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Bernard Desmars  |  mise en ligne : janvier 2017

Job (de), Jean Gratien


Né le 25 pluviôse an X (14 février 1802) à Noyers (Yonne), décédé à Paris (Seine), dans le 8e arrondissement, le 20 mars 1876. Ingénieur, puis inspecteur des ponts et chaussées. Saint-simonien. Abonné au Phalanstère.


Jean Gratien de Job [1] est le fils d’un médecin, officier de santé dans l’Yonne. En 1820, il entre à l’École polytechnique, avant de rejoindre l’École des ponts et chaussées. À sa sortie, il travaille d’abord au canal de Bourgogne, puis dans le Var, et ensuite au canal du Nivernais. Nommé aspirant en 1826, il devient ingénieur ordinaire en 1827 et est installé à Decize (Nièvre). En 1830, il se marie à Versailles avec la fille d’un avocat, Pauline Célestine de Noireterre. Six enfants naissent de cette union [2].

Au début des années 1830, il fait partie d’un petit groupe d’ingénieurs de la Nièvre et des environs, sensibilisés aux idées saint-simoniennes, même s’il garde une certaine indépendance : « je suis toujours un de vos zélés par conviction en attendant l’enthousiasme religieux », écrit-il aux dirigeants du mouvement [3]. Mais peu après, Didion le trouve, avec son collègue Lebasteur, « tout pénétrés de l’esprit religieux qu’ils avaient d’abord négligés » [4]. Cependant, Job se sent isolé quand il essaie de propager le saint-simonisme dans les localités où il travaille :

Je me suis mis dans une position assez fausse en prêchant vos doctrines, non pas à Decize parce que j’y reste à peu près constamment et qu’il m’est facile de répondre aux injures des journaux et aux frayeurs qu’ils tâchent d’inspirer contre vous, mais à Châtillon-en-Bazois où je m’arrête pour mes tournées du canal ; j’ai cru que je serais dévisagé [défiguré] ; j’avais parlé souvent des améliorations que vous proposiez ; à mon dernier voyage, après tous les discours de tribune et les invectives de la presse, vous et moi par suite nous étions presque des anthropophages. A Paris, vous recevez des injures en commun, vous êtes réunis, votre zèle se réchauffe entre vous ; puis vous êtes véritablement apôtres ; mais à Châtillon-en-Bazois, isolé, seul contre tous, j’ai été tenté à plusieurs reprises de garder le silence. Néanmoins, je n’ai pu résister au désir de vous justifier [5].

Job envoie cependant à Michel Chevalier les noms et adresses de plusieurs personnes afin qu’on leur envoie l’organe saint-simonien Le Globe  ; et avec son ami Lebasteur, il essaie d’introduire quelques articles sur la doctrine dans un hebdomadaire, La Petite ville, publié à Moulins-Engilbert (Nièvre). Mais l’évolution de l’Église saint-simonienne et les schismes qui l’affectent amènent l’ingénieur à prendre encore davantage de distance avec Enfantin et ses amis ; fin mai 1832, il sent son « zèle se refroidir » ; cependant, il prolonge son abonnement au Globe [6].

Le 6 juillet suivant, il écrit à la direction du Phalanstère, afin de recevoir le journal fouriériste pendant six mois ; il renouvelle son abonnement en janvier et en septembre 1833 ; mais dans sa correspondance, il ne dit rien de ce qu’il pense du journal ou de la doctrine et n’apporte aucune information sur ses éventuelles activités propagandistes. On ne le retrouve plus ensuite dans la documentation fouriériste. Mais il continue à correspondre avec les saint-simoniens Prosper Enfantin et Michel Chevalier [7].

Décoré de la Légion d’honneur (1837), il est muté à la résidence d’Agen et travaille à partir de 1838 au canal latéral de la Garonne [8] ; il est promu la même année ingénieur en chef ; il dirige notamment la construction du pont qui enjambe la Garonne à Agen. En 1842, il est chargé des études du chemin de fer de l’Océan à la Méditerranée ; il passe en 1846 au service d’une compagnie privée, la Compagnie des chemins de fer du Midi, pour s’occuper des travaux entre Bordeaux et Sète. En 1847, il réintègre l’administration publique dans le département de la Charente-Inférieure, où il est chargé des travaux maritimes et du canal de Niort à La Rochelle. Promu officier de la Légion d’honneur en 1850, il devient inspecteur divisionnaire des ponts et chaussées l’année suivante. En 1853, il retourne dans le secteur privé, pour diriger les travaux du Grand Central, fonctions qui cessent avec la fin de la compagnie en 1857.

Il retrouve sa situation d’inspecteur (il est passé inspecteur général en 1854), mais est « mis en disponibilité sans traitement pour défaut d’emploi » pendant trois ans. En 1860, il est chargé de l’inspection d’une division des ponts et chaussées, mais il ne parvient pas à obtenir sa promotion à la première classe. Il est mis à la retraite en 1867.


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : mars 2017

Notes

[1La particule n’apparaît pas dans tous les documents ; mais en 1862, c’est le patronyme « de Job » qui est retenu par le tribunal de première instance de Mirande (Gers) (Archives nationales, F/14/2994, lettre de Job au ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, 16 février 1863 ; et Archives départementales de l’Yonne, état civil de Noyers, note du 29 décembre 1862 en marge de l’acte de naissance du 27 pluviôse an X, 16 février 1802).

[2Arbre généalogique de Jean Gratien de Job sur Geneanet

[3Lettre citée dans Guy Thuillier, « Les saint-simoniens à Nevers de 1831 à 1832 », Actes du quatre-vingt-onzième congrès national des Société savantes, Rennes 1966, section d’Histoire moderne et contemporaine, tome III, de la Restauration à la Deuxième Guerre mondiale, Paris, BN, 1969, p.148, note 23.

[4Guy Thuillier, article cité, p. 148.

[5Lettre du 3 janvier 1832, citée dans Guy Thuillier, article cité, p. 151.

[6Lettre du 28 mai 1832, citée dans Guy Thuillier, article cité, p. 152.

[7Marcel Emerit, « Le saint-simonisme dans les Charentes », Le Mouvement social, juillet-septembre 1974, p. 98. M. Emerit cite des lettres de Job des 23 mars 1838, 3 octobre 1849, 4 mars 1850 et 18 août 1850 (Bibliothèque de l’Arsenal, fonds Enfantin, ms. 7609, 7630 et 7708.

[8Archives nationales, F/14/2247/2, dossier de l’ingénieur Job, relevé de carrière.


Ressources

Sources :
Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 39 (681 Mi 65, vues 422 et 424), lettres de Job, du 6 juillet 1832 et du 28 septembre 1833 ; 10 AS 41 (681 Mi 71, vue 13), lettre du directeur de la poste à Decize, concernant le réabonnement de Job au Phalanstère, 16 janvier 1833.
Archives nationales, base Léonore, dossier de Légion d’Honneur LH/ 1367/28 (en ligne sur la base Leonore).
Archives nationales, F/14/2247/2, dossier de carrière et F/14/2994, dossier de pension.
Bibliothèque de l’Arsenal, fonds Enfantin, ms. 7609, f°86-87, lettres du 28 septembre 1831, des 3 janvier et 28 mai 1832.
Archives départementales de l’Yonne, état civil de Noyers, acte de naissance du 27 pluviôse an X (16 février 1802) (en ligne sur le site des Archives départementales de l’Yonne, vue 188/199).
Archives de Paris, état civil du 8e arrondissement, acte de décès du 20 mars 1876 (en ligne sur le site des Archives de Paris, vue 2/31).

Bibliographie :
Dictionnaire de biographie française, tome XVIII, Paris, Letouzey et Ané, 1994.
Marcel Emerit, « Le saint-simonisme dans les Charentes », Le Mouvement social, juillet-septembre 1974, p. 93-112.
Guy Thuillier, « Les saint-simoniens à Nevers de 1831 à 1832 », Actes du quatre-vingt-onzième congrès national des Sociétés savantes, Rennes, 1966, section d‘histoire moderne et contemporaine, tome III, De la Restauration à la Deuxième Guerre mondiale, Paris, Bibliothèque nationale, 1969, p. 141-156.

Sitographie :
Notice sur Jean-Gratien de Job.
« Famille polytechnicienne », fiche de Job (en ligne sur le site de la Bibliothèque de l’Ecole polytechnique.
Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier en ligne-Le Maîtron.
Fiche de Job, sur le site de la Société des études saint-simoniennes.
Site généalogique Geneanet sur la famille Job.
Fiche de Job sur le site de la Base de données internationale du patrimoine du génie civil.


Index

Lieux : Châtillon-en-Bazois - Decize, Nièvre

Notions : Propagande - Saint-simonisme

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Job (de), Jean Gratien », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en janvier 2017 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1841 (consultée le 7 août 2017).

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