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Bernard Desmars  |  mise en ligne : juillet 2017

Dauvin, Élisabeth Eulalie, parfois prénommée Élisa


Née le 16 juillet 1811 à Poitiers (Vienne). Décédée le 18 avril 1869, à Paris, 17e arrondissement (Seine). Libraire à Nantes de la fin des années 1830 au début des années 1860. Vend des ouvrages fouriéristes.


Élisabeth Eulalie Dauvin est la fille de libraires de Poitiers [1]. Son père décède en 1828. Sa mère continue son activité, puis laisse le commerce à son fils Louis Jérôme Michel Édouard Dauvin. Élisabeth Dauvin a une sœur, Marie Élisabeth Alphonsine, qui, en 1835, épouse Stanislas Bratkowski, un réfugié polonais. Le couple Bratkowski s’installe en 1836 à Nantes [2] ; Élisabeth Dauvin et sa mère les accompagnent ou les rejoignent peu après ; en 1838, elles demeurent à Nantes, quai Turenne. Élisabeth achète une librairie, détenue par un certain Bonvoust, qui vend aussi de la papeterie et des fournitures de bureau [3]. Dans les années suivantes, elle vit avec sa mère dans le logement attenant à la librairie, 22 rue Crébillon ; certains recensements signalent la présence à la même adresse de Stanislas Bratkowski et de son épouse [4].

Dans les années 1840, c’est principalement chez elle que l’on trouve les ouvrages fouriéristes. Dans ses Rêveries de Charles Fourier, le Nantais Isidore Masseron expose brièvement la théorie sociétaire ; il invite ses lecteurs à approfondir leurs connaissances :

Destinée sociale, par Considerant, et Solidarité, par Hippolyte Renaud, sont les deux ouvrages que nous recommandons particulièrement aux lecteurs. Tous les ouvrages de l’école sociétaire se trouvent chez Mlle Dauvin, rue Crébillon, 22 [5].

En octobre 1846, les fouriéristes nantais préparent la venue de Victor Hennequin qui fait un « cours de science sociale » dans une salle de l’hôtel de ville. L’entrée se fait sur présentation d’un carton, qui doit être retiré à la librairie Dauvin [6].

Et quand le journal Le Breton mentionne l’ouvrage d’Alphonse Toussenel, Les Juifs rois de l’époque, il précise que l’ouvrage est en vente « chez Mlle Dauvin, rue Crébillon » [7].

Quand elle s’est installée à Nantes, Élisabeth Dauvin n’a pas pris de brevet, alors qu’il s’agit pourtant d’un document imposé par la législation pour tenir une librairie. Après le coup d’État du 2 décembre 1851, l’administration préfectorale et la police se montrant plus rigoureuses dans l’application de la loi, Élisabeth demande que lui soit transféré le brevet détenu par Bonvoust. La préfecture émet d’abord un avis favorable et le ministère de l’Intérieur envoie le document sollicité. Mais le nouveau préfet retient le brevet ; confondant les deux sœurs, il pense qu’Élisabeth est l’épouse de Bratkowski ; or, celle-ci a perdu la nationalité française par son mariage et elle « ne présente aucune des garanties que l’on est en droit d’exiger » ; de surcroît, « le magasin de la libraire que cette dame tient à Nantes paraît être un entrepôt de productions socialistes » [8].

Élisabeth Dauvin continue cependant son commerce ; elle renouvelle ses démarches en 1860 ; la préfecture reconnaît l’erreur de 1852 et donne un avis favorable. Le brevet est expédié à Nantes ; mais il n’est finalement pas remis à sa bénéficiaire, dont la faillite vient d’être déclarée [9]. Elle quitte Nantes et s’installe avec sa sœur et son beau-frère Stanislas Bratkowski dans le quartier des Batignolles à Paris, où elle décède.


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : juillet 2017

Notes

[1Archives nationales, F/18/2107, dossier Dauvin, libraire à Poitiers.

[2Archives nationales, F/17/3126, dossier Bratkowski, certificat du préfet de la Loire-Inférieure, 26 mai 1857.

[3Archives nationales, F/18/1962, brevets de librairie, Loire-Inférieure, dossier Dauvin, acte de vente du 13 décembre 1838.

[4Archives municipales de Nantes, recensements de 1841 et 1856, 5e section. Le couple Bratkowski est signalé au 22 rue de Crébillon en 1841 et 1856, mais pas en 1846. Le 22 rue Crébillon n’a pu être retrouvé dans le recensement de 1851.

[5Isidore Masseron, Rêveries de Ch. Fourier, utopie des phalanstériens, Nantes, Impr. de Vve C. Mellinet, 1844, p. 76, note 1.

[6Courrier de Nantes, 19 octobre 1846.

[7Le Breton, 19 et 20 août.

[8Archives nationales, F/18/1962, dossier Dauvin, libraire à Nantes, lettre du 13 juillet 1852 du préfet de la Loire-Inférieure au ministre de l’Intérieur.

[9Archives nationales, F/18/1962, dossier Dauvin, rapport du ministère de l’Intérieur, 20 août 1860.


Ressources

Sources :
Archives nationales, F/18/1962, brevets de librairie, Loire-Inférieure, dossier Dauvin.
Archives nationales, F/18/2107, brevets de librairie, Vienne, dossier Dauvin.
Archives municipales de Nantes, recensements de 1841, 1846 et 1856 (en ligne sur le site des Archives municipales de Nantes).
Archives départementales de la Vienne, état civil de Poitiers, 9 E 229/138, acte de naissance (en ligne sur le site des Archives départementales de la Vienne, vue 54/97).
Archives de Paris, état civil du 17e arrondissement, acte de décès du 19 avril 1869 (en ligne sur le site des Archives de Paris, vue 5/3).
Isidore Masseron, Rêveries de Ch. Fourier, utopie des phalanstériens, Nantes, Impr. de Vve C. Mellinet, 1844, 95 p.
Le Breton, 19 et 20 août (en ligne sur le site des Archives départementales de la Loire-Atlantique).
Courrier de Nantes, 19 octobre 1846 (en ligne sur le site des Archives départementales de la Loire-Atlantique).


Index

Lieux : Nantes, Loire-Atlantique

Notions : Librairie - Propagande

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Dauvin, Élisabeth Eulalie, parfois prénommée Élisa », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en juillet 2017 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1913 (consultée le 7 septembre 2017).

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