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Michel CORDILLOT : La Sociale en Amérique. Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux Etats-Unis 1848-1922 (2002)

Paris, Editions de l’Atelier, 2002, 431 p.


Thomas Bouchet  |  2002 / n° 13 |  décembre 2002



Index

Personnes : Cordillot, Michel

Pour citer ce document

BOUCHET Thomas , « Michel CORDILLOT : La Sociale en Amérique. Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux Etats-Unis 1848-1922 (2002)  », Cahiers Charles Fourier , 2002 / n° 13 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article209 (consulté le 11 décembre 2017).

Texte intégral

Michel Cordillot ajoute ici un volume important et original à la collection des Dictionnaires biographiques du mouvement ouvrier international, dite désormais « Collection Jean Maitron ». L’arrière-plan collectif de l’entreprise est souligné d’emblée par l’auteur, lorsqu’il précise que son ouvrage est le résultat de collaborations multiples. À propos des fouriéristes, qu’il connaît d’ailleurs lui même très bien (voir son article dans le présent numéro des Cahiers Charles Fourier), il a bénéficié d’une foule d’informations fournies par Jean-Claude Dubos, et il a pu s’appuyer sur les recherches de Jonathan Beecher, de Carl Guarneri, de James Pratt ou de Bruno Verlet. Au-delà du monde fouriériste, les chercheurs et tous ceux que l’histoire politique et sociale intéresse pourront donc trouver désormais rassemblées un millier de biographies qui dessinent les contours d’un mouvement social francophone très actif et aux multiples facettes.

Dans La Sociale en Amérique, Michel Cordillot parvient à valider une intéressante hypothèse : la langue est pour ces réfugiés et exilés un mode d’identification décisif. Une langue maternelle commune et son usage dans les conversations, les manifestations, la presse et toutes sortes d’écrits, un attachement persistant au « Vieux Pays » caractérisent des itinéraires que la diversité des origines, ou encore le large éventail des sensibilités politiques et sociales, pourraient donner envie de dissocier. S’agit-il là de logiques de type « ethnique » ? Michel Cordillot le propose, sans réduire pour autant son analyse à ce seul axe interprétatif. En effet, même si les parcours que décrit son Dictionnaire tendent à montrer le bien fondé d’une approche « ethnique », multiples sont les configurations possibles entre mouvements d’insertion dans la société américaine et « résiliences culturelles ». Il vaut la peine de saisir, preuves à l’appui (et, sur cette question, la masse des informations réunies par Michel Cordillot et l’extrême rigueur de ses biographies laissent admiratif), la richesse des expériences d’un mouvement social francophone. Elles sont faites de circulations entre Europe et États-Unis (allers simples, allers-retours, « rémigrations »), de métissages socio-professionnels, socio-culturels, socio-politiques, d’interventions dans l’histoire politique et sociale des États-Unis. On apprend beaucoup, au fil des biographies aussi bien que dans les précieuses notices thématiques présentées en tête d’ouvrage, sur les communautés agricoles ou les coopératives, la Chevalerie du travail ou la Fédération textile française, le Parti socialiste ouvrier ou l’Union républicaine de langue française ; on y mesure bien les enjeux d’une célébration des 1er mai et 14 juillet ; on y vérifie la fécondité de l’approche choisie par l’auteur, qui permet de circuler sans cesse entre vies individuelles et histoires des mouvements « radicaux ».

Au même titre que les cabétistes ou les anarchistes, les fouriéristes occupent dans ces deux tiers de siècle une place de choix. Carl Guarneri nous a déjà beaucoup appris sur la question avec son Utopian Alternative ; La Sociale en Amérique permet de creuser davantage encore le sillon, de revenir sur des expériences connues (Réunion, par exemple), mais aussi de suivre des itinéraires moins visibles, de saisir dans le détail de leur engagement un certain nombre d’hommes et de femmes « à bien des égards ‘ordinaires’ ». C’est là une richesse du Dictionnaire. Le rassemblement de nombreuses indications éparses permet à Michel Cordillot de rédiger une importante notice Jules Juif ; elle-même renvoie à plusieurs autres notices : Clarisse Vigoureux (malheureusement absente du Dictionnaire, mais présente dans le cédérom), Louis « Lewis » Louis ou Charles Caron ; la notice du comptable Amédée Simonin renvoie à la notice Charles Bussy, lui aussi comptable. Des dizaines d’illustrations - portraits, photographies de groupes, couvertures d’ouvrages, affiches, banderoles... -, issues pour une bonne partie de la collection de l’auteur, complètent très utilement les notices. Plus généralement, il devient possible de vérifier que le fouriérisme joue un rôle dans une histoire générale (encore à écrire) des quarante-huitards, qu’il se dilue dans le dernier tiers du XIXe siècle, qu’il est néanmoins source vive du mouvement coopératif américain. Mille fils se tissent ainsi, et d’autres se tisseront au fil des étapes d’une œuvre en construction : Michel Cordillot garde en réserve près de quatre mille autres notices que son Dictionnaire, pour des raisons faciles à comprendre, ne pouvait accueillir. Elles figurent ou figureront dans le cédérom. Elles affineront d’autant ce que nous commençons à bien connaître sur ces aventures dans le Nouveau Monde.


Thomas Bouchet

Thomas Bouchet

Thomas Bouchet est maître de conférences en histoire à l’université de Bourgogne (Dijon). Il travaille ces temps-ci sur Fourier et l’Ecole sociétaire, sur les relations entre socialisme et sensualité, sur l’histoire des insurrections au XIXe siècle.


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