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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Cros, (Étienne) Pascal
Article mis en ligne le 1er mars 2025

par Desmars, Bernard

Né à Saint-Pons (Hérault) ; domicilié à Blois (Loir-et-Cher) des années 1840 aux années 1880. Successivement ouvrier, mécanicien et commerçant. Membre d’une société démocrate-socialiste pendant la Deuxième République. Libre penseur. Abonné à La Science sociale et au Bulletin du mouvement social. Co-auteur d’un projet de réalisation phalanstérienne en 1884.

Pascal Cros est le fils de cultivateurs [1]. Né dans l’Hérault, on le retrouve à la fin des années 1840 dans le Loir-et-Cher ; il y exerce la profession de mécanicien.

Socialiste pendant la Deuxième République

Il s’engage du côté démocrate-socialiste sous la Deuxième République sans qu’on puisse déterminer l’école socialiste à laquelle il appartient. Lors d’un voyage du président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, il aurait incité un garde-barrière « à retirer un rail sur la voie [du] chemin de fer près de la Loire afin d’y précipiter le train qui transportait le Président et sa suite » [2]. Son activité militante lui vaut fin 1849 une perquisition à son domicile [3] ; il est inculpé peu après pour avoir appartenu à une association déclarée comme un cercle littéraire, mais dissimulant des activités politiques ; il est traduit en novembre 1850 devant la cour d’assises de Blois avec plusieurs co-accusés ; tous sont acquittés [4]. Dans l’été 1851, la police craint la préparation d’un mouvement insurrectionnel pour 1852, année où doivent se dérouler des élections législatives et l’élection d’un nouveau président de la République. Pascal Cros serait lié à ce projet [5].

Le 7 décembre 1851, aux lendemains du coup d’État décidé par Louis Napoléon Bonaparte, la police observe que des individus venant de la campagne se rendent chez Pascal Cros, afin, pense-t-elle, de déclencher un soulèvement ; une visite domiciliaire permet de trouver le portrait de « terroristes de 1793 et de montagnards de 1849 » [6]. Cros est arrêté comme l’un des « meneurs et agents de la faction socialiste » [7]. La commission mixte de Loir-et-Cher le présente ainsi :

chef de sociétés secrètes. Homme sanguinaire. Dangereux par son énergie et son influence, sobre, infatigable, ayant mérité dans son parti l’épithète de Vigoureux. Influent dans les campagnes. Passait pour l’inventeur d’une guillotine pouvant couper 10 têtes à la fois.

Correspondant des réfugiés à Londres et distributeur dans le département des bulletins du Comité de Résistance. Connaissant et ayant répandu parmi les anarchistes la recette nouvelle pour faire de la poudre [8].

La commission mixte du Loir-et-Cher prononce d’abord sa déportation à Cayenne ; mais cette décision est modifiée et il est envoyé à Alger [9]. En 1855, il se marie à El Biar, la section rurale de la commune d’Alger, avec Marie Bonvalet, également originaire du Loir-et-Cher, veuve d’un domestique décédé à Blois en 1838. Le couple vit encore en Algérie quand Pascal Cros dépose le 4 août 1859 à la préfecture d’Alger une demande de brevet d’invention pour un « crible combiné pour cribler les céréales, sables, mortiers, et tamiser les ciments, plâtres, etc. », ou « pour le nettoyage des céréales et autres » ; il est alors « fabricant d’instruments aratoires » [10]. Un an plus tard, il est à Marseille où il dépose une autre demande de brevet « pour un torréfacteur mécanique à travail continu, pour torréfier le café, le cacao et autres substances torréfiables » ; il se présente comme un mécanicien [11].

On le retrouve avec son épouse à la fin des années 1860 à Blois. Il apparaît dans l’Annuaire de Loir-et-Cher pour 1869 – il est absent dans les annuaires des années précédentes – parmi les commerçants en tant que marchand de « café naturel » [12]. On le retrouve dans les annuaires des années suivantes, soit comme marchand de café, soit comme épicier, mais toujours rue des Trois-Clefs, au centre de Blois. Son épouse décède en 1881.

Libre pensée et fouriérisme

Pascal Cros s’abonne en 1869 à La Science sociale, le périodique fouriériste fondé deux ans plus tôt ; il commande à la Librairie des sciences sociales un livre de Toussenel [13]. Fin 1872, un nouvel organe sociétaire paraît : le Bulletin du mouvement social  ; Cros prend deux abonnements, l’un pour lui, l’autre pour Pierre Denis Pasnon, un vigneron demeurant à Villebarou, à proximité de Blois [14]. Il assiste aux obsèques civiles du même Pasnon en 1876 ; selon un journal local conservateur, il y représente « la démocratie de Blois », dont il est le « vénérable pontife » ; il y fait un discours libre-penseur [15].

Pascal Cros est un proche d’Edmond Bourdain, un fouriériste qui s’efforce de propager la théorie sociétaire sous la Troisième République. Tous les deux font partie d’un « groupe phalanstérien de Blois » sur lequel on n’a guère d’informations ; au nom de ce groupe, ils rédigent un « projet pour arriver à la création d’un phalanstère », publié dans la Revue du mouvement social, un périodique dirigé par Charles-Mathieu Limousin ; les deux hommes proposent que les disciples « les plus fervents » apportent chacun 500 francs à un fonds qui serait investi dans différentes activités productives ; les profits qui en résulteraient seraient eux-mêmes réinvestis, jusqu’à former un capital suffisant « pour préparer l’édification de notre phalanstère » ; dix années devraient suffire à rassembler cette somme [16]. Ce projet ne semble pas avoir eu de prolongement.

Cette même année 1884, Pascal Cros est encore présent dans l’Annuaire général de Loir-et-Cher ; il en disparaît l’année suivante. Et l’on n’a plus d’informations sur lui, ni dans la presse, ni dans l’état civil de Blois.