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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Frincklin (dit Franklin ou Francklin), Edouard
Article mis en ligne le 12 février 2026

par Desmars, Bernard

Né le 5 janvier 1862 à Paris (Seine). Publiciste, fonctionnaire de la Cour des comptes, dramaturge et poète. Auteur d’une poésie, À Fourier, déclamée lors de l’inauguration de la statue de Fourier en juin 1899.

Édouard Franklin [1] est le fils d’Angélique Frincklin, sans profession, et d’un père inconnu [2] ; il demeure au Perreux (alors dans la Seine, aujourd’hui dans le Val-de-Marne) et est « attaché à la Cour des comptes » lors de son mariage en 1890 avec Marie-Louise Joséphine Patureau, la fille d’un officier d’artillerie demeurant dans la Nièvre ; une fille naît au Perreux en 1892. Puis la famille s’installe à Saint-Mandé (alors dans la Seine, aujourd’hui dans le Val-de-Marne) où elle est recensée en 1911.

Parallèlement à son activité à la Cour des comptes, il écrit dans la presse : le quotidien Gil Blas le présente en 1893 comme « notre confrère […] de la Petite République » [3], ce qui est aussi le cas de L’Aurore en 1899 [4]. Il se fait peu à peu connaître comme écrivain, poète et dramaturge. Il fait paraître dans les années 1890 des poésies [5], des nouvelles [6], et au moins une pièce de théâtre en vers, Le Mariage de Corneille [7].

Cérémonies publiques

Il est aussi l’auteur de poésies destinées à être lues lors de cérémonies organisées en hommage à diverses personnes : le dramaturge et critique de théâtre Henry de Lapommeraye [8], la féministe Maria Deraismes [9], Jean Macé [10] et Charles Fourier.

En effet, en juin 1899, a lieu l’inauguration de la statue de Charles Fourier, place de Clichy à Paris ; divers discours y sont prononcés ; puis Georges Voisin lit une poésie due à Édouard Franklin :

À Fourier

Une utopie est un berceau
De ce berceau quand viendra l’heure...
V. Hugo

C’était l’usage à Rome et dans l’antique Grèce
D’élever les héros au rang des demi-dieux
Du peuple salué par des cris d’allégresse,
Leur Temple se dressait sous le ciel radieux.

D’âge en âge transmis jusqu’au siècle où nous sommes,
Le culte du génie en nous est demeuré,
Et nous ornons toujours le tombeau des grands hommes
De la palme de gloire ou du laurier sacré.

S’ils ne sont plus des dieux, comme au temps de Virgile,
Du moins assurons-nous au grand contemporain,
Jaloux d’éterniser ses traits pétris d’argile,
Une survie auguste en le marbre ou l’airain.

C’est pourquoi nous voyons sur la place publique
Revivre parmi nous, par le bronze ennobli,
Ce mort magnifié que Paris revendique
Et que Paris défend contre l’injuste oubli !

Nul mieux que celui-là dont voici la statue
Ne mérite l’honneur que nous lui décernons
Et l’oeuvre du penseur, à jamais perpétue
Ton nom, Fourier ! illustre entre les plus beaux noms !

Bâtissant l’Avenir, tu travaillais sans trêve,
Comme d’autres l’outil, une plume à la main,
Ouvrier de l’Idée, édifiant en rêve
Sur le passé détruit le monde de demain !

Et ton oeil ébloui voyait sortir de terre,
Taillée en plein gratuit et pour l’éternité,
L’idéale cité, l’immense phalanstère
Où d’un sang rajeuni vivra l’humanité !

Où le Prolétariat d’un point crispé de rage,
Sur nos bas appétits, sur nos ambitions
Ne fera plus flotter, dans un ciel lourd d’orage,
Le hideux drapeau noir des Révolutions !

Mais où le laboureur, l’artisan, le poète,
Courbés d’un même effort pour la même moisson,
Aux champs pacifiés, sous le soleil en fête,
Chacun liera sa gerbe en chantant sa chanson.

Généreuse chimère, impossible utopie !
Murmuraient les repus que ton oeuvre troublait.
Le crime d’être apôtre est de ceux qu’on expie,
Et l’égoïsme humain, ô rêveur, t’accablait.

Mais qu’importe à Fourier qu’on bafoue et qu’on nie,
Qu’importe la risée et l’opprobre, et l’affront !
Il meurt : l’Apothéose a vengé son génie !
Le vaincu se relève, une auréole d’un front !

Pour nous, rendus meilleurs, désarmant nos colères,
Ah ! restons, nous ses fils, sans rancune et sans fiel,
Comme un gage de paix entre les hommes frères,
Rangés sous ses couleurs, celles de l’arc-en-ciel. [11]

L’auteur semble absent de la manifestation ; il n’est en tout cas pas mentionné parmi les personnes qui y assistent [12].

À l’écart du mouvement fouriériste

Il est invité à l’anniversaire de la naissance de Fourier, le 7 avril 1900 ; mais il écrit à Adolphe Alhaiza, le dirigeant de l’École sociétaire et de La Rénovation, pour lui expliquer qu’il est « empêché à son grand regret » ; il ajoute : « je n’en serai pas moins de cœur avec vous tous qui fêterez ce soir, réunis en de fraternelles agapes, le nom cher entre tous de notre glorieux Charles Fourier » [13]. On ne lui connaît plus ensuite de relations avec le mouvement fouriériste : on ne le retrouve ni parmi les abonnés à La Rénovation, ni parmi les participants aux banquets du 7 avril.

Il continue dans les premières décennies du XXe siècle son œuvre littéraire, tout en restant à la Cour des comptes [14]. Ses pièces sont jouées sur les scènes les plus prestigieuses : la Comédie française, le théâtre de l’Odéon. Il est fait officier de l’Instruction publique en 1904 [15].

Dans les années 1920, il demeure toujours à Saint-Mandé. Il est membre de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, de la Société des poètes français et de la Société républicaine des conférences populaires [16].

On ignore le lieu et la date de son décès. Il est encore recensé en 1931 à Saint-Mandé et mentionné dans l’Annuaire général des lettres de 1933 ; dix ans plus tard, un article de journal le présente comme « un cher vieux confrère poète, à présent disparu » [17].