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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Autard de Bragard, (Gustave) Adolphe
Article mis en ligne le 19 mars 2008
dernière modification le 18 octobre 2013

par Fornasiero, Jean

Né le 1er décembre 1808 à l’île Maurice ; mort le 11 septembre 1876 à Paris. Avocat (puis magistrat) et planteur, il est connu pour ses actions humanitaires, ainsi que pour l’intérêt qu’il accorde aux questions agricoles et aux sciences naturelles. Il participe à la campagne fouriériste pour promouvoir la théorie de l’association à Maurice entre 1846 et 1851.

Né à l’île Maurice le 1er décembre 1808, Gustave Adolphe Autard de Bragard quitte son pays natal pour aller poursuivre ses études à Paris. En 1833, après avoir obtenu sa licence de droit, il revient à l’île Maurice, où il exerce comme avocat, avant de devenir magistrat. Il possède un domaine sucrier à Pamplemousses, qu’il quitte en 1840, avant de s’établir à Cressonville. En 1834, il épouse Louis Marie Antoinette Adèle Emmeline de Carcenac, née en 1817 à Port Louis. A cette époque, il s’occupe de son domaine de Pamplemousses, et il reste trace de ses activités de collectionneur de spécimens d’histoire naturelle. Bragard confirme avoir envoyé en 1835, 1836 ou 1837 « à la Société d’histoire naturelle un Merle huppé de Bourbon ‘Turdus cafer’ pris au Morne Brabant peu de temps après un coup de vent - aussi un autre oiseau tué à la Savane reconnu appartenir à une espèce de Madagascar. » [1]]
Au début des années 1840, les Autard reçoivent la visite d’un jeune poète, grâce à qui leur nom connaît une certaine célébrité dans le monde littéraire : Charles Baudelaire les rencontre lors de son séjour dans l’île Maurice en septembre 1841. Les Autard de Bragard sont ses hôtes à leur propriété de Cressonville (aujourd’hui disparue) et peut-être aussi à leur résidence à Port Louis (dans l’actuelle rue Georges Guibert). C’est à la demande d’Adolphe Autard que Baudelaire compose le célèbre sonnet intitulé « A une dame créole ». Composé à la Réunion lors de son voyage de retour, le sonnet est envoyé à son hôte le 20 octobre 1841 :

Mon bon Monsieur Autard,
Vous m’avez demandé quelques vers à Maurice pour votre femme, et je ne vous ai pas oublié. Comme il est bon, décent, et convenable, que des vers, adressés à une dame par un jeune homme passent par les mains de son mari avant d’arriver à elle, c’est à vous que je les envoie, afin que vous ne les lui montriez que si cela vous plaît [2].

Baudelaire ne revoit pas ensuite la belle dame, puisqu’elle meurt en 1857 sur le bateau qui l’emmène vers la France.

Madame Autard de Bragard, la "dame créole" de Baudelaire

A l’époque de la visite de Baudelaire, Autard s’intéresse à la politique, puisqu’il est partisan du mouvement pour établir une municipalité à Port Louis ; il plaide plus particulièrement la cause des régions rurales, dont celle des Plaines Wilhems. Il est aussi dans la mouvance fouriériste, puisqu’il est proche de Désiré Laverdant qui, converti à la doctrine en France, revient dans son pays natal où il tente des projets de réforme sociale avant de repartir définitivement pour la France en 1840. Autard est de ceux qui encouragent Laverdant à établir une école pour des enfants d’esclaves aux Plaines Wilhems. Dans La Phalange en 1842, Laverdant évoque longuement cette expérience, tout en remerciant ceux qui lui ont apporté des fonds et des encouragements, dont Autard de Bragard. Laverdant garde le meilleur souvenir de son compatriote à qui il rend hommage aussi dans L’Economiste français en 1869.

La maison d’Autard à Port-Louis

Autard est l’ami intime d’Evenor Dupont, qui fait partie, comme leur ami commun Laverdant, de l’équipe du Cernéen, journal fondé par Adrien d’Epinay pour défendre les intérêts des colons mauriciens et où Laverdant expose ses idées et ses projets phalanstériens au cours des années 1830. Mais c’est dans Le Mauricien, journal rival acquis un certain temps à la cause fouriériste qu’Evenor Dupont publie entre janvier et mars 1848 une série d’articles sous le titre « Excursion phalanstérienne dans l’île appelée Mauricheusse » sur sa tournée de propagande chez les planteurs mauriciens. Le 6 janvier 1848, il arrive chez les Autard de Bragard à Cressonville. Il raconte que son ami le reçoit

à bras ouverts, avec sa gracieuseté ordinaire, et de bonne compagnie. Mais je le soupçonne, malgré tout son esprit, et malgré son abonnement à La Démocratie pacifique, d’être peu phalanstérien. C’est une faiblesse qu’il faut lui passer. Il s’en guérira, comme tant d’autres [3].

En tout cas, cette faiblesse semble bien oubliée le 7 avril 1848 lorsqu’Autard assiste au banquet pour commémorer la naissance de Fourier. C’est lui qui porte un toast énergique à l’Agriculture, alors un secteur en difficulté à l’île Maurice :

A la régénération de l’Agriculture actuelle, si pauvre et si impuissante, trop souvent exploitée par l’ignorance et la routine, entravée par le morcellement... A l’avènement de l’Agriculture Sociétaire à Maurice ! Elle seule peut développer les ressources de notre colonie, elle seule peut rendre notre Maurice, cette terre commune que nous aimons, que nous chérissons tous, belle, heureuse et féconde, et lui faire répandre sur tous ses enfants, aujourd’hui ruinés, malheureux, mais non déshérités, l’abondance et la richesse [4].

Autard reste attaché à l’idéal associatif, car il est impliqué dans une tentative d’association industrielle avec Evenor Dupont en 1853 : il s’agit de la Société Séricicole, association qui n’atteint pourtant jamais le stade d’essai proprement fouriériste. Après la faillite de la Société, il ne reste plus de trace d’une activité militante chez Autard, même s’il démontre amplement son attachement à la justice sociale et aux réformes tant économiques que sociales en poursuivant sa carrière dans la magistrature.
Entre 1853 et 1857, Autard exerce le rôle de magistrat du district de la Savanne. Non seulement il est à l’origine des travaux d’infrastructure nécessaires au développement économique de la région, mais son action humanitaire pendant l’épidémie de choléra en 1854 reste gravée dans la mémoire de la communauté. Comme le rapporte Le Cernéen de 1856, il est infatigable dans ses efforts pour secourir les malades et leurs familles : « Il a visité toutes les propriétés, il a pénétré sous le toit enfumé du pauvre aussi bien que les demeures parées du riche. [5] »
Tout au long de sa vie, ce riche planteur s’intéresse aux questions agricoles, auxquelles il consacre quelques études, notamment un ouvrage sur la canne à sucre en 1852, couronné par la Société Royale des Arts et des Sciences de l’île Maurice. D’ailleurs, il est membre de la Société d’histoire naturelle de l’Ile Maurice, devenue la Société Royale en 1846. Son nom est inscrit sur l’obélisque Liénard du jardin de Pamplemousses en raison de ses nombreuses activités au service de l’agriculture (voir le document ci-dessous).

L’obélisque Liénard
Cliché J. Fornasiero

En 1869, après l’inauguration du canal de Suez, Ferdinand de Lesseps épouse à Ismaïlia la fille d’Adophe Autard de Bragard, Louise-Hélène (1848-1909), qui lui donne douze enfants. Autard profite de cette alliance et de son séjour égyptien pour approfondir ses connaissances de l’Egypte, comme le révèlent les écrits des dernières années de sa vie.
Il meurt à Paris Le 11 septembre 1876 et son corps est ramené à Maurice. Il est inhumé, aux côtés de son épouse, au cimetière de Pamplemousses.


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Les sectes suffisent à elles seules à guider la politique humaine dans le labyrinthe des passions
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