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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Ledru, Camille
Article mis en ligne le 7 juillet 2026

par Desmars, Bernard

Né le 10 août 1818 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), décédé le 18 mars 1898 dans le neuvième arrondissement de Paris (Seine). Ingénieur au service de l’administration des ponts et chaussées, puis de la Compagnie des chemins de fer de l’Est. Membre d’un groupe phalanstérien à Strasbourg sous la Seconde République ; abonné au Bulletin du mouvement social dans les années 1870 ; souscripteur de la Maison rurale d’expérimentation sociétaire à Ry (Seine-Inférieure, aujourd’hui Seine-Maritime).

Camille Ledru est le fils d’un architecte de Clermont-Ferrand. Après ses études secondaires, il entre en Mathématiques spéciales au collège Charlemagne à Paris. En 1836, il est admis à l’École polytechnique. Deux ans plus tard, il rejoint l’École des ponts et chaussées [1].

Ingénieur des ponts et chaussées et fouriériste à Strasbourg

Il est envoyé en 1840 en Alsace, pour travailler à la régularisation du cours du Rhin, à Neufbrisach d’abord, puis à Strasbourg à partir de 1847. Cette même année, il se marie avec Françoise Coralie Guibal, la fille d’un avoué de Nancy ; deux jumeaux naissent en septembre 1848.

Sous la Deuxième République, Ledru est vice-président du bureau du « club de l’hôtel du Rhin » à Strasbourg, une association qui a « pour but la discussion des questions politiques et sociales » [2]. Cette société, d’après une lettre d’un de ses membres au préfet, prolonge les activités d’un groupe fondé « un an et demi avant la révolution de Février [soit dans l’été 1846] dans le but de faciliter la propagation pacifique des doctrines phalanstériennes et d’offrir aux partisans dévoués de l’École sociétaire l’occasion de se voir, d’échanger leurs idées et d’abord l’étude des questions pratiques ou de transition ». Puis, après février 1848, ce groupe prend le nom de « Club des démocrates socialistes » ; tout en poursuivant les mêmes buts, il « élargit les cadres de son programme en admettant l’examen et la discussion des différentes théories sociales et des questions politiques qui surgissaient à chaque instant par la marche rapide des événements ». Alors que les associations et les réunions sont soumises à une surveillance policière plus rigoureuse à partir de l’été 1848, les dirigeants du club indiquent que

la société, quant à son esprit, est plutôt une académie qu’un club politique. Son but, c’est l’instruction réciproque par l’enseignement par la discussion. Elle s’occupe beaucoup des questions politiques, plus de l’étude des questions sociales et surtout de celles qui présentent un côté pratique. La Société n’a jamais pris une part active aux événements de la vie publique et s’est toujours tenue éloignée de toute coterie et de tout aspect de parti [3].

Au service de la Compagnie de l’Est

En 1853, il obtient un congé illimité du ministre des Travaux publics, afin de rejoindre la Compagnie des chemins de fer de l’Est dans laquelle il est nommé ingénieur principal [4]. Il réside à Langres où une fille naît en 1854. Il construit une section importante de la ligne Paris-Mulhouse, ainsi que plusieurs lignes en Haute-Marne et Haute-Saône [5].

Il reçoit la Légion d’honneur en 1861. La même année, il rejoint les bureaux parisiens de la Compagnie de l’Est ; il prend la tête du « Service de la voie et des travaux neufs » pour tout le réseau de l’entreprise [6]. Son activité est très importante : de 1861 à 1888, il fait construire 2000 kilomètres de lignes nouvelles et 1800 kilomètres de secondes voies ; il transforme la plupart des gares importantes ; il organise l’entretien des voies afin qu’elles supportent l’augmentation du poids des machines et de la vitesse des trains [7].

Selon l’administration des ponts et chaussées, il jouit d’une « fortune médiocre » [8]. Les rapports de ses supérieurs sont particulièrement élogieux ; son « instruction technique et administrative » est tout à fait « supérieure » ; il « dirige avec un grand talent les services de la voie et des travaux » ; son éducation est « parfaite » ; son caractère « excellent » ; son « exactitude et [sa] régularité dans le service » sont « complètes », son « zèle et [son] activité » sont « sans limites » ; sa « tenue » est « très bonne », sa « conduite privée » est « excellente » ; quant à ses « rapports avec les supérieurs, avec les subordonnés, avec les autorités [et] avec le public », ils sont « parfaits » [9]. Son inspecteur des ponts et chaussées est particulièrement élogieux :

M. Ledru est un des meilleurs ingénieurs que je connaisse. Doué d’un esprit droit et éclairé, il est en outre très laborieux et très actif.

Il dirige son service avec beaucoup d’intelligence, et comme il se montre à la fois ferme, juste et bienveillant, il possède l’estime et l’affection de son nombreux personnel [10].

En 1870, après la déclaration de guerre, il crée un corps franc des chemins de fer, avec près de 2 000 ouvriers, pour lutter contre les Prussiens et leurs alliés ; mais ces hommes sont bientôt enfermés avec l’armée de Bazaine dans une ville de Metz assiégée par les Prussiens ; ils ne peuvent finalement se rendre utiles [11]. Camille Ledru reçoit en 1872 la croix d’officier de la Légion d’honneur sur le rapport du ministre de la Guerre.

Un soutien discret au mouvement fouriériste

Alors qu’on ne l’a pas vu participer aux activités de l’École sociétaire dans les années 1850 et 1860, il reprend contact avec ses condisciples dans les années 1870. En 1872, tandis que certains fouriéristes envisagent la constitution d’une nouvelle société pour réorganiser le mouvement fouriériste, nettement affaibli après la suspension de ses activités pendant près de deux ans, il se déclare prêt à prendre des actions dans la nouvelle structure [12] ; mais le projet est finalement abandonné. Un périodique est créé, le Bulletin du mouvement social, auquel il s’abonne [13]. En 1876, il envoie 120 francs à la direction de la revue, soit une somme bien supérieure à celle d’un abonnement ; l’excédent doit servir à soutenir l’existence du journal et à financer « deux abonnements que vous enverrez chaque mois à des personnes différentes pour provoquer les souscriptions » [14].

Il apporte aussi son soutien financier à la Maison rurale d’expérimentation sociétaire, un établissement scolaire fondé par Adolphe Jouanne afin de mettre en pratique certains principes éducatifs de Fourier. Il n’est pas toujours facile de distinguer, dans les comptes publiés dans le Bulletin de la Maison rurale les nouveaux apports et les rappels des sommes antérieurement reçues ; de plus, on ignore si les sommes souscrites ont effectivement été versées. En tout cas, le montant s’élève à plusieurs centaines de francs et vraisemblablement à plus de 1000 francs [15].

Mais il ne participe pas aux banquets organisés chaque 7 avril dans les années 1870, 1880 et 1890 pour célébrer l’anniversaire de la naissance de Charles Fourier. Il ne semble d’ailleurs pas avoir prolongé son effort en faveur de l’École sociétaire au-delà de la fin des années 1870. En tout cas, il n’est pas membre de la Ligue du progrès social qui, à partir du milieu des années 1880, constitue la nouvelle organisation phalanstérienne ; et son nom n’apparaît pas parmi les souscripteurs de la statue de Fourier ou parmi les abonnés de La Rénovation, le nouvel organe sociétaire à partir de 1888.

Alors que pour l’administration des ponts et chaussées, il est placé en retraite en 1880, avec le grade d’ingénieur en chef de 2e classe, il continue son activité au sein de la Compagnie de l’Est jusqu’en 1888 ; selon un article paru peu après sa mort, Ledru a été « un constructeur remarquable qui a présidé à l’établissement de la plus grande partie du réseau de l’Est » [16]. Après avoir quitté la direction des travaux, il reste ingénieur-conseil de la société, jusqu’à son décès en 1898, deux années après celui de sa femme.