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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Voisin, Georges
Article mis en ligne le 12 février 2026

par Desmars, Bernard

Professeur de littérature et de diction ; comédien. Participe à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle aux banquets célébrant l’anniversaire de la naissance de Fourier ainsi qu’à l’inauguration de la statue de Fourier en 1899.

On a peu d’informations sur Georges Voisin. Il se fait connaître à partir de la seconde moitié des années 1890 – il est alors un jeune homme [1] – en tant que conférencier et diseur de poésies ; il intervient par exemple à l’Institut populaire du progrès, au Trocadéro, en 1896 sur « Molière, sa vie et son œuvre » [2], puis en 1897 sur la « Poésie » [3] ; il fait aussi des conférences dans le cadre de la Société républicaine des conférences populaires sur « les poètes des enfants » [4], sur « un vrai poète : Louis Dupriez » [5]. Il intervient encore sur « l’œuvre poétique d’Anaïs Ségalas » [6].

Ses qualités de diction lui valent d’être invité lors de différentes cérémonies organisées en l’honneur de personnalités, afin d’y déclamer quelques vers : en 1897, lors de l’inauguration d’un monument élevé sur la tombe du critique littéraire Lapommeraye au cimetière Lachaise, c’est lui qui lit un poème d’Édouard Franklin consacré au défunt [7]. Il assiste en 1901 aux obsèques de l’ancienne communarde Paule Mink aux côtés de nombreux socialistes [8] ; il y rend hommage à la défunte, au nom de la fédération de la Libre Pensée [9] ou comme délégué de la Société pour l’amélioration du sort de la femme et la revendication de ses droits [10]. Lors du vingtième Congrès de la Ligue de l’enseignement en 1900, il « lit de superbes vers de M. Édouard Franklin, que le grand Jean Macé a encore inspirés » [11]. Il participe à l’inauguration de la statue de Maria Deraismes, lors de laquelle il lit une nouvelle fois une poésie d’Édouard Franklin, en présence de Lydie Martial [12].

Professeur, conférencier et comédien

Dans les articles annonçant ses interventions orales ou en rendant compte, il est présenté de différentes façons : « professeur de littérature » en 1897 [13], professeur à « l’Union française de la jeunesse » et à « L’Enseignement moderne » en 1898 [14], « professeur de diction » à l’Association polytechnique et à la Société de lecture et d’enseignement moderne [15], « homme de lettres » en 1909 [16].

Il est aussi membre de la Société de lecture et de récitation [17], pour laquelle il fait plusieurs conférences, sur Bernard Palissy [18], sur L’Art d’être grand-père de Victor Hugo [19] et sur François Coppée, à Paris, mais aussi en Seine-et-Marne, en particulier à Lagny [20].

Il est parfois rattaché à des théâtres, à la Bodinière [21], au Vaudeville [22], au Théâtre de la Nature de Provins [23] ; probablement donne-t-il des cours de diction à des élèves en ces lieux. Cependant, il lui arrive aussi de jouer des rôles, par exemple à l’issue d’une conférence sur Beaumarchais où avec deux acteurs, il a « admirablement interprété les deux premiers actes du Barbier de Séville » [24], ou encore dans la représentation d’un acte d’Hernani [25].

Socialiste, féministe, militant de la laïcité

Georges Voisin participe à des manifestations politiques sans que l’on sache si ce sont ses talents de déclamation qui sont recherchés ou s’il est présent d’abord en tant que militant. En septembre 1900, il assiste à la « Grande fête du travail » organisée par les socialistes ; après des discours de plusieurs dirigeants européens (Jean Jaurès, Émile Vandervelde et Enrico Ferri), plusieurs artistes se succèdent, dont Georges Voisin.

Ses sympathies féministes sont avérées. Il participe « avec sa diction irréprochable » à une « soirée littéraire et matinale » organisée par la Fédération féministe de Pauline Savart [26]. Il est surtout en relation avec la Société pour l’amélioration du sort de la femme et la réalisation de ses droits, où se trouve aussi Anna Féresse-Deraismes [27].

Georges Voisin est également un militant de l’éducation populaire : il intervient lors du Congrès international des sociétés laïques d’enseignement populaire qui se tient à Paris en 1900, d’abord lors des débats sur l’enseignement professionnel, puis à la fin du banquet avec la lecture d’une Ode à Paris [28]. La même année, il est présent au XXe Congrès national de la Ligue de l’enseignement [29].

Il prête aussi son concours à des fêtes des écoles [30], à des sociétés de tir [31] et à des patronages laïques [32]. Il participe également à des manifestations républicaines, commémorant la révolution de 1848 [33] ou rassemblant diverses associations [34].

Mondanités et philanthropie

Georges Voisin participe à des réceptions mondaines lors desquelles il récite quelques vers et ou lit des textes littéraires [35]. Les comptes rendus de presse le décrivent comme un « parfait diseur » [36], un « charmant diseur », lors d’un concert salle Pleyel, aux côtés de chanteurs et de musiciens [37], un « diseur impeccable » [38], un « excellent diseur » [39], ou encore un « fin diseur » [40].

Il participe également à des spectacles organisés par des associations philanthropiques, à Bicêtre et à La Salpêtrière [41], à une soirée de charité donnée « au bénéfice du placement des enfants pauvres » [42], et à des manifestations de la Société d’encouragement au bien [43], ou encore à des initiatives visant à favoriser l’enseignement simultané des sourds-muets et des entendants-parlants [44].

Un « Hugophile »

Georges Voisin est un admirateur de Victor Hugo et joue un rôle déterminant dans la création de l’association, Les Hugophiles, une société littéraire née en 1902 dont il serait « le fondateur » [45] ; il en est en tout cas le secrétaire général pendant plusieurs années. Cette association organise des manifestations célébrant la mémoire du grand écrivain, avec le dépôt de gerbes sur son tombeau au Panthéon, la visite de la maison Victor Hugo, place des Vosges, l’organisation d’excursions dans des lieux où il a séjourné ou qu’il a fréquentés [46]. Il dit des poèmes de Hugo lors de ces manifestations.

L’association organise aussi à partir de 1903 – et sur la proposition de « madame Voisin mère » une fête de l’arbre de Noël pour les enfants ; on y entend Georges Voisin lire ou réciter quelques vers ; en 1906, la féministe Lydie Martial y fait une allocution [47].

Georges Voisin reçoit les palmes académiques en 1903 [48] et est fait officier de l’Instruction publique en 1908 [49].

Banquets fouriéristes

Il apparaît dans la documentation fouriériste à l’occasion du banquet du 7 avril 1898 ; cette manifestation est organisée chaque année pour fêter l’anniversaire de la naissance de Fourier. Voisin y assiste, ainsi que l’année suivante, avec une certaine « madame Voisin » dont on ignore s’il s’agit de sa femme ou de sa mère ; à ces deux occasions, il ne semble pas avoir pris la parole.

Le 4 juin 1899, l’École sociétaire et des associations coopératives inaugurent, en présence de représentants de la municipalité parisienne, la statue de Charles Fourier. Plusieurs discours sont prononcés ; puis Georges Voisin lit « avec une chaleur et une puissance remarquables » une poésie d’Édouard Francklin, À Fourier ; « après chaque strophe, on bat des mains de tous côtés » [50].

Il assiste encore, généralement avec « Madame Voisin », aux banquets organisés les 7 avril de 1900 à 1908 ainsi qu’en 1911 et 1912 [51] ; à plusieurs reprises, il reprend la poésie de Francklin déjà lue en juin 1899 [52] ; il déclame aussi des œuvres de Victor Hugo [53], d’Edmond Rostand [54], de Lachambeaudie [55], de Léonce Fabre des Essarts [56], etc.

Lors de ces fêtes fouriéristes, sa participation se borne généralement à la déclamation de poésies, où il montre qu’il est « maître de la bonne diction » [57]. Cependant, le 7 avril 1902, au cimetière Montmartre, il fait un petit discours dans lequel il exprime son adhésion à la théorie sociétaire :

C’est toujours avec un recueillement ému que nous aimons à nous approcher de cette tombe où tu reposes, grand incompris, grand penseur, grand bienfaiteur de l’humanité.

Oui, nous considérons comme un pieux devoir de venir ainsi près de toi, ô Fourier. Tu fus un précurseur, tu semas la graine féconde qui devait germer et devenir une gerbe rayonnante, la gerbe de la mutualité.

Ah ! si tu pouvais te lever, briser cette pierre tombale et considérer l’œuvre bienfaisante des diverses associations ayant pour principe la mutualité sociale, combien tu serais justement fier, combien tu serais réconforté. Oui, si tu pouvais revivre, quel inestimable bienfait pour tous, car le monde a encore besoin de tes conseils et les rouages de notre organisation sont encore bien peu perfectionnés.

L’homme meilleur dans une société améliorée, le travail assuré pour tous, le mieux associé au bien, la grandeur des nations résultant de la coopération des idées de chacun : voilà les pensées qui nous hantent lorsque nous quittons cette tombe d’où semble s’échapper comme un parfum bienfaisant et vivifiant ton idéal de bonheur, de justice et de fraternité ! [58]

Cependant, en dehors de sa participation à ces fêtes fouriéristes et de ce discours, on ne possède pas d’autre témoignage de son adhésion à la théorie sociétaire ; on ignore s’il est abonné à La Rénovation, à laquelle il ne fournit aucun article ; il ne souscrit pas aux fonds réunis pour réaliser la statue de Fourier. Cependant, dès l’inauguration de 1899, il est considéré comme « un de nos condisciples » par La Rénovation [59].

Il n’assiste pas au banquet de 1913 et on ne le voit plus ensuite dans la documentation fouriériste.

Après la guerre, sa présence se raréfie dans la presse. Il est mentionné parmi les personnes qui assistent aux obsèques de la princesse Stirbey [60] son nom apparaît encore dans un Annuaire daté de 1922 [61]. Mais il n’y a plus dans la presse d’annonces signalant sa participation à des réceptions mondaines et à des manifestations politiques, littéraires et philanthropiques.