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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Turrel, (Jacques) Laurent
Article mis en ligne le 19 janvier 2026

par Desmars, Bernard

Né le 15 octobre 1818 à Toulon (Var), décédé le 26 février 1881 à Toulon. Chirurgien de marine, puis docteur en médecine, homéopathe. Membre de plusieurs sociétés savantes et auteur de nombreux travaux concernant la médecine, la botanique et l’acclimatation des animaux. Conseiller municipal de Toulon. Participe à une souscription en faveur de Victor et de Julie Considerant en 1865.

Laurent Turrel est le fils d’un tailleur d’habits. Il est d’abord chirurgien de marine de 3e classe (à partir du 10 juillet 1837) et de 2e classe (à partir du 12 juillet 1841) [1] ; rattaché au port de Toulon, il navigue avec des préoccupations scientifiques, dans la Méditerranée – lors d’un passage en Grèce, il étudie la flore [2] – et dans l’Océan atlantique – près de l’embouchure du Tage, avec le lieutenant de vaisseau Freycinet, il prélève des algues qu’il soumet à l’Académie des sciences [3].

En 1844, il soutient une thèse de médecine sur l’angioleucite [4], une maladie fréquente à bord des vaisseaux de la Marine à cause de l’insalubrité qui y règne [5]. À peu près au même moment, il démissionne de la Marine [6].

Il épouse en 1846 Camille Calmels, la fille d’un négociant marseillais et sœur d’Alexandre Joseph Pierre Calmels, qui s’est marié l’année précédente avec Adélaïde Thérèse Turrel, sa sœur. L’un des témoins au mariage de Jacques Laurent Turrel et Camille Calmels est un ami du premier, Victor Thouron, notaire à Toulon et fouriériste. Le couple s’installe d’abord chez les parents Calmels à Marseille, boulevard Longchamp ; deux enfants y naissent, en avril 1847 et février 1849 ; Jacques Laurent Turrel y a son cabinet médical [7] ; parallèlement aux soins qu’il dispense à ses patients, il rédige des articles publiés dans la Gazette médicale de Paris [8]. Il s’établit avec sa famille au cours de l’année 1849 à Toulon ; il y est au moins en août 1849, quand il prodigue ses soins à des victimes du choléra [9]. Selon l’auteur de l’une de ses nécrologies, « en peu de temps, à Toulon, il conquérait la plus belle clientèle qu’il soit donné à un maître de posséder » [10]. Deux autres enfants, naissent en 1856 et 1857 [11]. Lors du recensement de 1861, le couple Turrel et ses quatre enfants bénéficient des services d’une cuisinière, d’une « fille de chambre », auxquelles s’ajoute en 1866 un cocher [12], ce qui suggère une certaine aisance financière de la famille.

Médecin homéopathe

D’après la nécrologie parue dans la revue Bibliothèque homœopathique, Laurent Turrel est devenu un partisan de l’homéopathie alors qu’il est encore chirurgien de la marine : « atteint de la diarrhée depuis assez longtemps », il déclare au Dr Chargé, homéopathe : « si vous me guérissez, quand toutes les ressources de notre école, appliquées par nos maîtres, ont été vaines, je vous promets d’étudier l’homéopathie – Il fut guéri et tint parole » [13]. Il est admis en 1851 au sein de la Société gallicane de médecine homœopathique [14]. Il fournit au Journal de cette société des « Études de clinique homœopathique » [15] ainsi qu’un compte-rendu des soins donnés pendant l’épidémie de choléra en 1849 [16] ; il conclut à l’importance du respect des règles d’hygiène, pour échapper à cette maladie, et à l’efficacité du traitement homéopathique (« l’esprit de camphre d’Hahnemann »), s’il est administré dès que le patient ressent les premiers effets du choléra [17]. Il continue à publier des articles dans la revue les années suivantes [18] ; il est nommé secrétaire du bureau devant préparer un congrès d’homéopathie [19]. Puis, quand paraît à partir de janvier 1868 une nouvelle revue, Bibliothèque homœopathique, il lui apporte de nombreux textes, tantôt sous la forme d’articles, tantôt sous la forme de lettres ; il fait partie du comité de rédaction et de publication [20]. Il souscrit au projet de réalisation d’un « petit hôpital homœopathique hahnemannien » à Paris [21]. Il est très offensif envers les tenants de la médecine allopathique, qualifiés « [d’]adversaires systématiques qui se bornent à railler, à décrier, à calomnier » [22]. Il est l’auteur de l’article « Homœopathie » paru dans le Grand Dictionnaire universel publié sous la direction de Pierre Larousse [23].

Quand Jules Michelet et son épouse Athénaïs Mialaret séjournent dans le Var, ils vont, sur la recommandation de Frédéric Zurcher, le consulter quand ils éprouvent quelques maux, même s’ils sont apparemment méfiants envers l’homéopathie. Ils voient aussi Turrel et sa famille lors de rencontres amicales, souvent en compagnie d’Élie Margollé, de Victor Thouron et de Frédéric Zurcher [24].

Conseiller municipal et sympathisant fouriériste

Laurent Turrel entre au conseil municipal de Toulon en 1852 [25] ; mais peu après, il est impliqué dans une affaire judiciaire, instruite de 1852 à 1855 ; son père, qui travaille pour l’arsenal de Toulon a détourné pendant plus de vingt ans des tissus et des vêtements qu’il a ensuite revendus à son profit et, pour une partie, donnée à sa famille. Laurent Turrel est d’abord inquiété car il aurait bénéficié de quelques pièces : le linge en usage dans sa maison proviendrait des détournements opérés par son père [26] ; mais il est écarté de l’instruction avant le procès qui se tient à Brest en septembre 1855 [27]. Sans doute est-ce à cause de cette affaire qu’il n’assiste plus aux séances du conseil municipal à partir du printemps 1854, puis en démissionne en février 1855 [28].

On ignore à quel moment il s’est rapproché du mouvement fouriériste, peut-être sous l’influence de ses amis toulonnais Margollé, Mouttet, Thouron et Zurcher. Du reste, son engagement phalanstérien semble très limité : son nom apparaît dans un répertoire d’adresses datant du Second Empire, avec ses deux adresses successives à Toulon : la rue Lafayette, puis la rue d’Ordonnance dans les années 1860 [29]. En 1865, il apporte sa contribution financière à la souscription organisée par les fouriéristes français afin de secourir matériellement Victor Considerant et sa femme, qui connaissent d’importantes difficultés matérielles aux États-Unis ; il remet 10 francs à Frédéric Zurcher qui collecte l’argent de ses amis toulonnais et les envoie à Paris [30].

Acclimatation de plantes et d’animaux, et hygiène publique

Lors de son retour à Toulon en 1849, écrit l’un de ses amis, Turrel « essaya de l’agriculture avec passion mais d’abord sans trop de succès » [31]. Cependant, il entre dans le comice agricole de Toulon dont il devient le secrétaire ; il publie au nom de ce comice une brochure dans laquelle il associe l’assainissement de la ville de Toulon et le développement de l’agriculture [32]. Dans ce même comice, il se fait le défenseur des petits oiseaux et souhaite que l’on réprime la chasse aux oiseaux insectivores à laquelle se livrent […] les populations méridionales et les braconniers de tous les pays » [33].

Surtout, il participe aux travaux de la Société impériale d’acclimatation dans laquelle il est admis en 1857, d’abord en tant que secrétaire du comice agricole de Toulon, puis en tant que « délégué de la société » d’acclimatation dans la même ville ; il correspond régulièrement avec les dirigeants de l’association, qui lui envoient des graines d’origines diverses afin de les acclimater au sol provençal ; il adresse des lettres et des articles à la Société sur des plantes et des animaux ; ces textes sont publiés dans le Bulletin de la Société impériale d’acclimatation. En 1866, il doit participer, au nom de la Société d’acclimatation, à un congrès organisé à Berne et y lire un mémoire concernant les « moyens les plus efficaces pour prévenir la destruction des oiseaux de passage » ; l’épidémie de choléra qui sévit dans le Var le retient à Toulon, mais son mémoire est publié dans le Bulletin de la Société d’acclimatation [34].

En 1857, il est reçu au sein de la Société académique du Var, en même temps qu’Élie Margollé. Il publie dans le Bulletin de cette revue plusieurs articles, sur l’hygiène [35], sur le peintre toulonnais Tournemine [36], sur le reboisement de la montagne du Faron dont il est l’un des artisans [37]. Il écrit des articles sur l’hygiène publique, insérés dans Le Toulonnais [38].

Il est aussi, déclare Charles Richard lors de ses obsèques, « le principal fondateur et le membre le plus actif » de la Société d’agriculture de Toulon [39].

L’auteur de sa nécrologie parue dans le bulletin de cette société savante décrit le défunt comme un « amoureux de théories, toujours à la recherche soit d’une découverte nouvelle dans les sciences, soit de la solution de quelque intéressant problème économique » [40].


Aphorisme du jour :
Les sectes suffisent à elles seules à guider la politique humaine dans le labyrinthe des passions
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