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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Renooz, Céline
Article mis en ligne le 12 février 2026

par Desmars, Bernard

Née le 7 janvier 1840 à Liège (Belgique), décédée le 22 février 1928 à Paris (Seine). Conférencière et autrice d’ouvrages. Féministe radicale. Participe à plusieurs manifestations fouriéristes.

Céline Renooz est issue d’une famille aisée vivant à Liège ; le père, notaire, est libre-penseur. Elle épouse en 1859 un ingénieur espagnol, Angel Muro, fils d’un banquier ; le couple a quatre enfants. La famille déménage assez souvent en fonction des emplois de Muro. Mais les deux époux se séparent et Céline Renooz s’installe à Paris vers le milieu des années 1870 ; elle complète son instruction en lisant, en suivant des cours au Collège de France [1], à la Sorbonne et au Muséum d’histoire naturelle [2], et en rencontrant des savants. Elle est aussi en relation avec des féministes et en particulier avec Maria Deraismes [3]. À partir de la fin des années 1870, elle publie les résultats de ses réflexions qu’elle présente aussi lors de conférences ; dans ses travaux sur l’origine de l’espèce humaine, elle prétend réfuter le darwinisme ; elle affirme que les êtres humains ont une origine végétale et qu’ils descendent du haricot dont la forme est semblable à celle de l’embryon. De façon générale, « elle entend rénover entièrement l’édifice scientifique par l’étude personnelle des travaux déjà publiés et réorganiser de manière synthétique l’ensemble des connaissances et des disciplines » [4].

Elle défend contre l’empirisme une méthode de découverte fondée sur l’intuition et pense que les progrès de la science ne pourront se faire que grâce à des « cerveaux neufs, c’est-à-dire non faussés par l’enseignement des erreurs classiques », ce qui d’emblée donne un rôle très grand aux femmes, encore exclues des sciences et des lettres classiques et qui sont les seules à détenir encore ce pouvoir « primitif » de l’intuition [5].

Elle éprouve cependant des difficultés pour présenter ses idées devant des cercles scientifiques et pour publier ses travaux [6]. N’étant pas accueillie dans les périodiques académiques, elle fonde en 1888 la Revue scientifique des femmes qui insère ses propres travaux, mais aussi des articles de femmes ayant des difficultés à obtenir la publication de leurs articles. Cette revue paraît pendant moins d’un an [7]. Céline Renooz fonde en 1890 la Société néosophique et publie une trilogie intitulée La Nouvelle science :

Son projet n’est rien de moins que refaire la science et, en toute simplicité, elle lui donne pour titre la « nouvelle science » ou « néosophie » […] Tout aurait été inventé par les femmes, détourné par les hommes [8].

Son radicalisme, caractérisé par le différentialisme – par exemple dans Psychologie comparée de l’homme et de la femme [9] – et les théories matriarcales, l’isole des féministes modérées [10].

En 1907, elle prend la tête du Groupe français d’études féministes [11]. Elle collabore au périodique Le Féminisme intégral, un organe qui paraît de mars 1913 à juillet 1914 [12]. Elle inspire « un groupe de féministes radicales défendant la supériorité naturelle des femmes », et notamment Lydie Martial [13].

Céline Renooz et le fouriérisme

En 1893, Hippolyte Destrem publie un article sur « le mouvement féministe » ; il déclare y compter « de nombreuses et intimes amies » dont Céline Renooz, aux côtés de Maria Deraismes, Clémence Royer, Virginie Griess-Traut, etc. [14]

Céline Renooz, dans l’un de ses livres, mentionne Fourier, de façon plutôt critique : elle remarque que « les hommes, même les plus savants, ignorent absolument les lois de l’évolution sexuelle du sexe féminin » et « ont fait des théories sur la sexualité féminine qui ne sont que l’application, à l’autre sexe, de leurs propres conditions ».

Voici, par exemple, Fourrier [sic] qui fait une théorie sur « l’amour féminin ». Il invente une loi des sexes, d’après laquelle il voit, dans l’humanité, une échelle ascendante, composée de neuf grands types différenciés par des degrés de spiritualité et de sexualité. Cette différenciation, qui est logique quand on considère les degrés de la sexualité masculine, est absurde appliquée à la sexualité féminine [15].

Elle est plus élogieuse pour les saint-simoniens qui sont « les féministes les plus militants et les plus sincères que les temps modernes aient connus » avec la place qu’ils accordent à la « femme-messie » [16]. Son approche du fouriérisme et de ses rapports avec le saint-simonisme paraît plus grossière :

ce magnifique mouvement [saint-simonien] de réveil féministe dût subir la persécution, comme la subissent tous les grands mouvements de la pensée […]. Mais leur mouvement ne périt pas. Fourier le reprit, dans La Phalange, et il se fondit dans le fouriérisme qui le modifia, le masculinisa et en fit le « socialisme » [17].

On la retrouve cependant en avril 1912 lors de la célébration de l’anniversaire de la naissance de Fourier : elle est présente à la fois au cimetière Montmartre devant sa tombe, puis lors du banquet qui suit [18]. Elle est encore présente lors d’une réunion qui a pour but de constituer l’Union sociétaire, un nouvelle association fouriériste créée en 1914 par Maurice Lansac [19]. Lors de ces différentes manifestations, on ne lui connaît pas de prise de parole concernant Fourier et la théorie sociétaire.

Pacifisme et Histoire de la pensée humaine

Une nouvelle association féministe, l’Action des femmes naît en juillet 1915 ; Céline Renooz est « le maître à penser du groupe » qui a pour programme « l’intégralité des droits politiques et civils, et l’égalité dans le travail » [20]. L’action des femmes « participe d’abord à l’engouement patriotique des féministes […] Mais en 1917, le ton change et se fait plus pacifiste » [21]. Céline Renooz elle-même publie une brochure dans laquelle elle indique ce que devrait être le futur traité de paix, qui doit s’inspirer de « toutes les justes revendications qui ont empli le XIXe- siècle : celle des Socialistes, des Féministes, des Pacifistes, des Internationalistes, des Antimilitaristes, des Libres-Penseurs et des savants libres [22] ». Elle devient la présidente d’honneur de l’Action des femmes en 1918.

Dans une brochure datant des années 1920, elle revient rapidement et un peu plus favorablement sur le fouriérisme :

Quand au commencement du XIXe- siècle, on a commencé à formuler des théories socialistes, elles étaient toutes basées sur le sexualisme, c’est-à-dire qu’elles partaient de ce point de vue que la rénovation sociale ne se fera qu’en changeant les relations de l’homme et de la femme. C’est le point de départ du Saint-Simonisme ; c’était aussi un des points fondamentaux de la doctrine de Fourrier [sic] [23].

Elle entreprend la rédaction et la publication en six volumes d’une « histoire de la pensée humaine et de l’évolution morale de l’humanité à travers les âges », qui va de l’Antiquité aux temps modernes, et dont le dernier volume paraît après sa mort [24].

Entourée d’un petit groupe de disciples jusqu’à sa mort, elle est ensuite rapidement oubliée [25].


Aphorisme du jour :
Les sectes suffisent à elles seules à guider la politique humaine dans le labyrinthe des passions
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