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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Gigoux, Jean (François)
Article mis en ligne le 12 novembre 2025

par Desmars, Bernard

Né le 8 janvier 1806 à Besançon (Doubs), décédé le 11 décembre 1894 à Paris (Seine). Peintre, dessinateur, lithographe. Auteur de portraits de Charles Fourier et de Victor Considerant, ami de Victor et Julie Considerant.

Jean Gigoux est le fils d’un maréchal ferrant [1] qui est aussi vétérinaire [2]. Il suit des cours à l’école de dessin de Besançon ; mais ses parents le destinent à l’état de vétérinaire ;

Jean Gigoux (Atelier Nadar)

cependant, quand il apprend qu’il est admis à l’École vétérinaire d’Alfort, il quitte le domicile familial et se rend à Paris pour se consacrer à des activités artistiques [3]. Avec un autre Franc-comtois qu’il a déjà fréquenté pendant sa scolarité à Besançon [4], Gabriel Laviron (frère du fouriériste Paul-Émile Laviron, il s’inscrit à l’École des Beaux-Arts ; mais les deux jeunes hommes n’y sont pas très assidus [5].

Les débuts d’une carrière artistique

Pour subsister, il réalise des lithographies dont il obtient la publication, notamment dans L’Artiste [6] ; plusieurs de ses œuvres, lithographies et tableaux, sont exposées au Salon à partir de 1831 [7]. Sa toile intitulée Les derniers moments de Léonard de Vinci reçoit une médaille de peinture d’histoire et bénéficie d’une acquisition par l’État [8]. En 1833, il présente plusieurs portraits, dont ceux des généraux Joseph Dwernicki et Antoine Ostrowski, deux Polonais réfugiés en France après l’insurrection de 1830-1831 [9] ; il reçoit une médaille de deuxième classe en 1833, puis une médaille de première classe en 1835.

Gigoux, Fourier et les fouriéristes

Peut-être a-t-il peint vers 1834 un portrait de Just Muiron, le « premier disciple de Fourier », même s’il n’existe pas de preuve que le tableau, conservé à Besançon au Musée du Temps, est bien du peintre bisontin [10]. En tout cas, c’est bien à lui qu’au milieu des années 1830, Clarisse Vigoureux commande la réalisation d’un portrait de Charles Fourier. Le tableau est présenté au Salon en 1836 [11]. L’œuvre peinte par Gigoux sert de modèle à la gravure réalisée par Luigi Calamatta, à partir de laquelle Philibert-Léon Couturier réalise une lithographie représentant Charles Fourier.
Il reçoit des commandes, en particulier de tableaux pour des édifices religieux, notamment la chapelle Sainte-Geneviève à Saint-Germain-L’Auxerrois (1838), la chapelle du Sénat (1842), l’église Sainte-Marguerite (1847) [12]. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1842.

Après la révolution de février 1848, Jean Gigoux est nommé conservateur du musée de Versailles ; il accepte d’abord cette fonction « à l’heure du danger », puis, début mars, démissionne de ce poste pour « retourner à ses travaux » d’artiste [13].

Pour autant, Jean Gigoux semble être resté en dehors du mouvement fouriériste. Certes, dans une lettre non datée, il déclare :

Je ne puis, ni ne veux recevoir de l’argent de tout ce que je ferai jamais pour les phalanstériens ; malheureusement, je suis si petit que je ne puis rien […] mais permettez-moi toujours de vous apporter ma pierre pour le monument que vous construisez [14].

Et en mars 1848, après avoir assisté à une séance d’un club où un ouvrier, à propos des débats en cours à la commission du Luxembourg concernant l’organisation du travail, « fait un appel aux phalanstériens en désirant qu’ils soient consultés sur cette question à laquelle ils consacrent une partie de leur vie », il écrit à la direction de l’École sociétaire ;

Nul doute que, si quelqu’un des vôtres se présentait dans ce club, il n’y soit bien accueilli car leurs lumières seraient certainement d’un très bon secours et seraient appréciés dans ce moment-ci [15].

Sa candidature à l’Assemblée constituante est un moment envisagée : on trouve son nom sur une liste provisoire formée dans le Doubs par le comité électoral démocratique, aux côtés de Pierre-Joseph Proudhon, de César Convers et de l’officier d’artillerie Hippolyte Renaud sans que l’on sache s’il s’agit bien d’une démarche volontaire de sa part. Cette candidature n’est pas maintenue [16].

Mais on ne le voit pas participer aux manifestations fouriéristes ou aux souscriptions lancées par l’École sociétaire. Ce sont surtout des relations amicales qu’il semble entretenir avec le couple formé par Julie et Victor Considerant.

Ami de Victor et Julie Considerant

Sans doute Jean Gigoux et Victor Considerant se sont-ils rencontrés dès le début des années 1830, dans les salons de Virginie Ancelot et de Charles Nodier [17]. Le premier dessine le portrait du second et l’expose au Salon de 1849 [18]. Il réalise en 1853 L’Atelier du peintre, sur lequel il se représente lui-même, ainsi que plusieurs autres artistes (Célestin Nanteuil, Louis Français), l’écrivain Max Buchon et sans doute Victor Considerant [19].

En 1869, après un long séjour au Texas, les époux Considerant quittent les États-Unis et se réinstallent à Paris. Gigoux est en relation avec Victor, qu’il appelle « mon cher ami », ou « mon grand ami », et avec Julie. Ils s’écrivent et se visitent [20]. L’appartement des époux Considerant, rue du Cardinal-Lemoine, est orné de dessins de Jean Gigoux [21].

En 1870, après être passé au Salon, Jean Gigoux envoie ses compliments à Julie Considerant pour ses aquarelles ; le peintre dit avoir vu « les fleurs qu’a exposées Madame Considerant […], elles sont bien au-dessus de ce qu’on s’attend à trouver dans un talent d’amateur, c’est à ce point que je n’en sais pas dans l’exposition qui puissent lutter avec ce qu’elle a exposé » [22] ; on trouve dans le catalogue des œuvres présentées au Salon de 1870, dans la catégorie « Dessins. Aquarelles, pastels, miniatures, … », sous le nom de Considerant – sans prénom – un ensemble de huit aquarelles intitulé « Fleurs et oiseaux, souvenirs du Mexique » ainsi que douze aquarelles sur des sujets divers ; même si la notice indique que l’auteur est « né » à Paris – alors que l’épouse de Victor Considerant est née à Besançon – l’artiste est très probablement Julie Considerant, née Vigoureux [23].

Après le dessin représentant Victor Considerant, exposé en 1849, Jean Gigoux fait le portrait de l’ancien chef de l’École sociétaire. Jonathan Beecher estime que l’œuvre date probablement de la fin des années 1870 [24] ; cependant, peut-être est-elle un peu plus tardive ; elle est en tout cas exposée au Salon de 1893 [25].

Une notabilité artistique et franc-comtoise

Gigoux continue à peindre et à exposer au Salon sous le Second Empire et la Troisième République. Il est en relation avec de nombreuses personnalités artistiques (Corot, Courbet, Daumier, Delacroix), littéraires et politiques (Thiers, Louis Blanc), ; il les accueille le dimanche à partir des années 1870 dans son hôtel particulier de la rue Châteaubriand. Son nom est attribué à une place de Besançon par le conseil municipal qui décide également la pose d’une plaque sur la maison natale du peintre [26].

Il est promu officier de la Légion d’honneur en 1880. La Revue franc-comtoise lui consacre un numéro en 1884 : le premier texte est de Gigoux lui-même et concerne Gustave Courbet ; les autres articles, dus à plusieurs auteurs, portent sur la vie et l’œuvre de Gigoux ainsi que sur les collections qu’il a constituées [27].

Il rassemble ses souvenirs, et en particulier les relations qu’il a entretenues avec les artistes dans ses Causeries sur les artistes de mon temps publiées en 1885. Il fait don de certains de ses dessins à l’École des Beaux-Arts de Paris [28].

Au fil des années, tout en continuant à peindre et à présenter ses œuvres au Salon – il expose chaque année de 1883 à 1894, principalement des portraits – il constitue une importante collection de dessins et de peintures ; il en fait bénéficier à plusieurs reprises le musée des Beaux-Arts de Besançon auquel il fait des dons. Surtout, en 1894, il lègue sa collection à ce même musée. Au total, les différents dons effectués par Jean Gigoux au musée de sa ville natale représentent près de 3000 dessins et 460 tableaux [29].

Ses obsèques religieuses ont lieu en l’église Saint-Philippe-du-Roule à Paris en présence de « toutes les notabilités artistiques et presque tout le personnel de la direction des beaux-arts et des musées nationaux » [30] ; son corps est ensuite transporté à la gare de Lyon où trois discours sont prononcés, par son ami Louis Français, par le directeur des musées nationaux Albert Kaempfen, au nom du ministre de l’Instruction publique, et par Léon Bonnat, peintre et président de la Société des artistes français ; puis le maire et quelques conseillers municipaux de Besançon convoient la dépouille de Gigoux dans sa ville natale pour l’inhumation [31]. Une importante cérémonie est organisée par la municipalité bisontine ; le maire, le préfet, le général commandant en chef le 7e corps d’armée, le premier président de la cour d’appel, le directeur de l’École de dessin de Besançon et le président de la Société des amis des arts accompagnent le cercueil de l’hôtel de ville jusqu’à l’église, puis au cimetière, en présence d’une « affluence […] considérable » ; on y voit notamment des représentants des administrations préfectorales et municipales et de l’armée, et des délégations de très nombreuses associations locales, dont la société des pêcheurs à la ligne et la société colombophile la Bisontine ; les rues sont « pavoisées de drapeaux, en berne avec crêpe » ; de nouveaux discours sont prononcés, insistant à la fois sur les talents artistiques du défunt et sur son attachement à sa ville natale [32].

Le portrait que Gigoux a fait de Charles Fourier est donné par Victor Considerant et Just Muiron au musée du Luxembourg en 1872 ; il est choisi par le gouvernement français pour « représenter la peinture moderne française à l’exposition nationale de Munich en 1879 » [33] ; il est utilisé par le sculpteur Émile Derré pour sculpter la statue de Fourier inaugurée en 1899 [34]. Le tableau est transféré du Luxembourg au Louvre en 1903 ; puis, en 1948 ou 1949, il est placé en dépôt au musée des Beaux-Arts de Besançon [35].