Né à Lyon (Rhône) le 6 pluviôse an VI (25 janvier 1798). Décédé à Paris (Seine) le 29 décembre 1870. Statuaire, critique artistique et homme de lettres. Membre du conseil de rédaction du journal Le Nouveau Monde en 1839. Correspondant parisien de l’Union harmonienne en 1840. Membre de l’Institut phalanstérien en 1846.
Arthur Guillot est le fils d’André Guillot, fabricant lyonnais, et de Françoise Sain. Lors de son décès, il est marié à Marguerite Clermont.
Formé à Lyon dans l’atelier de Joseph Chinard, il est à Paris un protégé de Dugas-Monthel puis de Madier de Montjau. Selon ce dernier, dans une lettre qu’il adresse à sa cousine Laure de Gasparin, Dugas-Monthel loue Guillot pour « sa bonne éducation, ses mœurs honorables, sa famille ainsi que son talent d’artiste. Je dois y ajouter un dernier trait, c’est qu’en novembre 1831 M. Guillot fut du très petit nombre de ceux qui, au péril de leur vie, sauvèrent l’honneur de la Garde nationale lyonnaise » [1] en réprimant la révolte des Canuts. Arthur Guillot débute au salon de 1831. Pour l’essentiel de son travail, il répond à des commandes de l’État et exécute surtout des bustes. De 1837 à 1841, puis en 1843, Il collabore à L’Artiste, journal de la littérature et des beaux-arts comme d’autres phalanstériens dont François Cantagrel, Marcel Barthe, Léon Gozlan. Il est en particulier l’auteur d’un article sur la proposition de Victor Considerant et Jan Czynski destinée à lutter contre la contrefaçon littéraire à l’étranger [2]. Il y affirme ne pas craindre la contrefaçon de la gravure, des bronzes et plâtres que n’abordent aucunement les deux auteurs comme, écrit-il, tous les projets publiés à ce sujet, « lacune qu’il faudrait remplir, car le principe sur lequel on se fonde pour attaquer la contrefaçon, ne comporte pas d’exception ; et la reproduction de toutes les manifestations de l’intelligence, soit plastiques, soit écrites, sans l’aveu de l’auteur, doit être également interdite par les lois et la conscience de tous les peuples » [3].
C’est l’occasion pour Arthur Guillot de rappeler que Victor « Considérant [sic], adonné tout entier, depuis plusieurs années, à la tâche de réaliser quelque part la théorie sociétaire de Fourrier [sic], est un de ces hommes dont on peut être séparé par des divergences d’opinion en philosophie, mais auxquels tout noble cœur et tout esprit généreux est indissolublement attaché dès qu’on les a connus par les liens de la sympathie. Où sont les hommes, et combien en compte-t-on, nous ne disons pas seulement dans ce temps-ci, mais dans tous les temps, qui abandonnent une belle position et un plus bel avenir, pour se dévouer, corps et âme, à la propagation d’une idée qu’ils croient utile à l’humanité ; tel est M. Considérant [sic], élève de l’École polytechnique, et ancien officier du génie, maintenant le plus infatigable et le plus convaincu des élèves de Fourrier [sic], et rien de plus ; tel encore est M. Czynski, noble et modeste débris de cette émigration polonaise, dont le dévoûment [sic] à la patrie ne s’est arrêté, ni au sacrifice du sang, ni à celui de la fortune » [4]. Si alors Guillot ne paraît opter ni pour l’un, ni pour l’autre des propagateurs de la théorie phalanstérienne, en 1839, il se range indubitablement derrière Jan Czynski. Il contribue à la propagation phalanstérienne en produisant un médaillon au portrait de profil de Charles Fourier et est l’auteur d’une notice biographique sur Charles Fourier parue avec une reproduction de ce médaillon [5] dans l’Almanach social pour l’année 1840 [6]. Il est correspondant de l’Union harmonienne et réside 18 rue de l’Ouest à Paris [7]. S’il est cité parmi les « artistes et travailleurs appartenant à l’École sociétaire » dans l’Almanach social pour l’année 1840 [8], ce n’est plus le cas l’année suivante [9]. Il est membre du conseil de rédaction du journal Le Nouveau Monde [10] auquel il contribue régulièrement jusqu’en août 1840. Ses articles sur l’art sont également repris par Le Censeur, journal de Lyon [11].
De l’utilité sociale de l’art
Guillot s’interroge sur le degré de bonheur d’une civilisation où les arts sont développés et souligne les limites du développement des écoles d’art depuis les débuts de la monarchie de Juillet : « on se fût réjoui des germes de talent qui s’épanouissent dans tant de jeunes têtes, maintenant c’est presque de l’épouvante qu’ils inspirent. N’oubliez pas, crie-t-on sans cesse aux professeurs, n’oubliez pas que vous devez nous former de bons ouvriers et non des artistes » [12]. Son activité d’artiste répondant à la commande publique lui permet d’illustrer la situation : « Les administrations dont le budget contient un chapitre des beaux-arts sont littéralement assiégées de sollicitations innombrables. Infortunés qui comptez sur la puissance du mérite ; vous tous, qui vous êtes laissés séduire par la perspective d’une vie consacrée à la contemplation de la nature, à la chaude élaboration d’œuvres fortes et sérieuses, gardez-vous d’approcher ces labyrinthes […], les privilégiés que de puissants patronages leur imposent participent seuls au banquet » [13].
Dans un second article [14], imaginant la société phalanstérienne fondée sur l’« organisation d’un travail attrayant, et […] la solidarité des intérêts enchaînés l’un à l’autre », il estime que « placé en de telles circonstances l’art acquiert soudainement l’indépendance qui lui manque et la grandeur qui lui est due ». Mais parmi tous, l’architecture est promise « à de grandes destinées dans le régime sociétaire ». Dans une société fondée sur « l’association du capital, du travail et du talent […], les moyens deviendront gigantesques comme le but, et les œuvres prendront un caractère de beauté et de durée » grâce à l’effort collectif. La sculpture quant à elle permettra d’honorer « l’importance des services rendus à l’humanité » et non des « héros célébrés par un parti ». La peinture « luxe, devenu social, après avoir été individuel, sera réhabilitée aux yeux de tous. Ce seront les palais de la société entière, ses routes, ses parcs, ses manufactures que les artistes décoreront de leurs plus beaux chefs-d’oeuvre. Là de vastes salles réclameront de vastes sujets ; là le pinceau pourra jouer à l’aise sur des espaces faits pour servir de champ à l’imagination des peintres, et proportionnés à la noblesse de l’art comme à la dignité d’habitations destinées à des êtres intelligents et libres ».
Cependant, Guillot ne limite pas sa réflexion à l’art.
Appel à Louis-Napoléon Bonaparte pour fonder une commune-modèle
Incitant la presse quotidienne à informer ses lecteurs sur la science sociale, il reprend un article du journal bonapartiste Le Capitole [15] qui souligne qu’« au milieu de tous ceux qui ont abordé ce grand problème, un nom retentit entre tous : c’est celui de C. Fourier, qui paraît avoir le plus approché du but ». Guillot affirme qu’« au nombre des candidats qui peuvent régénérer le monde, Fourier comptait le prince Louis-Napoléon ; mais, […], pour organiser une commune-modèle, faut-il bouleverser un état et changer une dynastie ? Que de temps et de sacrifices pour y arriver ! […]. Tandis que, si ce prince, qui a votre affection, le veut, il peut trouver facilement dans n’importe quelle partie du globe un terrain pour fonder une commune-modèle. Le monde reconnaissant lui offrira une couronne qui ne coûtera ni larmes ni sang. Le prince Napoléon peut, dit Fourier, p. 179, Fausse industrie, par la seule influence de son titre d’héritier direct de Napoléon, trouver à l’instant les souscripteurs de l’essai [...]. Tant de gens aisés tiennent à la mémoire de Napoléon ! Ils diront à son héritier : « Nous refuserions de vous entendre s’il s’agissait de conspiration ; mais nous vous aiderons volontiers dans une affaire toute bienfaisante qui, en cas de succès, vous élèvera sur le pavois par acclamation des rois et des peuples ».
Charge anticoloniale
Arthur Guillot, à la suite de la publication d’un Rapport [d’Adolphe Blanqui] sur la situation économique de nos possessions dans le nord de l’Afrique, lu à l’Académie des sciences morales et politiques, vantant la colonisation au prisme du libéralisme économique, rédige un article pour Le Nouveau Monde [16], où il ironise sur les bienfaits civilisateurs de la colonisation :
A-t-elle été saluée par assez d’acclamations, cette conquête glorieuse ! […]. Ingrats Arabes ! La civilisation leur apportait des bureaux de charité, ses dépôts de mendicité, ses maisons de correction, de réclusion et de prostitution ; elle leur apportait ses prisons pour dettes, ses bagnes infamants, ses maladies, ses hôpitaux et hospices de tous genres ; elle leur apportait tout cela, voilà dix ans, et ils hésitent encore […].
La civilisation ne s’est pourtant pas découragée ; au contraire, elle a tenu bon, et nos braves soldats ayant dispersé l’ennemi, elle a pu se mettre à l’œuvre immédiatement. On ne peut nier que son début ait été beau : sitôt débarquée, elle a pillé, volé, spolié à tort et à travers ; à aucune époque, les choses n’ont été mieux faites : […] son avènement a presque enrichi quelques pauvres diables qui lui ont offert de porter ses paquets, tout joyeux de se sentir libre et de n’être pas trop roués de coups […]. En revanche, la classe dite moyenne a été ruinée […] sans rémission. Une foule de familles, dont l’existence était modeste, obscure, mais paisible, sont maintenant sans pain, car leurs faibles ressources ne sont plus en proportion avec l’enchérissement des objets nécessaires à la vie. […].
Ainsi tel est le travail qu’accomplit la civilisation de l’autre côté de la Méditerranée : elle ruine une classe pour enrichir une autre classe […] ; en sorte qu’avec ce brillant système le sort du genre humain serait d’être perpétuellement partagé en deux catégories, les exploitants et les exploités : Dieu soit béni ! […].
Un service non moins remarquable, rendu par la civilisation à l’Algérie, c’est l’invasion de cette armée d’agioteurs, brocanteurs, acheteurs, revendeurs, tripoteurs et autres filous […]
Enfin, quand notre industrie aura pris racine […], l’Algérie connaîtra par expérience tout ce qui se passe dans nos villes manufacturières, et les Arabes jouiront d’un bonheur égal à celui des ouvriers de Rouen, Saint-Quentin, Saint-Étienne et Lyon […].
L’article est reproduit à Lyon par l’entremise de André Favier, ancien gérant de L’Indicateur, dans La Démocratie lyonnaise de Rivière Cadet [17].
A partir de 1844 et jusqu’en 1848, Arthur Guillot contribue à La Revue indépendante, fondée par Pierre Leroux, George Sand et Louis Viardot, reprise à l’automne 1842 par Ferdinand François et Émile Pernet [18]. Arthur Guillot en devient rédacteur en chef [19] en remplacement de son ami Ferdinand François [20]. Il ne se départit pas de ses préoccupations sociales.
Machines, actionnaires et travailleurs.
Arthur Guillot s’interroge dès 1840 sur la problématique de l’introduction des procédés mécaniques dans le travail. Une balayeuse testée à Paris, boulevard du Maine, le conduit à annoncer l’impact des machines dans une commune sociétaire. Dans la société dans laquelle il vit, la machine bien qu’allégeant la souffrance au travail, conduit à la misère les individus qu’elle remplace. « Dans une commune organisée [selon le régime sociétaire], les pauvres sont une impossibilité, et la vieillesse est assurée d’un repos honorable […] » [21]. La « machine […] permet, à l’homme, de se livrer chaque jour plus librement au développement de son brillant privilège, l’intelligence », car la machine n’est pas la propriété de quelques capitalistes mais « de la société entière ».
C’est par un même sujet qu’il débute sa participation à La Revue indépendante dans un article sur l’« Exposition des produits de l’industrie française » [22]. S’il souligne la « tendance éminemment égalitaire du génie des Français […]. Partout où l’or semble vouloir trôner seul, l’art le réduit à l’état de valet, et s’applique à relever les matériaux les plus humbles » [23], il dénonce une duperie, l’émerveillement passé :
D’où peut donc provenir la tristesse qui tempère une admiration si chaude ? Nous allons l’exprimer. Dans ces galeries temporaires et replâtrées, comme nos institutions, une fois revenu du premier éblouissement, on ne tarde pas à sentir que la fête à laquelle la France entière est conviée n’a qu’une grandeur factice. […] Un mauvais génie plane sur elle, le génie de l’antagonisme. […], les petits fabricants, les petits industriels, ceux qui ne possèdent que de l’intelligence et peu d’argent, se sentent descendre dans le gouffre que la finance creuse sous leurs pieds. […] Ils voient avec effroi ces combinaisons colossales, où, sous une même raison, cent industries réunies n’en font plus qu’une seule dont le poids écrase tout. Et le fisc n’en dévore pas moins les industries disséminées, qu’aucune garantie ne protège dans le passage de l’individualisme à l’association. Car, à cette heure, l’association n’est possible qu’aux forts, les forts ne s’associent qu’entre eux, et c’est là le crime de la force. […] Dieu n’a pu faire naître dans le cerveau de l’homme l’intelligence créatrice pour qu’elle se consumât au service d’intérêts discordants. Tant de formidables agents déjà créés, tant d’autres dont le germe se mûrit en silence, ne sauraient être et rester la conquête d’une cupidité insatiable. Tel est pourtant l’état désordonné où se trouve aujourd’hui le monde industriel. […] Les machines, il est vrai, produisent des merveilles, mais au profit de qui ? au profit des capitaux seulement. Le résultat infaillible, fatal, immédiat de leur apparition, quel est-il ? la brusque suppression du travail, par conséquent, du pain aux ouvriers qu’elles remplacent. […] Les hommes qui se sont approprié le titre discrédité d’économistes tranchent fort lestement, on le sait, une question si menaçante. Les bras remplacés, disent-ils, se tourneront vers une autre industrie ; ou bien, tout simplement, c’est un mal nécessaire. Il est, en effet, si facile à tant de malheureux qui ont passé la moitié de leur vie à se plier aux exigences d’un métier de faire, en l’âge mûr, un apprentissage nouveau. Pour tenir ce langage, il faut toute la morgue d’une fausse science, unie à la sécheresse de cœur, à l’ignorance impudente d’un fermier général enrichi [24].
Il s’efforce néanmoins à ne pas réduire le travail au monde ouvrier. Cependant, il affirme que « l’ouvrier, en sa qualité d’homme, a non-seulement le droit d’exiger du travail, il a aussi le droit de vivre » [25] de son travail. Un remède, l’association :
Les travailleurs doivent avoir, et ils auront un jour leur part de bénéfice dans les entreprises confiées à la double garantie de l’intelligence et du courage. Ce seront des associés, non plus des mercenaires. Du moment où l’industrie et la loi s’entendront pour qu’il en soit ainsi, on verra disparaître les rapacités gorgées d’or sous l’influence desquelles succombent aujourd’hui les plans les mieux conçus, les plus nobles projets. Quant aux machines, à ces magnifiques et tout-puissants auxiliaires de l’activité humaine, leur destinée n’est point de demeurer les esclaves de quelques spéculateurs effrénés. Elles appartiennent aux vastes et généreux travaux, à ceux qui s’entreprennent et s’achèvent sous le regard scrutateur et satisfait de Dieu. Agissant dans l’intérêt d’associés aussi nombreux qu’une population, elles se transformeront sans se détruire ; loin d’être
regardées avec rage par la misère aux abois, elles deviendront au contraire des sources de bien-être et de prospérité sans fin. Alors, s’il doit rester une aristocratie ici-bas, ce ne sera plus l’aristocratie vorace et sans gloire de l’argent, mais celle plus honorable du beau uni au bon, de la science unie à l’art [26].
Guillot poursuit son propos en rappelant indirectement ses attaches avec le mouvement phalanstérien :
Espérons plus encore ; et puisse l’industrie française faire bientôt les honneurs de son palais à l’industrie des autres peuples, frères aimés de la France. Ce vœu, dernièrement exprimé par la Démocratie pacifique [27], journal que distinguent au plus haut degré l’élévation des vues et la probité de la rédaction, ce vœu a toujours été le nôtre ; il se réalisera. N’est-il pas la conséquence nécessaire de l’esprit socialiste dont s’inspirèrent jadis les faits éclatants de la révolution ? Décréter la liberté des peuples, même de ceux qui, égarés par leurs maîtres, se ruaient sur la France ; proclamer l’égalité des races en face de l’esclavage organisé dans toutes les colonies du monde, c’était tracer la marche aux générations suivantes, c’était accepter par avance tous les moyens généreux de constituer l’unité de chaque nation dans l’unité humaine. L’Europe le sait bien, nous n’avons pas peur d’elle. Nos aspirations à la paix témoignent de notre force ; nous avons en pitié ceux qui pourraient s’y méprendre. L’épée de nos pères est restée suspendue à nos flancs comme une sauvegarde, non comme une menace. Fit-elle donc autre chose que prolonger une lutte héroïque jusqu’à ce que l’idée rénovatrice eût poussé d’indestructibles racines même au cœur de nos adversaires ! Il faut réprouver à jamais cette politique misérable qui ne sait voir l’exaltation d’un peuple que dans l’abaissement d’un autre [28].
À l’instar des expositions des Beaux-Arts ouvertes aux artistes étrangers, il préconise une exposition similaire des produits de l’« industrie des deux hémisphères […]. Paris doit instituer et il instituera des fêtes solennelles, où il conviera le génie industriel de l’humanité. Là, en présence des représentants de cent peuples, les grands et utiles travaux, les belles inventions, les nobles découvertes, seront récompensés avec une munificence égale à la grandeur du pays qui, confiant en sa force, aura osé se constituer le ministre de la reconnaissance du monde ! » [29].
Il rédige également les articles sur les salons de 1845 à 1847 mais également y publie une copieuse nouvelle « Edmond Cavanis » en 1844-1845.
De Fourier à Robespierre
Arthur Guillot gravite dans le cercle des phalanstériens s’activant en marge du Centre parisien de l’École sociétaire. En 1846, il est domicilié 16 rue de l’Ouest ; il appartient à l’« Institut phalanstérien » [30] comme Simon Blanc, le général Dubourg, Hugh Doherty, le colonel de Zeltner, l’homme de lettres Charrassin [31] et Anthime Benjamin Hamel.
C’est probablement l’intérêt commun pour Robespierre qui rapproche ce dernier de Guillot qui projette d’en éditer les œuvres complètes et publie une préface à cette entreprise éditoriale en 1849 [32]. Le projet fait suite à la publication de deux articles « Maximilien Robespierre et M. Thiers » dans La Revue indépendante [33]. Robespierre, explique Guillot, « personnifie la plus terrible de nos crises révolutionnaires, et que, de tous les hommes de son temps, il est le plus méconnu » [34]. Les discours et écrits de Robespierre, sans aucun commentaire de Guillot, doivent fournir la réponse aux « injures » de Thiers dans son Histoire de la Révolution française [35]. Guillot exprime une admiration pour l’homme :
Un trait le distingue, c’est que jamais il ne soumet sa conduite aux étroites considérations de parti. Sa lumineuse conviction plane au-dessus des combinaisons malheureuses où les plus chers intérêts de la nation et de la vérité sont subordonnés souvent à des ménagements irréfléchis envers certains hommes. Ce qu’il veut, c’est la régénération de sa patrie. Inébranlable dans ce grand dessein poursuivi avec autant de sagesse que de fermeté, rien ne le touche en dehors de ce qui peut y concourir. À ce prix, peu lui importe, même la popularité. Il marche imperturbablement dans sa ligne, sans employer pour attirer à lui d’autres prestiges que ceux de la raison. S’il laisse en chemin bien des gens, qui, comme il l’a dit lui-même, n’avaient pas commencé le voyage pour arriver au même but, en revanche, une nombreuse phalange d’hommes sincères et courageux vient peu à peu se ranger à ses côtés. Un fait remarquable au plus haut degré, c’est la persistance de ses efforts pour retenir la fougue des impatients, cette plaie des révolutions. Un second fait non moins digne de remarque est sa constante sollicitude à empêcher qu’on ne dévie des vrais principes, autre tâche périlleuse aux jours de grandes crises. Avec quel soin jaloux, par exemple, il réclame la liberté de discussion, surtout au profit de ses plus déterminés adversaires. Que de fois n’engage-t-il pas ses concitoyens à se préserver de l’idolâtrie, c’est-à-dire de l’engouement qui élève un homme sur un piédestal, et accepte ensuite ses moindres paroles comme autant d’oracles auxquels il n’est pas permis de ne pas croire ; avec quelle ardeur il recommande aux patriotes de se tenir serrés autour de la Constitution, si imparfaite qu’elle soit ; avec quel enthousiasme il parle des véritables héros, des généraux, des soldats, passionnés pour la gloire d’être les défenseurs et non les oppresseurs de leur pays [36] !
Pour Guillot, il s’agit de démontrer que « Robespierre était socialiste » [37] :
Le socialisme est beaucoup plus qu’une opinion, c’est un sentiment généreux. Quiconque sait réfléchir le comprend : un peuple ne peut être entraîné aux soulèvements que par la nécessité trop cruelle de relever son existence matérielle ou morale. Chez nous, particulièrement, s’il se soulève quand il a faim, il se soulève surtout quand il est humilié. À toutes les époques la politique n’est qu’une forme extérieure, le fond, c’est le socialisme. Le socialisme n’est donc point une espèce de spectre évoqué des profondeurs du chaos par les temps modernes ; c’est un fait continu qui date du jour où le premier homme parut sur la terre, et doit durer jusqu’au moment on le dernier homme en disparaîtra [38].
Cette préface est l’occasion pour Guillot de rappeler « le discours [...] de Robespierre sur la non rééligibilité des députés constituants » et de souhaiter un décret similaire des députés. Après les élections, le 26 mai 1849, il s’adresse directement Aux démocrates socialistes [39] à propos du rejet par l’Assemblée nationale de la proposition d’exclure tous ses membres de la législature suivante.
Arthur Guillot ne semble plus avoir d’activité publique après 1849.