Bandeau
charlesfourier.fr
Slogan du site

Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Hommages à Gaston Bordet (1933-2024)
Article mis en ligne le 26 août 2024

Suite au décès de notre regretté Gaston Bordet, fondateur de notre association, certain.e.s des membres de notre association lui rendent hommage.

Jonathan Beecher : hommage lu lors des obsèques de Gaston :

"La perte de Gaston Bordet laisse un trou dans notre vie. Pour moi il était plus qu’un ami : il était mon frère. Ce fut notre enthousiasme partagé pour les idées du grand socialiste bisontin Charles Fourier qui nous a d’abord mis en contact. La chaleur de son accueil, et celui de sa femme Nicole, d’un étranger venant à étudier les socialistes franc-comtois, m’a profondément ému. J’admirais sa franchise, sa capacité d’empathie, et son énergie extraordinaire, et je serai toujours reconnaissant à Gaston du rôle crucial qu’il a joué dans la création de notre Association d’études fouriéristes (dont il fut le premier président). Son rôle fut aussi déterminant dans le lancement de l’excellent cahier annuel, Les Cahiers Charles Fourier (dont on va bientôt sortir le trente-cinquième numéro), et dans l’organisation en 1993 d’un mémorable colloque international sur Fourier et les utopistes franc-comtois, qui a rassemblé des chercheurs de vingt nations.

Des le début j’ai été impressionné par l’ampleur des connaissances —ou pour mieux dire des passions—de Gaston, et aussi par l’extraordinaire don didactique qui lui a permis d’expliquer des problèmes compliqués de façon claire et accessible, tant pour les étudiants que pour les chercheurs de tous les niveaux. C’est Lamennais et Proudhon qui l’ont tenu à cœur. Dans ses recherches, et dans sa vie de militant, Gaston a illustré l’importance de la grande tradition politique française du catholicisme socialiste qui va de Lamennais à Peguy au XIXe siècle et de Marc Sangnier aux prêtres ouvriers au XIXe. Et il a souligné l’influence de ce courant de pensée et d’action parmi les leaders syndicaux de chez Lip. Comme il a écrit dans Lip, vingt ans après : “Les Lip sont au terminus d’une formidable histoire,” une histoire culminante dans “la lente litanie d’un catholicisme populaire et évangélique dont ils sont la dernière invocation.”

Mais Gaston a aussi écrit et parlé avec éloquence de Courbet, de l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, du théologien l’abbé Bergier, de la Grande Mission de Besançon, du mouvement des universités populaires, et enfin et surtout de Victor Hugo. En abordant tous ces sujets, Gaston a pu démontrer une capacité étonnante à faire vivre le passé et à montrer la signification du passé dans le présent.

Finalement, je voudrais dire quelques mots plus personnels sur la générosité intellectuelle de Gaston. Dans mon propre travail de recherche sur l’histoire du socialisme français, Gaston a été un guide extraordinaire. Il m’a aidé à comprendre l’importance du milieu franc-comtois dans la genèse de la pensée de Proudhon, de Fourier, et de Considerant. Au-delà de cet apport, par son amitié et par son hospitalité , il m’a aidé à me sentir “chez moi” dans ce milieu. J’ai l’impression d’avoir été en dialogue avec Gaston depuis trente cinq ans, et je me souviendrais toujours de nos ballades dans les collines au-dessus d’Ornans, de nos discussions au sujet des ouvrages d’Henri Guillemin et de Mona Ozouf, et aussi des visites guidées que Gaston organisait parfois pour des groupes pendant nos colloques, et parfois uniquement pour moi, tant à Poligny, Arbois, Syam et Salins, qu’au Locle ou à la Chaux-de-Fonds.

Je regrette infiniment de ne pas être parmi vous aujourd’hui, et je voudrais exprimer ma reconnaissance sincère à mon ami Edward Castleton qui a eu la gentillesse de vous lire mes remarques".

Roberto Massari  :

Merci, cher Jonathan, pour ton beau salut d’adieu a Gaston. Je rappelle bien l’admiration que Bordet nourissait pour ton oeuvre de recherce. Et nous deux - les « ètrangers » - avons eu la chance de connaitre, peut-être dans une mesure particulière, sa grande chaleur humaine et son sens de l’hospitalité.
Nous avons perdu une grande et riche personnalité. Pour moi inoubliable.
Le nouveau fourierisme il y doit beaucoup. Plus que beaucoup...
Il nous manquera.

Chantal Guillaume  :

"Je suis triste... Que de souvenirs de repas partagés dans un esprit fourieriste. Nous nous souvenons de Gaston à la colonie de Condé, de Gaston venu déjeuner avec nous à Cleron en compagnie de Jonathan Beecher. C’est une époque qui se clôt, celle des penseurs et militants du socialisme. Paix à son âme, il rejoint son ami Charles Piaget."

Michel Antony :

"L’ami Gaston vient de nous quitter. Je le connaissais depuis 1967, mai 68, les LIP, la Fac de lettres, le centenaire de la Commune, la CFDT autogestionnaire d’alors… Il a fait beaucoup pour notre Association d’études fouriéristes. Pour sa période finale, je pense que Chantal est une de celles qui le connaissait le mieux. Que la terre lui soit légère ! Mes saluts les plus chaleureux à tous ses proches."

Avril 2006. Roberto Massari, Gaston Bordet, Jonathan Beecher