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Bernard Desmars  |  mise en ligne : février 2022

Derriey, Louis Adolphe


Né à Dole (Jura) le 10 septembre 1803. Chirurgien aide-major, puis propriétaire, maire d’Archelange, président de la Société d’agriculture de Dole, élu député à l’Assemblée législative en 1849. Membre de l’Union harmonienne. Contribue à la création de L’Écho du Jura, d’orientation fouriériste.


Louis Adolphe Derriey est le fils d’un médecin exerçant à Dole [1]. Lui-même, dans les années 1820 est « chirurgien sous-aide major » ; en 1829, il est à l’hôpital militaire de Maubeuge [2]. L’année suivante, il participe à l’expédition d’Alger [3]. Il est chirurgien aide-major en garnison à Poitiers, lorsqu’il se marie en 1832 avec Anne Stéphanie Catineau, la fille d’un imprimeur-libraire décédé deux ans plus tôt, et la sœur du fouriériste Pierre-Henri Catineau, officier d’artillerie.

Vers le milieu des années 1830, il se met en disponibilité de l’armée [4]. Il s’installe à Archelange (Jura) avec son épouse, qui décède en septembre 1836. Il est reçu membre de la Société d’émulation du Jura. Sans doute exerce-t-il la médecine ; il se présente parfois comme « médecin agriculteur » [5] et il publie en 1838, sous le pseudonyme d’Ad. Faust, un travail sur le suicide [6]. Mais il semble se consacrer principalement à l’agriculture. Exploitant un domaine à Archelange, il participe à la fondation de la Société d’agriculture de Dole, dont il assure le secrétariat [7], puis la présidence pendant de nombreuses années ; il rédige de nombreux articles pour la revue de cette société. Il enseigne l’agriculture à l’école gratuite appliquée aux arts, métiers et beaux-arts de Dole à partir de 1842 [8] ; il fait un cours d’une heure chaque dimanche matin [9]. En 1848, il s’intéresse au projet de création d’une ferme-école dans le département du Jura, projet pour lequel il recherche un domaine qu’il propose au conseil général du Jura [10].

Il est élu au conseil municipal d’Archelange, puis nommé maire en 1839 [11]. La même année, plusieurs fouriéristes jurassiens créent L’Écho du Jura, un organe qui paraît « sous les auspices de nos frères et amis Reverchon, Derriey, Cretin, Javel, Godin et Gagneur », écrit la direction du Nouveau Monde, qui ajoute : « leur guide, c’est Fourier ; leur but c’est la fondation du phalanstère » [12]. La sensibilité nettement fouriériste des débuts s’estompe peu à peu au fil des années [13]. Derriey figure sur la liste des correspondants jurassiens de l’Union harmonienne dans l’Almanach social pour 1840, édité par le groupe fouriériste du Nouveau Monde.

En 1841, il se remarie, avec Charlotte Lucile Baulard de Feur, fille d’un ancien colonel de cavalerie et veuve de son frère Gustave Derriey, lui-même ancien officier de cavalerie. L’un de ses témoins est son condisciple Joseph Reverchon, également membre de l’Union harmonienne. Il cesse ses fonctions municipales fin 1843 [14].

Il est membre des Sociétés d’émulation du Jura et du Doubs, ainsi que de la loge doloise, le Val-d’Amour, dont il est vénérable à la fin de monarchie de Juillet. Dans plusieurs articles parus dans la Revue maçonnique de 1846 à 1848, il critique l’évolution récente de la franc-maçonnerie, dans laquelle « la forme [a] fini par l’emporter sur le fond […], les accessoires étant devenus l’objet principal », ceci amenant « cette opinion déplorable que la franc-maçonnerie [est] devenue une œuvre sans puissance et par conséquent inutile ». Aussi, souhaite-t-il une rénovation de la franc-maçonnerie [15].

Il est candidat lors des élections de l’assemblée constituante en avril 1848 ; mais il n’arrive qu’en 18e position avec moins de 12 000 voix, tandis que le huitième et dernier élu du département obtient plus de 30 000 voix [16].

En mai 1849, il est élu à l’Assemblée législative pour représenter le Jura. Il est qualifié de « médecin agriculteur » [17]. Le répertoire biographique publié peu après l’élection le présente ainsi :

Derriey, élu le cinquième par 45 463 voix. Propriétaire, président du comice agricole de Dole ; il s’est beaucoup occupé de politique depuis la révolution de Février ; il a puissamment contribué à la propagation des doctrines socialistes dans le Jura ; il appartient à l’école phalanstérienne [18].

Au lendemain du coup d’État du 2 décembre 1851, il signe le texte des représentants de la Montagne qui proclame la déchéance du président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, accusé de haute trahison.

Sous le Second Empire, Derriey vit à Paris travaille pour une agence parisienne qui recrute des migrants pour la Californie et l’Australie [19]. En 1863, il est toujours domicilié dans la capitale, quand se marie l’une de ses belles-filles. On le perd ensuite de vue.


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : février 2022

Notes

[1Le patronyme est parfois orthographié Derriez.

[2Annuaire de l’état militaire de la France pour l’année 1829, p. 660.

[3Aristide Michel Perrot, La conquête d’Alger, ou Relation de la campagne d’Afrique, comprenant les motifs de la guerre, les détails des préparatifs de l’expédition et des événements qui ont précédé le débarquement, Paris, 1830, p. 66.

[4En novembre 1836, il est témoin lors de la déclaration de naissance de son neveu Charles-Émile Gustave Derriey à la mairie de Dole ; il est qualifié dans l’acte de « chirurgien aide major en disponibilité ».

[5La Démocratie pacifique, 5 mai 1849.

[6Recherches sur la question proposée par le gouvernement : si l’état de l’atmosphère ne doit pas être considéré comme étant la cause du grand nombre de suicides observée depuis un an, Dole, A. Javel, 1838, 60 p.

[7Compte rendu de la première séance du comice agricole de l’arrondissement de Dole, Arbois, Impr. A. Javel, 1839, 15 p.

[8Bernard Bichon, Sur le fouriérisme en Franche-Comté dans le Jura pendant la monarchie de Juillet, Wladimir Gagneur, mémoire de maîtrise d’histoire, université de Besançon, 1974, f. 30.

[9Annuaire du département du Jura pour 1848, 1847, p. 566.

[10Rapports et procès-verbaux des délibérations, conseil général du Jura, 1848, p. 104-105.

[11Archives départementales du Jura, état civil d’Archelange. Louis Adolphe Derriey signe son premier acte d’état civil le 19 août 1839.

[12Le Nouveau Monde, 11 mars 1840, n°25.

[13Michel Vernus, « La Révolution de 1848 à Salins et Arbois. La présence du fouriérisme dans le mouvement démocratique », Cahiers Charles Fourier, 1999, n 10, p. 78.

[14Il rédige son dernier acte d’état civil le 25 novembre 1843.

[15Revue maçonnique, mai 1846, janvier 1847, 1848.

[16La Sentinelle du Jura, 29 avril 1848.

[17La Démocratie pacifique, 5 mai 1849.

[18Biographie des 750 représentants à l’Assemblée législative, élus le 13 mai 1849, Paris, 1849, p. 110.

[19Pierre Merlin, La Formation d’une opinion démocratique. Le cas du Jura, de la révolution de 1848 aux années de la « république triomphante » (vers 1895), Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2018, p. 124, note 73.


Ressources

Œuvres :
Recherches sur la question proposée par le gouvernement : si l’état de l’atmosphère ne doit pas être considéré comme étant la cause du grand nombre de suicides observée depuis un an, Dole, A. Javel, 1838, 60 p.
Compte rendu de la première séance du comice agricole de l’arrondissement de Dole, Arbois, Impr. A. Javel, 1839, 15 p.
Quelques observations sur une rectification de la route n°13, de Dole à Gray (texte co-signé par Joseph Reverchon, maire de Gredisans), Lons-le-Saunier, Impr. de A. Courbet, 1839, 15 p.
Mes concitoyens, le temps est un grand maître ! [profession de foi], Lons le Saunier, Impr. de Courbet, s. d.
Assemblée législative. Proposition relative à la rédaction des lois promises à l’Algérie, présentée le 19 décembre 1849, Paris, Impr. de l’Assemblée nationale, 1849, 1 p.

Sources :
Archives départementales du Jura, 3E/3123, état civil de Dole, acte de naissance, 26 fructidor an 11 (13 septembre 1803) (en ligne sur le site des Archives départementales du Jura, vue 154/166).
Archives départementales de la Vienne, 9 E 229/224, état civil de Poitiers, acte de mariage, 31 décembre 1832 (en ligne sur le site des Archives départementales de la Vienne, vues 130-131/137).
Archives départementales du Jura, 3E / 1616, état civil d’Archelange, acte de décès d’Anne Stéphanie Catineau, épouse Derriey, 5 septembre 1836 (en ligne sur le site des Archives départementales du Jura, vue 198/374).
Archives départementales du Jura, 3E/ 3158, état-civil de Dole, acte de naissance de Charles Emile Augustin Derriey (neveu de Louis Adolphe Derriey), 12 novembre 1836 (en ligne sur le site des Archives département du Jura, vue 135-166).
Archives départementales du Jura, 3E /3452, état civil d’Archelange, acte de décès de Gustave Augustin Derriey, frère de Louis Adolphe, 1er mars 1839 (en ligne sur le site des Archives départementales du Jura, vue 41/191).
Archives départementales du Jura, 3E / 1616, état civil d’Archelange, acte de mariage de Louis Adolphe Derriey avec Charlotte Lucile Baulard de Feur, 29 mars 1841 (en ligne sur le site des Archives départementales du Jura, vue 140/374).
Archives de Paris, V4E 2134, état civil du 18e arrondissement, acte de mariage de Jean-Baptiste Everaerts et de Hélène Joséphine Derriey, 21 novembre 1863 (en ligne sur le site des Archives de Paris, vue 17/31).
Annuaire de l’état militaire de la France pour l’année 1829 (en ligne sur Gallica).
Aristide Michel Perrot, La conquête d’Alger, ou Relation de la campagne d’Afrique, comprenant les motifs de la guerre, les détails des préparatifs de l’expédition et des événements qui ont précédé le débarquement, Paris, 1830, VIII-145 p. (en ligne sur Gallica).
Le Nouveau Monde, 11 mars 1840, n°25 (en ligne sur Gallica).
La Démocratie pacifique, 5 mai 1849 (en ligne sur Gallica).
Revue maçonnique. Journal consacré aux intérêts de la franc-maçonnerie, mai 1846, janvier 1847, 1848.
Annuaire du département du Jura pour 1848, Lons-le-Saulnier, Frédéric Gauthier, 1847, 583 p.
Rapports et procès-verbaux des délibérations, conseil général du Jura, 1848 (en ligne sur Gallica).
Biographie des 750 représentants à l’Assemblée législative, élus le 13 mai 1849, Paris, 1849, 256 p. (en ligne sur Gallica).

Bibliographie :
Bernard Bichon, Sur le fouriérisme en Franche-Comté dans le Jura pendant la monarchie de Juillet, Wladimir Gagneur, mémoire de maîtrise d’histoire, université de Besançon, 1974, 231 f.
Pierre Merlin, La Formation d’une opinion démocratique. Le cas du Jura, de la révolution de 1848 aux années de la « république triomphante » (vers 1895), Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2018, 277 p.
Michel Vernus, « La Révolution de 1848 à Salins et Arbois. La présence du fouriérisme dans le mouvement démocratique », Cahiers Charles Fourier, 1999, n°10, p. 78.

Sitographie :
Fiche de Louis Adolphe Derriey, sur le site du Comité des travaux historiques et scientifques.
Fiche de Louis-Adolphe Derriey dans la Base de données des députés de l’Assemblée nationale.


et sur ce site...

Michel Vernus La Révolution de 1848 à Salins et Arbois
La présence du fouriérisme dans le mouvement démocratique
Cahiers - 1999 / n° 10 - décembre 1999
résumé | abstract | article en texte intégral


Index

Lieux : Archelange, Jura - Dole, Jura

Notions : Action française - Agriculture - Agronomie - Armée - Député - Dissidents - Franc-maçonnerie - Maire - Médecine - Politique - Presse - Sociétés savantes - Union harmonienne

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Derriey, Louis Adolphe », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en février 2022 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article2404 (consultée le 20 juillet 2022).

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