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Bernard Desmars  |  mise en ligne : mai 2017

Duponchel (Deuzet), Amédée-Jules


Né le 15 janvier 1841 à Paris (Seine), décédé le 23 mars 1920 à Nesle-la-Vallée (alors en Seine-et-Oise, aujourd’hui dans le Val-d’Oise). Horloger à Albert (Somme), puis négociant et ensuite représentant de commerce à Paris. Membre de l’École Sociétaire Expérimentale et de la communauté fouriériste du Vaumain (Oise).


Amédée-Jules Duponchel a vraisemblablement été déclaré lors de sa naissance sous le nom de Deuzet, le patronyme de sa mère. Il est ensuite reconnu par son père, Philippe Duponchel, employé de commerce [1] . En 1866, il est horloger à Albert (Somme) où il épouse Gabrielle Marie Anna Devieilhe, fille d’un fabricant de tapis de la localité ayant abandonné le domicile familial depuis plusieurs années. Plusieurs enfants naissent à Albert, dont Jeanne, née en 1874. Quelques années plus tard, la famille s’installe à Paris. Amédée-Jules Duponchel est à la tête d’une « Maison de commission et de représentation spéciale pour l’horlogerie, la bijouterie, l’orfèvrerie, l’optique », avec une succursale à Amiens et une autre à Vienne (Autriche) [2] . Lors de la naissance d’un nouvel enfant, à Paris en 1881, il se présente comme « négociant » [3] . Mais l’entreprise fait faillite cette même année [4].
Duponchel est ensuite agent commercial pour des produits alimentaires [5], puis représentant de commerce. À la fin des années 1880, il fait partie des dirigeants du Syndicat central des voyageurs et représentants de commerce [6] ; en 1890, il en est élu le secrétaire général [7]. Quelques années plus tard, il préside la Chambre syndicale des représentants et voyageurs de commerce d’exportation de France [8].

Réaliser l’association intégrale

Il apparaît dans la documentation fouriériste dans la seconde moitié des années 1890. L’École sociétaire se divise alors en deux courants [9] : l’un, autour d’Adolphe Alhaiza, limite son activité à la publication de La Rénovation et à l’entretien de la mémoire de Fourier ; l’autre poursuit le projet d’un essai phalanstérien. Duponchel appartient à ce second courant, plus précisément à l’École Sociétaire Expérimentale (É.S.E.) fondée en 1897. Il est en effet convaincu que seule la réalisation peut convaincre le public de « la bonté de l’Association, pratiquement utile, vis-à-vis du peuple, en tant que système de réforme sociale » [10]. Il est le directeur du Sociétaire. Organe de la science de l’association et du socialisme expérimental, un périodique dont seulement deux numéros paraissent, en 1897 ; il est également le rédacteur du « Manifeste de l’École Sociétaire Expérimentale », le texte programmatique de l’É.S.E. [11] Il est alors l’un des principaux dirigeants de ce courant fouriériste, dont font aussi partie sa fille Jeanne ainsi que Charles et Robert Duponchel, probablement ses fils [12]. Il est le « secrétaire général coadjuteur » de la « Phalange centrale » qui dirige l’É.S.E. ; celle-ci comprenant dix séries, Amédée-Jules Duponchel est plus spécifiquement chargé de la deuxième, qui concerne l’organisation du travail [13]. Il est aussi un des principaux intervenants lors des manifestations de l’É.S.E. [14]
Avec Raymond-Duval, Jenny Fumet, Julie Avez-Délit, René Vachon, Sabine Calmettes-Jumelin et Ernest Tarbouriech, il fait partie du « comité d’initiative » qui, en 1901, présente un projet d’« Association intégrale agricole-industrielle » et lance un appel afin de rassembler l’argent nécessaire [15]. Avec Raymond-Duval et l’ingénieur agronome Paul Gayon, Duponchel prospecte dans les environs de Paris pour trouver un domaine convenant à leur projet [16]. Finalement, au cours du second semestre 1902, un château et des terres sont achetés, au Vaumain, près de Beauvais. Les « Pionniers sociétaires » de l’É.S.E. s’y installent ; Amédée-Jules Duponchel en fait partie avec son épouse, leur fille Jeanne, « entrepreneuse de broderie » et Robert, « agronome diplômé » ; tous sont cités dans le Bulletin publié par la communauté du Vaumain « comme ayant particulièrement payé de leur personne » [17].
Sans doute pour des raisons financières, l’existence de la communauté est éphémère. Dans la deuxième partie de l’année 1904 ou au début de l’année 1905, les fouriéristes quittent Le Vaumain et revendent la propriété. Amédée-Jules Duponchel et sa femme s’installent à Nesle-la-Vallée (Seine-et-Oise), où ils sont recensés en 1906 et 1911.
Duponchel, au début du XXe siècle, se présente comme « publiciste socionome » ; il est membre, comme Charles Limousin de la Société de sociologie de Paris fondée et animée par René Worms [18]. Celui-ci en mai 1905, annonce, à tort, le décès d’Amédée-Jules Duponchel, qu’il présente comme « l’un des représentants les plus autorisés de l’école fouriériste » [19].
Malgré l’échec du Vaumain, l’É.S.E. ne disparaît pas. En 1909, Amédée-Jules Duponchel en est le secrétaire général ; à la demande d’un « groupe d’amis de l’École Sociétaire Expérimentale », principalement composé d’artisans et d’ouvriers du nord de Paris, il fait paraître une brochure présentant « l’association intégrale ». Ce groupe constitue la Société du domaine sociétaire, dont Duponchel est un administrateur, et lance un appel afin de rassembler des forces et des fonds et de passer à la pratique. Ce projet ne semble pas avoir eu de prolongement [20].
Duponchel semble ensuite s’éloigner du mouvement sociétaire ou en tout cas ne plus y avoir d’activité publique. On ne le voit plus participer aux banquets fouriéristes à la veille de la Première Guerre mondiale. Après sa mort, les fouriéristes qui tentent de réorganiser le mouvement lui rendent hommage pour son activité au service de l’École Sociétaire Expérimentale [21].


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : mai 2017

Notes

[1Les registres de l’état civil parisien ayant été détruits en 1871, seul est disponible l’état civil reconstitué, pour la période antérieure à 1860. On y trouve deux fiches concernant Amédée Jules Duponchel ; la première pour « Duponchel (ci-devant Deuzet), Amédée Jules », la seconde pour « Deuzet (actuellement Duponchel, Amédée Jules ». La naissance a eu lieu le 15 janvier 1841, ce que confirme l’acte de mariage de 1866. Il a donc sans doute été déclaré d’abord sous le nom de sa mère (Marguerite Eugénie Deuzet), avant d’être reconnu par son père (Philippe Auguste Élie Duponchel).

[2Des publicités pour son commerce paraissent dans la Revue chronométrique. Organe des sociétés d’horlogerie et des chambres syndicales, de 1878 à 1880.

[3Archives de Paris, état civil du 11e arrondissement, acte de naissance de Marguerite Eugénie Duponchel, 29 juin 1881.

[4Le Rappel, 30 juillet 1881, p. 4.

[5Annuaire-almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration, 1885, p. 915 et p. 1789.

[6Le Petit Journal, 3 février 1889.

[7Le XIXe siècle, 6 janvier 1890.

[8Le Sociétaire, n°2, juillet 1897.

[9Bernard Desmars, « Comment l’École sociétaire finit. Les derniers militants fouriéristes, des années 1880 aux années 1930 », Cahiers Charles Fourier, n°23, 2012, p. 105-124.

[10Amédée-Jules Duponchel, « De la certitude qu’il est possible actuellement de réaliser l’association intégrale », Annales sociétaires, n°5, 25 mars 1899.

[11Manifeste publié dans Le Sociétaire, n°1, 7 mars 1897.

[12L’Association ouvrière, 15 septembre 1901, liste des membres de l’É.S.E. Amédée-Jules, Jeanne, Charles et Robert Duponchel sont tous domiciliés rue Manin, à Paris.

[13Le Sociétaire, n°2, juillet 1897.

[14Dans les comptes rendus des réunions de l’É.S.E. publiés dans L’Association ouvrière, il est l’un des principaux intervenants ; voir L’Association ouvrière, 1er janvier 1902, pour la réunion mensuelle de l’É.S.E. du 13 décembre 1901 ; L’Association ouvrière, 26 juillet 1902, réunion du 11 juillet 1902 ; L’Association ouvrière, 2 novembre 1902, message de l’É.S.E.

[15Archives nationales, fonds Guébin, 78 AP 12, Le Domaine sociétaire - Premier message de l’École Sociétaire Expérimentale, Roanne, Grande imprimerie forézienne de publicité, s. d. [1901, d’après l’article signalant la parution de cette brochure dans La Rénovation, n°134, 30 avril 1901], 4 p.

[16L’Association ouvrière, 26 juillet 1902, compte rendu de l’assemblée trimestrielle du 11 juillet 1902.

[17Bulletin périodique de l’Association intégrale agricole-industrielle du Vaumain, 1903, p. 4-6.

[18Revue internationale de sociologie, janvier 1904, p. 50. Le procès-verbal de la séance du 9 décembre 1903 signale l’envoi par l’un des membres de la société, Duponchel, d’une Notice sur le but de l’École sociétaire Expérimentale.

[19Revue internationale de sociologie, juin 1905, p. 467, procès-verbal de la séance du 10 mai 1905.

[20Bernard Desmars, « Fouriéristes en quête d’identification. Les militants de l’École Sociétaire Expérimentale vers 1908-1910 », Cahiers Charles Fourier, n°23, 2012, p. 149-150.

[21« L’École sociétaire de Charles Fourier va renaître », L’Association ouvrière, 25 novembre 1928 » ; « La renaissance d’une école », L’Association ouvrière, 25 février 1930 ; « L’anniversaire de Charles Fourier », L’Association ouvrière, 25 avril 1930.


Ressources

Œuvres :
Notice sur le but de l’École sociétaire expérimentale [publication signalée en 1904 dans la Revue internationale de sociologie, janvier 1904, mais absente des catalogues de la Bibliothèque nationale de France et du SUDOC].
É.S.E [École Sociétaire Expérimentale] - L’Association intégrale. Moyens pratiques de l’organiser, Paris, Librairie Marcel Rivière et Cie – Imprimerie de l’Association intégrale, 1909, 60 p.

Directeur du périodique Le Sociétaire. Organe de la science de l’association et du socialisme expérimental, Annales du Mouvement Sociétaire général : agricole, industriel, artistique, mutuel et prévoyant, deux numéros (mars et juillet 1897).
Articles dans les Annales sociétaires. Organe de la Société l’Union phalanstérienne. Doctrine de Charles Fourier en 1898 et 1899.

Sources :
Archives nationales, fonds Guébin, 78 AP 12, Le Domaine sociétaire - Premier message de l’École Sociétaire Expérimentale, Roanne, Grande imprimerie forézienne de publicité, s. d. [1901, d’après l’article de La Rénovation (n°134, 30 avril 1901) signalant la parution de cette brochure], 4 p.
Archives de Paris, état civil reconstitué, fiche Duponchel, 15 janvier 1841 (en ligne sur le site des Archives de Paris, fiche 28/73).
Archives de Paris, état civil reconstitué, fiche Deuzet, 15 janvier 1841 (en ligne sur le site des Archives de Paris, vue 12/99).
Archives départementales de la Somme, recensement de la population de la commune d’Albert, 1872 (en ligne sur le site des Archives départementales de la Somme, vue 5/75).
Archives départementales de la Somme, état civil d’Albert, 24 juillet 1866, acte de mariage d’Amédée-Jules Duponchel et de Gabrielle Marie Anna Devieilhe (en ligne sur le site des Archives départementales de la Somme, vue 161/516).
Archives départementales de la Somme, état civil d’Albert, 22 octobre 1847, acte de naissance de Gabrielle Marie Anna Devieilhe (en ligne sur le site des Archives départementales de la Somme, vue 229/539).
Archives départementales de la Somme, état civil d’Albert, 16 janvier 1874, acte de naissance de Jeanne Duponchel (en ligne sur le site des Archives départementales de la Somme, vue 69/294).
Archives de Paris, état civil du 11e arrondissement, acte de naissance de Marguerite Eugénie, née le 29 juin 1881 (en ligne sur le site des Archives de Paris, vue 21/31).
Archives départementales du Val-d’Oise, recensement de Nesle-la-Vallée, 1906 (en ligne sur le site des Archives départementales du Val-d’Oise, vue 15/31).
Archives départementales du Val-d’Oise, recensement de Nesle-la-Vallée, 1911 (en ligne sur le site des Archives départementales du Val-d’Oise, vue 7/35).
Archives départementales du Val-d’Oise, tables décennales des décès de Nesle-la-Vallée, 1913-1922 (en ligne sur le site des Archives départementales du Val-d’Oise, vue 11/14).
Revue chronométrique. Organe des sociétés d’horlogerie et des chambres syndicales, 1878 et 1880 (en ligne sur Gallica).
Le Rappel, 30 juillet 1881 (en ligne sur Gallica).
Annuaire-Almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration, 1885, 2 volumes (en ligne sur Gallica).
Le Petit Journal, 3 février 1889 (en ligne sur Gallica).
Le XIXe siècle, 6 janvier 1890, 6 janvier 1890 (en ligne sur le Gallica).
Revue internationale de sociologie, janvier 1904 et juin 1905 (en ligne sur Gallica).

Bibliographie :
Bernard Desmars, « Comment l’École sociétaire finit. Les derniers militants fouriéristes, des années 1880 aux années 1930 », Cahiers Charles Fourier, n°23, 2012, p. 105-124 (en ligne sur le site de l’Association d’études fouriéristes).
Bernard Desmars, « Fouriéristes en quête d’identification. Les militants de l’École Sociétaire Expérimentale vers 1908-1910 », Cahiers Charles Fourier, n°23, 2012, p. 143-150 (en ligne sur le site de l’Association d’études fouriéristes).


Index

Lieux : Le Vaumain, Oise

Notions : Ecole sociétaire expérimentale - Famille - Propagande - Réalisation

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Duponchel (Deuzet), Amédée-Jules », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en mai 2017 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1882 (consultée le 21 mai 2017).

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