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Bernard Desmars  |  mise en ligne : juillet 2017

Laforest, Pierre, dit Laforest aîné


Né le 20 juillet 1827 à Saint-Étienne (Loire), décédé le 19 avril 1903 à Saint-Étienne. Veloutier, puis directeur-gérant du Crédit au travail de Saint-Étienne. Conseiller municipal. Membre du groupe phalanstérien de Saint-Étienne, abonné aux périodiques fouriéristes.


Pierre Laforest est le fils d’un veloutier. Lui-même exerce cette profession quand il se marie en 1849 avec Joséphine Angénieux, tailleuse, fille d’un passementier. Selon les recensements des années 1860, il a deux enfants [1].

Engagement fouriériste et militant de l’éducation populaire

Il fait partie du groupe phalanstérien stéphanois. En 1866, quelques-uns de ses membres envisagent la création d’une société de capitalisation à Saint-Étienne, comme il en existe à Lyon ; cette société constituerait un capital, grâce à des versements réguliers de ses membres qui percevraient un intérêt ; ce capital, le moment venu, financerait les essais sociétaires. Ce projet, encouragé par François Barrier et d’abord porté par Pierre Laforest et Jean-Baptiste Siant, n’a finalement pas de suite [2].

Laforest est aussi un militant de l’éducation populaire qui s’efforce d’utiliser le développement des bibliothèques pour diffuser les ouvrages fouriéristes. Mais

dans notre ville, le petit nombre d’ouvrages de Fourier, Considerant, etc., que nous avons introduit dans les bibliothèques populaires, contrarie vivement les cléricaux. Le comité est fermement décidé à résister à l’intervention jusqu’à présent officieuse de l’autorité [3].

En réalité, l’hostilité des milieux cléricaux semble surtout liée à la présence dans le fonds des deux bibliothèques populaires, créées en 1867 sous l’autorité du conseil municipal, d’ouvrages de Rabelais, Voltaire, Rousseau, Renan, etc. [4]

Crédit au travail et conseil municipal

En 1863, l’ancien icarien Jean-Pierre Beluze fonde à Paris avec d’autres militants de la coopération – dont plusieurs fouriéristes – le Crédit au travail, afin d’aider les associations ouvrières de production dans leurs opérations financières (crédit, escompte…) [5]. Pierre Laforest est admis au nombre des souscripteurs en 1866 [6]. Des établissements similaires sont créés dans plusieurs villes de France, dont Saint-Étienne. Pierre Laforest en est le directeur-gérant et il est désormais qualifié de banquier dans les actes d’état civil et dans les recensements.

En 1868, le nouvel organe du mouvement coopératif, La Réforme, publie un « Appel aux démocrates », qui associe la promotion de la coopération et l’affirmation de quelques principes républicains (la séparation des Églises et de l’État, l’affranchissement des communes, l’instruction primaire gratuite et obligatoire, etc.). Laforest fait partie des nombreux signataires [7].

Il siège au conseil municipal de Saint-Étienne à partir de 1865, aux côtés de son ami Jean Tiblier-Verne [8]. Mais en juin 1869, des militaires répriment une grève des mineurs. Quatorze conseillers – dont Laforest et Tiblier-Verne –, « émus de la répression inhumaine à laquelle s’est livré le 4e régiment de ligne », demandent au maire d’intervenir auprès des autorités pour obtenir l’éloignement de ces militaires. Le texte est publié dans la presse locale et repris dans la presse nationale. Le conseil municipal est alors dissous et remplacé par une commission dont les membres sont nommés par le préfet [9].

En septembre 1870, la chute du Second Empire ramène Laforest au conseil municipal, dirigé par Tiblier -Verne. De nouvelles élections ont lieu le 30 avril 1871 ; Laforest, figure sur une liste qualifiée de « radicale-communarde » par ses adversaires [10] ; il est reconduit dans ses fonctions [11]. Cependant, le nouveau conseil municipal décide de désigner lui-même le maire – Laforest intervient dans ce sens lors de la séance du 15 mai – et il rédige une « Adresse à l’Assemblée nationale » dans laquelle il demande à la fois l’arrêt des combats à Paris entre les troupes versaillaises et les communards, la dissolution de l’Assemblée nationale, et l’élection d’une assemblée constituante [12]. Mais, le préfet invalide ces décisions municipales et remplace les conseillers, une nouvelle fois, par une commission qui siège jusqu’aux élections municipales de novembre 1874. Laforest est alors à nouveau élu [13]. En février 1876, il fait partie d’une commission électorale de six membres chargée d’organiser une grande réunion électorale, afin de présenter et de sélectionner les candidats aux élections législatives [14]. En janvier 1878, il démissionne avec plusieurs autres conseillers [15]. À cette même période, il est abonné au périodique fouriériste, le Bulletin du mouvement social [16].

Le Crédit au Travail, dont les moyens sont modestes – son capital n’a pas excédé 211 200 francs – malgré plusieurs augmentations dans les années 1870 et au début des années 1880, est dissous lors d’une assemblée générale en septembre 1882 [17].

Dans ces années 1880, Laforest s’installe avec sa femme dans la maison appartenant aux filles Tiblier-Verne, qui y demeurent aussi. Il y est recensé pour la première fois en 1886 [18]. C’est dans cette maison qu’il meurt en 1902.


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : juillet 2017

Notes

[1Archives municipales de Saint-Étienne, recensement de la population de Saint- Étienne, section du nord-est, 1 D 7 été (et) 1 D 8, recensement de 1861 et 1866 ; en 1866, ses fils ont respectivement 16 ans et 12 ans.

[2Bibliothèque de Lyon (Part-Dieu), fonds Rude, carton 195, lettre de Barrier à Couturier, 20 mai 1866.].

Le 7 avril 1867, un banquet est organisé à Saint-Étienne pour fêter l’anniversaire de la naissance de Fourier ; 24 convives y participent. Laforest en rend compte au centre parisien de l’École sociétaire ; il est un peu déçu par ce nombre et espère une plus grande affluence l’année suivante. Dans la même lettre, il s’abonne à La Science sociale, le nouveau périodique fouriériste, et transmet le nom et l’adresse de deux autres abonnés stéphanois[[École normale supérieure, fonds Considerant, carton 13, dossier 1, lettre de Laforest, 24 avril 1867.

[3École normale supérieure, fonds Considerant, carton 13, dossier 1, lettre de Laforest, 24 avril 1867.

[4Roger Bellet, « Une bataille culturelle, provinciale et nationale, à propos des bons auteurs pour bibliothèques populaires (janvier-juin 1867) », Revue des sciences humaines, juillet-septembre 1969, p. 453-473.

[5Olivier Chaïbi, « Accorder du crédit à ceux qui n’en ont pas. La Société du Crédit au Travail de Jean-Pierre Beluze et le développement de la coopération (1863-1868) », Les Études sociales, 2016/2, n°164, p. 87-111.

[6Société du crédit au travail, J.-P. Beluze et Cie – Compte rendu annuel, 22 juillet 1866, Paris, Impr. Félix Malteste et Cie, 1866, p. 2 ; Société du crédit au travail : communication personnelle : associés commanditaires au 23 février 1868, Paris, Impr. Félix Malteste et Cie, 1868, p. 60.

[7« Appel aux démocrates », La Réforme. Journal du progrès politique et social. Organe de la coopération, prospectus-spécimen. Le texte est daté du 4 juillet 1868.

[8Archives municipales de Saint-Étienne, 1 D 40, délibérations du conseil municipal de Saint-Étienne virgule novembre 1864-septembre 1865, procès-verbal d’installation du nouveau conseil municipal, 7 août 1865.

[9Archives municipales de Saint-Étienne, 1 D 46, registre des délibérations du conseil municipal, 26 juin 1869 ; L’Eclaireur, (L’Éclaireur) 20 juin, 24 juin et 25 juin 1869 ; La Presse, 30 juin 1869.

[10Le Patriote de la Loire, 30 avril 1871.

[11Le Patriote de la Loire, 1er-2 mai 1871, résultats des élections municipales.

[12Archives municipales de Saint-Étienne, registre des délibérations du conseil municipal, 1 D 48, séances des 15 et 16 mai 1871.

[13Archives municipales de Saint-Étienne, 1 D 49, séances de mai-juin 1871 ; 1 D 49, registre des délibérations, séance du 21 novembre 1874 ; 1 D 50, séance du 5 janvier 1875 (procès-verbal d’installation des conseillers élus le 22 novembre).

[14Le Républicain de la Loire et de la Haute-Loire, 23 février 1876. La commission à laquelle appartient Laforest a été formée le 2 février ; l’article du 23 février, qui intervient après les élections, mentionne les critiques adressées à la commission.

[15Archives municipales de Saint-Étienne,1 D 56, registre de délibérations du conseil municipal, séance du 21 janvier 1878.

[16École normale supérieure, carton 4, dossier 3, chemise 2, registre de recettes, 1878 et 1879.

[17Le Républicain de la Loire et de la Haute-Loire, 4 mars 1874, 20 mars 1875, 23 avril 1882 (pour les augmentations de capital) ; 26 octobre 1882 (pour la dissolution).

[18Archives municipales de Saint-Étienne, 1 F 15 bis, recensement de 1886, canton sud-est, vue 1148/1191.


Ressources

Sources :
École normale supérieure, fonds Considerant, carton 13, dossier 1, lettre de Laforest, 24 avril 1867.
Archives municipales de Saint-Étienne, état civil de Saint-Étienne, 2 E 35, acte de naissance, 21 juillet 1827 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 67/124).
Archives municipales de Saint-Étienne, état civil de Saint-Étienne, 3 E 56, acte de mariage, 10 octobre 1849 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 108/139).
Archives municipales de Saint-Étienne, état civil de Saint-Étienne, 4 E 110, acte de décès, 20 avril 1903 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 80/222).
Archives municipales de Saint-Étienne, 1 F 7, recensement de la population de Saint-Étienne, section nord-est, 1861 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 246-247/1191).
Archives municipales de Saint-Étienne, 1 F 8, recensement de la population de Saint-Étienne, section nord-est, 1866 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 272/1291).
Archives municipales de Saint-Étienne, 1 F 11, recensement de la population de Saint-Étienne, sections nord-est et nord-ouest, 1872 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 286/1530).
Archives municipales de Saint-Étienne, 1 F 14, recensement de la population de Saint-Étienne, section nord-est, 1876 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 472/1102).
Archives municipales de Saint-Étienne, 1 F 15 bis, recensement de la population de Saint-Étienne, 1886, canton sud-est (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 1148/1191).
Archives municipales de Saint-Étienne, 1 F 19, recensement de la population de Saint-Étienne, 1891, canton sud-est (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 1264/1305).
Archives municipales de Saint-Étienne, 1 F 23, recensement de la population de Saint-Étienne, 1896, canton sud-est (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 1261/1309).
Archives municipales de Saint-Étienne, 1 F 27, recensement de la population de Saint-Étienne, 1901, canton sud-est (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne, vue 1403/1428).
Archives municipales de Saint-Étienne, 1 D 40 à 1 D 56, registres de délibérations du conseil municipal de Saint-Étienne, 1865 à 1878 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne).
Bibliothèque municipale de Lyon (Part-Dieu), fonds Rude, carton 195, lettre de Barrier à Couturier, 20 mai 1866.
Société du crédit au travail, J.-P. Beluze et Cie – Compte rendu annuel, 22 juillet 1866
, Paris, Impr. Félix Malteste et Cie, 1866, 8 p. (en ligne sur le site de l’Institut International d’histoire sociale, papier Descaves, cote 1153).
Société du crédit au travail : communication personnelle : associés commanditaires au 23 février 1868, Paris, Impr. Félix Malteste et Cie, 1868, 83 p. (en ligne sur Les premiers socialismes – Bibliothèque virtuelle de l’université de Poitiers).
L’Éclaireur. Journal démocratique de Saint-Étienne et du département de la Loire, 1869-1872 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne).
Le Patriote de la Loire, avril-juin 1871 (en ligne sur le site des Archives municipales de Saint-Étienne).
Le Républicain de la Loire et de la Haute-Loire, 1874-1882 (en ligne sur Mémoire et actualité en Rhône-Alpes – Presse ancienne).
« Appel aux démocrates », La Réforme. Journal du progrès politique et social. Organe de la coopération, prospectus-spécimen. Le texte est daté du 4 juillet 1868.

Bibliographie :
Roger Bellet, « Une bataille culturelle, provinciale et nationale, à propos des bons auteurs pour bibliothèques populaires (janvier-juin 1867) », Revue des sciences humaines, juillet-septembre 1969, pp.453-473.
Olivier Chaïbi, « Accorder du crédit à ceux qui n’en ont pas. La Société du Crédit au Travail de Jean-Pierre Beluze et le développement de la coopération (1863-1868) », Les Études sociales, 2016/2, n°164, p. 87-111.
Iouda Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire, d’après des documents, Paris, A. Pedone, 1906, X-676 p.


Index

Lieux : Saint-Etienne, Loire

Notions : Banque - Banquets - Bibliothèque - Crédit - Education populaire - Election - Groupe local

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Laforest, Pierre, dit Laforest aîné », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en juillet 2017 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1909 (consultée le 10 septembre 2017).

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