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Marie-Françoise Bastit-Lesourd , Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : juin 2022

Brioux (née Boisard), Rose Antoinette


Née à Paris le 8 septembre 1810. Décédée à Paris (15e arrondissement) le 31 mars 1881. Peintre de paysages.


Rose Antoinette Boisard est la fille d’Auguste Jean-Baptiste Boisard et de Marie Catherine Marguerie. Le 10 octobre 1826, elle épouse à Paris un architecte, Louis-Michel Brioux, né en 1801, demeurant 75 Rue Saint-André des Arts. Lors de son mariage, Rose alors âgée de 16 ans, domiciliée 14 rue du Regard est orpheline de mère [1]. Le couple se marie à l’église Saint-Sulpice [2]. Le mariage donne lieu à une association professionnelle entre Auguste Jean-Baptiste Boisard et son gendre Louis-Michel Brioux. « M. Boisard a associé M. Brioux à compter du jour de la célébration du mariage, qui devrait incessamment avoir lieu, entre M. Brioux et Mlle Boisard, fille de M. Boisard, ci-dessus nommé, à tous les travaux auxquels il serait appelé à se livrer, soit comme architecte, soit comme vérificateur, soit même comme entrepreneur de maçonnerie. Il a été dit que cette société serait en nom collectif ; que la raison et la signature sociales seraient : Boisard et Brioux ; que M. Boisard aurait seul la signature, dont il ne pourrait se servir que pour les affaires de la société. La durée de la société a été fixée à dix ans » [3]. Cependant, en 1833, Louis-Michel Brioux est notaire à Allones [4]. En janvier 1834, Rose Brioux donne naissance à une fille Emma Pauline qui décède le 4 août 1834 à La Fosse-de-Tigné (Maine-et-Loire). La déclaration est effectuée par Louis Soyer, chevalier de l’ordre de Saint-Louis, « oncle » de la défunte [5].
Rose Brioux donne naissance à une fille, Berthe, le 10 août 1842 à Saint-Rambert-en Bugey [6]. Elle est maintenant déclarée mariée [7] à un jeune peintre paysagiste (il a 22 ans ; elle a 41 ans), Clément-Théophile Blanchard [8] avec qui elle aura une autre fille le 18 juin 1845 [9]. Le couple réside 8 ter place Furstenberg à Paris (6e). Clément-Théophile Blanchard décède le 2 septembre 1849 [10].

Les liens de Rose Brioux avec l’École sociétaire sont brefs. C’est probablement elle (« Me Briout ») qui contribue à hauteur d’un franc lors de souscription pour la fondation du phalanstère d’enfants initiée au sein du groupe constitué autour du journal Le Nouveau Monde [11]. Qualifiée de peintre de paysages, domiciliée 68 rue de Grenelle Saint-Germain à Paris, elle est signalée parmi les principaux travailleurs et artistes appartenant à l’École sociétaire en 1841 [12]. Elle expose aux salons de 1840 à 1842, trois œuvres de paysage : Entrée de bois à Ecouen ; Vue prise à Bellevue ; Souvenir des bords de la Seine. Cette œuvre séduit la critique. « Rien n’est plus coquet et en même temps plus précieux de faire que le Souvenir des bords de la Seine […] ; les terrains sont d’une exécution charmante ; le ciel est bien modelé, les nuages fuient bien et se reflètent avec transparence dans le fleuve qui serpente » [13].
Elle exerce alors en 1842 au 18 rue de Chabrol à Paris. Hermance Lesguillon lui consacre un de ses poèmes dans son recueil dédié à la cause phalanstérienne, Le Midi de l’âme. Hermance Lesguillon s’adresse à son amie et « soeur » phalanstérienne. Elle fait alors référence à la lecture « d’un livre inexplicable, aux sublimes passages ! » dont elle dit « exprime[r] quelques pages » à travers son poème consacrée à la cause féminine :

A Madame Rose Brioux

La gloire, ce n’est pas ce vain bruit de la foule, / Fleuve qui se tarit aussitôt qu’il s’écoule : / Ce n’est pas ce renom que nous jette au hasard / Le monde, qui répond comme écho bavard ; / Ce n’est pas cet encens, vapeur vague qui fume, / Flambeau salarié que toute main allume ; / Ce n’est pas cette cloche ébranlée à tout vent, / Qui sonne plus au mal qu’au vrai talent levant. / Non, ce n’est rien d’impur, de léger, de frivole, / Ce n’est rien du parfum qui brûle et qui s’envole ; / La gloire, oh ! C’est bien plus ! C’est par d’autres échos / Qu’elle ne nous vient charmante au milieu de nos flots // Je le sens aujourd’hui par votre voix, madame, / [...] / La gloire ! C’est le coeur qui s’anime par nous ! / Dans votre émotion qui s’ouvre et s’abandonne, / Dans l’élan d’amitié qui s’appelle et se donne, / Je cueille un doux laurier dont je pare mon coeur : / Vous me rendez joyeuse en me nommant ma soeur ! / J’ai donc, pauvre poète, exprimé quelques pages, / D’un livre inexplicable, aux sublimes passages ! / J’ai donc, avec ma plume, ouvert quelques replis / De nos jours agités, par tant de pleurs remplis. // J’ai trouvé dans ma vie, où l’âme a tant de place, / Un miroir vrai, peut-être, où l’âme se retrace ; / J’ai, femme, ouvert ma vie où battent les douleurs, / Pour y peindre la femme en ses pures couleurs ; / [...] // Je veux apprendre à l’homme un peu de nos mystères ; / Leur raconter nos coeurs lorsqu’ils nous ont pour mères ! / Leur montrer, tout enfans, qu’allaités par nos pleurs, / Il ne faut pas qu’un jour ils s’en aillent moqueurs, / Riant de notre sort, qui seul nous fait esclaves, / En mettant dans nos flancs la douleur pour entraves. // Lorsque leurs pas suivant nos intimes détours, / Découvriront en nous tout ce qu’ils ont d’amours, / Lorsqu’ils auront pu lire en nos secrètes larmes, / Que jeune fille et mère ils sauront nos alarmes, / Ils deviendront meilleurs, et pour nous alléger, / Faisant la vie égale, ils voudront partager / Le fardeau des douleurs, source vive et profonde, / Que seule ici la femme en sa faiblesse sonde ! / Alors ils aimeront, non d’un banal amour, / [...] / Mais en dieu, mais en père, en souverain du monde, / En protecteur divin à largesse féconde, / Qui relève le faible avec force et bonté, / Et laisse l’autre sexe honneur, blancheur, fierté ! / [...] / Quand deux sexes amis, [...]/n’iront plus divisés, l’esprit armé d’orgueil,/ le monde entier sortira de son mortel linceuil [sic] [14].

Lors de son décès en 1881, son neveu Paul Boisard architecte, et Auguste Blanchard, son beau-frère signent l’acte d’état civil [15]. Elle réside alors 32 avenue de Maine à Paris et est rentière. Elle est inhumée au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) [16].


Marie-Françoise Bastit-Lesourd
Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : juillet 2022

Notes

[1Archives de Paris, état civil de de Paris, 5Mi1 2048, actes de l’état civil reconstitué, acte de mariage de Louis-Michel Brioux et Rose Antoinette Boisard du 10 octobre 1826.

[2AD75 Collection Mayet (registres parisiens de catholicité), 1795 – 1862, Fichier des mariages parisies, T 24, boesse-bollinger ; T 34 brianson – broche.

[3Journal du commerce, 29 septembre 1826, p. 4, « Publications légales ».

[4Archives départementales du Maine-et-Loire, état civil de Bouchemaine, 6E/35 registre des mariages, acte de mariage n° 36 du 5 août 1833. Il officie de 1831 à 1834 (voir Archives départementales du Maine-et-Loire, État des fonds notariaux 1472-1953, Étude d’Allonnes).

[5Archives départementales du Maine-et-Loire, état civil de La Fosse-de-Tigné, 6E142/7 registre des décès, acte de décès d’Emma Pauline Brioux du 4 août 1834. La mère de Louis-Michel Brioux est née Soyer.

[6Archives départementales de l’Ain, état civil de Saint-Rambert-en-Bugey, registre des naissances, acte de naissance n° 41 de Berthe Blanchard du 11 août 1842.

[7Le doute sur la réalité de ce mariage est permis, d’une part faute de preuve du décès de Louis-Michel Brioux, d’autre part faute d’avoir retrouvé l’acte de ce mariage ; néanmoins nous ne pouvons que constater que tous les actes consultés jusqu’au décès de Rose Brioux font état de cette nouvelle situation matrimoniale.

[8« Théophile-Clément Blanchard. Étude d’arbre en bord de rivière » (en ligne sur Galerie Christian Le Serbon).

[9Archives départementales du Val d’Oise, 3 E 100 33, état civil de Luzarches, registre des naissances, acte de naissance n° 19 du 20 juin 1845. L’acte est erroné. Son mari et les témoins signataires déclarent que Rose a vingt-cinq ans.

[10Archives de Paris, actes de l’état civil reconstitué, 5Mi1 1400 acte de décès de Théophile Clément Blanchard du 2 septembre 1849. Il est dit marié.

[11« Première liste de la souscription pour la fondation du phalanstère d’enfants », Le Premier phalanstère, vendredi 15 janvier 1841, p. 4.

[12Almanach social pour l’année 1841, Paris, Librairie sociale, 1841, p. 172.

[13Journal des artistes. Revue artistique consacrée aux artistes et aux gens du monde, XVI e année, 2 e volume, 3 juillet 1842, p. 262.

[14Avec mes chaleureux remerciements au service patrimonial de la Médiathèque Jacques Demy de Nantes pour m’avoir transmis une reproduction de ce poème.

[15Archives de Paris, V4E 4626, état civil de de Paris, acte de décès de Rose Boisard, veuve Blanchard, n° 1091 du 1er avril 1881

[16Archives de Paris, IVR_RJ18811881_02, Registres journaliers d’inhumation du cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), 31/03/1881 – 08/04/1881.


Ressources

Oeuvres

Entrée de bois à Ecouen, 1840.
Vue prise à Bellevue, 1841.
Souvenir des bords de la Seine, 1842.
Vue d’un viaduc dans la montagne.
(en ligne sur Artnet).
Paysage italien à l’aqueduc (en ligne sur Artnet).


Sources

Archives de Paris, état civil de de Paris, V3E/N 233, fichiers alphabétiques reconstitués, acte de naissance de Rose Antoinette Boisard du 8 septembre 1810 (en ligne sur le site des Archives de Paris, vue 25/51).
Archives de Paris, état civil de de Paris, 5Mi1 2048, actes de l’état civil reconstitué, acte de mariage de Louis-Michel Brioux et Rose Antoinette Boisard du 10 octobre 1826 (en ligne sur le site des Archives de Paris, vue 49/51).
AD75 Collection Mayet (registres parisiens de catholicité), T 24, 1795 – 1862, Fichier des mariages parisiens, boesse-bollinger (en ligne sur Geneanaet, vue 78/209).
AD75 Collection Mayet (registres parisiens de catholicité), T 34, 1795 – 1862, Fichier des mariages parisiens, brianson – broche (en ligne sur Geneanaet, vue 141/210).
Archives départementales du Maine-et-Loire, état civil de Bouchemaine, 6E/35 registre des mariages, acte de mariage de Henry-Edouard-François Brioux et Joséphine Guinoyseau n° 36 du 5 août 1833 (en ligne sur le site des Archives du Maine-et-Loire, vue 26/188).
Archives départementales du Maine-et-Loire, état civil de La Fosse-de-Tigné, 6E142/7 registre des décès, acte de décès d’Emma Pauline Brioux du 4 août 1834 (en ligne sur le site des Archives du Maine-et-Loire, vue 73/132).
Archives départementales de l’Ain, état civil de Saint-Rambert-en-Bugey, registre des naissances, acte de naissance n° 41 de Berthe Blanchard du 11 août 1842 (en ligne sur le site des Archives départementales de l’Ain, vue 13/97).
Archives départementales du Val d’Oise, 3 E 100 33, état civil de Luzarches, registre des naissances, acte de naissance n° 19 de Lucie Léonie Blanchard du 20 juin 1845 (en ligne sur le site des Archives départementales du Val d’Oise, vues 31-32/205).
Archives de Paris, actes de l’état civil reconstitué, 5Mi1 1400 acte de décès de Théophile Clément Blanchard du 2 septembre 1849 (en ligne sur le site des Archives de Paris, vue 30/50).
Archives de Paris, V4E 4626, état civil de de Paris, acte de décès de Rose Boisard, veuve Blanchard, n° 1091 du 1er avril 1881 (en ligne sur le site des Archives de Paris, vue 6/31).
Archives de Paris, IVR_RJ18811881_02, Registres journaliers d’inhumation du cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), 31/03/1881 – 08/04/1881 (en ligne sur Geneanet, vue 8/31).
Journal du commerce, 29 septembre 1826, p. 4, « Publications légales » (en ligne sur Retronews).
Almanach social pour l’année 1841, Paris, Librairie sociale (1840), p. 172 (en ligne sur le site de la Bibliothèque virtuelle sur les Premiers socialismes, université de Poitiers).
« Première liste de la souscription pour la fondation du phalanstère d’enfants », Le Premier phalanstère, vendredi 15 janvier 1841, p. 4 (en ligne sur Gallica).
Explication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure, et lithographie des artistes vivants exposés au Musée Royal le 15 mars 1841, Paris, Vinchon fils, 1841, « Peinture », p. 40 (en ligne sur Google livres).
Journal des artistes. Revue artistique consacrée aux artistes et aux gens du monde, XVIe année, 2<sup e volume, 3 juillet 1842, p. 262 (en ligne sur Gallica).
H. W. Janson, Catalogues of the Paris salon : 1673 to 1881, tome 28, Paris, salon de 1842, New-York, London, Garland, 1977, p. 31.
Hermance Lesguillon, Le Midi de l’âme, Paris, Amyot, 1842, p. 221-227. Critiques dans « Bulletin littéraire », Le Semeur, journal religieux, politique, philosophique et littéraire, 6 juillet 1842, tome XI, n° 27, p. 216. (en ligne sur Google livres) ; « Littérature », Démocratie pacifique, n° 120, 29 avril 1844, p. 4, col. 3. [La Démocratie pacifique, très critique, ne fait aucune référence aux convictions phalanstériennes d’Hermance Lesguillon et aux oeuvres dédiées à Arthur Young et Victor Considerant].

Bibliographie

Emile Bellier de La Chavignerie, Dictionnaire général des artistes de l’École française depuis l’origine des arts du dessin jusqu’à nos jours : architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, tome 1, Paris, Renouard, 1882, p. 168 (en ligne sur Gallica).
Emmanuel Bénézit, Jacques Busse, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays..., nouv. éd. entièrement refondue sous la dir. de Jacques Busse, Paris, Gründ, 1999, tome 2, p.817.
Graham Robb, La poésie de Baudelaire et la poésie française, 1838-1852, Paris, Aubier, 1993, note 26, chapitre 7.

Sitographie

« Théophile-Clément Blanchard. Étude d’arbre en bord de rivière » (en ligne sur Galerie Christian Le Serbon).


Index

Lieux : Paris, Seine

Notions : Artistes - Enfance - Femmes (genre) - Peinture - Phalanstère

Pour citer cette notice

BASTIT-LESOURD Marie-Françoise, SOSNOWSKI Jean-Claude, « Brioux (née Boisard), Rose Antoinette », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en juin 2022 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article703 (consultée le 10 août 2022).

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