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mise en ligne : décembre 2020

Hommage à Simone Debout






C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Simone Debout le 10 décembre dernier.
Nous souhaitons lui rendre hommage en proposant la lecture de l’article que Florent Perrier, membre de l’association et ami de Simone, a publié dans Le Monde du 16 décembre.
Sur ce site, il est possible de trouver des articles de ou sur Simone Debout, ainsi qu’une bibliographie qui sera prochainement enrichie, en cliquant ICI. On peut aussi consulter ICI l’entretien qui compose le film consacré à Simone Debout et réalisé, entre autre par Nicole Chosson.

SIMONE DEBOUT-OLESZKIEWICZ

Simone Debout-Oleszkiewicz, exégète et éditrice de Charles Fourier, est morte à Paris ce 10 décembre à l’âge de 101 ans. Elle était née dans la capitale le 29 mai 1919.

D’une enfance en pleine nature et choyée à distance de l’école communale, Simone Debout-Oleszkiewicz, née Devouassoux, garda un indéfectible désir de liberté. Etudiante en philosophie, membres des Jeunesses communistes, la guerre venue exhaussa ce désir de liberté à l’action résistante immédiate aux côtés de ses condisciples François Cuzin (fusillé par les allemands), Yvonne Picard (morte en déportation), Jean-Toussaint Desanti, Sartre et Beauvoir ensuite, mais surtout Maurice Merleau-Ponty dont elle restera toujours très proche. Démissionnaire du PCF à l’annonce du pacte germano-soviétique, le réintégrant plus tard et pour un temps bref afin de retrouver une résistance active (elle sera en 1942 secrétaire des étudiants communistes de la Sorbonne), Simone Debout — son nom de résistante — travailla en liaison avec Pierre Hervé, Fernand Dupuy (alors hauts responsables de la Résistance en région lyonnaise et alpine), dirigea avec son futur mari, Ludwig Oleszkiewicz, le journal clandestin Les Allobroges et sera, lieutenant-colonel, membre du Comité départemental de Libération de l’Isère.
Au sortir de la guerre, elle était âgée d’à peine 30 ans quand son ami résistant Fernand Rude, historien des canuts, lui mit entre les mains la Théorie des quatre mouvements de Charles Fourier (1772-1837). De là une passion fulgurante, un éblouissement suivi d’un projet de thèse au CNRS avec Henri Gouhier, de nombreux articles, d’ouvrages réédités comme L’Utopie de Charles Fourier (rééd. Presses du réel, 1998) ou « Griffe au nez » (rééd. Payot, 1999) et surtout, à partir de 1966, l’édition des Œuvres complètes de l’utopiste (rééd. Presses du réel, 1998-2013).
En 1965, elle participa à l’Exposition internationale du Surréalisme inspirée par Fourier, L’Ecart absolu, après avoir rencontré le poète de l’Ode à Charles Fourier, André Breton. Leur riche correspondance, si intense, éditée en 2019 (éd. Claire Paulhan), témoigne d’une vive inquiétude pour la question de l’émancipation comme pour le devenir, le sort du monde alors menacé par l’apocalypse nucléaire et que le recours au subversif auteur du Nouveau Monde amoureux permettait d’envisager de manière moins passive, surtout pour les femmes. La découverte par Simone Debout des manuscrits inédits de ce dernier ouvrage et leur publication (rééd. Presses du réel, 1998) contribua grandement à la circulation de cette pensée hétérodoxe portée au sensible en ses déploiements les plus subtils et qu’anarchistes et situationnistes, juste avant mai 1968, disséminèrent à leur manière : « vivre sans temps mort et jouir sans entraves ».
De tout ce travail d’édition rigoureux furent dès lors redevables des approches plurielles du « rêveur sublime », celles de René Schérer, Roland Barthes, Pierre Klossowski, Raoul Vaneigem ou encore Annie Le Brun. L’une des singularités de la réflexion de Simone Debout fut pour sa part d’interroger Fourier « dans l’orbe du surréalisme » (titre du n° 27 des Cahiers Charles Fourier en hommage à son travail) comme à l’aune de la psychanalyse, dialoguant avec les fondateurs du Quatrième Groupe, Piera Aulagnier ou François Perrier, dans la revue Topique dont le numéro d’octobre 1970, consacré à l’utopiste, comporte aussi les contributions de Maurice Blanchot et Michel Butor. Au sommaire de la revue Libre où ses amis Claude Lefort, Cornelius Castoriadis et Miguel Abensour l’avaient invitée, elle développa encore d’importantes réflexions sur Sade et Fourier, reprises et enrichies ces derniers mois pour un prochain essai (ses archives sont par ailleurs conservées à l’IMEC).
Vive, épicurienne en diable, curieuse de tout lire et de tout voir, Simone Debout fut à son gré fidèle aux intuitions rayonnantes de Charles Fourier — changer la vie, changer le monde sans émonder la moindre des passions —, soulignant combien cet espoir était d’abord déposé entre les mains des enfants, entre celles d’une jeunesse révoltée dont les soubresauts présents, pour l’avenir de la planète, n’avaient cesse de l’enthousiasmer. Forte d’une généreuse politique de l’amitié dont bien des noms cités ici témoignent, Simone Debout-Oleszkiewicz eut pour horizon d’associer les partisans d’un monde ouvert aux multiples du désir autour de ces passions libérées. Contre les tenants de l’utopie perdue, elle porta ainsi toujours haut la vivante objection : « non, l’utopie perdure ! »

Florent Perrier
Maître de conférences en esthétique et théorie de l’art à l’Université Rennes 2
Chercheur associé à l’Institut mémoires de l’édition contemporaine (IMEC)

Simone Debout-Oleszkiewicz en quelques dates

29 mai 1919 Naissance à Paris
1944 Direction collégiale du journal clandestin Les Allobroges
1966 Découverte du Nouveau Monde amoureux de Charles Fourier
1978 Publie L’Utopie de Charles Fourier, l’illusion réelle
2019 Publie sa correspondance avec André Breton
10 décembre 2020 Mort à Paris





Pour citer ce document

« Hommage à Simone Debout  » , charlesfourier.fr , rubrique « Actualités » , décembre 2020, en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article2288 (consulté le 18 octobre 2021).



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