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Muel-Doublat, Édouard (Claude Joseph)
Article mis en ligne le 13 février 2025
dernière modification le 18 février 2025

par Desmars, Bernard

Né à Sionne (Vosges), le 30 août 1798, décédé à Châteauroux (Indre) le 2 octobre 1846. Maître de forges à Abainville (Meuse). Abonné au Phalanstère.

Édouard Muel [1] est le fils de Florentin Muel, propriétaire à partir de 1802 avec son frère Claude d’une forge installée à Abainville (Meuse) ; les deux frères possèdent en commun d’autres usines et forges situées dans la Meuse et les Vosges, jusqu’à ce que ces biens soient partagés en 1810, l’établissement d’Abainville étant attribué à Claude [2]. Édouard Muel épouse en 1819 à Épinal Julie Doublat, la fille du receveur général du département des Vosges, député de 1816 à 1820 et de 1820 à 1823, président du conseil général des Vosges sous la monarchie de Juillet ; il se fait désormais appeler « Muel-Doublat ». Deux enfants naissent au chef-lieu des Vosges, en 1820 et 1822.

En 1819 encore, Édouard acquiert de son oncle l’usine d’Abainville ; il modernise considérablement l’établissement entre 1823 et 1826 en y utilisant la houille et en introduisant des procédés anglais, avec l’établissement de laminoirs et d’un four à puddler – c’est alors la première forge à l’anglaise dans l’est de la France et l’une des premières en France [3]. L’usine est alors considérée comme l’un des établissements les plus importants de France [4].

Muel-Doublat présente des échantillons des productions de ses usines lors de l’Exposition des produits de l’industrie nationale en 1827 ; il reçoit une médaille de bronze [5]. L’année suivante, il est fait chevalier de la Légion d’honneur « pour avoir introduit les nouveaux procédés que nous avons longtemps enviés à l’Angleterre » [6].

Philanthropie, notabilité et fouriérisme

En 1828, il fait partie de la Société de la morale chrétienne [7], une association fondée en 1821, particulièrement engagée dans la lutte contre la traite négrière et l’esclavage, ainsi qu’en faveur de l’amélioration des conditions de vie en prison. Il est encore présent dans les listes des membres de la société en 1842 et 1843 [8]. Il manifeste sa sensibilité humanitaire en organisant à Abainville, en particulier parmi le personnel de son usine, des souscriptions pour apporter des secours à des victimes de catastrophes ou de conditions de vie misérables : dès 1825, il verse 500 francs, « produit de la souscription à laquelle ont contribué tous les employés et ouvriers de cette belle usine en faveur des malheureux Salinois », dont la ville a été en partie incendiée [9]. Puis, dans l’hiver 1830-1831,

sur l’invitation de M. Muel-Doublat, propriétaire des forges anglaises d’Abainville, dont l’établissement répand l’aisance dans cette localité, de se réunir pour soulager les pauvres, [les ouvriers et employés des forges] ont souscrit spontanément pour une somme de 1 200 fr. par an ; ce secours doit être continué pendant trois années à partir du 1er janvier [1830] [10].

Un troisième enfant naît à Bar-le-Duc en janvier 1831. Julie Doublat décède l’année suivante.

Quand le choléra atteint la Meuse, et plus précisément le canton de Gondrecourt, dont il est l’élu, « [Édouard Muel-Doublat] fait venir à ses frais un médecin de Paris » [11]. Il devient peu à peu un notable ; il est candidat dans la circonscription de Commercy lors des élections législatives de 1831 ; dans une lettre adressée aux électeurs, « il se prononce dans le sens le plus libéral sur toutes les grandes questions que la prochaine chambre aura à résoudre » [12] ; hostile à l’hérédité de la pairie, il est pour une véritable responsabilité ministérielle, pour « la réduction des dépenses en général et des gros traitements en particuliers » [13] ; il reste très prudent par rapport aux soulèvements polonais et italiens : il souhaite « assurer à la France une paix honorable, tout en la déclarant protectrice de ces généreuses nations dont les forces n’égalent pas leur courage » [14]. Semblant lui-même douter de ses chances auprès des électeurs, il souhaite surtout « que l’on connaisse ses principes si le cas se présente un peu plus tard de solliciter leurs suffrages » [15]. Il promet que s’il est élu un jour, son « indépendance ne sera jamais mise en question par l’attrait d’aucun emploi, d’aucuns honneurs, d’aucune dignité » [16]. Il n’arrive qu’en troisième position, loin derrière l’élu, Étienne père.

En 1832, Victor Considerant adresse à la direction de l’Ecole sociétaire une liste de personnes qui s’abonnent au Phalanstère. Y figurent plusieurs officiers de Metz, mais aussi Muel-Doublat [17]. On ne connaît pas d’autres relations entre le maître des forges et le mouvement fouriériste

La même année, après la mort d’un conseiller général de la Meuse, le roi nomme Muel-Doublat pour le remplacer au sein de l’assemblée [18] ; puis, quand à partir de 1833, la fonction devient élective, il est reconduit dans cette fonction ; il siège au conseil général de la Meuse jusqu’en 1841. Il est par ailleurs chef de bataillon de la garde nationale départementale [19]. Il est à nouveau candidat dans la circonscription de Commercy lors des élections législatives en 1839, contre Étienne fils ; il n’obtient que 89 voix, contre 148 à son adversaire.

Le développement des forges dans les années 1830

Son entreprise continue à se développer avec l’accroissement de la puissance motrice des machines à vapeur, grâce aux conseils de l’ingénieur Eugène Flachat. Il dépose des demandes de brevet en 1834 « pour l’application à la suspension des ponts, passerelles, ponts-aqueducs et ponts de chemins de fer, comme aussi à la suspension des toitures, des fers en ruban, dit vulgairement fers à cercles » [20], puis en 1838 pour de « nouveaux moyens et procédés de fabrication des fers à cheval » [21].

En 1839, il est au sommet de son activité et de sa notoriété. En janvier, il est nommé membre du conseil général des manufactures [22]. Il envoie quelques-unes de ses productions à l’Exposition des produits de l’industrie nationale qui se tient dans l’été suivant ; les journaux en font généralement l’éloge : selon La Presse, « toutes les pièces exposées sont belles et bien choisies » en 1839 [23] ; le Journal des débats écrit que « l’établissement de M. Muel-Doublat […] est remarquable par la perfection de ses produits » [24]. Le jury lui décerne une médaille d’or pour « les grands développements qu’il a donnés à ses usines, la variété et la qualité des produits qu’il y fabrique ». Selon ce même jury, il emploie « à l’intérieur 256 ouvriers et 400 à l’extérieur » [25]. Des logements sont construits pour les ouvriers et les employés [26].

L’usine d’Abainville est mise en valeur par le peintre François Bonhomme, arrivé sur les lieux en 1837 ; il y exécute de nombreux dessins et deux tableaux, Tôlerie des forges d’Abainville (présenté au salon de 1837) et Vue intérieure des forges d’Abainville (Meuse) : train de laminoirs à rails et à fers marchands (1839, présenté au salon de 1840) [27].

Édouard Muel-Doublat participe à la fin des années 1830 aux débats sur la canalisation de la Meuse qui permettrait d’opérer la jonction de la Saône au canal de la Marne au Rhin. Il publie une brochure en mettant en avant les avantages d’une telle réalisation pour le département de la Meuse [28].

Faillite

Mais en 1840, son beau-père décède laissant ses affaires dans une très mauvaise situation ; cette faillite entraîne celle de son gendre, Édouard Muel-Doublat, qui est prononcée en 1841. La description qui est faite de son entreprise pour l’adjudication de ses biens montre son ampleur, avec des usines (forges, hauts-fourneaux, souffleries, tréfilerie) installées à la fois dans les Vosges et dans la Meuse, des habitations (maison de maître, logements pour employés et pour ouvriers), des terres labourables, des prairies, des bois, des jardins [29].

Édouard Muel-Doublat est emprisonné quelque temps [30]. Puis, il s’installe à Paris où il épouse en 1845 Metilda Brockwell, la fille d’un ingénieur anglais demeurant à Paris. Une fille naît en septembre 1846. Mais quelques jours après, alors que, selon un journal, il se rend à Vierzon afin de prendre la direction de forges, il meurt à Châteauroux [31].