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Le phalanstère du comté de Mahaska dans l’Etat d’Iowa, 1843-1845

André J. M. Prévos  |  2004 / n° 15 |  décembre 2004



Index

Notions : Expérimentations - Phalanstère

Personnes : Boyer, E. A. - Guarneri, Carl

Pour citer ce document

PRéVOS André J. M. , « Le phalanstère du comté de Mahaska dans l’Etat d’Iowa, 1843-1845  », Cahiers Charles Fourier , 2004 / n° 15 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article272 (consulté le 22 septembre 2017).

Texte intégral

Comme l’avait suggéré Arthur Bestor et comme le réaffirme Carl Guarneri, la plupart des communautés utopistes établies aux Etats-Unis dans les années 1840-1850 ne se trouvaient que rarement aux limites occidentales de la civilisation nord-américaine - la célèbre « frontière ») [1]. Durant cette décennie, quelques groupes allèrent s’installer dans le nord de la vallée du Mississipi et, parmi eux, on peut compter sur les doigts d’une main ceux qui s’établirent à l’ouest du fleuve. Guarneri dénombre quatre phalanstères fouriéristes créés dans la zone dite de la frontière, dont deux seulement se trouvent à l’ouest du Mississipi [2]. Il mentionne la colonie de La Réunion au Texas, qui dura de 1855 à 1859, ainsi que la « Iowa Pioneer Phalanx » qui, en 1843, fut fondée dans le comté de Mahaska, en cette partie du Territoire du Wisconsin qui allait bientôt devenir l’actuel Etat d’Iowa.

Ce n’est qu’en 1846 que l’Iowa fut définitivement reconnu comme Etat après plusieurs disputes frontalières entre les milices des communautés de l’Iowa et celles du Missouri. Les frontières de l’Etat d’Iowa n’avaient pas été formellement tracées et, lorsque le Missouri demanda à devenir un Etat en1820, le Congrès américain reconnut implicitement la limite nord du Missouri comme étant celle du territoire cédé par les Osages aux Etats-Unis [3]. Il fallut toutefois retracer les frontières nord et sud du futur Etat de l’Iowa afin de satisfaire les territoires adjacents. Il fallait aussi mettre fin aux incidents répétés entre les shérifs du comté de Clark, dans le Missouri, qui exigeaient des fermiers établis dans le comté de Van Buren récemment crée en Iowa que ces derniers paient leurs impôts aux autorités du Missouri [4] . En 1846, l’Etat d’Iowa fut finalement reconnu avec les frontières qui sont encore les siennes aujourd’hui.

Il n’en demeure pas moins vrai que, bien avant que l’Iowa ne devienne un Etat des Etats-Unis, des efforts administratifs avaient été entrepris par les autorités qui avaient la charge du Territoire du Wisconsin, dont l’Iowa faisait partie. C’est ainsi que des comtés furent arpentés et divisés ; les limites des communes - « townships » - et des « sections » furent fixées en accord avec les règles d’arpentage en vigueur à l’époque. La commune de Scott dans le comté de Mahasca fut identifiée comme le numéro 75, au nord du 17e et à l’ouest du 5e méridien principal. Cette commune fut arpentée et ses limites administratives furent établies par Ewing. On trouve à la date du 1er août la mention de ces repérages entre les sections 27 et 28 de la commune de Scott, le long de la rive gauche de la rivière Des Moines. Il indique la présence d’un phalanstère (« Phalanx ») qu’il caractérise comme « une association fouriériste » [5]. Dans la carte de la commune de Scott qui fut tracée d’après ces mesures, l’arpenteur Ewing a clairement indiqué les limites du phalanstère dont les terres se trouvaient effectivement dans la section 27 (le coin extrême est) et, essentiellement dans la section 28 de ladite commune [6]. Les notes prises sur le terrain par Ewing confirment la présence d’un phalanstère fouriériste dans le comté de Mahaska en 1845. Mais ces notes, pour intéressantes et utiles qu’elles soient, ne nous fournissent que de bien maigres renseignements. Quiconque les a consultées peut affirmer que, si elles ont valeur officielle et apportent souvent des détails importants, elles demeurent lacunaires et manquent parfois d’exactitude historique. La seule indication de la présence du phalanstère ne garantit pas qu’à la date du 1er août 1845 il existait encore. Les notes prises sur le terrain identifient seulement l’ensemble des parcelles comme celles du phalanstère.

La consultation d’histoires locales écrites durant la seconde moitié du XIXe siècle et les premières décennies du XXe siècle, et surtout entre 1870 et 1910, permet de recueillir des détails complémentaires. Les histoires du comté de Mahaska appartenant à cette catégorie furent publiées entre 1878 et 1906. Celles-là, comme toutes les histoires de comtés de ces décennies, étaient publiées par des compagnies dont le but essentiel était de financer leurs ouvrages en vendant par souscription des espaces réservés aux biographies des habitants du comté qui désiraient figurer, ainsi qu’aux portraits de ceux qui pouvaient se le permettre. Malgré le style souvent ampoulé des notices biographiques de ces habitants, apparemment tous honnêtes et travailleurs [7], elles livrent quelques renseignements.

L’un des premiers à s’établir dans cette commune fut le docteur E. A. Boyer. Né en 1816, il était le fils d’une famille française de Uniontown, comté de Frederick, dans le Maryland. A l’âge de 18 ans il voyagea vers l’ouest et s’installa dans le comté de Noble (Indiana). En 1840 il arriva dans l’Iowa où il s’installa d’abord dans le comté de Van Buren, puis, en avril 1843, dans le comté de Makaska, dans la commune de Jackson qui allait changer de nom et devenir la commune de Scott [8]. Il devint l’un des personnages influents de la commune, tant du point de vue commercial et financier que du point de vue politique. Il fut élu maire et fut aussi l’un des 16 actionnaires-fondateurs de la succursale locale de l’Iowa State Bank en 1858 [9].

Lors du premier hiver qu’il passa dans le comté de Mahaska, en 1840-1841, il tua quatre-vingt-treize loups. Il a été estimé que lors du défrichage de ses terres le long de la rivière Des Moines il réussit à vendre pour 12000 dollars de bois de chêne. En 1852, il occupait les fonctions de maire de la commune ; il fut à l’origine de son nouveau nom lors de la victoire de Scott contre Pierce à l’élection présidentielle [10]. En 1878, il possédait 1500 acres de terres, un magasin à Tracy, un autre à Oskaloosa, où il était aussi le co-propriétaire de la compagnie Boyer & Barnes.

C’est sur les terres de Boyer que, durant l’été 1843, les premiers contacts furent pris en vue d’y créer le phalanstère des pionniers de l’Iowa. Les documents d’époque et les souvenirs des anciens « pionniers du comté » mentionnés dans les histoires du comté indiquent que les membres de ce phalanstère s’établirent durant l’automne et l’hiver 1843 sur des terres de Boyer. Il semble que ce dernier leur ait vendu des parcelles car certains membres du phalanstère purent acquérir des titres de propriété pour leurs terrains [11]. Les cabanes de rondins construites par les fouriéristes composaient un cercle au milieu duquel le terrain servait de lieu de rencontre abrité du vent. En hiver ce cercle de cabanes arrêtait la neige et permettait de mieux communiquer entre les maisons. Cette disposition permettait aussi de défendre la communauté en cas de troubles ou d’attaques, surtout durant les expéditions menées par les milices du Missouri entre 1843 et 1845.

Carl Guarneri estime qu’une cinquantaine de fouriéristes s’associèrent pendant la formation du phalanstère du comté de Mahaska et qu’ils étaient propriétaires d’environ 320 acres de terres [12]. Le rôle de Boyer dans la création du phalanstère est difficile à établir : les fouriéristes étaient sur des terres dont il était propriétaire ; il a aussi été indiqué par quelques-uns qu’il était membre du phalanstère. Parmi les autres membres on a relevé les membres des familles d’un certain Norton et de John Pope. On aussi identifier les noms de George et John Rose, deux célibataires. Cette liste ne peut être que partielle ; d’autres familles - et peut-être d’autres membres célibataires - se joignirent au phalanstère [13].

En ce qui concerne la nationalité des membres, il est pratiquement certain qu’aucun Français ne s’y trouvait. Nous savons qu’en 1850, année du premier recensement du comté, il s’y trouvait cinq « Français », c’est-à-dire des personnes nées en France [14]. Boyer était Américain bien que né de parents français, tout comme son épouse née dans le Vermont. Les noms connus des membres du phalanstère suggèrent leurs origines anglo-saxonnes. De plus, il a été possible d’identifier et de détailler l’histoire de six Français qui s’installèrent dans le comté entre 1846 et 1920 : deux arrivèrent avant 1850, deux avant 1860, un avant 1870 et un avant 1880. Deux autres qui s’installèrent finalement dans le comté de Marshall n’arrivèrent dans le comté de Mahaska qu’en 1858 [15].

Les documents qui nous sont parvenus indiquent que les membres du phalanstère du comté de Mahaska vécurent « en communauté ». Peu de détails plus précis sont disponibles. Il est pratiquement certain que les membres du phalanstère, comme la quasi-totalité des habitants du comté à cette période, vivaient du fruit de leurs cultures, de leur cueillette, et des résultats de la chasse ou de la pêche dans la rivière proche. Boyer était un chasseur célèbre dans la région : on a vu qu’il tua des loups durant les hivers (principalement pour protéger ses troupeaux). On sait aussi qu’il avait des chiens de chasse et qu’il chassait à cheval dans le comté dans les années qui suivirent son installation [16].

Il n’a pas été possible de retrouver d’archives permettant de comprendre plus en détails la vie quotidienne des fouriéristes du comté de Mahaska. L’étude d’autres groupes utopistes français dans l’Iowa a été grandement facilitée par la présence de nombreux documents et de quelques bâtiments ayant survécu. Dans le cas des Icariens du comté d’Adams, qui arrivèrent dans l’Iowa entre 1850 et 1856, il a été possible de reconstruire leur environnement grâce aux documents de la communauté [17]. Pour le comté de Mahaska en revanche, si nous savons à quelle époque les membres du phalanstère sont arrivés dans le comté et si nous savons les noms de quelques-uns de ceux qui s’y sont installés, nous n’avons que des renseignements très lacunaires sur leurs origines tant géographiques que sociales. Il semblerait que quelques-uns soient venus du phalanstère « Jefferson County Industrial Association » du comté de Jefferson, dans la partie ouest de l’Etat de New York où s’étaient établis quatre phalanstères et où le mouvement fouriériste avait de nombreux adhérents [18]. Pour les autres membres les détails sont encore plus diffus. Néanmoins, si nous comparons ce que nous connaissons de l’histoire du phalanstère du comté de Mahaska avec l’histoire générale des phalanstères aux Etats-Unis durant la 2e moitié du XIXe siècle, nous pouvons noter quelques traits communs qui semblent faire de ce phalanstère un exemple typique dans l’histoire du mouvement fouriériste américain.

La durée de vie du phalanstère fut réduite. Nous savons que ses membres se séparèrent en 1845. Ils sont alors clairement intégrés dans le mouvement de « Boom and Bust » qui a caractérisé l’évolution du fouriérisme durant les années 1840-1850 aux Etats-Unis. Lorsque la doctrine devint populaire, après les efforts de Brisbane en particulier, de nombreux groupes décidèrent de fonder des phalanstères afin de prouver le bien fondé du fouriérisme. Toutefois, la grande majorité des responsables des phalanstères ne passèrent pas assez de temps dans la préparation et planification nécessaires à la création d’une telle communauté. La plupart des fouriéristes voulaient tout faire tout de suite. Mais la hâte et le manque de formation des membres conduisirent rapidement à de graves problèmes. Certains groupes avaient dépensé la majorité de leurs fonds dans l’achat des terres du phalanstère et, après une brève période de grand enthousiasme, ils se trouvèrent incapables de faire face à leurs engagements financiers. Les revenus des exploitations fouriéristes étaient généralement inférieurs à ce qu’avaient estimé Fourier dans ses écrits ou des prosélytes américains dans leurs discours, et la participation active de tous les membres devint de moins en moins régulière.

Dans le cas du phalanstère du comté de Mahaska il n’a pas été possible de trouver trace de problèmes financiers. Il semblerait que ce phalanstère ait été organisé selon un modèle proche du phalanstère de la « Sylvania Association » du comté de Pike en Pennsylvanie, où les terres furent acquises par un groupe qui, ensuite, sélectionna des membres pour former le phalanstère. Dans l’Iowa, il n’a pas été possible de déterminer si les fouriéristes payèrent l’intégralité de leurs achats fonciers mais il est certain qu’après la dissolution du phalanstère Boyer demeura propriétaire des parcelles sur lesquelles ils s’étaient établis.

Si certains phalanstères furent établis dans des endroits peu aptes à la culture [19] tel n’est pas le cas du groupe installé dans le comté de Mahaska. Les terres des fouriéristes étaient situées dans une section où le sol était de bonne qualité. De plus, la présence d’un cours d’eau et de nombreux arbres fournissait des ressources supplémentaires permettant la construction de cabanes de rondins, le chauffage des habitations et la nourriture du bétail [20]. Il semble alors que les problèmes de survie auxquels plusieurs autres phalanstères eurent à faire face ne furent pas rencontrés dans le comté de Mahaska.

Lorsque les phalanstères furent installés dans des endroits convenables et que l’état de leurs finances n’était pas trop inquiétant, la survie de l’entreprise pouvait être mise en péril par les mésentente ou les inimitiés entre membres - ce fut le cas dans certains phalanstères de Pennsylvanie ou du Wisconsin [21]. Rien ne nous indique pour quelles raisons ces fouriéristes se séparèrent. Il est certain qu’à l’opposé des périodes de violence icarienne à Nauvoo au milieu des années cinquante et dans le comté d’Adams entre 1876 et 1881 [22], il n’a pas été possible de trouver mention de violence entre les fouriéristes du comté de Mahaska, ce qui ne prouve pas pour autant que la violence en ait été absente.

Une autre cause de l’échec des phalanstères est la brièveté du séjour de certains membres et la défection d’autres membres. La brève existence du phalanstère est certainement un indice de ce phénomène passager. La mention des noms d’une petite partie des membres du phalanstère peut être vue comme un élément déterminant de cet état de choses, les autres n’étant pas restés assez longtemps pour être identifiés par les habitants du comté.

Les membres de la Iowa Pioneer Phalanx demeurèrent donc trop peu de temps dans le comté de M. pour s’intégrer à la société rurale qui y prenait racine. Pour expliquer cet anonymat, on peut également indiquer que les membres du phalanstère n’attirèrent apparemment pas l’attention de leurs voisins. Ils ne semblent pas avoir essayé de les convaincre de les rejoindre et ne paraissent pas avoir organisé de réunion d’information ou de fête particulière. Au contraire, les Icariens furent connus dans le comté d’Adams non pour leur idéologie (ils n’essayèrent même pas de la diffuser) mais pour leur orchestre et les bals qu’ils organisaient, réunissant les fermiers alentour [23]. L’impact du phalanstère du comté de Mahaska fut ainsi réduit, à la fois du point de vue de l’histoire du mouvement fouriériste aux Etats-Unis, et de celui de l’histoire de l’Etat d’Iowa et du comté lui-même. Ces caractéristiques se combinent pour rendre bien difficiles les efforts de ceux qui désirent retracer l’histoire de ce groupe brièvement installé dans un comté qui ne deviendrait partie intégrante de l’Etat d’Iowa qu’après leur départ.


André J. M. Prévos

André J. M. Prévos

André J. M. Prévos, décédé en mars 2002, était professeur associé d’études françaises à l’université d’Etat de Pennsylvanie (Dunmore). Il faisait partie de l’association d’études fouriéristes depuis 1994. Il a travaillé sur les Français des Etats-Unis, notamment en Iowa. Il avait publié en 1981 « Frenchmen Between two Rivers. A History of the French in Iowa » (PHD de l’université d’Iowa) et il avait collaboré en 2001 à l’ouvrage d’Elliot Robert Barkan, Making it in America. A Sourcebook of Eminent Ethnic Americans. Il avait publié notamment des notices sur Étienne Cabet, Dupont de Nemours, et le musicien Georges Delerue.


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Notes

[1Cet article est publié à la mémoire d’André Prévos, décédé en mars 2002 (voir à ce propos le Cahier Charles Fourier n°14, p. 152). Il reprend la communication que l’auteur avait présentée au colloque « Fourier, fouriérisme et fouriéristes » (Arc-et-Senans, Salins, Besançon, octobre 1993) [NdE].

[2Carl Guarneri, The Utopian Alternative. Fourierism in Nineteenth-Century America, Ithaca-Londres, Cornell University Press, 1991, p. 154.

[3Joseph Frazier Wall, Iowa. A Bicentennial History, New-York, Norton & Company, Nashville, American Association for State and Local History, 1978, p. 30.

[4Ibid., p. 33.

[5“Fourierist Colony in Iowa”, Annals of Iowa, 3rd Series, 17(3), p. 233-236 (janvier 1930).

[6Ibid., p. 236.

[7André J. M. Prévos, “Frenchmen Between Two Rivers : A History of the French in Iowa”, Ph.D. dissertation, Iowa City, The University of Iowa, 1981, p. 109-112.

[8The History of Mahaska County, Iowa, Containing A History of the County, its Cities, Towns, &c, Des Moines, Iowa, Union Historical Company, 1878, p. 671.

[9Ibid., p. 493.

[10Manoah Hedge, Past and Present of Mahaska County Iowa, Together with Biographical Sketches of Many of Its Prominent and Representative Citizens and Illustrious Dead, Chicago, The S.J. Clarke Publishing Co., 1906, p. 83.

[11Id.

[12Carl Guarneri, The Utopian Alternative..., op. cit., p. 408.

[13Manoah Hedge, Past and Present of Mahaska County Iowa..., op. cit., p. 84.

[14André J. M. Prévos, “Frenchmen Between Two Rivers...”, loc. cit., p. 540.

[15Ibid., p. 475 et 477.

[16Manoal Hedge, Past and Present of Mahaska County Iowa..., op. cit., p. 84.

[17André J. M. Prévos, “The Structures of Everyday Life in a French Utopian Settlement in Iowa : The Case of the Icarians of Adams County (1853-1898)”, dans Clarence A. Glasrud, L’Héritage tranquille / The Quiet Heritage, Proceedings from a Conference on the Contributions of the French to the Upper Midwest, Moorhead, MN, Concordia College, 1987, p. 78-91 ; André J. M. Prévos, “Planning and Building the Utopian Village. The Icarian Settlements in Iowa”, dans Giuseppa Saccaro del Buffa et Arthur O. Lewis, dir., Utopia e modernita. Teorie e prassi utopiche nell’etâ moderna e postmoderna, Rome, Italie Gangemi Editore, 1989, II, p. 971-986.

[18Carl Guarneri, The Utopian Alternative..., op. cit., p. 416.

[19Ibid., p. 157

[20. “Fourierist Colony in Iowa”, loc. cit., p. 233-234

[21Carl Guarneri, The Utopian Alternative..., op. cit., p. 161.

[22. André J. M. Prévos, “Frenchmen Between Two Rivers...”, loc. cit., p. 180-223.

[23André J. M. Prévos, “The Structures of Everyday Life”, loc. cit.



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