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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Pancin, (Jean Dominique) Camille
Article mis en ligne le 7 juillet 2026

par Desmars, Bernard

Né le 8 février 1810 à Vallabrix (Gard), décédé le 25 janvier 1889 à Saint-Hippolyte-de-Montaigu (Gard). Médecin, maire de Saint-Hippolyte-de-Montaigu. Abonné à La Science sociale et au Bulletin du mouvement social  ; souscripteur de la Maison rurale d’expérimentation sociétaire de Ry (Seine-Inférieure, auj. Seine-Maritime).

Camille Pancin est le fils d’un propriétaire, maire de Saint-Hippolyte-de-Montaigu sous le Premier Empire et pendant les premières années de la Restauration. Il fait des études de médecine à Paris, où il soutient une thèse en 1838 [1].

Maire et médecin homéopathe

Il s’installe ensuite dans le Gard, à Uzès ou dans la commune voisine de Saint-Hippolyte-de-Montaigu dont il est maire à partir de 1840 ; il occupe encore cette fonction lors de son mariage en 1847, mais est alors domicilié à Uzès d’après l’acte d’état civil. Il épouse la fille d’un négociant de Pont-Saint-Esprit. Des enfants naissent à Uzès en 1848, 1849 et 1850. Il reste maire de Saint-Hippolyte-de-Montaigu jusqu’au début de l’année 1852 [2].

Il est médecin homéopathe et collabore à la revue Bibliothèque homœopathique  ; il lui envoie des articles dans lesquels il fait le récit de traitements qu’il a effectués auprès de malades, dans les environs d’Uzès, puis à Aramon (Gard) où il est chargé à partir de 1865 du service médical de l’hôpital [3]. À la fin des années 1860, il rejoint Caveirac (Gard).

Soutien de la Maison rurale d’expérimentation sociétaire

Il apparaît dans la documentation sociétaire sous le Second Empire : son nom figure dans un répertoire d’adresses établi pendant cette période [4]. Il est en relation à la fin des années 1860 avec l’École sociétaire et est abonné à La Science sociale [5]. Ce périodique cesse de paraître en août 1870. Adolphe Jouanne, le fondateur de la Maison rurale d’expérimentation sociétaire à Ry (Seine-Inférieure), un établissement d’enseignement appliquant quelques principes fouriéristes, commence alors la publication d’un bulletin, dont il souhaite faire l’organe du mouvement fouriériste en même temps qu’un instrument de promotion de son institution éducative. Après la signature le 28 janvier 1871 de l’armistice entre le gouvernement français et l’Empire allemand, Pancin envoie une lettre à Jouanne :

J’espère que la paix sortira de l’armistice. Ce sera alors le moment de faire tous nos efforts pour prévenir de nouveaux malheurs et mettre enfin la pauvre humanité dans la voie de sa destinée. Pour cela le concours et la bonne entente de tous les membres de l’École sociétaire ne seront pas de trop. Il me semble qu’il y aurait deux choses à faire. 1° Tenter un essai surtout avec des enfants, qui sont sans préjugés, qui se laissent facilement entraîner par l’impulsion de la nature, dont l’enthousiasme est facile à exciter ; 2° Fonder un grand journal politique, où toutes les questions actuelles seraient largement traitées au point de vue de l’organisation sociale [6].

Dans une autre lettre adressée à Jouanne, il loue « la puissance de la série et de l’attraction », les « lois naturelles qui servent de fondement inébranlable à la science de Fourier » comme l’analogie, la solidarité ;

Ah ! c’est de la science de Fourier que l’on peut s’écrier : les portes de l’enfer, c’est-à-dire de l’ignorance, ne prévaudront jamais contre elle.

Vous pouvez donc, cher condisciple, marcher hardiment dans la voie où vous vous êtes placé ; vous pourrez rencontrer des difficultés, des obstacles, mais vous en triompherez, et un brillant succès couronnera, tôt ou tard, vos efforts [7].

Pancin apporte sa contribution financière à l’œuvre de Jouanne : au moins 126 francs, en quatre versements entre 1871 et 1875 [8].

Pour la propagande sociétaire

Parallèlement aux initiatives de Jouanne, le centre sociétaire parisien tente de se réorganiser au printemps 1872. Lors d’un congrès phalanstérien, les fouriéristes prévoient la constitution d’une nouvelle société, qui remplacerait celle créée en 1866 pour exploiter la Librairie des sciences sociales, et la publication d’un nouvel organe. Pancin annonce son intention de prendre une action de la société et un abonnement pour le périodique [9]. Finalement, le projet de nouvelle société est abandonné ; mais le Bulletin du mouvement social paraît à partir de la fin de l’année 1872. Pancin s’y abonne, mais lui fait un accueil assez réservé et formule plusieurs propositions afin d’améliorer la propagande fouriériste : il suggère tout d’abord de remplacer le « bulletin tout à fait insuffisant et qui n’est lu que par quelques rares partisans de la doctrine de Fourier » par « un grand journal hebdomadaire qui, non seulement traiterait de la science sociale, mais encore ferait connaître aux lecteurs tout ce que la presse politique, littéraire, scientifique, philologique, religieuse et même commerciale, produirait de plus intéressant » ; cela permettrait, assure-t-il, d’avoir « un nombre très respectable d’abonnés ».

Par ailleurs, selon lui, « dans la littérature phalanstérienne, il y a plusieurs lacunes regrettables » :

Un dictionnaire où serait exposée, article par article, toute la science sociale, avec tous les développements nécessaires, serait un ouvrage de propagande très utile. Il y a peu d’hommes qui veuillent ou qui aient le temps d’étudier une science dans tous ses détails ; mais il n’est pas un homme qui, entendant une discussion, n’ait recours à un dictionnaire pour l’édifier sur [...] la vérité ou l’erreur de ce qu’il vient d’entendre, d’où l’utilité d’un dictionnaire. Un autre ouvrage très utile serait l’énonciation très détaillée des profits, ou avantages économiques de toute sorte que serait une commune organisée d’après le système de Fourier ; ce livre devrait exposer l’organisation phalanstérienne en quelques mots, écarter tout ce qu’il y a de scientifique et insister surtout sur les avantages de cette organisation. Un pareil livre devrait être à très bon marché et être répandu à profusion parmi le peuple et surtout dans toutes les sociétés coopératives, il est probable que bientôt le peuple, goûtant les idées, ne refuserait pas son obole (cinq centimes par mois je suppose) pour faire une expérience ; ce que les millionnaires, les rois, les aristocrates ne veulent pas faire, il serait beau de le voir tenter et réaliser par les déshérités de ce monde [10] !

Il considère que « Destinée sociale par Victor Considerant est un livre excellent, mais à refaire … » sans préciser pourquoi. Enfin,

Un autre ouvrage qui serait fort utile pour la propagande de la science que nous a léguée l’immortel Fourier, serait un Traité de l’analogie universelle ; cela regarde naturellement M. Toussenel, un pareil ouvrage écrit par la plume élégante et spirituelle de notre [mot illisible] condisciple, serait je crois bien accueilli par les savants ; or, la science analogique mène tout droit, inévitablement à l’étude des ouvrages de Fourier …

Dans la même lettre, il commande un volume des manuscrits de Fourier [11].

L’ancien saint-simonien Lemonnier ayant reproché aux fouriéristes de renoncer à bâtir un phalanstère, il soumet à ses condisciples la proposition suivante : « La France compte quarante millions de familles, faisons une souscription à un franc par famille. Nous aurions dix millions pour faire un essai ». Lui-même est prêt à verser 20 francs [12].

Vers le milieu des années 1870, Pancin quitte Carveirac pour Nîmes afin d’aller soigner un ami, gravement malade [13]. Au début des années 1880, il cesse d’exercer la médecine et s’installe avec sa femme à Saint-Hippolyte-de-Montaigu [14]. Il ne semble plus avoir de liens avec le mouvement fouriériste ; son décès en 1889 n’est pas mentionné dans La Rénovation, le périodique fouriériste qui paraît alors.