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Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : mai 2009

Batilliat (Jean-) Sizoï


Pharmacien. Né le 5 juillet 1815 et décédé le 17 janvier 1880 à Mâcon (Saône-et-Loire). Membre de l’Union harmonienne. Conseiller municipal et d’arrondissement de Mâcon (Saône-et-Loire) sous la Troisième République. Fondateur d’un « cercle des Travailleurs ». Franc-maçon.


Sizoï Batilliat est le fils du pharmacien et chimiste Pierre Batilliat, membre de l’administration centrale provisoire du département de la Saône-et-Loire en 1830, opposant de gauche sous la monarchie de Juillet, célèbre dans le milieu viticole pour ses travaux sur la vigne et le vin dont un traité sur la destruction de la pyrale de la vigne d’après le procédé de Raclet [1].
Il participe au congrès phalanstérien de Cluny le 28 août 1839 et prononce un toast : « A nos enfants ! Plus heureux que nous, ils verront un phalanstère » [2]. Correspondant et membre de l’Union harmonienne, Sizoï Batilliat réside en 1840, rue des Selliers à Mâcon, date à laquelle il débute des études de pharmacie. Après sept années de stage auprès de son père, stage entrecoupé de deux embarquements dans la marine marchande et d’un engagement volontaire dans l’armée coloniale en Algérie, Sizoï Batilliat accède au brevet de seconde classe de pharmacien en 1847.
Excellent orateur, il milite ardemment dans les clubs de Mâcon durant la Seconde République. Il est tout d’abord vice-président de l’Assemblée électorale démocratique fondée salle du Manège, rue de la Prison, en vue des élections à la Constituante, assemblée transformée en club du Manège. Le 29 janvier 1849, il y prononce un discours qualifié d’excitation « à la désobéissance aux lois et à la haine des riches » pour lequel il est inculpé mais acquitté par le tribunal de Chalon-sur-Saône. Le 13 juin, un nouveau discours de provocation « à un attentat, non suivi d’effet, ayant pour but d’exciter à la guerre civile en armant ou portant les citoyens à s’armer les uns contre les autres » le conduit devant la Cour d’assises de Dijon. Il est condamné à quatre ans de prison, 2 000 francs d’amende et un tiers des frais par arrêt du 3 décembre 1849. La Cour d’assises de la Côte-d’Or le condamne également le 6 décembre à un an d’emprisonnement, 500 francs d’amende et un sixième des frais pour avoir, le 15 juin lors d’une réunion publique, suite à l’insurrection de Lyon, « provoqué à un attentat ayant pour but de détruire ou changer le gouvernement, [et] à des attroupements de nature à troubler la paix publique ». Le procureur considère qu’il est « un homme d’une exaltation extrême, c’est le chef des démagogues ». Incarcéré à Belle-Ile, il ne peut assister aux obsèques de son père décédé en août 1851, obsèques qui donnent lieu à un rassemblement de près de 2 000 personnes venues de tout le département. La troupe doit intervenir suite à l’éloge prononcé par l’avocat phalanstérien Emile Perusson.
Libéré au terme de sa peine en 1854, Sizoï Batilliat reprend l’officine de son père. Il se marie avec Benoîte Hélène Bertrand. Le couple a deux enfants, Antoine Armand, né en 1857 et (Jeanne) Marie-Julie, née en 1858. En 1863, il devient vice-président des pharmaciens de l’Est, en 1868, président de l’Amicale des anciens élèves du Lycée Lamartine de Mâcon. Il est initié à la Loge « Les Arts réunis », Grand Orient de France à Mâcon, atelier que dirige depuis 1855 son ami François Martin, organisateur des banquets radicaux de 1847.
Le 12 juillet 1870, Sizoï Batilliat devient commandant de la Garde nationale de Mâcon. Il préside la Commission provisoire départementale nommée par le Conseil municipal de la ville, le 4 septembre 1870. Il est élu conseiller municipal de Mâcon sur la liste démocratique de l’Alliance républicaine et du Comité radical, comité auquel il appartient d’après la liste des conseillers municipaux élus le 30 avril 1871. Il est réélu en 1874 et 1878. En 1877, il fonde un « Cercle des travailleurs » dont l’objectif est de développer l’instruction des travailleurs manuels. Celui-ci est dissout six ans plus tard, en raison des divergences dues à l’entrée massive d’ouvriers favorables au socialisme. En 1878, il est élu conseiller d’arrondissement.
Ses obsèques civiles donnent lieu à un rassemblement aussi mémorable que lors de celles de son père. François Martin, maire de Mâcon rappelle alors ses convictions républicaines et dit de lui qu’« il n’aimait pas les abstractions, ni les chimères philosophiques ; une seule chose comptait pour lui : la liberté ».


Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : février 2016

Notes

[1La Phalange, journal de la science sociale, 4 mars 1842, 3e série, tome V, n° 27, col. 447. Voir aussi Pierre Batilliat, Traité sur les vins de la France, des phénomènes qui se passent dans les vins et des moyens d’en accélérer ou d’en retarder la marche, des moyens de vieillir ou de rajeunir les vins, d’en prévenir ou d’en corriger les altérations, des produits qui dérivent des vins, etc, Lyon, Savy jeune, 1846.

[2« Congrès phalanstérien à Cluny », Le Nouveau Monde, 21 septembre 1839, p. 2.


Ressources

Sources

« Congrès phalanstérien à Cluny », [Le Nouveau Monde, 21 septembre 1839, pp. 1-2.
Almanach social pour l’année 1840, Paris, Librairie sociale (1839), p. 178 (en ligne sur le site de la Bibliothèque virtuelle sur les Premiers socialismes, université de Poitiers).
Archives départementales de la Côte-d’Or, 2U1453, Propos et cris séditieux, délits de presse, offense envers la personne du président de la République et excitation à la haine et au mépris du gouvernement (1849).
Archives départementales de la Côte-d’Or, 2U1320, Arrêts rendus par la Cour d’assises de la Côte-d’Or (1848-1850).
Archives départementales de Saône-et-Loire, 5 E 270/73, Registre des naissances de la ville de Mâcon, 1815. Acte de naissance n° 207 du 6 juillet 1815 ; 5 E 270/270, Registre des décès de la ville de Mâcon, 1880. Acte de décès n° 36 du 18 janvier 1880 (en ligne sur le site des ADSL).
Archives départementales de Saône-et-Loire, M 1203, Procès-verbal d’élections des conseillers municipaux, arrondissement de Mâcon, 1871 ; M 1209, Procès-verbaux d’élections des conseillers municipaux, arrondissement de Mâcon, 1874 ; M 1219, Procès-verbaux d’élections des conseillers municipaux, arrondissement de Mâcon, 1878 [reproduits par Rodolphe Marie et Estelle Laplace dans leurs travaux respectifs].

Bibliographie

Emile Demaizière, « Liste des membres de l’Académie de Mâcon de 1805 à 1905 », Annales de l’Académie de Mâcon, 3e S, Tome X, pp. 15-175.
Charles-Ferdinand Gambon, Jean-Yves Mollier, Dans les bagnes de Napoléon III, mémoires de Charles Ferdinand Gambon, Paris, Presses universitaires de France, 1983.
Pierre Goujon (dir.), Histoire de Mâcon, Toulouse, Privat, 2000.
André Jeannet, La Seconde République en Saône-et-Loire, Groupe 71-Images de Saône-et-Loire, 1984, Cahier n° 1.
Estelle Laplace, L’implantation électorale des républicains dans l’arrondissement de Mâcon, Dijon, Mémoire de Maîtrise : Histoire, 1994.
Pierre Lévêque, Une société en crise : la Bourgogne au milieu du XIXe siècle (1846-1852), Paris, Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, 1983.
Rodolphe Marie, La Vie municipale à Mâcon entre 1870 et 1884, Dijon, Mémoire de Maîtrise : Histoire, 1997, 2 vol.
Paul Siraud, Les Administrateurs et les Préfets de Saône-et-Loire (1789-1886), Mâcon, L. Chollat, 1886.

Iconographie

Marcel Vitte, « Hommes et travaux à l’Académie de Mâcon, communication », Annales de l’Académie de Mâcon, 3e S, Tome 62, Mâcon, Buget-Comptour, 1986, pp. 73-92. [p. 74. Photographie sous la dénomination erronée de Pierre Batilliat. D’après Madeleine Combier, il s’agit de Jean-Sizoï Batilliat en uniforme de la Garde nationale, sans doute en 1870].
ADCO 2U1453. Un mandat d’arrêt du 5 juillet 1849 le décrit de la manière suivante : 1,70 m, cheveux et sourcils roux, front haut, nez gros, bouche moyenne, barbe rousse et teint coloré. Le rapport d’arrestation de la Gendarmerie départementale du 3 décembre 1849 fournit des éléments complémentaires ou contradictoires : 1,75 m, cheveux et sourcils châtains, front large, yeux gris foncé, nez moyen, bouche moyenne, menton pointu, visage ovale, teint coloré.


Index

Lieux : Mâcon, Saône-et-Loire - Saône-et-Loire

Notions : Club - Education populaire - République - Union harmonienne

Pour citer cette notice

SOSNOWSKI Jean-Claude, « Batilliat (Jean-) Sizoï », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en mai 2009 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article667 (consultée le 26 avril 2017).

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