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mise en ligne : juin 2011

Appel à communications pour un colloque à Lille en 2012
Observer, normaliser et réformer la société du premier XIXe siècle : Joseph-Marie de Gérando (1772-1842) au carrefour des savoirs




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Personnes : Gérando (de), Joseph-Marie (1772-1842)



Réunissant des chercheurs travaillant sur des terrains différents, cette rencontre, qui aura lieu à Lille les 31 mai et 1er juin 2012, s’articulera autour de trois axes qui permettent d’orienter les réflexions :

1/ Gérando dans l’histoire sociale des intellectuels ? Dans un moment de profonde réorganisation institutionnelle et sociale des milieux administratifs et intellectuels, de mutations des lieux de sociabilité et de pouvoir et de construction de nouveaux partages de compétences et normalisation des pratiques, Gérando apparaît comme un acteur singulier, difficilement classable dans un lieu, un domaine ou une spécialité spécifique. Les catégories d’interprétation utilisées traditionnellement par les différents spécialistes (« héritier des lumières », « encyclopédistes », « spiritualiste »...) réduisent la complexité d’une trajectoire dont la cohérence semble poser problème. Gérando apparaît comme un « homme pluriel » du fait de ses appartenances, de ses réseaux et de domaines d’action : de la Société pour l’encouragement de l’Industrie nationale à la Société pour l’Instruction élémentaire, de la philanthropie à l’étude des langues, de l’administration au monde la presse, du Conseil d’Etat à l’Académie des sciences morales et politiques, Gérando semble pourtant incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire politique, sociale ou culturelle de la première moitié du XIXe siècle. Alors que les différentes recherches menées sur les institutions administratives ou intellectuelles mettent l’accent sur les processus de spécialisation ou de professionnalisation, comment considérer la position occupée par Gérando ? Cette polymorphie/multi-appartenance est-elle contrainte ou choisie ? Comment situer Gérando dans l’ordre des savoirs ? Il ne s’agit pas ici de tenter de retrouver une unité (illusoire) à cette trajectoire complexe, mais de s’interroger sur les effets et les enjeux de cette position particulière et sur les effets des « appartenances multiples » (L. Boltanski) dans le contexte du premier 19e siècle qui semble - à l’inverse - caractérisé par des dynamiques profondes de spécialisation et de professionnalisation (R. Fox, R. Crosland). « Savant », « administrateur éclairé », « réformateurs », « expert »... On sera particulièrement sensible aux possibilités de comparaison, d’une part avec d’autres figures intellectuelles engagées dans le champ de la réforme sociale (socialistes utopiques, etc.), et d’autre part avec d’autres pays européens.

2) La construction des savoirs sur la société (une science du « social ») ? De l’ethnologie (Considération sur les diverses méthodes à suivre dans l’observation des peuples sauvages, 1800) à la philanthropie érigée en science morale qui augure par ses méthodes la sociologie le playsienne (Le Visiteur du pauvre, 1824 / De la bienfaisance publique, 1839 / Des Progrès de l’industrie, considérés dans leurs rapports avec la moralité de la classe ouvrière, 1841) en passant par la pédagogie (De l’Éducation des sourds-muets de naissance, 1827 / Cours normal des instituteurs primaires, ou Directions relatives à l’éducation physique, morale et intellectuelle dans les écoles primaires, 1832), la philosophie (Histoire comparée des systèmes de philosophie, relativement aux principes des connaissances humaines, 1804 / Histoire de la philosophie moderne, à partir de la renaissance des lettres jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, 1847) et encore le droit administratif (Institutes du droit administratif français, ou Éléments du code administratif, réunis et mis en ordre, 6 vol. , 1829-1836), Gérando occupe une place essentielle dans la production des savoirs sur la société et sur les rapports sociaux. S’interrogeant en particulier sur les processus de « civilisation » et les rapports entre les diverses catégories sociales, il s’interroge - à la croisée de « terrain » » différents (les « sauvages », les pauvres, les sourds et muets...), sur les « marges » de la société, cherchant en particulier à soigner, éduquer ou lutter contre l’indigence matérielle et éducative. Ses observations, ses enquêtes collectives et ses collectes de données chiffrées comparatives semblent témoigner d’une vaste ambition : dépasser une approche sectorielle pour concourir à une science générale des faits sociaux, une science du social qui se voudrait normative et prescriptive. À qui s’adresse cette prescription ? Au législateur, à l’opinion ou, plus spécifiquement aux classes populaires ? Quelle est l’originalité de cette science du social que Gérando voulait, avec d’autres contemporains, ériger ? Est-elle parvenue aux synthèses prescriptives qu’elle recherchait ? Ainsi, les travaux de Gérando sur la société conduisent à s’interroger, d’une part, sur l’émergence de la question sociale et aux solutions envisagées par les observateurs sociaux pour la résoudre et, d’autre part, sur la naissance d’une science sociale dans le premier dix-neuvième siècle.

3/ De la réforme au gouvernement de la société ? Du perfectionnement de soi au gouvernement de la société, l’œuvre de J.M. de Gérando recèle une forte dimension normative, nourrie par son expérience directe des structures de gouvernement sous l’Empire, par sa participation à de nombreux organismes consultatifs, sociétés savantes, charitables, etc. Il est donc plus qu’un intellectuel réformateur, un praticien de la réforme. Théoricien du droit administratif et de l’action de l’État, il se veut aussi avec le Visiteur du pauvre organisateur de l’action privée. Comment se joue l’articulation entre État et société civile dans les textes de Gérando ? La dimension moralisatrice et chrétienne est-elle uniforme ? Est-il l’apôtre d’un retrait de l’État au profit d’un réinvestissement de la société civile dans l’action sociale ? On s’interrogera à travers l’étude de la dimension normative de l’œuvre de Gérando sur les mutations de la gouvernementalité dans la société française du premier dix-neuvième siècle, en abordant notamment l’originalité de Gérando par rapport aux autres courants intellectuels et politiques européens : libéralisme social à l’anglaise, Polizeistaat prussien, socialismes utopiques, philanthropie, catholicisme social.

Organisation

Université de Lille III Irhis - Université Paris I (Ea 127/IHRF) - ENS Lyon

Comité d’organisation

Jean-Luc Chappey (Université Paris I Ea 127/IHRF), Carole Christen (Université Lille III), Igor Moullier (Ens Lyon)

Comité scientifique

Sylvie APRILE, Philippe BOUTRY, Catherine Denys, Hervé LEUWERS, Yannick MARREC, Paul-André ROSENTHAL, Pierre SERNA, François VATIN

Calendrier

- Soumission des propositions (1 page maximum) à envoyer à Jean-Luc Chappey (jlchappey@gmail.com), Carole Christen (carole.christen@univ-lille3.fr), Igor Moullier (igor.moullier@ens-lyon.fr) : 1er novembre 2011.
- Avis du comité scientifique : 15 décembre 2011.
- Tenue du colloque : 31 mai- 1er juin 2011.





Pour citer ce document

« Appel à communications pour un colloque à Lille en 2012. Observer, normaliser et réformer la société du premier XIXe siècle : Joseph-Marie de Gérando (1772-1842) au carrefour des savoirs  » , charlesfourier.fr , rubrique « Actualités » , juin 2011, en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article898 (consulté le 9 août 2017).



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