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Mouttet, Alexandre (Barnabé)
Article mis en ligne le 19 janvier 2026
dernière modification le 18 janvier 2026

par Desmars, Bernard

Né le 18 mars 1814 à Pignans (Var), décédé le 13 juin 1901 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Avoué, puis juge de paix. Homme de lettres et bibliophile. D’abord proche du saint-simonisme, puis membre du groupe phalanstérien de Toulon.

Alexandre Mouttet, d’après son acte de naissance, a pour père un « propriétaire ménager », c’est-à-dire un agriculteur aisé. Il fait des études de droit et obtient une licence. Il s’installe ensuite comme avoué près le tribunal civil de Toulon dans la seconde moitié des années 1830.

Proche des saint-simoniens, puis fouriériste

Au milieu des années 1840, il apparait dans le paysage politique local comme un « libéral très marqué à gauche par ses fréquentations saint-simoniennes » [1] ; lors d’une grève des ouvriers de l’Arsenal en 1845, il fait partie des médiateurs, aux côtés d’un prêtre et d’un avocat catholique [2]. Il lit la Revue sociale publiée par Pierre Leroux [3]. En 1847, il est admis au sein de la Société des sciences, belles-lettres et arts du département du Var, future Académie du Var.

Sous la Deuxième République, il est connu pour ses positions démocrates-socialistes. En mai 1851, la police inscrit son nom, avec celui de Victor Thouron sur une « liste des démocrates exaltés » qui doivent faire l’objet d’une surveillance active [4]. Les deux hommes font partie du cercle phalanstérien de Toulon, également fréquenté par l’officier de marine Eugène Béléguic et l’officier du génie Denfert, d’après une liste des membres établie par la police le 5 novembre 1851 [5]. On trouve aussi le nom de Mouttet dans un répertoire d’adresses de l’École sociétaire élaboré pendant le Second Empire ; cependant, sous le régime impérial, on ne le voit pas participer aux activités fouriéristes, ni à la vie politique toulonnaise.

Un érudit réputé

Après 1852, Alexandre Mouttet semble s’intéresser surtout à la littérature et à l’histoire. Il est en relation avec de nombreux écrivains ; il entretient une correspondance avec plusieurs d’entre eux, dont George Sand, Alexandre Dumas père et fils, Barthélémy Saint-Hilaire, et aussi l’actrice Rachel ; son domicile « semble […] avoir constitué […] un des centres de la vie intellectuelle et artistique à Toulon » [6] ; il « est ou […] va être l’hôte à Toulon de tous les artistes ou villégiateurs célèbres, Lamartine, Michelet, Offenbach, etc. » [7].

Jules Michelet, en particulier, lors de ses séjours à Hyères, lui écrit et le rencontre fréquemment comme le montrent sa Correspondance [8] et son Journal [9] ; il le sollicite en particulier pour lui emprunter des livres et des documents, par exemple pour la rédaction de La Sorcière [10]. Il lui écrit aussi pour des services : en février 1858, il lui demande d’acheter à Toulon une paire de raquettes et un volant, et de les confier au conducteur de la diligence qui va à Hyères, car son épouse souhaite faire de l’exercice physique [11].

Un autre écrivain, Hippolyte Auger, recourt aussi à ses services, comme il le relate dans ses Mémoires :

Je venais souvent […] flâner dans les bureaux du journal Le Toulonnais. J’y trouvai l’occasion de connaître quelques hommes dont j’eus fort à me louer, parmi lesquels un avoué de la ville, M. Mouttet, bibliomane, bibliophile, intrépide liseur de journaux, tient la première place, place qu’il occupe toujours par l’effet de son extrême obligeance et de son zèle à servir quiconque doit avoir besoin de lui. J’ai rarement rencontré un homme plus occupé des autres et moins occupé de lui, les intérêts les plus sérieux y compris. Il sait tout, il peut tout. De quoi qu’il soit question, on est certain d’avoir pour réponse : « Demandez à Mouttet ; Mouttet vous le procurera. Si Mouttet n’y peut rien, la chose est impossible » [12].

Mouttet possède en effet une très riche bibliothèque, dans laquelle il rassemble de nombreux documents historiques, à partir desquels il réalise différentes études, notamment sur Vauvenargues, Mirabeau, Nicolas Fabri de Peiresc, etc.

Il vit sous le Second Empire avec une nommée Victoire (ou Victorine) Isnard, d’abord mariée avec l’avocat André, puis partie avec Jean-François Aicard, dont elle a un enfant, Jean Aicard – le futur poète – né en 1848. Après la mort du père, en mai 1853, c’est donc Alexandre Mouttet qui accueille Victoire Isnard et qui se charge de l’éducation de l’enfant [13].

En 1857, il devient secrétaire général de la Société des sciences, arts et belles-lettres du département du Var, fonction qu’il occupe jusque vers le milieu de la décennie suivante. Il est admis comme membre correspondant de l’Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d’Aix en 1863.

Bibliophile et juge de paix

Dans la seconde moitié des années 1860, il abandonne sa charge d’avoué [14] ; il quitte Toulon, attiré selon un de ses contemporains « par les séductions de la vie parisienne » :

C’était sous le Second Empire. Paris était alors un foyer intellectuel fort brillant. Mouttet y vécut en plein monde des lettres et des théâtres, en la compagnie de Méry, de Dumas, de Joseph Autran, d’Offenbach. Paris fut pour lui plein de charmes, mais il y dépensa une assez jolie fortune [15].

Selon une source, « pauvre, il revint à Toulon » ; il fait « du journalisme dans une feuille locale » tout en continuant à s’occuper de livres et de littérature [16]. Selon une autre source, il est encore à Paris quand il est nommé, par un arrêté du 2 juillet 1870, bibliothécaire de Draguignan ; il entre en fonction au début du mois d’août, mais n’occupe le poste que quelques semaines : vers la mi-septembre, après la chute de l’Empire, il est révoqué comme de nombreux membres du personnel communal nommé pendant la période impériale [17].

Sans doute afin de bénéficier d’un revenu régulier [18], Alexandre Mouttet obtient d’être nommé juge de paix à Roquevaire (Bouches-du-Rhône) en juin 1879 [19] ; un an plus tard, il est muté à Menton (Alpes-Maritimes), puis en 1883 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Il continue ses travaux d’érudition ; « il fouillait les archives aixoises et en tirait des documents inédits » [20]. Il est aussi en relation avec de nombreux collectionneurs et fait paraître dans la Revue rétrospective des pièces historiques inédites (notamment des lettres de Stendhal, de Thiers, de Béranger et de Mirabeau). Ce sont sans doute ces activités savantes qui lui valent d’être fait officier d’Académie (1887) et officier de l’Instruction publique (1896) [21].

Le décès du « doyen des juges de paix » est signalé à la fois dans la presse locale – par exemple dans Le Petit Marseillais [22] et dans la presse nationale (Le Figaro [23], Le Temps, Le Radical, Le XIXe siècle, L’Univers, La Justice).