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Une lettre inédite de Charles Fourier à Louis Desarbres (1816)

Jean-Claude Dubos  |  2005 / n° 16 |  décembre 2005



Index

Personnes : Desarbres, Louis

Pour citer ce document

DUBOS Jean-Claude , « Une lettre inédite de Charles Fourier à Louis Desarbres (1816)  », Cahiers Charles Fourier , 2005 / n° 16 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article288 (consulté le 19 octobre 2017).

Texte intégral

Dans sa biographie de Fourier (p. 96), Jonathan Beecher indique Louis Desarbres parmi les collègues « avec qui Fourier restera en contact. [...] A l’époque du Consulat il est, comme Fourier, employé et voyageur de commerce mais à la fin de l’Empire, on le retrouve banquier prospère avec des bureaux dans l’élégante rue Saint-Clair. [...] On sait qu’il a de temps en temps servi de banquier [à Fourier], mais il se peut qu’il ait été un moment, sous l’Empire, son employeur. »

La lettre que nous publions ici, écrite en mars 1816 à Talissieu où Fourier est l’hôte de ses nièces de Rubat semble bien accréditer cette hypothèse. Elle est un des rares sinon le seul témoignage de l’activité professionnelle de Fourier et montre sur le vif - ce qui n’étonne en rien - ses qualités de précision et de méticulosité, en même temps qu’une certaine sécheresse de sentiments : « Puisque son frère devait mourir, il est fâcheux que ce décès n’ait pas eu lieu 3 ans plus tôt », écrit-il à propos du père de Maurice Devouge.

En juin 1834, de Besançon, Clarisse Vigoureux écrit à Fourier que « Desarbres, qui se dit fort votre ami », l’engage à venir le voir à sa campagne près de Dijon. Elle pense qu’il pourrait avancer à Fourier 200 000 francs pour l’établissement d’un phalanstère d’enfants. Mais Fourier qui ne croit certainement pas à la sincérité de Desarbres ne vient pas, au grand désespoir de Clarisse Vigoureux qui pensait voir en lui le « candidat » tant attendu par Fourier et ses disciples.

Jean-Claude DUBOS


[Cachet de la poste :] Belley

A Monsieur Louis Desarbres

Banquier porte Saint Clair

à Lyon

[sur l’enveloppe, d’une autre main : « répondu le 5 avril »]

Talissieu, 31 mars 1816

Enfin après ma dernière lettre, j’ai reçu de Grousset [lacune]. Je vois maintenant par la Ve [vôtre] du 29 que vous avez pris les précautions indiquées cela est fort à propos et servira à le stimuler.

Vous ne m’avez pas donné la notte détaillée des frais quil doit payer en sus des 254 et je ne peux pas sans cette notte faire la distribution des 60 francs. Si je donne le tout à l’huissier Morand de Songieu qui est a présent charge de la poursuite il arrivera que la Veuve Combe [1] de Belley et l’huissier Fort de Champagne qui ont successivement intervenu dans l’affaire seront obligés de réclamer leur quote part de salaire vers Morand de Songieu il vaut bien mieux pendant que je suis nanti que je fasse à chacun sa répartition contre quittance mais si vous avez la notte de ce qui leur revient j’aime mieux la tenir de vous que de la leur demander parcequ’ils pourraient selon l’usage des gens de loi enfler le compte.

Je suis de plus en plus surpris des détails que vous me donnez sur l’issue de la société Gaucel Coulon et vous me ferez plaisir de me communiquer ce qu’il y aura de nouveau à cet égard.

J’apprends la perte fâcheuse que vient de faire Maurice Devouge. Puisque son père devait mourir il est fâcheux que le décès nait pas eu lieu 3 ans plutot. Car les héritiers auraient vendu le domaine et Devouge n’aurait pas été frustré par les assuremens [assurances ?] des ravages de la guerre.

Je vois que nos petits créanciers sont comme vous le dites des groussets [2] je suis étonné du refus de Mr Botta pour une chétive somme de 14 quant à Mr Chauvot je chercherai son logement quand j’irai faire un tour à Lyon les épiciers chez qui il fait le courtage me l’indiqueront.

Quand j’irai à Champagne, je montrerai à Grousset la lettre adressée à l’huissier et j’en userai pour tirer de lui un nouvel acompte moyennant délai après quoi je le ferai régler pour les billets.

Salut amical

Ch fourier

A Belley poste restante.

M Parrat [3] a reçu le montant de votre second billet dont il ne comptait plus être payé. Ces petits créanciers de petite ville croient que le notaire peut donner des délais sur le protest et qu’il ne tient qu’à lui de différer un mois à protester et quil y met de la malice quand on vous négocie de ces [biffé : petits effets] broches sur des ouvriers de campagne si vous saviez les démarches et désagrémens qu’il y a pour tirer d’eux de l’argent vous feriez payer 5 % de provision indépendamment du cours M Parrat m’a dit j’ai fait des démarches parce que c’est pour Mr Defert avec qui je suis en relation mais je me suis fait un ennemi de cet homme et j’aurais donné avec plaisir 6 f. de ma poche pour être dispensé de ce remboursement.

N.B. : seule l’accentuation du texte a été retouchée.


Jean-Claude Dubos

Jean-Claude Dubos

Ancien élève de l’Ecole nationale des Chartes, Jean-Claude Dubos était bibliothécaire en retraite (médiathèque de Besançon). Il a préfacé Parole de Providence, de Clarisse Vigoureux (1993) et il est l’auteur de Victor Hugo et les Francs-Comtois (2002). Il a été l’un des membres fondateurs de l’Association d’études fouriéristes. Il est décédé en 2013.


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Notes

[1Peut-être Jeanne-Marie Repy, veuve Combet, belle-mère de Sophie Parrat-Brillat, nièce de Fourier.

[2Il s’agit probablement de M. Grousset que Fourier cite deux fois dans cette lettre, mais il l’écrit là sans majuscule, sans doute pour en faire un nom commun, comme harpagon.

[3Philibert Parrat-Brillat, avocat et notaire à Belley, beau-frère de Fourier.



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