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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Louis, Louis ou Lucien
Article mis en ligne le 7 juillet 2026

par Desmars, Bernard

Né le 21 mars 1819 à Grandfontaine (alors dans les Vosges, aujourd’hui dans le Bas-Rhin), décédé en novembre 1871 à La Nouvelle-Orléans (États-Unis). Vétérinaire. Participe à l’expérience de Réunion au Texas (États-Unis), puis s’installe à La Nouvelle-Orléans.

Louis Louis est né d’un père serrurier [1]. En 1851, il demeure à Raon-l’Étape (Vosges). Après le coup d’État du 2 décembre, il est poursuivi devant la commission mixte des Vosges. Il est alors célibataire et vétérinaire. On lui reproche d’être un « propagandiste ardent » du socialisme.

L’exercice de sa profession l’appelant souvent dans les campagnes, le sieur Louis profitait de ces occasions pour y répandre les plus funestes doctrines et pour y seconder les coupables tentatives du parti rouge [2].

Il est condamné à un internement dans la Manche où il s’installe à La Haye du Puits [3]. Il est gracié en 1854.

Au Texas

Il rejoint en 1855 la colonie de Réunion, au Texas. Selon Aimée Beuque], qui lui remet une lettre pour son amie Clarisse Vigoureux, « ce sera un homme utile par sa spécialité et dévoué en toutes choses certainement » [4]. À Réunion, il pratique sa profession et travaille à la forge afin de ferrer les animaux ; Auguste Savardan, dans Un naufrage au Texas, le présente comme « un jeune vétérinaire très instruit » [5]. Cependant, la colonie est rapidement divisée ; dans les conflits qui opposent Victor Considerant et Auguste Savardan, Louis est du côté du second : il préconise et finalement réalise très efficacement le marquage au fer rouge des animaux, auquel Victor Considerant s’est d’abord opposé [6].

Quand Allyre Bureau arrive à Réunion pour trouver une solution aux difficultés rencontrées par la colonie, il souffre de problèmes de santé ; selon Savardan, alors que Duthoya, directeur de la colonie depuis le départ de Considerant, n’a rien prévu pour lui, ce sont « nos dignes amis M. et madame Louis » qui lui « préparent un bon lit » [7]. Lors de la dissolution de Réunion, Louis obtient la location de la forge [8].

Il s’installe à Dallas où il est forgeron et vétérinaire. Il est recensé dans cette ville en 1860 avec sa femme et un enfant. Après la guerre de Sécession, il s’installe avec sa famille à La Nouvelle-Orléans, où il est vétérinaire du chemin de fer de Carrolton, sur lequel la traction s’opère par des mulets et des chevaux [9].

Célébrer Fourier à La Nouvelle-Orléans

Il reste fidèle à ses convictions fouriéristes. Le 7 avril 1868, il organise avec sa femme un banquet pour célébrer l’anniversaire de la naissance de Fourier et « rendre un pieux hommage à la mémoire du grand homme » ; selon le compte rendu qui paraît dans La Science sociale, « les convives étaient presque tous des compatriotes plus ou moins éprouvés à l’école de l’exil et du malheur » ; assistent aussi à cette fête un nommé Simon, « rédacteur en chef du journal spiritualiste Le Salut  » et Dalloz, ancien rédacteur La Tribune de la Nouvelle-Orléans  ; on y discute des « grandes questions du présent et de l’avenir ».

La période de l’harmonie dans laquelle l’humanité doit entrer un jour apparaissait à tous les yeux, non comme une vision confuse et vague, mais comme un tableau animé et réel, comme une perspective éclairée par les rayons du soleil levant. L’entrée en garantisme, si bien marquée par les développements du mouvement coopératif, témoigne de l’exactitude de l’analyse sociale faite par Fourier, et de la justesse des conséquences qu’il en avait tirées [10].

Malgré les différends qu’il a eus avec Victor Considerant à Réunion, il semble avoir gardé des liens avec lui, au moins jusqu’au départ du second vers la France, en 1869 ; il lui envoie notamment des journaux [11].

Au même moment, il est en relation avec des milieux vétérinaires français, comme la Société impériale et centrale de médecine vétérinaire à laquelle il adresse « un recueil d’observations cliniques » ; il est appelé Lucien Louis, « vétérinaire à La Nouvelle-Orléans (États-Unis) » [12].

Il organise le dimanche 9 avril 1871 une nouvelle célébration de l’anniversaire de Fourier à son domicile et s’efforce de constituer un groupe chargé de propager la théorie sociétaire. Il est aussi membre du Club républicain, qui rassemble les socialistes francophones de La Nouvelle-Orléans, et qui devient bientôt la section 15 de l’Association Internationale des Travailleurs [13].

Louis et son épouse soutiennent les efforts d’Adolphe Jouanne pour réaliser la Maison rurale d’expérimentation sociétaire de Ry (Seine-Inférieure, aujourd’hui Seine-Maritime), un établissement s’efforçant de mettre en œuvre quelques principes éducatifs fouriéristes : le couple figure sur une liste de souscripteurs pour la somme de 250 francs [14]. Le bulletin fondé par Jouanne annonce la mort de Louis :

Une bien triste nouvelle nous est parvenue. Le Dr Louis de La Nouvelle-Orléans, vient de succomber à une courte maladie, c’est une grande perte pour l’École sociétaire et particulièrement pour le groupe de La Nouvelle-Orléans, dont il était l’un des membres les plus actifs. La Maison rurale de son côté perd l’un de ses coopérateurs les plus dévoués [15].