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Michel Cordillot , Bernard Desmars  |  mise en ligne : septembre 2011

Le Rousseau, Julien (Julien Jean-Baptiste Bruley, dit)


Né à Ménilmontant le 6 décembre 1812, Julien Bruley est destiné par son père à l’architecture. Mais il se tourne vers les études littéraires et les questions religieuses.
Il rejoint l’Église française peu après sa fondation sous le nom de Julien Le Rousseau ; l’abbé Châtel fait de lui son vicaire général à Nantes. Secondé par l’abbé Saudron, il rallie plusieurs prêtres qui font preuve de beaucoup de zèle et de dévouement, réussissant à faire de la succursale nantaise une institution relativement florissante. Il est même un instant question d’installer un évêque dans cette ville, mais la chose ne peut se faire faute de fonds. Puis, à la suite du décès subit de plusieurs de ses ministres (Saint-Estève en 1834, Burtin en 1835 et Saudron en 1836), l’Église française marque le pas dans l’Ouest.
En 1837-38, l’abbé Châtel envoie Le Rousseau en mission en Belgique. Sacré évêque avec le titre de vice-primat de l’Église française, il ouvre le 1er octobre 1837 une succursale de l’Église française à Bruxelles, située rue Royale, à la porte de Schærbeck. Inaugurant le bâtiment encore en chantier, il reçoit la foule des fidèles en compagnie de l’abbé Hersen non pas revêtu de ses ornements sacerdotaux, mais en costume civil. Il prononce à cette occasion un discours sur la réforme et ses progrès. Durant son séjour en Belgique, il donne également des cours de philosophie et de morale à la Société de concerts du peuple de Bruxelles.
Mais l’Église française est déjà engagée sur la voie d’un déclin irrémédiable. En 1839, Le Rousseau rentre en France et regagne la région nantaise (où il a fondé une feuille intitulée Le Philophane). La rupture intervient probablement au début des années 1840. À mesure que l’Église française, victime du harcèlement des autorités, perd de son influence, Le Rousseau semble se rapprocher du mouvement fouriériste. De 1843 à 1848, il dirige L’Observateur des Pyrénées qui paraît à Pau. Il prend également part à la rédaction de La Phalange et de La Démocratie pacifique, et publie à la Librairie phalanstérienne un ouvrage sur la phrénologie.
Julien Le Rousseau semble faire partie de la fraction du mouvement fouriériste qui regarde avec circonspection la décision prise par Considerant d’engager l’École sociétaire dans la voie de l’action politique, et plus encore son ralliement au mouvement démoc-soc au début de l’année 1849. Dans son livre De l’organisation de la démocratie, paru un an jour pour jour après la manifestation manquée du 13 juin 1849, il dénonce l’impuissance de la « politique pure » (tout en défendant la forme républicaine de gouvernement et le suffrage universel), et se dissocie clairement de Considerant : « La journée du 13 juin, telle qu’elle a été préparée et conduite, a été une impardonnable faute de la démocratie » (p. 140).
Définitivement installé à Paris, il devient une figure connue de la presse parisienne, et il est l’un des fondateurs en avril 1857 du Courrier de Paris, dont il est également le premier gérant.
Devenu de plus en plus conservateur, il justifie son ralliement à l’Empire en alléguant le fait que le régime est « très favorablement disposé à l’égard des réformes sociales pacifiques, les seules véritablement fécondes » (La Science sociale, 16 septembre 1869). Il n’a pas pour autant rompu avec ses idéaux fouriéristes, et quand les membres de l’École décident en 1866 de créer une nouvelle revue intitulée La Science sociale, ils font appel à lui pour en assurer la rédaction du fait de son expérience en matière de presse. Il en est effectivement l’un des trois principaux rédacteurs, avec Charles Pellarin et François Barrier. Mais les ventes ne réussissent pas à décoller (600 abonnés en 1868). Le Rousseau est alors chargé d’enquêter sur le fonctionnement de la librairie fouriériste afin de proposer des mesures pour face aux difficultés financières qu’elle traverse. En 1869, il quitte la direction de La Science sociale, puis entre en conflit ouvert avec son successeur désigné, Valère Faneau, à qui il reproche d’afficher son hostilité au régime impérial et son anticléricalisme, et d’avoir pris position en faveur de l’Internationale et de la « guerre sociale ». Il se voit en retour accusé de se comporter comme un disciple de Le Play et non en véritable fouriériste. En effet, contre la majorité de ses coréligionnaires, il se prononce en faveur de la participation de préférence à la coopération (sans jamais poser la question de la répartition du pouvoir au sein de l’entreprise).
Contrairement à Considerant, Le Rousseau se montre violemment hostile à la Commune, dépeignant les insurgés comme des « malfaiteurs », et appelant à la répression légale « la plus énergique » (La Prospérité de l’État..., p. 159-264). Paru en 1873 avec une dédicace « Au peuple », son livre Éléments d’économique progressive entend lutter contre « les menaces du socialisme confus et révolutionnaire » en exposant de façon très simplifiée les solutions préconisées par les fouriéristes. Politiquement, il finit par se rallier à la monarchie héréditaire (La Prospérité de l’État..., chap. 17, p. 313-329).
Julien Le Rousseau meurt en 1891.


Michel Cordillot
Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : février 2015

Ressources

Œuvre

Église catholique-française. Profession de foi [Signé Virgile Calland et Julien Le Rousseau, vicaires généraux de l’Église catholique-française], Nantes, V. Mangin et W. Busseuil, 1er février 1834, in-8, 16 p.
Discours contre le célibat, Nantes, imp. du commerce V. Mangin et W. Busseuil, fév. 1835, in-12.
Anniversaire de la révolution de 1830, Nantes, Imprimerie-librairie de Forest, juillet 1837, 16 p.
Le Philophane. Recueil de morceaux de philosophie, théologie, poésie, histoire, etc. Publié par une société de catholiques français au profit des pauvres, Nantes, imp. de V. Mangin et W. Busseuil, (1838,) In-8, 2 tomes en 1 volume.
Extraits du Philophane à tous. Le Philophane et l’Église française (Signé : La Société du Philophane), Nantes, au bureau du National de l’Ouest, 1839, in-8.
L’Église française à Messieurs V. Mangin, Reyneau, M. Picart, Legrand, C. de la Haye, De Bodeau, Le Bon Fils et Solande, Nantes, l’Église française, août 1839, 15 p.
Les Saintes Gens de l’Église catholique, apostolique et romaine, Nantes, Impr. de V. Mangin et W. Busseuil, 1840, in-8, 14 p.
Église catholique définitive. Formulaire de foi, Nantes, impr. de Forest, 1840, in-8, 8 p.
Église catholique-définitive. Théorie de l’immortalité [par Julien Le Rousseau, vice-primat, et E. Lodin de Lalaire, ministre], Nantes, impr. de Forest, Dépôt dans toutes les églises et chez les principaux libraires, janvier 1840, in-8, 14 p.
Notions de phrénologie, Paris, Librairie phalanstérienne, 1847, in-812 VIII-609 p.
De l’organisation de la démocratie (13 juin), Paris, Capelle, 1850, in-8, XI-480 p.
Baudoin IX, comte de Flandre, 1er empereur latin de Constantinople, drame historique en 5 actes, précédé de considérations historiques, politiques et littéraires d’une intéressante actualité, Paris, V. Lecou, 1854, in-18, 346 p.
Progrès de la littérature dramatique par le libre concours des auteurs nouveaux. Le Supplice d’une femme. Les Deux soeurs, Paris, Noirot, 1865, in-18, 293 p.
Conséquences du dégagement, de la limitation et de la réduction du jardin public dépendant du Luxembourg (décret du 25 novembre 1865), Paris, Noirot, 1866.
De l’Association de l’ouvrier aux bénéfices du patron, étude adaptée à la mise en pratique de ce système depuis 1842, dans la maison Leclaire, A. Defournaux et Cie, Paris, L. Hachette, 1870, in-12, IV, 376 p. (2e éd. revue et augmentée, 1886, in-18, LXVII-376 p.).
Des Fonctions sociologiques, de la constructivité, du langage et de la conscience, Paris, Guillaumin, E. Dentu, 1874, In-12, 352 p.
La Prospérité de l’État et la stabilité des pouvoirs par la réforme économique et l’organisation des libertés, Paris, Guillaumin, 1871, In-18, 458 p.
Éléments d’économique progressive, Paris, Guillaumin, 1873, in-18, 313 p.
Du rôle auxiliaire de la littérature dans le mouvement social, Paris, E. Dentu, 1876, in-18, 570 p.

Sources

Germain Sarrut et B. Saint-Edme, Biographie des Hommes du jour, vol. 2, 1re partie, Paris, Krabbe, 1836, p. 100.
L’Ami de la Religion, journal écclésiastique, politique et littéraire, t. 94 (1837), p. 627-628 ; t. 95 (1837), p. 184.
Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 5e éd., Paris Hachette, 1880.
Catalogue de la BnF.

Bibliographie

La présente notice est également publiée dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.
Iorwerth Prothero, Religion and Radicalism in July Monarchy France. The French Church of the Abbé Chatel, Lampeter, The Edwin Mellen Press, 2005.
Bernard Desmars, Militants de l’utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle, Dijon, Les Presses du réel, 2010.


et sur ce site...

Loïc Rignol La phrénologie et l’école sociétaire
Science de l’homme et socialisme dans le premier XIXe siècle
Cahiers - 2002 / n° 13 - décembre 2002
résumé | abstract | article en texte intégral


Index

Lieux : Nantes, Loire-Atlantique

Notions : Librairie - Phrénologie - Politique - Presse - Religion

Pour citer cette notice

CORDILLOT Michel, DESMARS Bernard, « Le Rousseau, Julien (Julien Jean-Baptiste Bruley, dit) », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en septembre 2011 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article927 (consultée le 15 novembre 2017).

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