Né le 11 novembre 1811 à Paris (Seine), décédé le 7 décembre 1890 à Neuilly (alors dans le département de la Seine, aujourd’hui dans les Hauts-de-Seine). Sculpteur, inspecteur de dessin de la Ville de Paris. Abonné à La Démocratie pacifique, auteur d’un buste de Fourier.
Auguste Ottin est le fils d’un tourneur sur cuivre ; reçu à l’École des Beaux-Arts en 1825 – il a alors 14 ans – il est l’élève de David d’Angers, mais est aussi influencé par Horace Lecoq de Boisbaudran.
Il participe à la révolution de juillet 1830. Il se marie en 1835 avec Suzanne Élisabeth Arsandaux.
Auguste Ottin, sculpteur (atelier Nadar)
Un garçon naît en octobre 1836, Léon Auguste, futur artiste peintre [1].
Séjour en Italie et adhésion au fouriérisme
Cette même année, Auguste Ottin remporte le premier prix de Rome ; il séjourne à la villa Médicis de 1836 à 1840. Ses œuvres sont régulièrement exposées au Salon dans les années 1840 – par exemple, en 1842, un buste en marbre du comte Chaptal et un buste en bronze du peintre Ingres [2] – et commentées dans La Démocratie pacifique : Désiré Laverdant signale en 1844 son Ecce Homo [3] ; Charles Brunier présente en 1846 son Chasseur indien surpris par un boa [4] ainsi que sa Mater amabilis, « traitée avec beaucoup de délicatesse » ; selon le même rédacteur, « M. Ottin a fait de grands progrès depuis l’Hercule qu’il a envoyé de Rome. L’exposition de cette année lui assigne un rang distingué parmi nos sculpteurs » [5]. Après ce Salon de 1846, le roi Louis-Philippe accorde à Ottin une médaille d’or de première classe et lui commande une reproduction en marbre du groupe de Mater abilis, que cet artiste avait exposé cette année » [6].
On ne sait quand il s’est rallié aux idées phalanstériennes : peut-être dès le début des années 1830 quand, à l’École des Beaux-Arts, il côtoie Horace Lecoq de Boisbaudran [7] ; ou au milieu de la décennie, quand il commence à fréquenter l’atelier de Célestin Nanteuil, lui-même fouriériste, où il rencontre le peintre Louis Français, qui adhère aussi à la théorie sociétaire [8]. Antony Méray écrit en 1850 que « depuis quinze ans il vit avec nous [les disciples de Fourier] dans l’espérance des temps nouveaux » [9]) ; ou lors de son séjour à Rome, où il est en relation avec les peintres Auguste Bouquet et Dominique Papety, et le musicien Louis-Désiré Besozzi : au lendemain de la mort du premier, François Sabatier écrit à la rédaction de La Démocratie pacifique depuis Florence :
C’est à lui [Bouquet] en partie que vous devez Papety. Plusieurs de ceux qui vous sont venus de Rome, Ottin, Farochon, savent que lui et Besozzi furent les premiers à nous dire : « Prenez et lisez ! » [10]
Ottin est de retour en France en 1841. Il s’abonne à La Démocratie pacifique dès août 1843, quand commence la publication du quotidien fouriériste [11].
Le buste de Fourier
Il sculpte plusieurs statues à Paris et en province. Il envoie au Salon de 1847 un buste de Fourier en marbre, qui est refusé, mais que La Démocratie pacifique décrit de façon élogieuse :
Il y a dans cette œuvre des qualités d’exécution telles que, même en faisant la part de l’ignorance du jury, on est obligé de chercher une cause toute spéciale à l’exclusion dont elle a été frappée. Tous ceux qui ont connu Fourier admirent la ressemblance de ce buste, exécuté sans autre secours qu’un portrait peint par M. Gigoux et un masque moulé sur nature, mais dans lequel les traits étaient déjà contractés par la mort. Ne serait-ce pas précisément cette exacte ressemblance qui aurait fait refuser ce buste ? Les œuvres présentées au jury ne peuvent être refusées que comme mal exécutées ou immorales ; or, M. Ottin a fait ses preuves, et ce buste en particulier est d’une exécution irréprochable. – Il faut donc que le sujet ait paru immoral ; le portrait de Fourier ne doit pas être exposé aux regards du public, ce serait un spectacle séditieux et capable d’inspirer le mépris de l’ordre et de la paix [12].
Théophile Gautier exprime également son désaccord avec le refus de l’œuvre du sculpteur :
Le jury a refusé à M. Ottin un buste de Fourier d’une grande ressemblance, d’un beau caractère et d’une exécution savante ; — on n’ose chercher les motifs d’une pareille exclusion, ils sont par trop honteux ou par trop ridicules. Avait-on peur que cette austère tête de marbre convertît en phalanstère les galeries du Louvre ? [13]
L’œuvre est présentée lors du banquet parisien organisé le 7 avril 1847 pour célébrer l’anniversaire de Charles Fourier ; c’est la première fois que la manifestation accueille de « gracieux enfants des deux sexes, couronnés de fleurs » ; « placés à la table d’honneur, ils ont inauguré le buste de Fourier, dressé au milieu de leur groupe joyeux » [14]. Ce même buste est présent dans les mois et les années suivantes lors de différentes manifestations fouriéristes : au « banquet des ouvriers phalanstériens » à Paris, toujours en avril 1847, il est placé « sur un haut piédestal » et « orné de guirlandes de couronnes impériales et de violettes » [15] ; il est également présent au banquet organisé le 9 avril 1849 à l’île Maurice :
derrière le fauteuil du président, le buste de Fourier, par Ottin, récemment reçu de France, était placé sur un piédestal élevé ; il dominait la salle entière et attirait tous les regards [16].
En 1847, la Librairie sociétaire inscrit à son catalogue, à côté des ouvrages sur la théorie sociétaire, des portraits de Fourier et d’une représentation du phalanstère par Jules Arnout, un buste en plâtre de Fourier réalisé par Auguste Ottin ; il existe en deux versions, « grandeur naturelle » au prix de 12 francs, et en « réduction », pour 4 francs [17]. Une copie est placée sur la tombe de Fourier, au cimetière de Montmartre [18].
Avec les peintres Dominique Papety et Auguste Bouquet, Auguste Ottin participe à la décoration du palais Renai à Florence, dont François Sabatier est le propriétaire. Il réalise une cheminée monumentale incluant le buste de Fourier, que La Démocratie pacifique présente longuement dès octobre 1847 [19], qui est achevée et exposée dans son atelier en mai 1850 [20] et qui est montrée au Salon de 1851 [21].
La Deuxième République
Après la révolution de février 1848, il participe à l’École des Beaux-Arts à des réunions de la section de sculpture, afin d’élaborer « des projets d’organisation artistique » ; il fait partie de la commission désignée pour réaliser ce travail.
Membre de la Garde nationale – il a le grade de capitaine –, il participe à la répression de l’insurrection de juin 1848. Mais début juillet, il est accusé d’avoir donné des cartouches à des insurgés le 23 juin [22]. Malgré les pétitions signées par des hommes et des officiers de la Garde nationale, il reste en prison près de trois mois. Il est traduit le 23 septembre 1848 devant le premier Conseil de guerre pour « avoir refusé de faire charger les armes de sa compagnie et de marcher contre les barricades élevées sur le pont Saint-Michel » ; Victor Considerant, appelé à témoigner, « donne les meilleurs renseignements sur la moralité et les opinions pacifiques du prévenu ». Ottin est finalement acquitté [23]. Selon le compte rendu de l’audience paru dans Le Constitutionnel,
Ottin est un homme de haute taille, le visage couvert d’une barbe noire, portant des cheveux de la même couleur ; il est vêtu très proprement d’une redingote noire ; sa tenue est convenable [24].
L’École sociétaire organise en octobre 1848 un congrès phalanstérien réunissant des Parisiens – dont Auguste Ottin – ainsi que des délégués venant des départements [25]. Les participants créent une « commission de réalisation » qui se réunit neuf fois, de novembre 1848 à mars 1849 ; Auguste Ottin assiste aux six dernières séances pendant lesquelles on discute d’un essai sociétaire ; mais ces réflexions n’aboutissent pas à des résultats concrets [26].
Jean Journet fonde en 1849 l’Association expérimentale – Société de la fraternité active, qui a pour but l’installation d’un « essaim d’homme dévoués, germe d’une future phalange harmonienne » [27] ; Auguste Ottin fait partie, avec ses amis Eugène Pottier et Louis-Désiré Besozzi, des souscripteurs dont la liste est publiée lors de la seconde édition des statuts en 1850 [28].
Sculpture et enseignement du dessin
Sous le Second Empire, il reste à distance de l’engagement politique, et aussi de l’École sociétaire : on ne le voit pas participer aux banquets fouriéristes de la seconde moitié des années 1860, ni prendre des actions de la société exploitant la Librairie des sciences sociales, même si son nom figure dans un répertoire d’adresses élaboré pendant la période impériale [29]. Peut-être cependant fréquente-t-il le ménage sociétaire de Condé-sur-Vesgre ? Le 5 juin 1870, Alphonse Morellet, président du syndicat de la colonie, lit un rapport sur l’histoire du lieu ; il y indique que le terrain situé devant le bâtiment principal a été transformé en jardin anglais « d’après le plan de M. Ottin » [30].
Il continue son activité de sculpteur ; il réalise de nouvelles statues, dont le groupe de Polyphème, Acis et Galatée installé au jardin du Luxembourg en 1863, mais aussi des sculptures pour des édifices religieux, des œuvres pour la Bourse et, le Grand Hôtel de Marseille [31] ; il est également l’auteur d’une statue de Napoléon III [32]. Il expose régulièrement au Salon et obtient la Légion d’honneur en 1867.
Il s’intéresse de plus en plus à l’enseignement de la sculpture et du dessin ; il élabore une nouvelle méthode d’apprentissage de la sculpture et du dessin, qu’il expose une première fois en 1864 [33], puis qu’il développe dans un second ouvrage publié en 1868 [34] ; il y explique que « la pratique du dessin est […] presque aussi essentielle que celle de l’écriture » ; mais elle est peu enseignée alors qu’elle peut être utile dans de nombreuses occasions ; aussi son livre, plusieurs fois réédité [35], répond-il « à ce besoin en apprenant à se rendre compte de ce qu’on voit ou de ce qu’on veut figurer, et en donnant facilement le moyen de l’exprimer par le dessin » [36]. Il soumet cette méthode au ministère de l’Instruction publique, qui, après une expérimentation dans une école de Saint-Denis et la consultation du directeur de l’École impériale des Beaux-Arts, émet en 1869 un avis favorable à son emploi. Il reçoit une médaille de la Société pour l’instruction élémentaire [37]. Il participe en 1869 à un congrès international organisé par l’Union centrale lors de l’Exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie, et y présente sa méthode d’enseignement du dessin [38]. Il annonce en octobre de la même année l’ouverture d’un cours de dessin et de sculpture. Il est nommé inspecteur de l’enseignement du dessin dans les écoles de la Ville de Paris.
En 1870, il publie une brochure dans laquelle il critique l’organisation des expositions, la distribution des récompenses et le système des commandes publiques, l’arbitraire et la faveur y ayant beaucoup trop de place. Il demande que les artistes eux-mêmes forment une association assez puissante pour s’affirmer face à l’administration, et qu’ils jouent un rôle plus important dans la sélection des œuvres exposées ou faisant l’objet d’une commande [39].
Engagé dans la Commune et dans le mouvement ouvrier
Au début de la guerre franco-allemande, il fait partie d’une commission « instituée au Louvre pour la surveillance des objets d’art de toute espèce et principalement des tableaux et statues » [40]. Pendant le siège, lui et sa femme mettent leur domicile à la disposition du d’un chirurgien-major de la garde nationale pour y installer une ambulance [41].
Pendant la Commune de Paris, il fait partie du comité de la Fédération des artistes ; il est également l’un des membres de la commission fédérale des artistes élus [42] ; il siège dans la sous-commission des musées ; il est plus spécialement chargé de l’administration du musée de Sèvres. Après la Semaine sanglante, Charles Blanc, directeur des Beaux-Arts, adresse un rapport au ministre de l’Instruction publique, soulignant que le musée de Sèvres a évité les dégradations grâce à Ottin et à son ancien élève, le sculpteur Hippolyte Moulin [43]. Auguste Ottin échappe à la répression ; lui et sa femme cachent à leur domicile pendant plusieurs semaines le communard Benoît Malon [44] ; puis, en lui prêtant le passeport de leur fils, ils l’accompagnent en Suisse [45]. Ottin et Malon discutent du socialisme et en particulier de la théorie sociétaire : le second, dans son Exposé des écoles socialistes publié en 1872, présente le fouriérisme en s’appuyant sur des textes de Charles Fourier, Victor Considerant, Hippolyte Renaud et Jean-Baptiste Godin, mais aussi sur les discussions qu’il a eus avec Ottin, en particulier sur l’éducation [46].
Ottin envisage lui-même de s’installer en Suisse ; c’est ce qu’il indique dans une lettre adressée à Jean-Baptiste Godin :
Ruiné et las de mon pauvre pays, je tente de me fixer sur une terre plus libre et chez des gens moins aveugles qu’on ne l’est chez nous [47].
Il séjourne dans plusieurs villes suisses ; en mars 1872, il présente devant la Société des arts de Lausanne sa « nouvelle méthode de dessin par laquelle le professeur s’attache à former l’œil de l’élève plutôt que sa main, c’est-à-dire qu’il l’habitue à voir les lignes, les angles et les ombres, et à les juger avant que de les reproduire » [48]. Il fait aussi à des instituteurs un « cours normal sur la demande du directeur de l’Instruction publique » du canton de Fribourg [49]. Il pense s’installer à Genève, « si on veut introduire [s]a méthode dans l’enseignement primaire et [lui] laisser la direction de cet [sic] partie de l’enseignement » ; il envisage même la création avec quelques amis d’une « maison d’éducation intégrale » accueillant surtout des enfants de la bourgeoisie – mais « admettant toutefois autant d’enfants de la classe prolétaire que nous le pourrons » – projet qui constituerait « une occupation utile à l’amélioration sociale » ; les plans du bâtiment et le programme d’études sont en cours d’élaboration ; mais dès qu’ils seront terminés, Ottin pense les soumettre à Godin afin qu’il prodigue ses « conseils précieux puisqu[‘il est] assez heureux pour être déjà sur la brèche » [50]. Ensuite un prospectus devrait être « lancé et envoyé dans tous les pays ». Par ailleurs, ajoute-t-il, il lit Solutions sociales (1871) de Godin « avec intérêt » ;
Mille choses sont excellentes dans votre livre et j’en fais mon profit. J’ai l’intention cet hiver de faire des lectures de vos études sociales. J’ai d’ailleurs commencé une exposition du système que nous révérrons [sic] et je vous demande la permission de vous voler tout ce que je pourrai, mais en vous volant, je vous assure que je dirai où j’ai volé et je tâcherai même de trouver des imitateurs [51].
Finalement, au cours du printemps 1872, Auguste Ottin quitte la Suisse et se réinstalle à Paris avec sa famille. Il est à l’initiative en mai de la fondation du Cercle de l’Union syndicale ouvrière ; pour Ottin, il s’agit d’abord de former une école de dessin à laquelle les syndicats participant au projet enverraient des apprentis ; mais au fil des discussions, le projet s’élargit à l’enseignement professionnel et à des cours du soir ; et il s’inscrit dans une perspective coopérative, visant l’émancipation des ouvriers par eux-mêmes. Mais les autorités considèrent que cette organisation ouvrière – le Cercle – qui regroupe plusieurs métiers, constitue une menace pour l’ordre public, même si ses statuts prévoient que les discussions politiques et religieuses y sont interdites ; le préfet de police et le ministre de l’Intérieur rencontrent plusieurs responsables, dont Ottin, et, tout en reconnaissant qu’il n’y a pour le moment rien à leur reprocher, ils interdisent toute nouvelle réunion [52] ; le projet d’école est donc abandonné à l’automne 1872 [53].
Puis, Auguste Ottin organise en octobre 1872 une réunion qui a pour but de « fonder une école laïque dans le 18e arrondissement » afin de « soustraire les enfants à l’influence des congréganistes » et « de leur donner une éducation plus conforme à la civilisation » ; il fait partie de la commission chargée de poursuivre le projet [54].
Une élection municipale partielle a lieu fin 1872 ; Ottin s’y présente avec le soutien d’un comité radical [55] ; dans sa profession de foi, il insiste sur l’éducation laïque, gratuite et obligatoire, milite pour une transformation de l’assistance publique, une réorganisation de l’octroi et une décentralisation administrative, et se prononce pour le mandat impératif [56] ; il est éliminé dès le premier tour avec un peu plus d’une centaine de voix, tandis que le candidat arrivé en tête en a environ 700 [57].
Il est l’un des signataires d’un appel « aux artistes industriels » et membre d’une commission composée de représentant des sculpteurs, des peintres, des graveurs et des dessinateurs, chargée de préparer l’envoi de délégués à l’Exposition universelle de Vienne qui se déroule en 1873 [58]. Il est lui-même l’un de ces délégués. Au retour, il participe à la rédaction du rapport général en s’occupant de la partie sur l’enseignement [59].
Puis, on le retrouve à l’initiative de la « Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs, graveurs, etc. », fondée fin décembre 1873, dont le siège se situe à son domicile et qui a pour but « l’organisation d’expositions libres, sans jury, ni récompenses honorifiques, où chacun des associés pourra exposer ses œuvres » ; les artistes peuvent aussi, lors de la manifestation, vendre leurs œuvres ; enfin la société envisage la publication d’un « journal exclusivement relatif aux arts ». Ottin est l’un des trois membres du conseil de surveillance (avec les peintres Édouard Béliard et Auguste Renoir). Une exposition est organisée au printemps 1874 dans l’ancien atelier de Nadar, boulevard des Capucines ; elle réunit des œuvres de Cézanne, Degas, Monet, Pissarro et Renoir mais aussi d’Auguste Ottin ainsi que de son fils Léon, aquarelliste et peintre vitrier [60]. Victor Considerant écrit à Auguste Ottin pour adhérer à la société – sans doute pour exposer des œuvres de Julie Considerant. Mais Auguste Ottin répond que l’exposition étant déjà ouverte lors de la réception de ce courrier, la société ne reçoit plus d’adhésion pour le moment ; mais il laisse Considerant espérer qu’il pourra être admis plus tard [61]. Cette exposition, bientôt connue comme « l’exposition des impressionnistes » – Auguste Ottin y est le seul sculpteur – n’est pas renouvelée dans les années suivantes et la « Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs, graveurs, etc. » disparaît.
Il participe en 1875 aux activités de la Société des Amis de la Paix, aux côtés de Charles Limousin, Achille Mercier, Emmanuel Asarta et Auguste Desmoulins [62].
Son nom réapparaît brièvement dans la documentation fouriériste en 1878 : Étienne Barat, partisan d’un essai sociétaire, crée un « comité Association agricole » dont la première réunion a lieu le 25 avril 1878 à la Librairie des sciences sociales ; Ottin y est attendu, mais il est finalement absent. Ce comité disparaît rapidement [63]. On ne lui connaît pas d’autres contacts avec ce qui reste du mouvement sociétaire. Toutefois, il reste en relation avec François Cantagrel : il assiste au mariage de son fils Simon Cantagrel, en 1884 [64], et expose un buste en marbre de François Cantagrel au Salon en 1886 [65].
Il se consacre principalement à l’enseignement du dessin ; il est l’auteur d’un rapport sur cette question à l’occasion de l’Exposition universelle qui s’est tenue à Paris en 1878 [66]. Sa Méthode élémentaire du dessin est rééditée plusieurs fois à partir de 1879 [67]. Il propage ses principes éducatifs dans les écoles de la Ville de Paris, avec apparemment un certain succès [68]. Il reçoit lors de l’Exposition des sciences appliquées à l’industrie qui se tient à Paris en 1879 une médaille de bronze pour un texte sur l’éducation de la vue [69] ; en juin 1882, L’Intransigeant signale la publication d’une « notice très intéressante sur ce que doit être l’enseignement primaire du dessin » [70]. Dans un article publié dans La Revue socialiste, fondée et dirigée par son ami Benoît Malon, il élargit sa réflexion à l’ensemble de l’enseignement avec un article sur « l’éducation rationnelle » ; il y écrit que le but de l’éducation est de « mettre l’enfance en mesure de choisir une carrière en harmonie avec ses aptitudes innées » ; et c’est « par l’attrait qu’il faut amener l’enfant à la science » [71] ; Ottin se réfère à Rousseau, à Pestalozzi, mais surtout à Fourier [72].
Il reste dans les années 1880 en relation avec Jean-Baptiste Godin à qui il demande d’envoyer une aide financière pour un ami au milieu de la décennie [73].
Sans doute sa production de sculpteur se ralentit-elle – il a 70 ans en 1881. Il est cependant l’auteur de l’une des trois statues placées dans l’été 1883 dans les niches vides du rez-de-chaussée de la grande cour du Louvre, façade nord ; il s’agit de La Campagne se déshabillant devant Apelle, par ordre d’Alexandre [74]. Il présente au salon de 1885 « un bas-relief immense et prolixe intitulé : Marche triomphale de la République » [75].
En 1888, il souhaite rencontrer le général Boulanger dont la popularité inquiète les républicains ; il lui rend visite, « cause[e] avec lui de questions d’art » ; le 1er janvier 1889, il lui envoie sa carte de visite avec quelques mots ; cette carte est retrouvée quelques mois plus tard par la police dans les affaires que Boulanger a laissées à Paris quand il s’est enfui à Bruxelles. Pour Ange Laisant, lui-même boulangiste, cette carte témoigne simplement de la politesse du sculpteur ; « agir autrement eût été le fait d’un goujat » [76]. Mais cette découverte vaut au sculpteur, soupçonné de sympathie boulangiste, sa révocation en octobre 1889 du poste d’inspecteur de dessin des écoles de la Ville de Paris, et donc la perte de sa principale source de revenu, soit, selon Benoît Malon, un « irréparable et mortel désastre » ; l’épouse d’Ottin ne peut, toujours selon Malon, « supporter un tel déni de justice », et meurt en avril 1890 ; lui-même entre peu après à la maison de retraite Galignani, à Neuilly, ouverte l’année précédente ; il y est accueilli grâce à un don de 10 000 francs de François Sabatier [77].
Au lendemain de sa mort, de nombreuses nécrologies paraissent dans la presse, commençant souvent par déclarer que l’homme, alors peu connu, a bénéficié d’une grande notoriété sous la monarchie de Juillet et a été l’auteur d’œuvres importantes sous le Second Empire. L’Intransigeant ajoute qu’Ottin « était l’un des derniers phalanstériens » [78] ; cependant, il n’a pas participé aux banquets fouriéristes encore célébrés au début des années 1880, ni à la tentative de réorganisation de l’École sociétaire par Hippolyte Destrem dans la deuxième partie de la décennie.
Le moulage du visage de Fourier est utilisé, avec le portrait réalisé par Gigoux par le sculpteur Émile Derré pour réaliser la statue de Fourier inaugurée en 1899 [79].
Index :
Lieux : Paris, Seine ; Rome (alors dans les États pontificaux, auj. en Italie) ; Genève, Suisse
Notions : Art – Artistes – Sculpture – Dessin – Enseignement – Education populaire – Education sociétaire – Coopération -
Personne : Ottin, Auguste (Louis Marie)