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Prévault, (Célestin-)Victor
Article mis en ligne le 12 février 2025

par Desmars, Bernard

Né le 7 avril 1818 au Grand-Pressigny (Indre-et-Loire), décédé le 23 avril 1885 à Montrésor (Indre-et-Loire). Médecin. Abonné à La Science sociale, soutien du Bulletin du mouvement social en 1872.

Victor Prévault est le fils d’un cordonnier ensuite qualifié de propriétaire [1] ; il suit une formation médicale, dont les étapes sont difficiles à reconstituer. Dans une lettre de 1872, il écrit avoir « err[é] de par le monde », comme « médecin militaire, médecin de marine » [2], « bohême d’universités étrangères », puis « interne » à l’hospice général de Tours [3]. On sait toutefois qu’il fait des études médicales à Paris au début des années 1840, puis qu’il est en Allemagne en 1843 et 1844 pour compléter sa formation [4].

Officier de santé dans le Loir-et-Cher, puis en Indre-et-Loire

Quand il commence à exercer à Saint-Dyé-sur-Loire (Loir-et-Cher), en 1847 ou 1848, il est « officier de santé » ; c’est-à-dire qu’il ne possède pas le doctorat et qu’il appartient au second ordre des médecins : les officiers de santé ne peuvent effectuer certains actes complexes pour lesquels ils doivent appeler des docteurs en médecine [5].

En 1848, il se marie avec Marie Pinet, fille d’un charpentier d’Abilly (Indre-et-Loire). Le couple s’installe à Saint-Dyé où naît une première fille en mars 1850. Deux ans plus tard, la famille est installée à Ferrière-Larçon où naissent deux autres enfants, en mars 1850 et en septembre 1853. En 1856, elle est recensée à Loches (Indre-et-Loire), où elle est encore présente à la fin des années 1860 [6] ; puis, en août 1870, lors des élections municipales, Prévaut est établi à Montrésor (Indre-et-Loire) [7].

Victor Prévault fait partie des médecins cantonaux de l’Indre-et-Loire, qui, contre une rétribution prise en charge par le Conseil général, dispensent gratuitement leurs soins aux plus pauvres ; il est chargé en 1851 du canton du Grand-Pressigny auquel appartient la commune de Ferrière-Larçon [8]. Quelques décennies plus tard, il est l’un des médecins-inspecteurs du service de la protection des enfants du premier âge, et en particulier chargés des enfants placés en nourrice [9] ; il reçoit une médaille de bronze pour son activité dans ce domaine [10].

Travaux scientifiques et organisation de la médecine

Parallèlement aux soins qu’il dispense à ses patients, il mène quelques recherches sur des traitements thérapeutiques : il crée un « appareil à extension continue pour les fractures du fémur », qu’il présente à la Société médicale d’Indre-et-Loire [11]. Il s’intéresse aux moyens de combattre les crises de rhumatisme aiguës et présente dans plusieurs articles son utilisation du collodion [12].

Il s’efforce aussi de contribuer à l’organisation de la profession médicale dans le département de l’Indre-et-Loire, au sein de l’association des médecins de l’arrondissement de Loches, devant laquelle il prononce en 1865 un discours « sur la confraternité médicale » [13] ; il intervient encore lors de l’assemblée de 1868, avec une « satire » versifiée [14]. En 1869, l’assemblée générale de l’association de prévoyance et de secours mutuels des médecins d’Indre-et-Loire en fait un des membres de la commission de l’arrondissement de Loches [15] ; lors d’un banquet organisé par cette association en 1879, il fait un discours en vers [16].

Bien qu’il ait présenté des mémoires à la Société médicale d’Indre-et-Loire dès la fin des années 1850, il n’en devient un « membre correspondant » qu’au début des années 1870 [17].

C’est à partir de cette décennie qu’il devient un partisan, ou même un « apôtre de la médecine dosimétrique » [18] ; cette médecine, fondée par le médecin belge Adolphe Burggraeve et principalement diffusée en Belgique et en France à partir des années 1870, s’oppose à la fois à l’allopathie et à l’homéopathie. Elle préconise l’utilisation de substances actives, les alcaloïdes, « dosées avec une rigueur, une précision presque mathématique », ingérées sous forme de granules à un rythme tenant compte de l’état du malade et de la gravité de l’affection [19]. À partir de 1872, paraît chaque année un Répertoire de médecine dosimétrique, qui devient en 1878 le Répertoire universel de médecine dosimétrique ; on y trouve de nombreux textes du « docteur Prévault, de Montrésor […] l’un des plus fidèles collaborateurs du Répertoire, dans lequel il a donné, sous le pseudonyme du Bonhomme Descamps, d’excellentes causeries médicales » ; il envoie une lettre d’adhésion à la doctrine dosimétrique en 1873, et reçoit quelques années plus tard une médaille d’argent pour ses services [20].

Fouriériste et républicain

Dans une lettre de 1872, Victor Prévault fait le récit de ses rapports avec les fouriéristes. Adolescent, il a connu François Cantagrel, originaire d’Amboise (Indre-et-Loire) mais il l’a ensuite perdu de vue ; quelques années plus tard,

plusieurs de mes amis d’enfance et de jeunesse se livraient avec une longue persévérance à l’étude et aux aspirations des doctrines phalanstériennes.

Mais lui-même a dû se consacrer à ses études de médecine ;

de ma communauté première d’idées sociales, il ne me restait que de vagues et incohérentes aspirations. Le temps me manquait un peu, les matériaux et les relations propices à peu près complètement.

Mais au début des années 1860, il trouve un ouvrage de Victor Considerant chez un de ses amis et le lit :

Rien n’était pour moi entièrement inconnu, mais presque tout effacé, ou plutôt noyé dans le bagage acquis partout un peu.

C’est donc à 44 ans, dans une tête murie par l’âge et l’étude et les choix d’une vie agitée, et dans un cœur toujours plus jeune et ardent, et le tout dans un corps plus sain et plus vigoureux peut-être, que Considerant et les rédacteurs de La Science sociale ont à leur insu ingéré l’hostie nouvelle.

Ne craignez pas qu’un tel adepte faiblisse.

Hélas, il ne peut vous être d’aucun secours ! Et c’est le plus profond de ses chagrins.

Victor Prévault insiste à nouveau sur la modicité de ses moyens financiers. Mais, ajoute-t-il, « je connais des phalanstériens aisés, d’autre sont riches. J’en connais peu, deux ou trois ». Et il cite en particulier Constant Lebarillier, représentant à l’Assemblée constituante en 1848, non réélu en 1849, puis retiré à Genillé (Indre-et-Loire) et qui lui aurait déclaré : « je suis phalanstérien » ; et Aimé Lecœuvre, un agent de la compagnie ferroviaire d’Orléans, « toujours fouriériste, j’en suis sûr », écrit Prévault [21].

On ne dispose pas d’informations sur son engagement fouriériste dans les années qui suivent. Le combat qu’il mène, à l’échelle locale, est surtout républicain : après avoir été élu au conseil municipal de Montrésor au second tour en août 1870 [22], il est à nouveau candidat lors des élections municipales de 1871 et 1874, mais n’obtient alors que quelques voix [23].

En 1880, la fête nationale est fixée au 14 juillet par la loi Raspail. Victor Prévault participe aux cérémonies organisées dans sa commune de Montrésor en juillet 1881 et en juillet 1882. À chaque fois, à la fin du banquet, et alors qu’il n’occupe aucune fonction officielle, c’est lui qui prononce le principal discours après le toast du maire ; en 1882, son propos est dirigé contre le pouvoir personnel de Napoléon III et en faveur de la République et de la patrie [24].

Lors de ses obsèques, l’un de ses amis vante les qualités du défunt, « le républicain dévoué au peuple et à la liberté » [25].