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Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : juin 2009

Brullé, (Marie-) Alexandre


Né en 1814. Mort en 1891. Employé puis marchand et éditeur de musique, gérant du bureau d’abonnement à la Démocratie pacifique pour la rive droite de Paris du 27 juin 1847 à mai 1850. En mai 1851, membre suppléant du conseil de surveillance de la Société du 10 juin 1843. Directeur de l’usine Godin à Laeken-lez-Bruxelles.


Alexandre Brullé est un employé bien connu « du commerce de la musique » lorsqu’en 1841, il rachète pour 30 000 francs l’établissement Frère situé au 16 passage des Panoramas à Paris, dont le fonds musical est qualifié comme étant « le plus considérable et le mieux choisi » [1]. Cependant, l’acquisition est garantie par de strictes restrictions du vendeur, qui, conduisent Brullé à vendre, en septembre 1846, « 1892 planches et pierres lithographiques » dont il était propriétaire, à son imprimeur [2], afin sans doute d’honorer ses échéances.

Alexandre Brullé est depuis 1838, le beau-frère de l’éditeur de musique Jules François Colombier [3] qui a épousé sa soeur Honorine [4]. Il est donc le frère du fouriériste dijonnais Auguste Brullé. Il participe en 1851 à la fondation de la Société des Auteurs, Compositeurs, et Editeurs de musique (SACEM) dont il reste membre jusqu’en 1858. En 1846, il avait été reconnu victime de contrefaçon [5]. En 1853, il signe une réclamation des marchands et d’éditeurs de musique adressée à la commission du projet de loi sur la propriété littéraire [6]. Il exploite sa librairie jusqu’au 7 juillet 1854, date à laquelle, avec accord de Frère à qui il doit encore 20 000 francs, il la cède moyennant 25 000 francs.

Jusqu’en 1847, ses liens avec l’école sociétaire paraissent limités à sa relation professionnelle avec Allyre Bureau dont il édite plusieurs compositions musicales. Trois pages d’annonces publicitaires sont insérées dans les volumes de 1845 de La Phalange [7]. Cependant, le 27 juin 1847, sa librairie devient « bureau d’abonnement » à La Démocratie pacifique pour la rive droite de Paris, à la suite de son collègue libraire Ebrard. Brullé assure ce rôle au profit de la Librairie sociétaire jusqu’au mois de mai 1850. La suspension qui frappe pour un mois la Démocratie Pacifique en juin 1850 met apparemment fin à cette collaboration. Il est néanmoins probable qu’il est le Brullé qui devient membre supplémentaire du conseil de suivi de la Société de juin 1843 chargée de la gestion de La Démocratie pacifique, lors de l’assemblée générale du 25 mai 1851 [8]. En décembre 1848, sa librairie accueille également, mais provisoirement le bureau de la Revue de l’éducation nouvelle, journal des mères et des enfants, récemment fondée par Jules Delbruck [9].

A la fin de l’hiver 1851, des « brochures socialistes » sont saisies à Pont-d’Aisy dans le canton de Précy-sous-Thil, voisin de celui de Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), chef-lieu d’où est originaire sa famille et où réside alors son père. Le Préfet de la Côte-d’Or réclame l’adresse à Paris, d’Armand Lévy [10], dont la sympathie pour les idées fouriéristes aurait été forgée durant son adolescence auprès de membres du groupe phalanstérien semurois, et qui est soupçonné de cet envoi dans l’arrondissement. Le sous-préfet jugeant « imprudent » d’interroger le père d’Armand Lévy, personnage « honorable » de Semur-en-Auxois, indique que « si la police parisienne ne connaît pas cette adresse, elle pourra, [pense-t-il], l’obtenir auprès des personnes ci-après désignées. 1°. Brullé, m[archan]d de musique, passage des Panoramas, près des Variétés. 2°. Dadoz, clerc d’avoué chez M. Durande, rue Favart. 3°. Bouillée, 1er clerc de ce même avoué » [11].

Alexandre Brullé disparaît du monde de la musique après 1858, ses biographes datant par erreur son décès aux environs de 1860. Un indice semble expliquer le silence des sources en France. En 1843, il avait épousé Adeline-Augustine Tardieu, fille du graveur géographe, Pierre-Antoine Tardieu (1784-1869) [12]. Emilie Dallet-Moret, indique qu’en 1856, sa soeur, Marie Moret, cousine et future épouse de Godin, est envoyée à Bruxelles pour parfaire son éducation ; « elle y trouva une protectrice dévouée dans Mme Brullé-Tardieu, personne aussi supérieure par le caractère que l’intelligence, et femme du directeur de la succursale que Godin possédait à Laeken-lez-Bruxelles » [13]. Brullé, directeur de l’usine de Laeken jusqu’en 1861, signe ses courriers commerciaux « Are Brullé ». En février 1865, il sollicite à nouveau Godin, mais sans résultat, pour un emploi de représentant de commerce.


Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : novembre 2013

Notes

[1La France musicale, 7 novembre 1841, p. 389, col. 2.

[2Nicole Felkay, « Quelques documents inédits sur l’histoire de la musique, 1825-1850 », Revue de musicologie, tome 58, n° 1, 1972, p. 104.

[3Annick Devriès, François Lesure, Dictionnaire des éditeurs de musique français, volume II, de 1820 à 1914, Genève, Minkoff, 1988, p. 81-82.

[4Archives départementales de la Côte-d’Or (ADCO) 5Mi 33 R 19, Registre de l’état-civil de la Ville de Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), 26 février 1838, acte n° 12 (Vues 467-468).

[5L’Album de Sainte-Cécile et les Petites affiches musicales, 20 mars 1846, n° 8 pp. 4-6.

[6« À MM. les membres de la commission du projet de loi sur la propriété littéraire [Réclamation d’éditeurs et de marchands de musique : omissions dans la formulation du projet de loi ; effet des modifications à la loi de 1793 et au décret de 1810 sur la cession des droits d’auteur après décès] », La Revue et Gazette musicale de Paris, 31 juillet 1853, 20e année, numéro 31, p. 269.

[7La Phalange, revue mensuelle de la science sociale, 1845, tome 1, p. 463 ; tome 2, p. 191-192 et [511] p.

[8Assemblée générale des actionnaires des Sociétés des 15 juin 1840 et 10 juin 1843 tenue le 25 mai 1851 (Ecole sociétaire, XXe année), Paris, impr. d’E. Duverger, 1851, p. 4

[9J. F. (Fleury), « Revue de l’Education nouvelle », Démocratie Pacifique, 19 décembre 1848, n° 343, pp. 3-4.

[10Jean Gaumont, Un républicain révolutionnaire romantique, Armand Lévy (1827-1891), Paris, M. Rivière, 1932, p. 5-6.

[11ADCO 20 M 701, Surveillance à caractère politique 1817-1824 <1817-1851>, Correspondance du 7 mars 1851 du préfet de la Côte-d’Or au sous-préfet de l’arrondissement de Semur-en-Auxois ; brouillon de la réponse du sous-préfet en date du 10 mars 1851.

[12Victor Advielle, Renseignements intimes sur les Saint-Aubin d’après les papiers de leur famille, Réunion des Sociétés des Beaux-arts des départements, ... à l’Ecole nationale des Beaux-arts du 7 au 8 avril 1896, 20e session, Paris, Plon, 1896, p. 636. [Apparemment, elle est encore vivante à la date de publication].

[13Marie Godin-Moret, Emilie Dallet-Moret, Documents pour une biographie complète de Jean-Baptiste-André Godin, rassemblés par sa veuve, née Marie Moret. Troisième volume, précédé d’une biographie de l’auteur par sa soeur, Mme E. Dallet, Guise, Librairie du Familistère, 1910, p. XI.


Ressources

Sources

Archives départementales de la Côte-d’Or 5Mi 33 R 19, Registre de l’état-civil de la Ville de Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), 26 février 1838, acte n° 12 (Vues 467-468) (en ligne sur www.archives.cotedor.fr).
Archives départementales de la Côte-d’Or 20 M 701, Surveillance à caractère politique 1817-1824 <1817-1851>, Correspondance du 7 mars 1851 du préfet de la Côte-d’Or au sous-préfet de l’arrondissement de Semur-en-Auxois ; brouillon de la réponse du sous-préfet en date du 10 mars 1851.
Archives familiales Godin, Lettres de Brullé à Godin, 1856-1861 ; Lettre de Godin à Cantagrel, 3 juillet 1862. [Notes de Monsieur Frédéric Panni, conservateur du patrimoine, directeur du Familistère de Guise].
Archives du Centre National des Arts et Métiers, FFPG, Lettre de Godin à Brullé, 6 février 1865. [Notes de Monsieur Frédéric Panni, conservateur du patrimoine, directeur du Familistère de Guise].

« Tribunal correctionnel de la Seine », L’Album de Sainte-Cécile et les Petites affiches musicales, 20 mars 1846, n° 8, pp. 4-6 (en ligne sur Gallica).
Démocratie pacifique, 27 juin 1847, 19 décembre 1848, 20-21 mai 1850.
« Nouvelles », La France musicale, 7 novembre 1841, n° 45, p. 389, col. 2 (en ligne sur Gallica).
« Annonces », La Phalange, revue mensuelle de la Science sociale, Vol. 1, 1845, p. 463 (en ligne sur Gallica) ; Vol. 2, p. 191-192, [511, vue 515] (en ligne sur Gallica).
« Revue de l’instruction nouvelle », La Presse, n° 4548, 8 décembre 1848, p. 4, col. 5 (en ligne sur Gallica) ; n° 4556, 16 décembre 1848, p. 4, col. 5 (en ligne sur Gallica).

Assemblée générale des actionnaires des Sociétés des 15 juin 1840 et 10 juin 1843 tenue le 25 mai 1851 (Ecole sociétaire, XXe année), Paris, impr. d’E. Duverger, 1851, 8 p. (en ligne sur le site de la Bibliothèque virtuelle sur les Premiers socialismes, Université de Poitiers).

La Revue et Gazette musicale de Paris, 31 juillet 1853, no 31.

Victor Advielle, « Renseignements intimes sur les Saint-Aubin d’après les papiers de leur famille », Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, ... à l’Ecole nationale des Beaux-Arts du 7 au 8 avril 1896, 20e session, Paris, Plon, 1896, pp. 568-637 (en ligne sur Gallica).
Marie Godin-Moret, Emilie Dallet-Moret, Documents pour une biographie complète de Jean-Baptiste-André Godin rassemblés par sa veuve, née Marie Moret, troisième volume précédé d’une biographie de l’auteur par sa soeur, Mme E. Dallet, Guise, Librairie du Familistère, 1910, XXII-574 p.

Bibliographie

Annick Devriès, François Lesure, Dictionnaire des éditeurs de musique français, vol. II, de 1820 à 1914, Genève, Minkoff, 1988, 512 p.
Nicole Felkay, « Quelques documents inédits sur l’histoire de la musique », 1825-1850, Revue de musicologie, tome 58, n° 1, 1972, pp. 94-108.


Index

Lieux : Côte-d’Or - Laeken, Bruxelles, Belgique - Paris, Seine

Notions : Edition - Librairie - Musique - Presse - Propriété intellectuelle - Publicité

Pour citer cette notice

SOSNOWSKI Jean-Claude, « Brullé, (Marie-) Alexandre », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en juin 2009 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article676 (consultée le 15 août 2017).

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