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Peiffer, Julien
Article mis en ligne le 10 mai 2026

par Sosnowski, Jean-Claude

Né le 28 ventôse an IV (18 mars 1796) à La Courneuve (actuellement Seine-Saint-Denis). Décédé le 10 janvier 1868 à Orléans (Loiret). Menuisier, architecte, agent-voyer puis conducteur des ponts et chaussées. Membre du groupe du Nouveau Monde, auteur d’un projet de Maison sociétaire, participant à la colonie de Cîteaux.

Julien Peiffer [1] est le fils de Madeleine Rosert et de Nicolas Peiffer régisseur de la ferme de Merville à La Courneuve, propriété des témoins de la déclaration de sa naissance, le notaire Pottier et sa femme Madeleine Eugénie Julie Poncet. Le 28 avril 1817, lors du décès de son père, employé de l’octroi à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Julien Peiffer est menuisier. Le 22 mai 1828, à Paris, il épouse Célestine Zélie Guerard née le 21 janvier 1817. L’union religieuse a lieu église Saint-Sulpice. Selon l’acte reconstitué, il est dit entrepreneur de maçonnerie, demeurant 58 rue Saint-Nicolas d’Antin ; cependant il est listé comme menuisier en bâtiment dans le Répertoire du commerce de Paris de l’année 1828 et celui de l’année 1829. Son épouse est la fille de Jean Cyprien Guerard, architecte et commissaire voyer et de Jeanne Tollon. Les témoins sont son beau-frère Théodore Malé [2], instituteur demeurant à Saint-Denis, son frère Jean Nicolas Peiffer, marchand de vins à Paris 34 rue Saint-Thomas du Louvre [3], deux frères de l’épouse Jean Marie Victor Guerard, sous-chef à la préfecture de police et Louis Jean Francisque Guerard entrepreneur de charpente demeurant à Paris.
Le couple a au moins sept enfants. Julia Adèle, née à Paris le 8 mai 1829. Eugénie Hortense, née à Paris le 17 juin 1830, couturière lors de son décès le 14 juin 1895. Ernest Cyprien né à Paris le 14 août 1831, employé des chemins de fer de Lyon et résidant à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or) lors de son mariage à Paris en 1861. Édouard Gustave né le 27 janvier 1832 à Paris, décédé le 7 septembre 1836 à Gambais. La perte de cet enfant conduit les parents à faire baptiser leurs deux filles le 28 septembre 1836, dans l’église de Gambais (Seine-et-Oise) [4], et probablement leurs frères Ernest Cyprien et deux autres qui naissent dans cette commune proche de Condé-sur-Vesgre, Georges Émile, le 10 août 1835, menuisier lors du mariage de son frère Frédéric Jules Adolphe en 1868 ; ce dernier est né le 25 septembre 1836. Dans tous les actes d’état civil de naissance de ses six premiers enfants, Julien Peiffer est qualifié d’architecte. Enfin naît à Paris vers 1852 et décède le 17 juillet 1875 à Yzeure (Allier), une fille, Marie.
À Gambais, le couple réside avec l’un des frères de Célestine Zélie Guerard, Armand.

« Un des premiers disciples et amis de notre maître » [5]

En avril 1840, il est présenté comme l’« un des premiers disciples et amis » de Charles Fourier sans qu’on puisse déterminer quand la rencontre a pu avoir lieu. Son engagement s’est cependant exprimé à Condé, sans que les sources permettent de déterminer quel fut son rôle exact et jusqu’à quand a duré son investissement dans la colonie sociétaire même si on peut présumer qu’il s’y investit jusqu’à la première liquidation datée d’avril 1836. Il est encore présent aux environs de Condé, à Gambais en septembre 1836. En janvier 1842, il rappelle cette expérience sociétaire à Victor Considerant alors que leur relation avait été à cette époque conflictuelle ; il lui écrit :

j’espère que mon nom n’est pas entièrement effacé de votre mémoire et que nos querelles d’écoliers à Condé ne vous auront laissé aucune prévention fâcheuse qui vous empêche de croire à la loyauté et à la sincérité de mes paroles et de l’affection que je vous porte [6].

Les dissensions ont cependant perduré. Après son séjour à Gambais, Peiffer et sa famille rejoignent Paris. Il est durant « 2 ans employé en service extraordinaire des eaux de Paris » [7] sous les ordres de l’ingénieur en chef Mary qui l’avait, écrit-il « placé ».
Peiffer côtoie les disciples de Fourier groupés autour de Jan Czynski et le journal Le Nouveau Monde, groupe contestant l’autorité de Victor Considerant et du groupe réuni autour de La Phalange.

Réalisateur, membre actif du groupe parisien du Nouveau Monde

Peiffer prend une place prépondérante au sein du groupe du Nouveau Monde. Il est désigné comme membre du comité de surveillance de la souscription phalanstérienne lancée en janvier 1840. Il en devient président [8]. Il préside le banquet que le groupe organise pour l’anniversaire de la naissance de Fourier en avril 1840 [9] et également le « banquet phalanstérien et populaire » [10] de Belleville donné le 12 avril 1840 pour les travailleurs de l’École sociétaire qui n’auraient pu assister au banquet anniversaire du 7 avril. « Nos poètes et nos chanteurs s’y feront entendre » déclare Le Nouveau Monde. Il préside de nouveau le banquet populaire du 7 juin 1840 lors duquel il prononce un discours vantant le succès de la publication du Nouveau Monde dont le groupe célèbre le premier anniversaire. Il souligne le rôle de son fondateur Jan Czynski. Avec d’autres (S. D., M. Robert, Simon Blanc, de Bonnard, de M. Diego de Sainte-Ursule, Armand) et son épouse, il souscrit pour « soixante abonnements [au Nouveau Monde à] faire servir dans différents ateliers de Paris » [11]. Il est de ceux qui contribuent à la souscription phalanstérienne initiée par Jamain afin d’éditer des publications sociales et populaires au profit de cette souscription [12]. En juillet 1840, c’est en tant que « l’un des présidents » [13] du groupe des travailleurs de Paris qu’il s’adresse aux travailleurs de Belgique, où le groupe du Nouveau Monde étend la propagande phalanstérienne populaire. En octobre 1840, lors de la réunion organisée sur la tombe de Fourier pour l’anniversaire de son décès, il retrace les progrès de l’école phalanstérienne au cours de l’année [14]. En novembre lors du renouvellement du comité de la souscription en vue de fonder le premier phalanstère, il cède la présidence à Harmant (ou Armand). Il en reste cependant vice-président aux côtés de Simon Blanc. Il est confirmé dans cette fonction lors du renouvellement de février 1841 [15], cette fois aux côtés d’Émile Gauché. Dès juillet 1840, il est annoncé comme directeur de la nouvelle revue Le Premier Phalanstère, « feuille destinée à servir de point de ralliement aux praticiens de notre école. Elle examinera tous les projets de réalisation, rendra compte de l’état de la souscription et tâchera d’être utile aux artistes et aux travailleurs de notre école » [16]. Le premier numéro est attendu pour le 15 janvier 1841 [17]. Peiffer est parmi les premiers contributeurs à la souscription et verse 41 francs [18]. Quelques jours plus tôt, il s’est adressé à Victor Considerant tentant probablement de l’impliquer dans ses projets de réalisation. Victor Considerant décline la proposition :

en le faisant je contreviendrais à une règle que je me suis imposée et que je n’ai jamais abandonnée, elle consiste à observer une grande réserve à l’égard des choses phalanstériennes qui se passent en dehors de la direction de la Phalange et pour employer une locution qui exprime bien ma pensée, à éviter d’y mettre le nez [19].

Durant toute cette période, il est référencé comme architecte, 57 rue du faubourg du Roule [20], - l’adresse du Château Beaujon ; c’est l’une des adresses où le groupe du Nouveau Monde se réunit pour ses festivités musicales et littéraires [21] - puis 25 rue Traversière-Saint-Honoré à Paris [22].

Projet de Maison sociétaire

En août 1840 [23], Julien Peiffer est annoncé comme devant diriger un établissement au capital de 700 000 francs. L’Almanach social pour l’année 1841 le présente comme l’auteur d’un projet de « Maison sociétaire » [24]. Le Nouveau Monde précise que ce « Ménage sociétaire » pour 100 personnes, œuvre d’un ami de la cause, est le fruit d’« un plan si heureusement combiné », - à la différence de celui de Harel, qui « n’avait pas toutes les conditions requises pour tout un plan d’établissement » -, qu’il a trouvé de suite une propriété et les capitaux nécessaires pour sa réalisation ; subsistent néanmoins « quelques difficultés hypothécaires » [25] qui retardent cette réalisation. Les statuts de cet établissement situé « à Paris, dans le plus bel emplacement des Champs-Élysées, au milieu d’un jardin de 5 arpens [sic], planté à l’anglaise », sont publiés dans le numéro suivant du Nouveau Monde [26]. La maison sociétaire doit comprendre :

Article 1er.- […] cent logements commodes, divisés en quatre catégories, savoir : A.- Dix appartemens [sic] de deux pièces et un cabinet pour une seule personne. B.- Vingt-six appartemens semblables pour deux personnes habitant ensemble. C.- Seize appartemens d’une chambre et un cabinet pour une personne D.- Vingt-deux chambres seules pour une personne.

Les espaces communs complètent l’offre, « le ménage sociétaire a donc le double avantage d’éviter les désagrémens [sic] de la vie isolée, d’économiser le temps et d’offrir des jouissances variées avec les dépenses les plus modérées » :

Jouissances communes. Art. 2. - Une chapelle, un grand salon de réunions, une bibliothèque et un cabinet de lecture, un salon de travail pour les dames, un parloir, un salon de compagnie, des salles à manger grandes et petites, un jardin de cinq arpens [sic], planté à l’anglaise, des kiosques, des terrasses, des salles de bains, un garde-meuble, une pharmacie, etc. Toute la maison sera chauffée par calorifères, éclairée par le gaz. L’eau chaude et froide y circulera selon les besoins.

La maison sociétaire sera composée de 100 sociétaires-locataires de quatre catégories au prix allant de 1290 à 2200 francs annuels ; « les enfants au-dessus de six ans sont admis en ajoutant 250 francs par enfant » :

Le prix de chaque catégorie comprend : le loyer, les contributions, le dîner composé d’un potage, de trois plats et d’un dessert, le blanchissage, les bains, le service, l’éclairage et le chauffage, les intérêts et l’amortissement du capital.

Afin de garantir les paiements, les locataires sociétaires sont tenus de détenir selon leur catégorie au moins une action pour les deux premières, une demi action pour les autres. Elles rapporteront 5 % d’intérêt et 2 % de prime à leur propriétaire. Plus le capital sera amorti, moins la somme des intérêts et des primes sera importante :

l’économie qui en résultera, sera partagée chaque année en trois parties, la première destinée à augmenter les agrémens [sic] de l’établissement et à récompenser les services des employés de la maison. La seconde consacrée à venir en aide aux sociétaires tombés malades et aux locataires vieillis [sic] dans la maison sociétaire au cas de besoin ; et enfin la troisième destinée aux propriétaires de ce projet représentés par M. Julien Peiffer, architecte.

La société est constituée pour 23 ans avec possibilité de prolongation lors d’une assemblée générale devant se tenir deux ans avant la dissolution.

Le projet paraît bien avancé. Il est précisé que « les modifications nécessaires pour rendre la propriété propre à constituer la maison sociétaire n’exigent que soixante jours de travaux. Il ne s’agit donc que de compléter le nombre fixé de locataires pour que cet établissement soit occupé cette année même ». Les personnes intéressées par le projet sont invitées à s’adresser à Julien Peiffer, architecte, au Château Beaujon, 57 Faubourg-du-Roule ; à M. Moreau, 4 bis rue Choiseul ou M. Sully de Leiris, avocat, 6 rue Montmartre et au bureau du Nouveau Monde.

Quelques mois auparavant, on pouvait lire dans la presse une annonce de la vente du

grand parc et des dépendances de la Folie Beaujon, de la contenance de 6 hectares 50 ares entre les Champs Élysées et le faubourg du Roule, en 82 lots dont une grande partie est couverte d’arbres de toute espèce. Cette propriété, située dans le quartier le plus beau et le plus sain de tout Paris, offre tous les avantages aux personnes qui désirent avoir des habitations indépendantes à peu de frais. Chaque lot est assez grand pour y construire une maison avec jardin. Les prix varient depuis 8,000 fr., 20,000 fr., 30,000 fr. et au-dessus. […] Pour voir les différents lots, s’adresser, sur les lieux, à M. Peiffer […] [27].

Le Château Beaujon et les propriétés avoisinantes sont l’objet d’une spéculation immobilière à la fin des années 1830. Depuis le 27 février 1840 [28], la propriété appartient à l’ancien député (1er octobre 1831 au 25 mai 1834) Jean Raphaël Bleuart qui s’est engagé dans une fructueuse opération financière. Non content de cette première opération de lotissement, le 10 décembre 1840, il acquiert un immeuble mitoyen, « important établissement d’éducation » :

l’hôtel du Bel Respiro, situé 86, avenue des Champs-Élysées, entre l’avenue Chateaubriand et le chemin de ronde, à deux pas de la barrière de l’Étoile […]. La propriété comprenait, outre un corps de logis principal haut de deux étages et terminé par deux pavillons en saillie, plusieurs bâtiments assez considérables, dont une chapelle, et un vaste jardin - en tout plus de 17,000 mètres carrés, limités sur le devant par les Champs-Élysées, à droite par le quartier Beaujon, à. gauche par le chemin de ronde et le passage ou avenue Sainte-Marie, au fond par les jardins de la Chartreuse et du couvent de Notre-Dame. La maison du Bel-Respiro et ses dépendances furent payées par Bleuart 375,000 francs [29].

Difficile d’affirmer quelle opération immobilière correspond à celle du projet de maison sociétaire, mais la superficie et le descriptif de la propriété de l’hôtel du Bel Respiro semblent correspondre au projet. Sans qu’il soit possible de déterminer le lien qui unit Peiffer à Bleuart, cette proximité explique sans doute que Peiffer se soit saisi de cette opportunité pour proposer cette nouvelle tentative de réalisation sociétaire.

Comme nombre de projets de réalisation sociétaire, celui-ci avorte avant même un début de commencement et semble enfoncer Peiffer et sa famille dans les difficultés. Le projet de colonie sociétaire de Cîteaux mené par Arthur Young paraît être une échappatoire. Arthur Young lui fait « une avance [de 6 700 francs] pour retirer sa famille de l’état de misère où elle se trouvait à Paris » [30].

Colon de Cîteaux

Peiffer arrive à Cîteaux le 20 septembre 1841, sa famille le 20 octobre suivant [31]. Les autorités le considèrent dans les premiers temps comme dirigeant le projet. Il « est parti dans le cours du mois de septembre dernier, avec des ouvriers qu’il avait embauchés de différents côtés pour les conduire à Cîteaux où se fonde un phalanstère, dont il doit être le chef » [32]. Le préfet de la Côte-d’Or Nau de Champlouis détient des informations : « le sieur Peiffer m’est présenté comme un honnête homme, ne manquant même pas de capacités, mais poussant jusqu’au fanatisme les idées souscrites » [33]. À défaut d’être le chef du projet, Peiffer agit dans la proximité d’Arthur Young ; il participe avec Young et Marcel Monnier à un entretien avec le préfet en novembre 1841 [34]. Mais cette proximité est de courte durée.
Le 6 janvier 1842, Peiffer de retour à Paris avec sa famille, demande à rencontrer Victor Considerant pour l’informer de « ce qui s’y est passé pendant mon séjour, ce qui a déterminé mon départ, la conduite que l’on y a tenue à mon égard et à l’égard de la famille de Mr Dollfus qui en revient avec moi ainsi que l’opinion de MMrs Oudot et Naudot (Nodot) de Dijon qui vous paraissent très attachés doivent [sic] vivement vous intéresser tant sous les rapports des personnes que sous celui des actes qui s’y passent » [35]. Arthur Young de son côté dresse un autre tableau de la situation à Victor Considerant : « [la] conduite [de Peiffer] et celle de sa femme avaient excité tant de mécontentement et de désapprobation parmi les autres sociétaires que je me trouvai dans la nécessité de recourir à l’expulsion dans l’intérêt du service général » [36]. Les dissensions couvaient depuis plusieurs semaines. Arthur Young ajoute que depuis deux mois, Peiffer « avait été suspendu de ses fonctions » [37] tout en continuant à bénéficier gracieusement de l’habillement et de la nourriture. Après quelques jours à Dijon où il rencontre Oudot et Nodot et tente de « faire tout le scandale possible » [38], Peiffer et sa famille gagnent donc Paris avec l’aide financière d’Oudot mandaté par Arthur Young. Lors de son séjour à Cîteaux, Peiffer a reçu une affectation d’agent-voyer à Orléans [39].

Agent-voyer à Orléans

En janvier 1842, Peiffer et sa famille se trouvent dans une position désastreuse. Logés dans un hôtel parisien, leur situation financière déjà fort compromise, ne fait que se détériorer. Le 25 janvier 1842, alors qu’il aurait dû prendre son service, il ne peut toujours pas se rendre à Orléans, sa femme étant souffrante. Victor Considerant lui avance la somme nécessaire à son voyage et celui de sa famille et au règlement des frais d’hôtel. Peiffer plus conciliant « reconna[ît] s’être trompé sur [le] caractère [de Young], […] il regrett[e] les plaintes que sa triste position et son expulsion lui avaient fait proférer, […] il renonc[e] à toute idée de menace et de poursuite et […] s’en remet […] à [la] générosité [de Young] » [40] qui lui avait gracieusement proposé 1 000 francs en plusieurs versement à son départ ainsi que la prise en charge de son voyage et celui de sa famille [41].
Quelques mois plus tard, il explique à Victor Considerant les circonstances de son parcours professionnel : son supérieur au service des eaux de Paris, l’ingénieur en chef Mary, lui « a donné une très bonne apostille sur les demandes [qu’il] faisai[t] au sous-secrétaire d’État pour être admis comme conducteur des Ponts et chaussées dans un des services de Paris ou des environs (on commençait les fortifications) » Il poursuit :

[…] recommandé par M. Robin, par plusieurs personnes [...] M. Edmond Blanc [42] m’avait fortement appuié [sic] auprès de M. Legrand [43] ; et cependant, au lieu d’être nommé à Paris comme je le demandais, on m’a envoyé ici, dans toute autre circonstance que celle où je me trouvais à Citeau [sic], ou ma nomination m’est parvenue, je n’aurais pas accepté cet emploi. […] depuis 12 ans que je ne tiens pas en place, je ne fais guère mes affaires […], mais il me faut de l’avancement. Je suis de 3e classe aux appointements fixes de 1000 francs, […] avec mes 6 enfants […] il y a à peine de quoi nous empêcher de mourir [44].

Peiffer espère un avancement rapide et sollicite le soutien de Victor Considerant, car poursuit-il, « les personnes qui se sont occuppé [sic] de moi d’abord ont fortement blamé [sic] mon départ précipité pour Citeau [sic] et qu’elles sont maintenant peu disposées à me servir ». Victor Considerant lui avait déjà proposé son soutien en janvier 1841 : « si je pouvais vous être de quelque utilité dans la carrière que vous allez reprendre, j’ai quelques amis dans les Ponts et Chaussées et je vous prierai de vous adresser à moi » [45]

À son arrivée à Orléans fin janvier 1842, Peiffer, sur la recommandation de Considerant, toujours prompt à arranger les choses, doit entrer en contact avec probablement les deux seuls phalanstériens de la ville [46], Chevalier « qui a eu l’obligeance de [lui] prêter un bon nombre de Phalanges » et Gabin, qu’il n’a pu encore rencontrer en mai, son activité professionnelle ne lui en ayant pas laissé ce loisir. Malgré les évènements Peiffer réaffirme son engagement auprès de Victor Considerant :

Je vous prie, Monsieur, de vous rappeler dans l’occasion que vous avez ici une famille entière de gens probres [sic] et dévoués ayant une foi entière dans les vérités découvertes par Ch. Fourier et qui sera heureuse d’être appellé [sic] dans tout essai où l’on voudra franchement marcher dans les voies que la science sociale enseigne [47].

Les enfants Peiffer ne paraissent pas, malgré les propos de leur père, avoir eu un engagement phalanstérien après leur séjour à Cîteaux. Si le nom de Peiffer est inscrit dans un répertoire d’adresses de la librairie des Sciences sociales, le « répertoire Noirot » [48] établi au cours des années 1860, Peiffer paraît être resté en retrait de toute activité phalanstérienne ; il réside alors 16 rue Bannier à Orléans. C’est ce que confirme le recensement de 1866 [49]. Conducteur des ponts et chaussées en retraite, il y habite avec son épouse et leurs filles Adèle et Hortense. En 1862, Peiffer alors « conducteur embrigadé en retrait d’emploi » a bénéficié d’une dernière affectation au service d’études du canal latéral à la Loire entre Orléans et Angers [50]. Le 15 septembre 1865, il est inscrit au livre des pensions civiles pour une somme annuelle de 708 francs [51].
Lors de son décès, il réside 36 rue Neuve. Il est encore marié à Zélie Guerard. C’est son fils Jules, entrepreneur de peintures, demeurant 17 rue d’Albouy à Paris et un ami, Eugène Abel Merlin, sous-secrétaire de mairie qui font la déclaration.