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Thomas Bouchet , Bernard Desmars , Jean-Claude Dubos  |  mise en ligne : février 2008

Bourdon, Emile


Fouriériste actif, auteur de plusieurs ouvrages financiers. A partir de 1846, il succède à E. Cartier dans le rôle d’archiviste des manuscrits de Fourier.


Emile Bourdon écrit dans La Phalange, est membre du conseil de rédaction de La Démocratie pacifique depuis sa fondation le 10 juin 1843, rédacteur au journal jusqu’en 1851. Il est est actionnaire de la Société du 15 juin 1840 « pour la propagation et pour la réalisation de la théorie de Fourier ». Au 15 mai 1843, avant que la société soit scindée en deux entités, la seconde devenant la « Société pour la transformation de La Phalange en journal quotidien », il détient une action de cinq mille francs alors réglée. Une lettre qu’il écrit en 1853 montre qu’il ne partage pas l’enthousiasme de Considerant à propos des Etats-Unis : selon lui, il sera très difficile aux fouriéristes de rassembler des fonds assez importants et d’acquérir un savoir suffisant pour mener à bien un projet au Texas ; il ne pense pas que Considerant a le caractère qu’il faut pour mener à bien un tel projet ; il se méfie des initiatives débridées et des plans vagues [1]. Sa défiance reste de mise en 1858 : il l’exprime lors de l’assemblée générale de la Société de colonisation au Texas (Paris, 1er septembre, en présence de Considerant). Il y souligne qu’il ne reste plus en caisse que 292 000 francs, tout juste assez pour tenir trois ans si la situation n’évolue pas [2].
C’est lui qui établit le premier inventaire des manuscrits de Fourier. Devenu directeur de la librairie phalanstérienne en 1851, il assume de 1851 à 1858 la Publication des manuscrits de Charles Fourier en 4 volumes, années 1851, 1852, 1853-1856, 1857-1858. Ce dernier volume fait l’objet d’une saisie et Bourdon est accusé d’outrage à la morale publique, sans doute en raison de la publication d’un fragment intitulé « L’Anarchie des amours en civilisation » et dans lequel Fourier écrit notamment : « J’ai vu, dans un hameau de quarante feux que j’étais allé habiter pour travailler à ce livre [Talissieu, dans l’Ain], des orgies aussi bien organisées que dans une grande ville : des demoiselles de vingt ans plus exercées, plus rouées que ne pouvaient l’être à quarante ans Laïs et Phryné ; des paysannes habituées à voir déflorer leurs filles à l’âge de dix ans, des pères et mères bien informés de tout ce manège et y donnant les mains que les mères d’Otahiti se prêtaient à la prostitution de leur fille. Tout ce dévergondage était bien fardé, plâtré de bégueulerie, de communion et de sacrilège. » (notons au passage que 1858 est l’année du procès de Madame Bovary, et Flaubert est poursuivi aussi pour outrage à la morale publique). Le 10 janvier 1859,
Victor Considerant, à la veille de repartir pour les États-Unis après un séjour de huit mois en France, écrit à son ami Alexandre Bixio (ex-ministre de Louis-Napoléon Bonaparte en 1848) et lui demande de tirer Bourdon de ce mauvais pas. Avec une certaine mauvaise foi, Considerant affirme : « C’est à peu près comme si on saisissait un livre d’algèbre. C’est une publication de documents recherchés par un petit nombre d’anciens phalanstériens... Cela n’a pas de publicité, n’est pas destiné à en avoir et ne compte que comme documents d’archives pour un petit public qui s’y intéresse à ce titre. » On ne sait si Bourdon est inculpé ou non, mais la publication de manuscrits de Fourier est définitivement interrompue. Dans les années 1850, la librairie est par ailleurs en proie à de graves difficultés financières ; Bourdon engage une partie de son argent personnel pour contribuer à la maintenir à flot. Il est par ailleurs signalé en 1857 comme l’un des futurs rédacteurs de la Revue moderne.
Dans les années 1860, il se montre peu actif dans les tentatives de relance de l’Ecole sociétaire autour de
François Barrier ; il est néanmoins présent lors du banquet de 1866 (93e anniversaire), et en 1868 [3]. Il fait partie du comité d’initiative pour le centième anniversaire de la naissance de Fourier et pour le congrès phalanstérien en 1872 ; on le retrouve membre du comité d’exécution après le congrès [4]. En 1886, un « Em. Bourdon, rentier », est membre de la Ligue du progrès social, qui réunit les derniers militants fouriéristes [5]


Thomas Bouchet
Bernard Desmars
Jean-Claude Dubos

Dernière mise à jour de cette fiche : novembre 2013

Notes

[1Ecole normale supérieure, Fonds Considerant, 4 (VI), lettre du 25 août 1853, destinataire inconnu.

[2Voir son « rapport de la gérance » dans le Bulletin de la Société de colonisation européo-américaine au Texas, en décembre 1858.

[3La Science sociale, 16 avril 1868.

[4Ecole normale supérieure, fonds Considerant, 10/3 ; archives nationales, 14 AS 6, 100e anniversaire de la naissance de Charles Fourier, Paris, Librairie de la science sociale, sd (1872), 8 p.

[5Bulletin n°2 de la Ligue du progrès social [1886].


Ressources

Œuvre

« Point de Stabilité hors de l’Unité », La Phalange, 26 novembre 1840.
Bourdon est également l’auteur de plusieurs ouvrages financiers

Sources

Archives nationales, 10 AS 28 (9), Lettres de Considerant à Bourdon ; 10 AS 30 (1) et (2), Circulaires de Bourdon, Brunier et Bureau sur le fonctionnement et les finances de l’École sociétaire. 10AS30 (681Mi49), état des actionnaires de la Société du 15 juin 1840 « pour la propagation et pour la réalisation de la théorie de Fourier » au 15 mai 1843.
Ecole normale supérieure, Fonds Considerant, 4 (VI).
La Démocratie pacifique, t. IV, 1e semestre 1845, table des matières.
Bulletin n°2 de la Ligue du progrès social [1886].
La Science sociale, 16 avril 1868.

Bibliographie

Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français
Jonathan Beecher, Victor Considerant and the Rise and Fall of French Romantic Socialism, Berkeley-Los Angeles-Londres, University of California Press, 2001.
Jean-Claude Dubos, « A propos de la Publication des manuscrits de Fourier : une lettre de Considerant à Alexandre Bixio », Cahiers Charles Fourier, 1, 1990, p. 7-10.


et sur ce site...

Jean-Claude Dubos A propos de la publication des Manuscrits de Charles Fourier
Une lettre de Considerant à Alexandre Bixio
Cahiers - 1990 / n° 1 - décembre 1990
abstract | article en texte intégral


Index

Lieux : Paris, Seine - Talissieu, Ain

Notions : Finances - Librairie - Morale - Sexualité

Pour citer cette notice

BOUCHET Thomas, DESMARS Bernard, DUBOS Jean-Claude, « Bourdon, Emile », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en février 2008 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article482 (consultée le 11 septembre 2017).

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