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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Zurcher, Frédéric
Article mis en ligne le 19 avril 2013
dernière modification le 24 janvier 2018

par Desmars, Bernard

Né le 22 décembre 1816 à Mulhouse (Haut-Rhin), décédé le 26 mars 1890 à Toulon (Var). Officier de marine, auteur d’ouvrages de vulgarisation scientifique. Participe aux activités et au financement de l’Ecole sociétaire et de plusieurs expérimentations. Membre de sociétés savantes.

Le père de Frédéric Zurcher est successivement qualifié de tondeur de draps (en 1816), marchand (1827), négociant (1834 et 1840) et propriétaire (1852). Après ses études secondaires, Frédéric Zurcher entre à l’École polytechnique en 1834 ; d’après sa fiche, il a l’apparence suivante : cheveux et sourcils blonds, front découvert, nez gros, yeux bleus, bouche moyenne, menton rond, visage plein ; il mesure 1,78 m [1].

Un officier de marine fouriériste

Assez médiocrement classé à sa sortie de Polytechnique (104e sur 121 élèves), il est admis en 1836 dans la Marine royale, d’abord comme aspirant, puis enseigne de vaisseau (en 1839) et enfin lieutenant de vaisseau (1847). Ses supérieurs lui reconnaissent des « connaissances », du « zèle » et un « bon caractère » ; sa « conduite et [sa] moralité [sont] bonnes » ; il a une « instruction [qui] le dispose plus particulièrement à la navigation à vapeur » ; il est « apte aux observations et aux calculs astronomiques » et il « parle l’allemand et l’anglais » ; toutefois, précise un officier, on a « signalé cet officier comme professant des opinions très avancées » [2].

En effet, à la fin de la monarchie de Juillet et au début de la Seconde République, Zurcher est fouriériste, dans une ville, Toulon, et un milieu, les officiers de marine, où ils sont plusieurs à communier dans les mêmes espérances phalanstériennes [3]. Zurcher soutient le projet de l’Union agricole d’Afrique, qui, à partir de 1847, établit une exploitation agricole à Saint-Denis-du-Sig, près d’Oran ; il est le correspondant de la société à Toulon [4]. Cela ne l’empêche pas d’être admis parmi les membres titulaires au sein de la Société des sciences, belles-lettres et arts du Var [5].

En 1848, il est en Algérie et participe au banquet du 7 avril à Alger ; il y porte un toast « à la Fraternité universelle des peuples » [6]. Il séjourne ensuite quelque temps à Cherbourg, mais demande à retourner dans le Midi, invoquant des raisons de santé et des raisons familiales. Il obtient d’être attaché au port de Toulon.

Mais le contexte politique a changé, et dans la République devenue conservatrice, la manifestation d’opinions fouriéristes n’est plus la bienvenue. Sans doute Zurcher subit-il, comme ses condisciples, les pressions de ses supérieurs ; en tout cas, il s’éloigne du militantisme fouriériste. En 1850, le major général à Toulon signale que « le temps et la réflexion ont mûri son esprit et sa raison ; aujourd’hui, il comprend parfaitement ses devoirs et il est fort modéré » [7]. Et dans les années qui suivent, l’on ne fait plus de remarques sur ses opinions.

Il se marie en mars 1852 avec Justine Camille Margollé fille d’un officier de marine installé à Toulon ; elle est aussi la sœur d’Élie Philippe Margollé, son ami et bientôt co-auteur de nombreux ouvrages. Deux garçons (nés en 1853 et en 1857) sont issus de cette union ; comme leur père, ils passent par l’École polytechnique, l’un embrassant ensuite la carrière militaire, l’autre, Philippe Elie Frédéric, devenant ingénieur des ponts et chaussées et épousant en 1877 la fille d’Elie Philippe Margollé. Par ailleurs, un frère de Justine Camille et d’Elie Philippe Margollé, Pierre-Paul-Charles, a épousé Caroline Zurcher, la sœur de Frédéric.

Frédéric Zurcher est décoré de la Légion d’honneur en 1856 ; en 1859, il obtient sa mise à la retraite de la Marine. En 1866, il entre au service civil du port de commerce de Toulon, fonction qu’il occupe jusqu’à son décès avec d’abord le grade de lieutenant, puis, à partir de 1879, celui de capitaine du port [8].

Propager le fouriérisme

Ayant quitté la Marine, Frédéric Zurcher peut à nouveau exprimer ses convictions fouriéristes et aussi se consacrer à l’écriture, avec la publication de nombreux ouvrages et articles.

Il s’intéresse à différentes expérimentations sociétaires dans les années 1860 et 1870, et tout d’abord à la Société de Beauregard, fondée à Vienne (Isère) dans les années 1850 par Henri Couturier avec qui il est en relation au moins épistolaire. Il fonde beaucoup d’espoir sur cette société, dont le prochain succès « démontrera le mieux la valeur des idées de notre maître » [9]. Il en fait régulièrement la promotion dans de longs articles très favorables à l’entreprise de Couturier, et, de façon plus générale, au principe de l’association, pour L’Economiste français, la revue publiée à partir de 1861 par Jules Duval ; il est d’ailleurs un collaborateur régulier de cet organe, auquel il fournit des articles sur des sujets divers, par exemple sur le canal de Suez. Il suit aussi le développement de la Maison rurale de Ry (près de Rouen), l’établissement éducatif fondé par Adolphe Jouanne, auquel il envoie sa contribution financière [10]. Toujours actionnaire de l’Union agricole d’Afrique, il assiste en 1874 à l’assemblée générale des actionnaires [11]. A Toulon même, Zurcher et Margollé envisagent la formation d’une « société alimentaire », sur le modèle de celle qui existe à Beauregard ; mais en 1865, ils doivent se contenter d’un « fourneau économique » qui procure de la nourriture aux plus pauvres lors d’une épidémie de choléra [12].

Son intérêt pour les problèmes sociaux se traduit aussi par son admission au sein de la Société industrielle de Mulhouse comme membre correspondant à partir de 1861 [13]. Il est également un lecteur du Bulletin de participation aux bénéfices, qui s’efforce de promouvoir la distribution d’une partie des profits aux salariés des entreprises [14].

Il s’abonne, avec Margollé, aux différents périodiques de l’Ecole sociétaire dans les années 1860 et 1870, La Science sociale (il y fait paraître en 1867 un texte de Schiller sur l’éducation dont il a fait la traduction [15]) et le Bulletin du mouvement social [16]. En 1865, il s’efforce de venir en aide à Victor Considerant, vivant dans une situation matérielle difficile aux Etats-Unis ; il organise une collecte auprès de condisciples varois dont il adresse le produit à Aimée Beuque, afin qu’il soit transmis à l’intéressé [17]. Il reste en relation avec d’autres anciens condisciples, comme Jean-Augustin Barral, le directeur du Journal d’agriculture pratique [18]. Cette correspondance, ces abonnements et ces souscriptions sont généralement faits en commun avec son beau-frère Elie Margollé. Les deux hommes et leurs familles semblent d’ailleurs vivre dans la même maison, les adresses qu’ils indiquent étant identiques.

Zurcher écrit de nombreux textes de vulgarisation scientifique : il fait paraître quelques articles dans L’Ami des sciences, le périodique fondé en 1855 par le fouriériste Victor Meunier, dont il est un collaborateur régulier à partir de 1860 [19] ; surtout, lui et Margollé publient une quinzaine d’ouvrages sur les volcans, les tempêtes, les météores, les glaciers, le monde sous-marin, etc. ; ces livres, publiés chez Hachette, dans la collection Bibliothèque des Merveilles, et chez Hetzel, dans la Bibliothèque d’éducation et de récréation, sont des œuvres de vulgarisation destinés à la jeunesse, mais aussi aux adultes et on les trouve dans maintes bibliothèques populaires dans les années 1860 et 1870. Zurcher effectue également des traductions, seul, à partir de l’allemand [20], ou avec Margollé, à partir de l’anglais [21]. Dans cette production, largement destinée à diffuser des connaissances scientifiques, leur dernier ouvrage est un peu à part : dans L’Energie morale, les deux auteurs font le portrait d’hommes et de groupes qui, de l’Antiquité au XIXe siècle, incarnent des vertus morales et ont contribué aux progrès de l’humanité de diverses façons (découvertes scientifiques, réalisations industrielles, activités charitables, œuvres philosophiques, etc.) ; ces progrès, qui conduisent vers « plus de justice, c’est-à-dire plus de concorde et plus de liberté », continuent à se développer, et dans l’avenir, « délivrés des e