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Alain Bataille et Michel Cordillot : Former les hommes et les citoyens : les réformateurs sociaux et l’éducation (2010)

Paris, Les éditions de Paris-Max Chaleil, 2010, 213 p.


Nathalie Brémand  |  2011 / n° 22 |  mars 2012



Index

Personnes : Bataille, Alain - Cordillot, Michel

Pour citer ce document

BRéMAND Nathalie , « Alain Bataille et Michel Cordillot : Former les hommes et les citoyens : les réformateurs sociaux et l’éducation (2010)  », Cahiers Charles Fourier , 2011 / n° 22 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article977 (consulté le 19 août 2017).

Texte intégral

Michel Cordillot, qui est un des fondateurs des Cahiers Charles Fourier, vient de publier en collaboration avec Alain Bataille, président du Musée du livre scolaire d’Auxerre, un recueil de textes commentés mettant en valeur l’intérêt porté par les réformateurs sociaux du XIXe siècle à l’éducation. Selon eux, la contribution de ceux-ci à l’évolution des mentalités sur cette question reste trop méconnue, sauf dans le cas de personnages illustres, et l’attention dont font l’objet leurs propositions scolaires est beaucoup trop réduite par rapport à celles portant sur les sujets économiques ou politiques. C’est donc en quelque sorte pour combler cette lacune qu’ils se proposent de restituer les discours multiformes républicains, démocratiques et socialistes sur l’éducation.

L’ouvrage est organisé selon un plan chronologique et chaque période est introduite par une présentation. Les textes sont également contextualisés et accompagnés d’illustrations, ce qui donne à l’ensemble un caractère didactique très appréciable et extrêmement réussi. Mais l’originalité de ce travail se trouve dans la variété du corpus retenu. Tout d’abord les auteurs sont choisis pour représenter toutes les tendances politiques des réformateurs sociaux de l’époque. Surtout, certains d’entre eux très célèbres et habitués des manuels d’histoire (Victor Hugo, Jean Macé) en côtoient de moins connus (Constantin Pecqueur, James Guillaume) ou carrément anonymes, comme M. Bonnin, ce notaire et cultivateur poitevin soucieux de lutter contre le paupérisme en 1833 ou l’ébéniste Eugène Tartarret, militant ouvrier préoccupé par l’enseignement professionnel sous le Second Empire. Ce choix des textes qui abolit la hiérarchie entre les auteurs est particulièrement intéressant car il permet de donner accès à des sources pas ou peu connues et difficiles d’accès. Il rend compte de l’importance de la problématique de l’éducation d’une manière vivante grâce au contact avec ces sources. Il manifeste à la fois le foisonnement des idées et de leurs circulations au sein du mouvement social à une époque où l’alphabétisation de tous est en marche : les « catéchismes socialistes », les « réflexions d’un ouvrier » ou autres textes de « conférences publiques » attestent aussi par leur forme de l’accès progressif pendant ce siècle d’un nombre toujours plus important d’individus à la connaissance et à la culture écrite, qui fait l’objet-même du livre.

On peut déceler des influences fouriéristes dans les textes de Théodore Dézamy, de Flora Tristan ou encore dans le programme des instituteurs socialistes de 1849. Mais les conceptions fouriéristes de l’éducation sont représentées dans plusieurs extraits repartis sur différentes périodes, ce qui met en évidence la permanence de ces idées durant le siècle. Tout d’abord un extrait du Solidarité d’Hippolyte Renaud, choix judicieux étant donné le succès remporté par cet ouvrage de vulgarisation dans les années 1840, vient rappeler les principales idées éducatives phalanstériennes. Puis un texte issu de l’Almanach phalanstérien pour 1850 reprend les critiques fouriéristes de l’éducation de l’époque et un extrait de l’Almanach de la coopération pour 1869 présentant l’organisation scolaire du familistère de Guise permet de souligner le caractère expérimental du fouriérisme.

Parmi les réformateurs sociaux retenus, on trouve des individus soucieux de « former les hommes et les citoyens », pour leur apprendre à utiliser leurs droits républicains, et d’autres dont le but est de préparer les enfants à mettre en œuvre une transformation profonde et radicale de la société. La question de la finalité des discours éducatifs est donc d’une certaine façon éludée. C’est que les auteurs ont principalement problématisé leur recherche sur la question de l’école et de l’avènement des lois scolaires de la fin du siècle. L’ouvrage met donc l’accent sur la proximité des discours et sur la récurrence des sujets abordés autour du thème de la scolarisation. Ils écrivent en conclusion que les réformateurs sociaux de toutes ces tendances, tout au long du XIXe siècle, ont assuré la diffusion des idées amenant aux lois Ferry des années 1880, lois qui ne furent cependant qu’un aboutissement partiel de leurs théories. Si ce fait est important et justifiait à lui seul de mettre en œuvre cet ouvrage passionnant, cette vision des choses est cependant plutôt réductrice. Car les textes présentés sont d’une extrême richesse et soulèvent bien d’autres aspects. Ils mettent en exergue, entre autres, la modernité des discours de la plupart des auteurs sur le statut de l’enfant et sa place dans la famille et dans la société. Et ils montrent que bien des débats soulevés au XIXe siècle sur les questions éducatives sont encore actuels aujourd’hui.


Nathalie Brémand

Nathalie Brémand

Conservatrice des bibliothèques, Nathalie Brémand est docteure en histoire et chercheuse associée de l’université de Poitiers.


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