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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Thouron, (Antoine Honoré) Victor
Article mis en ligne le 19 janvier 2026

par Desmars, Bernard

Né le 6 février 1820 à Toulon (Var), décédé le 5 septembre 1904 à Toulon. Notaire. Conseiller municipal et conseiller d’arrondissement. Membre du groupe phalanstérien de Toulon à la fin des années 1840. Abonné à La Rénovation et souscripteur de la statue de Fourier dans les années 1890.

Victor Thouron est le fils d’un notaire, Paul Honoré Joseph Thouron, et le neveu de l’avoué Victor-Quintius Thouron (1794-1872), avoué, érudit, poète et défenseur de la langue provençale, avec lequel il est parfois confondu [1]. Après avoir obtenu une licence de droit [2], il succède à son père à la tête de l’étude toulonnaise en 1845.

Il a parmi ses amis des saint-simoniens et s’affilie en janvier 1844 avec l’un d’entre eux, Charles Brun, à la loge Paix et Parfaite Union, avant de s’en retirer peu après [3]. C’est alors, selon Maurice Agulhon, « un libéral avancé et curieux de toutes doctrines réformatrices » [4]. Cependant, quand Cantagrel effectue en cette même année 1844 une tournée à la rencontre de ses condisciples de province, il passe par Toulon où plusieurs disciples lui suggèrent de rencontrer Thouron afin de l’inciter à se lier davantage au groupe phalanstérien local ; on ignore s’ils se sont véritablement rencontrés ; mais cela signifie que Thouron est déjà lié au mouvement fouriériste [5].

Le jeune notaire entre au conseil municipal de Toulon en septembre 1846, à la suite d’un renouvellement triennal de l’assemblée communale [6] ; la même année, il est admis parmi les membres titulaires de la Société des sciences, belles-lettres et arts du Var [7]. Il figure sur la liste des membres de la société savante jusqu’à son décès, mais s’y montre très discret : on ne lui connaît pas de texte publié dans le bulletin de la société et il ne semble pas y avoir exercé de responsabilité.

Il se marie en 1847 avec sa cousine Pauline Thouron, fille de Victor-Quintius Thouron. Le couple a deux enfants, nés en 1849 et 1851. Son épouse décède en 1851.

Républicain à Toulon

Victor Thouron est un républicain qui, au lendemain de la révolution de février 1848 fait adopter par le conseil municipal une proclamation d’adhésion à la République [8] ; puis le 1er mars, il propose l’ouverture d’une « souscription en faveur des blessés des journées de février » [9]. Il fait alors partie d’un « petit groupe réformiste et socialisant » très actif à Toulon [10] ; quelques conseillers municipaux, « républicains de la veille », forment au sein de l’assemblée communale un comité radical qui conteste le maintien du maire et de ses adjoints nommés sous la monarchie de Juillet à la tête de la ville [11]. Mais le 14 mars 1848, Émile Ollivier, le commissaire du gouvernement du Var prononce la révocation du maire et de ses adjoints, et dissout le conseil municipal qu’il remplace par une commission de 15 membres, parmi lesquels figure Victor Thouron [12].

À l’approche des élections désignant les représentants à l’Assemblée constituante en avril 1848, un Comité populaire des élections du Var est constitué, avec Victor Thouron parmi ses membres [13]. Il est sur une liste de candidats publiée par La Démocratie pacifique [14], mais ne semble pas finalement s’être présenté. En août 1848, les élections municipales le reconduisent au conseil municipal [15]. Il participe le 22 octobre suivant à un grand banquet républicain lors duquel il prononce un discours.

Il siège jusqu’au printemps 1849 au conseil municipal [16]. Il continue cependant à être identifié par la police comme l’un des fouriéristes toulonnais : il assiste en avril 1849 à un banquet privé organisé par le cercle phalanstérien et dont le bureau comprend Eugène Béléguic [17] ; il figure avec l’avoué Alexandre Mouttet sur une « liste des démocrates exaltés » élaborée en mai 1851 et comprenant 94 noms [18] ; et encore sur une liste des membres du club phalanstérien établie par la police le 5 novembre 1851, aux côtés notamment du capitaine Denfert [19]. Il ne comparaît cependant pas devant la commission mixte du Var après le coup d’État du 2 décembre [20].

Dans l’opposition à l’Empire

Il n’apparaît guère dans la documentation fouriériste sous le Second Empire, sinon sur un répertoire d’adresses élaboré pendant cette période [21]. Toutefois, en 1865, alors que Victor et Julie Considerant sont dans une situation matérielle difficile aux États-Unis, Aimée Beuque et Désiré Laverdant collectent de l’argent afin de leur apporter un secours financier ; Thouron remet 20 francs à Frédéric Zurcher qui collecte l’argent de ses condisciples toulonnais [22].

Victor Thouron s’éloigne de la vie politique toulonnaise dans les années 1850, période il est vrai peu favorable à l’expression publique des partisans de la République. Il reste membre de l’Académie du Var, même s’il ne lui fournit guère de travaux. Il est aussi membre correspondant de la Société académique de Cherbourg [23].

Il est en relation avec Jules Michelet, qui séjourne régulièrement dans la région de Toulon et en particulier à Hyères dans les années 1860 et au début des années 1870 ; il lui procure des informations historiques et des documents [24]. Il devient son « ami et premier conseiller pour la rédaction et la révision de son testament » [25]. Le Journal et la Correspondance de Jules Michelet témoignent des liens qui existent entre Thouron et d’autres fouriéristes toulonnais (Frédéric Zurcher, Élie Philippe Margollé, Alexandre Mouttet, Jacques Laurent Turrel et Charles Richard), qui se retrouvent régulièrement chez les uns ou les autres, en compagnie de l’historien et de son épouse. D’après les notes de Michelet, il s’agit alors de rencontres amicales et de discussions sur des ouvrages [26]. Toutefois, Thouron prodigue aussi des conseils à l’historien pour ses placements financiers [27].

À partir du milieu des années 1860, il participe à nouveau à la vie politique locale ; il serait alors « le véritable chef » du parti républicain à Toulon [28] ; selon le procureur impérial, « son intelligence, son énergie, la fermeté de sa conviction en font un homme dangereux […], il n’hésiterait pas, dit-on, à sacrifier sa situation personnelle au triomphe de ses opinions. Il attend avec patience les événements, prêt à lancer son armée d’ouvriers dans la rue si les circonstances lui semblaient favorables » [29]. Selon ce même procureur impérial, il est cependant « opposé au désordre » [30].

Il parvient en 1864, avec Fulcran Suchet, à rallier les républicains autour de la candidature d’Émile Olliver au conseil général du Var, malgré son rapprochement avec le régime impérial [31] ; selon le procureur impérial, « malgré la trahison que lui reprochaient ses anciens amis politiques, MM. Suchet et Thouron étaient parvenus à persuader aux [sic] ouvriers que leur candidat n’avait pas cessé d’être le champion de la Démocratie » [32]. Quand Ollivier vient à Toulon en décembre 1864, il loge chez Thouron [33].

Il est lui-même élu en juin 1864 au conseil de l’arrondissement de Toulon [34]. L’année suivante, lors des élections municipales, il figure sur une liste soutenue par Le Toulonnais, un journal situé dans une prudente opposition libérale au régime impérial [35] ; mais il démissionne du conseil municipal en 1867 en même temps que plusieurs autres conseillers, afin de protester contre la position du maire, qui a pris parti pour le candidat soutenu par l’administration impériale lors d’une élection cantonale [36].

Avec d’autres républicains, il entre dans la loge La Réunion, affiliée au Grand Orient [37]. En 1869, il réunit « chez lui les républicains de Toulon », établissant ainsi « les premières bases du comité central républicain » qui « assur[e] pendant de longues années les élections républicaines » à Toulon [38]. Au lendemain de son décès, La République du Var indique que ce « républicain de la première heure […] combattit l’Empire avec acharnement » [39].

Mais il ne semble pas retrouver lui-même de mandat politique sous la Troisième République. Il cède son étude en 1873 [40]. Quelques années plus tard, il exerce les fonctions de vice-président de la Commission de surveillance de la maison d’arrêt [41].

La documentation fouriériste ne mentionne plus Thouron pendant les années 1870 et 1880. Puis, il réapparaît dans les années 1890. Il s’abonne à La Rénovation, le journal phalanstérien publié à partir de 1888 [42]. Il envoie 5 francs au comité chargé d’édifier la statue de Charles Fourier [43].