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Jean-Baptiste-André Godin : Solutions sociales (2010)
Guise, éditions du Familistère, 2010, 656 p.

Bernard Desmars  |  2011 / n° 22 |  mars 2012



Index

Lieux : Guise, Aisne

Notions : Expérimentations - Familistère

Personnes : Delabre, Guy - Godin, Jean-Baptiste

Pour citer ce document

DESMARS Bernard , « Jean-Baptiste-André Godin : Solutions sociales (2010). Guise, éditions du Familistère, 2010, 656 p.  », Cahiers Charles Fourier , 2011 / n° 22 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article979 (consulté le 21 mai 2017).

Texte intégral

En 1871, Jean-Baptiste André Godin publie Solutions sociales. Depuis une douzaine d’années, il a commencé l’édification du Familistère à Guise (Aisne), à côté de son entreprise industrielle. Dans cet ouvrage, il vient présenter ce « Palais social », et surtout, en expliquer les fondements et les ambitions, en retraçant son itinéraire personnel, en examinant les différentes théories socialistes, et notamment le fouriérisme, et en tentant, à partir de cet examen, de formuler une nouvelle doctrine, où, à côté des problèmes d’organisation sociale, l’on trouve des considérations sur la phrénologie, sur l’habitat des premiers peuples de l’humanité... Cet ouvrage avait fait l’objet en 1979 d’une nouvelle édition, aujourd’hui épuisée (éditions La Digitale, avec une présentation de Jean-Luc Pinol et Jean-François Rey). Il vient d’être réédité, enrichi de divers textes et d’un appareil de notes qui viennent l’éclairer et le contextualiser.

Guy Delabre, qui avait soutenu en 1978, avec Jean-Marie Gautier, une thèse de sciences économiques sur l’entreprise Godin et le Familistère de Guise, rappelle en une quinzaine de pages le parcours de Godin, son origine modeste, sa réussite professionnelle, son adhésion au socialisme phalanstérien, puis son détachement de l’École sociétaire, la construction du familistère, et le passage à l’écriture, avec ce premier livre, publié en 1871. Il souligne aussi le syncrétisme qui caractérise la réflexion théorique de Godin, qui se réfère certes souvent à Fourier (pour s’en inspirer ou s’en démarquer), mais qui examine aussi les solutions proposées par Saint-Simon, Owen, Cabet ; Godin rejette en particulier le système passionnel de Fourier et ne croit guère au travail attrayant (chez lui, le sens du devoir prévaut sur celui du plaisir), mais vante le principe associatif. Enfin, G. Delabre replace Solutions sociales dans l’œuvre de Godin, qui continue ensuite à développer et à affiner ses idées, dans le journal Le Devoir, ou dans différents livres et brochures.

Cette nouvelle édition de Solutions sociales propose aussi une étude de la genèse du livre (par Frédéric K. Panni) et de sa réception (par Zoé Blumenfeld-Chiodo). F. Panni montre ainsi les hésitations de Godin, qui, dès 1862, annonce à Cantagrel qu’il veut écrire « une Théorie nouvelle de Dieu ou de la vie universelle » ; il accumule les matériaux, il rédige des textes (dont certains serviront à Solutions sociales) ; mais quand des amis le pressent de faire de la publicité pour son œuvre, il recourt à un journaliste (A. Oyon) ou à un pseudonyme (A. Mary, nom sous lequel il signe deux articles dans l’Annuaire de l’Association, 1866 et 1867) pour présenter le Familistère au public. Le développement de son industrie, la construction des logements et ses ennuis familiaux contribuent aussi à ralentir la rédaction de son livre. Cela explique que l’ouvrage de Godin paraisse parfois manquer de cohérence et comprenne quelques répétitions, à l’exception de la quatrième et dernière partie, consacrée à la description du Palais social. Puis, le manuscrit terminé (en mai 1870), la guerre et le siège de Paris repoussent la sortie du livre à juillet 1871.

F. Panni apporte aussi quelques informations sur la diffusion de l’ouvrage, dont Z. Blumenfeld-Chiodo analyse la réception ; si certains critiques soulignent que Godin s’appuie sur des réalisations concrètes (une entreprise industrielle et un ensemble de logements et d’équipements collectifs), d’autres dénoncent la « vanité » et la prétention de l’auteur à faire de « la métaphysique ».

Cette nouvelle édition de Solutions sociales est en outre complétée par une chronologie (de 1817, date de naissance de Godin, jusqu’à nos jours), qui intègre des informations concernant à la fois le Familistère et l’entreprise de Godin d’une part, et l’histoire sociale plus générale d’autre part. On trouvera aussi dans ce volume des illustrations (des photographies principalement) représentant le Familistère et de son fondateur aux alentours de 1860-1870, ainsi qu’une abondante bibliographie rassemblant des références sur l’histoire du socialisme et en particulier du fouriérisme, l’histoire de l’architecture et celles des différentes expérimentations sociales.

Il faut enfin signaler, outre un index (des notions et des noms propres), un très important appareil de notes qui viennent éclairer, préciser ou commenter certaines affirmations de Godin ; élaborées à partir des archives personnelles de Godin (en particulier de sa correspondance), à partir également des nombreuses sources imprimées (et notamment des œuvres de Fourier et de ses disciples, mais aussi celles de leurs contemporains) et des travaux scientifiques les plus récents, ces notes constituent un travail considérable qui permet de mieux repérer les sources de Godin, de lier son œuvre à sa propre biographie, et de situer Solutions sociales par rapport à la réalisation du Familistère, à ses publications ultérieures et à celles de ses contemporains. L’ensemble forme un très bel ouvrage, à la fois par sa présentation matérielle et par ses qualités scientifiques ; il aide à mieux comprendre, non seulement le projet familistérien, mais aussi la riche personnalité de Jean-Baptiste Godin, et les rapports complexes qu’il noue entre pratique et théorie.


Bernard Desmars

Bernard Desmars

Bernard Desmars est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Lorraine. Après avoir étudié la délinquance des premières décennies du XIXe siècle, il s’intéresse depuis quelques années déjà aux militants fouriéristes, et surtout à ce qu’ils deviennent après la Seconde République, aux voies qu’ils empruntent pour réaliser leurs ambitions et concrétiser leurs idéaux. Il participe depuis une quinzaine d’années aux activités de l’Association d’études fouriéristes. Il a récemment publié Militants de l’utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle (Dijon, Presses du Réel, 2010)


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