires de journaux, un grand nombre de disciples de Fourier, des industriels de premier ordre » [6]. Jan Czynski et le peintre Jean-Baptiste Gatti de Gamond [7] sont tous deux membres du conseil d’administration de la banque. Un encart publicitaire paru dans Le Tam-tam [8] dont le directeur Commerson est également membre du conseil d’administration, résume l’objectif de la société qui s’adresse aux négociants et leur offre l’opportunité de « payer toutes dépenses avec des marchandises au lieu d’argent par l’entremise de la banque des échanges […] ». Suit la liste des dépenses éligibles :

1° Tous les frais d’éducation, habillement et entretiens de leurs enfants : soit pour pension entière, demi-pension ou externat ; soit pour les professeurs particuliers de musique, dessin, langues et autres en quelque genre que ce soit. Ils resteront libres de choisir les établissements, et de débattre les prix comme dans les conditions ordinaires : la seule différence est qu’ils solderont les dépenses à l’administration avec leurs marchandises, sauf à elle à s’arranger comme elle l’entendra avec les chefs d’établissement. 2° Les dépenses de toilette et de maison : les travaux de menuiserie, serrurerie, peinture en bâtiment ; l’achat d’objets de luxe ou de nécessité ; les dépenses de médecin et de pharmacien. 3° Les travaux artistiques tels que les portraits et tableaux de famille en tous genres, etc. 4° Les annonces dans tous les journaux de Paris et des départements.

Selon Le Nouveau Monde [9], chaque souscripteur s’engage pour un minimum de 250 francs. La Banque des échanges délivre un papier-monnaie au souscripteur. Pour comprendre le système, Le Nouveau Monde donne quelques exemples concrets dont celui qui suit :

Un bijoutier, souscripteur de la banque, a besoin de meubles ; il s’adresse à l’administration, qui lui donne la liste de tous les ébénistes sociétaires ; il choisit celui ou ceux qui lui conviennent. Rendu chez l’ébéniste de son choix, il marchande le meuble, en débat le prix, et, tombé d’accord, il le paye avec les bons de la banque, qu’il a soin d’acquitter. L’ébéniste, souscripteur d’une obligation de mille francs, ayant livré au bijoutier pour une somme de deux cents francs de meubles, par exemple s’est acquitté de cette somme envers la banque ; comme il ne veut pas acheter de bijoux, il ne pourra donc faire l’échange direct avec le bijoutier ; mais il a besoin de drap pour couvrir des meubles, d’huile éclairer son magasin, d’habillements pour lui, sa femme et ses enfants, de pain, de viande, de vin, etc. ; il s’adresse alors à la banque, et présente les bons revêtus de l’acquit du bijoutier, constatant qu’il a livré pour une somme de deux cents francs en marchandises ; la banque le crédite, et lui remet à l’instant des bons à son nom pour une somme équivalente et au moyen desquels il se procurera chez des marchands souscripteurs les différents objets qui lui sont nécessaires.

La banque des échanges prélève 6 % sur les opérations accomplies, « droit d’intermédiaire et de commission ». Cependant Le Nouveau Monde convient que « les établissements de ce genre ne sont que des demi-remèdes, des demi-mesures […] le vrai remède, le salut de l’industrie et du commerce, ne réside que dans une nouvelle organisation sociale », même s’il se réjouit qu’« un certain nombre de fabricants, commerçants et artistes échangent réciproquement leurs marchandises, leurs produits, leur talent, leur travail ». L’idée de l’établissement est de Maurice de La Châtre, éditeur en 1840 de Fourier et son système, de Zoé Gatti de Gamond [10].
Wardecki en reste sociétaire au moins jusqu’en septembre 1839 selon le dernier numéro du Journal de la banque des échanges [11].

En 1840, Le Nouveau Monde annonce les changements d’adresse de « travailleurs de notre école » [12] : Wardecki s’installe 6 rue Vivienne à Paris. L’entrée de son commerce se fait par le passage Vivienne, n° 52. En mai 1841, avec « Me Wardecki », il souscrit pour la fondation du premier phalanstère d’enfants initiée par le groupe parisien du Nouveau Monde [13]. Chacun contribue pour 50 centimes. En 1843, il est recommandé par le journal. Il est établi 37 rue Croix-des-Petits-Champs [14]. Le 26 septembre 1845, il est placé en faillite. La Démocratie pacifique [15], qui relate l’évènement, ne mentionne aucunement son engagement phalanstérien. Il est alors installé 63 rue Rambuteau. Lorsqu’il effectue les démarches de reconstitution d’état civil en décembre 1874 pour lui-même, sa fille Stéphanie et son gendre Mohamed Ben Ayad, il est encore en activité, 10 rue de Greffulhe [16]. Son nom disparaît de l’Annuaire du commerce après 1875.