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DESBAZEILLE Madonna : Ouverture pour le XXIe siècle. Saurons-nous changer de cap ? (2009)
Paris, L’Harmattan, 2009, avec une préface de René Schérer

Chantal Guillaume  |  2009 / n° 20 |  février 2010



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Personnes : Desbazeille, Madonna

Pour citer ce document

GUILLAUME Chantal , « DESBAZEILLE Madonna : Ouverture pour le XXIe siècle. Saurons-nous changer de cap ? (2009). Paris, L’Harmattan, 2009, avec une préface de René Schérer  », Cahiers Charles Fourier , 2009 / n° 20 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article727 (consulté le 14 juillet 2017).

Texte intégral

René Schérer fait l’ouverture de ce livre consacré à l’utopie. Il y réaffirme la nécessité de penser des possibles latéraux pour ne pas continuer dans la voie contemporaine de l’appauvrissement de notre imaginaire politique. Puis, au fil des pages d’un livre touffu, Madonna Desbazeille défend l’utopie et répond à ceux qui l’accusent d’être irréaliste et totalitaire. Elle rappelle que l’utopie de Thomas More comme genre littéraire a eu cette fonction de formuler une critique de la société existante non sans humour et distance. L’utopie comme extra-territorialité, comme possible impossible, combat tous les tabous sociaux en se libérant de toute censure. Contre ceux qui l’accusent d’être irréaliste, M. Desbazeille oppose la cité idéale, concrète, égalitaire de Thomas More à la cité idéale platonicienne, aristocratique, abstraite. Elle ne craint pas d’affirmer que le capitalisme repose sur cette illusion que l’on peut émanciper l’individu par la consommation. Cet idéal social aboutit à uniformiser les modes de vies, les vêtements, les marques et les villes, tout ce que l’on reproche à l’utopie. L’utopie de Thomas More comme celle de Fourier repose sur la même question, posée déjà par les philosophes grecs : quelle est la meilleure forme de communauté politique ? L’utopie ne prétend pas être la perfection mais seulement le meilleur gouvernement possible. Fourier n’avait-il pas raison de marquer que la Révolution française n’avait pas réussi à vaincre la pauvreté et octroyait une fausse liberté ? La question est récurrente : comment réaliser l’unité sociale ? Fourier ré-enchante la société par les vertus et passions sociales, par le renforcement et la multiplication des liens sociaux. L’utopie n’est pas pensée de l’action mais de la transformation profonde. L’auteur convoque aussi Freud qui d’ailleurs, remarque-t-elle, n’est guère optimiste sur la possibilité de résoudre le conflit individu/communauté. Selon Freud le renoncement pulsionnel sera toujours problématique pour le bonheur de l’individu. Pourtant à sa manière il est utopiste car il cherche non pas dans un ailleurs ou un possible la solution mais à comprendre le problème en revenant à ce qui fonde les sociétés, ce qui est archétypique ou mythique. Ainsi selon Freud, elles peinent à maintenir leur cohésion, sans désigner un bouc émissaire, un ennemi extérieur. L’utopie est cette pensée qui rêve la communauté la plus désirable. Madonna Desbazeille ne néglige pas la nécessité de coupler la réflexion sociale à l’écologie en montrant qu’il nous faut changer de cap. On peut reprocher à ce livre son caractère un peu foisonnant qui serait d’ailleurs conforme à l’esprit fouriériste. Il faut faire sa moisson de richesses car cet ouvrage en recèle.


Chantal Guillaume

Chantal Guillaume

Professeur de philosophie. Elle a publié plusieurs articles dans les Cahiers Charles Fourier et dans Luvah. Elle vit et écrit des textes de fiction à la campagne (au bord de la Loue).


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