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Thomas Bouchet  |  mise en ligne : février 2008

Blanc, Julien, dit « Le petit Blanc », ou « le Blanc des Blancs »


Né en 1796, mort à Paris en janvier 1865. Littérateur, quelque temps très actif à La Démocratie pacifique.


Julien Blanc naît dans un milieu très aisé - son père est consul général à Naples sous le Premier Empire, allié aux plus grandes familles de Marseille - mais il perd sa fortune lors de la révolution de 1830. Il est un temps adepte du saint-simonisme. Il devient ensuite, après avoir lu des livres de Fourier, un militant fouriériste et prend assez rapidement des responsabilités au sein de l’Ecole sociétaire : en 1837, il fait partie des commissaire s chargés de contrôler l’usage du fonds prévu pour la préparation d’une "fondation en échelle réduite" [1]. Et alors que le mouvement fouriériste est traversé par des conflits, il signe, avec Olivier Barbier, Jules Bing, Pierre-Jean Chapelain et Théodore Michelot, une lettre dont les auteurs affirment leur soutien à Considerant, alors vivement critiqué par des dissidents [2] ; il assure avec Victor Considerant l’essentiel du travail éditorial et de rédaction pour La Phalange en 1838 et 1839. Dans l’acte de constitution de La Démocratie pacifique, qui succède à La Phalange, Blanc figure comme membre du Conseil supérieur aux côtés de Victor Considerant, de Just Muiron, de Clarisse Vigoureux, et d’anciens de La Phalange. Dans le nouveau journal il s’occupe entre autres de la question du travail et publie sur l’un des plus importants conflits de la fin de la monarchie de Juillet (la grève des charpentiers) un volume fort intéressant. En 1845, il est membre du Conseil de direction de l’Ecole sociétaire.
Il est, probablement à la même époque, l’auteur de la brochure « Nature des relations que les amis de nos idées doivent établir entre eux ». Les huit feuillets qui composent ce document manuscrit - il est reproduit par Astrid Léger dans son mémoire de maîtrise - sont très utiles pour comprendre les ressorts de la propagande sociétaire et les conseils formulés par Blanc évoquent les directives données dans les années 1840 dans les colonnes du Bulletin phalanstérien. Blanc commence par dénoncer une tendance au sectarisme à son avis préjudiciable à la cause (« Les amis de nos idées ne doivent ni s’affilier à une sorte de franc-maçonnerie phalanstérienne, ni former des associations défendues par la loi. »). Il consacre ensuite des développements concrets et concis à de nombreuses formes d’action proposées : « secrétaires correspondants », « correspondance », « opérations dans chaque localité », « abonnements au Journal [La Démocratie pacifique] », « courtage », « cafés, cercles, etc. », « librairie », « affiches », « livres en lecture », « propagation de la théorie », « sujets de discussion qu’il faut préférer », « sujets de discussion qu’il faut éviter », « lectures », « cotisations locales », « journaux », « actions », « fonds applicables au cautionnement », « fonds nouveaux pour la société de 1840 ». Dans un « résumé » final, Blanc reprend l’essentiel de ses conseils.

En résumé, dans chaque localité on devra agir au mieux des intérêts du développement de nos idées par la persuasion et l’étude ; tenir note des services rendus par chacun, tels que les abonnements faits par telle personne, les souscriptions prises ou déterminées par elle, etc. etc. Donner le double de cet état en ce qui concerne la propagation locale et la propagation générale, à l’administration du journal qui doit centraliser les titres de services rendus.


La recherche, mais seulement par des hommes de dévouement et de science, de nouveaux actionnaires pour la société du 15 juin 1840, et pour celle du 10 juin 1843 ; l’organisation d’une caisse locale de librairie et d’abonnement, l’organisation de courtage ; voilà les seules choses qu’on puisse légalement et administrativement instituer. La propagation individuelle, les cours et conférences, les écrits dans les journaux de la localité, etc. sont des choses essentiellement libres de leur nature, qui ne peuvent avoir rien d’uniforme. »

Des propos de Blanc, on retiendra le souci de légalité, l’insistance sur la nécessaire stabilisation financière de l’Ecole pour assurer son avenir, l’articulation entre action locale et contrôle central, le rôle dévolu à la presse. Blanc invite enfin au pragmatisme, même si le débat d’idées en sort apauvri : « nous croyons qu’il faut éviter de se lancer dans de grandes discussions métaphysiques, dans lesquelles on parle longuement sans arriver toujours à de bons résultats » ; outre la métaphysique, il vaut mieux éviter les questions religieuses pour ne pas heurter les lecteurs ou les auditeurs (« notre doctrine est omni-compréhensive, [...] elle est assez large pour donner satisfaction à toutes les grandes manifestations de l’esprit humain »), ainsi que les questions de cosmogonie qu’il ne convient de n’aborder « que comme des objets de curiosité, comme des spéculations de l’esprit dignes d’attention et d’intérêt »). Le post scriptum mérite lui aussi qu’on s’y arrête : Blanc souligne qu’il vaut la peine de prendre des renseignements, localement, sur « les chances probables d’une élection phalanstérienne, dans le cas où il y aurait un député à élire. » Et de poursuivre : « Il serait fort avantageux que nous puissions un jour faire arriver à la Chambre Considerant ». Ainsi Blanc relaie-t-il fidèlement les réorientations définies par le chef de l’Ecole sociétaire dans les années 1840.

A partir de septembre 1846, Julien Blanc ouvre un cours « d’orthographe et de grammaire pratique en 60 leçons d’après [une] méthode expéditive et attrayante », chez lui, au 63 rue Sainte-Anne à Paris. Le cours est ouvert pour une seconde session à compter de février 1847. Des élèves adultes des deux sexes sont admis, « des places particulières sont réservées aux dames ». Le seul prérequis est celui de « l’habitude d’écrire » ; le souvenir des règles de grammaire acquis « durant la jeunesse » importe peu. L’apprentissage se fait selon un rythme de trois leçons hebdomadaires durant cinq mois moyennant 20 francs mensuels ou bien 85 francs payés par avance pour l’ensemble des leçons.

L'annonce du cours de Julien Blanc

Charbonnier, rédacteur à La Gazette des tribunaux, prononce le 2 février 1865 sur la tombe de Julien Blanc, qui vient de décéder, une vibrante oraison funèbre. Il insiste sur sa modestie, son dévouement, son esprit de sacrifice. Il évoque en particulier le rôle à la fois effacé et décisif qu’il jouait à La Démocratie pacifique : "grammairien, littérateur et logicien, il était, pour ainsi dire, le censeur de la rédaction. [...] C’est lui qui disciplinait la syntaxe et la fougue de style de tous ces publicistes improvisés qui écrivaient avec l’épée d’officier d’artillerie, le pinceau du peintre ou le crayon de l’architecte."


Thomas Bouchet

Dernière mise à jour de cette fiche : juillet 2014

Notes

[1La Phalange, n°32, septembre 1837, "Projet de réalisation. Procès-verbal de la séance du 20 août 1837.

[2Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 30 (681 Mi 49, vues 71-74), lettre du 31 octobre 1837.


Ressources

Œuvre

La Grève des charpentiers en 1845. Episode de la crise sociale de l’époque, Paris, Librairie sociétaire, 1845, in 16, XVI-270 p.
L’Enseignement méthodique de l’orthographe d’usage sans le secours du grec et du latin.

Sources

Archives nationales, 10AS28(8) et 36(7), lettres ; 10AS30(1) [681 MI 49], « Nature des relations que nos amis doivent établir entre eux » (sans date).
Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 30 (681 Mi 49, vues 71-74), lettre du 31 octobre 1837, signée Barbier, Bing, Blanc, Chapelain et Michelot.
La Démocratie pacifique, 31 janvier 1847.
La Renaissance, février 1865 (le discours de Charbonnier sur la tombe de Blanc y est reproduit). Accessible sur Gallica.

Bibliographie

Pierre Larousse (dir.), Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, tome 2, Paris, 1866.
Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français
Jonathan Beecher, Victor Considerant and the Rise and Fall of French Romantic Socialism, Berkeley-Los Angeles-Londres, University of California Press, 2001.
Astrid Léger, « Le fouriérisme en Puy-de-Dôme de la monarchie de Juillet au coup d’Etat du 2 décembre 1851 : enjeux et conséquences des logiques de production/réception d’une pensée critique », mémoire de maîtrise d’histoire, université de Clermont-Ferrand, 2004, 543 p.

Notes de Jean-Claude Sosnowski


et sur ce site...

Hans Moors Réseaux et trajectoires fouriéristes aux Pays-Bas
Quelques réflexions à propos de H.F.L. Droinet
Cahiers - 1996 / n° 7 - décembre 1996
article en texte intégral


Index

Lieux : Paris, Seine

Notions : Cosmogonie - Politique - Presse - Propagande - Religion - Travail

Pour citer cette notice

BOUCHET Thomas, « Blanc, Julien, dit « Le petit Blanc », ou « le Blanc des Blancs » », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en février 2008 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article470 (consultée le 21 octobre 2017).

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