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Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : novembre 2016

Quéru, Jacques-Edmond


Né à Paris (Seine) le 2 mars 1811. Négociant. Membre du groupe lyonnais de l’Union harmonienne en 1837 et correspondant pour l’année 1840.


Le 9 avril 1833, Jacques-Edmond Quéru épouse à Lyon (Rhône), Victoire Louise Chalmas. Il est alors commis-négociant résidant place de la Charité à Lyon. Il est le fils d’un rentier Alexis-André Quéru demeurant à Meaux (Seine-et-Marne) et de Jeanne-Françoise Bertrand. Son épouse est née à Lyon le 23 décembre 1812 du mariage de Jean-François Chalmas, teneur de livres en 1833 et de Jeanne-Victoire Benoit. Un premier enfant, Jean-François-Victor est déclaré à Lyon le 18 avril 1834. Jacques-Edmond Quéru est dit négociant. Le 17 décembre 1836 lors de la déclaration de naissance d’une fille Marie-Amélie, le couple demeure au 24 rue Poulaillerie à Lyon. En 1837, Quéru est établi 1 rue de Puzy. Il est corroyeur associé (Maison Chalmas et Quéru) et possède un magasin place de la Charité. En 1838, il dépose un brevet d’invention « pour un moyen de culoter [sic] promptement les pipes par un procédé chimique » [1]. Il s’agit de « noircir les pipes en terre à la première chaleur » explique-t-il lors du dépôt de sa demande de brevet. Il met en exergue le sentiment national, « le fumeur de notre pays se fait une sorte de gloire de posséder une pipe bien culotée [sic] » [2]. Il est établi comme fabricant à La Guillotière, quartier des rivières. Il réside néanmoins 4 rue de la Gerbe à Lyon lors de la déclaration de naissance de son fils Adrien-Marius le 20 avril 1838. En 1839, il est recensé 52 quai de Serin à la Croix-Rousse. Il y est locataire, et exerce comme fabricant de pipes associé à Adolphe Tessonnier. Il n’y est plus l’année suivante. Le 2 septembre 1840, lors de la déclaration de naissance de son fils Louis-Antoine, il est dit négociant en parfumerie et demeure 39 montée du chemin-neuf à Lyon. Le recensement de l’année le présente comme commis, et il est seul à être recensé à cette adresse. L’année suivante il a de nouveau déménagé, le logement est inoccupé. En avril 1848, lors du décès de son fils Jean-François-Victor, on le retrouve comme commis voyageur chez une couturière, la veuve Gay, 14 rue des Trois-Maries à Lyon.

Il est abonné à La Phalange en 1837. Après les obsèques de Charles Fourier, il présente le 2 novembre 1837 une « protestation » aux membres de l’Union harmonienne de Lyon à la suite du compte rendu donné par La Phalange. Approuvé unanimement par les membres présents du groupe, le texte est publié dans la Correspondance harmonienne. Quéru s’insurge contre les obsèques catholiques organisées par le centre parisien de La Phalange :

[…] « à trois heures le convoi funèbre se mit en marche et se dirigea vers l’église des Petits pères. Un service fut célébré sur le corps déposé au milieu du chœur »… et de ces deux nouvelles je ne sais quelle a été pour moi la plus déchirante. Quoi ! Charles Fourier, le révélateur de la loi de joie et d’évidence, vient d’être traîné par-devant le prêtre de la loi de contrainte et de sacrifice ! - N’a-t-il pas assez essuyé de dégoûts et d’humiliations pendant sa vie, faut-il encore qu’il soit outragé après sa mort ? - Il le faut : de soi-disant disciples auxquels il s’était confié l’ont voulu. Il faut qu’après sa mort on lui fasse faire une humiliante rétractation de sa doctrine aux pieds du prêtre romain ! il faut qu’après sa mort, celui qui mit à découvert toutes les ruses, toutes les fourberies du mercantilisme, vienne demander humblement un peu de prière pour son argent.
Disciples de Paris ! vous avez bien compris l’acte solennel que vous venez d’accomplir ? Avez-vous bien compris ce que signifiait le corps de notre maître aux pieds du prêtre de Rome ? N’avez-vous pas frémi de honte à l’aspect de corps sacré, écrasé sous le poids du bénitier ? Ne vous êtes-vous pas aperçus que chaque goutte de cette eau glissait sur ce cercueil et allait rejaillir sur ses divins livres où, prenant une teinte noire et funèbre, elle couvrait la plupart des pages et les anéantissait [sic].
Vous rappelez-vous quel miracle s’accomplit à la mort du Christ : « Alors les tombeaux s’ouvrirent, les morts ressuscitèrent, les pierres se fendirent, le rideau du temple se déchira en deux… »
Savez-vous à cette heure quel miracle s’accomplit aux obsèques de Fourier – Cinq cents feuillets se déchirent et tombent de ses livres – et c’est un miracle d’impiété et d’inconséquence.
Ceux qui ont présidé aux funérailles de Fourier, écrivaient, il y a un an, dans le premier numéro de La Phalange, au sujet du christianisme, à l’article Déclaration « Ce qui est mort est bien mort et a dû mourir, si nous touchons la pierre ce ne doit être que pour la sceller », auraient-ils voulu en ce jour solennel singer le miracle de la résurrection des morts ?
Plus tard, ils ont traité la question de la nullité sociale de l’évangile. Plus tard encore, ils ont, dans un article remarquable (De l’unité universelle), dessiné d’une manière tranchée les bases du dogme nouveau ; et hélas ! hier ils ont été mendier les secours du prêtre à la dernière heure. O versatilité inouïe de ces âmes !
[…]
Ce devait être chose bien curieuse et pitoyable à voir que ce service catholique, où se dessinait [sic] d’un côté un clergé, encensant avec dédain les dépouilles de l’homme dont la vie s’est usée à démolir pierre par pierre l’édifice de sa puissance… et de l’autre les soi-disant disciples du défunt, des hommes qui s’annoncent comme devant écraser sous le poids de leur logique, un dogme qu’ils regardent comme retenant l’humanité dans les chaînes de l’absurde et de l’ignorance. […] C’est de la civilisation à son plus haut degré de mensonge et de turpitude [3].

N’espérant aucune réponse des partisans de La Phalange, Quéru s’adresse « aux amis de l’Institut sociétaire » groupe dissident du centre parisien de La Phalange afin de savoir « dans ces graves circonstances [si] Fourier a […] exprimé que sa volonté dernière fût d’être déclaré catholique après sa mort, en recevant les honneurs funéraires catholiques ? - Ou bien les disciples de Paris ont-ils pu penser que l’âme de Fourier avait des expiations à faire et demandait des prières ? ».

Pour l’année 1840, il est annoncé comme correspondant de l’Union harmonienne, 52 quai de Serin à la Croix-Rousse. Il ne semble pas s’impliquer publiquement dans l’un ou l’autre des groupes phalanstériens qui s’organisent à Lyon au cours de la décennie.


Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : novembre 2016

Notes

[1Archives des découvertes et des inventions nouvelles faites dans les sciences, les arts et les manufactures, tant en France que dans les pays étrangers pendant l’année 1838…, Paris, Treuttel et Würtz, 1838, p. 469.

[2Institut national de la propriété intellectuelle, base Brevets du 19e siècle, 1BA6903 Déposant Quéru Jacques-Edmond, brevet d’un « moyen de culoter [sic] promptement les pipes, par un procédé chimique », 1838.

[3Correspondance harmonienne, n° 4, 4 novembre 1837 (cité par Henri Desroche, « Fouriérisme ambigu. Socialisme ou religion ? », Revue internationale de philosophie, vol. 16, n° 60 (2), 1962, pp. 216-218.


Ressources

Sources

Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, Archives sociétaires, 10AS31(1) (689Mi51, vue 17), « Liste des « abonnés [à La Phalange] qui ont droit aux gravures de Chartres », (1837 ?).
Archives municipales de Lyon, 3WP176 recensement, commune de Lyon, 2e arrondissement, section Saint-François, rue de Puzy, 1836 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 356).
Archives municipales de Lyon, 2E305 registre de l’état civil, acte de mariage n° 335 du 9 avril 1833 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 173).
Archives municipales de Lyon, 2E309 registre de l’état civil, acte de naissance n° 1367 du 18 avril 1834 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 241).
Archives municipales de Lyon, 2E438 registre de l’état civil, acte de décès n° 2820 du 28 juin 1848 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 17).
Archives municipales de Lyon, 2E322 registre de l’état civil, acte de naissance n° 4650 du 17 décembre 1836 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 388).
Archives municipales de Lyon, 2E333 registre de l’état civil, acte de naissance n° 1731 du 20 avril 1838 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 259).
Archives municipales de Lyon, 2E346 registre de l’état civil, acte de naissance n° 4135 du 2 septembre 1840 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 182).
Archives municipales de Lyon, 3WP033 recensement, commune de La Croix-Rousse, quai de Serin, 1839 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 210).
Archives municipales de Lyon, 921WP210 recensement, commune de Lyon, 5e arrondissement, Métropole, montée du Chemin-neuf, 1840 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 504).
Archives municipales de Lyon, 921WP218 recensement, commune de Lyon, 5e arrondissement, Métropole, montée du Chemin-neuf, 1841 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 407).
Archives municipales de Lyon, 3WP250 recensement, commune de Lyon, 5e arrondissement, Métropole, rue des Trois-Maries, 1845 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 214).
Institut national de la propriété intellectuelle, base Brevets du 19e siècle, 1BA6903 Déposant Quéru Jacques-Edmond, brevet d’un « moyen de culoter [sic] promptement les pipes, par un procédé chimique », 1838 (en ligne sur le site de l’INPI).
Correspondance harmonienne, n° 4, 4 novembre 1837 (transcrit par Henri Desroche, « Fouriérisme ambigu. Socialisme ou religion ? », Revue internationale de philosophie, vol. 16, n° 60 (2), 1962, pp. 200-220.
« Adresses des correspondants membres de l’Union harmonienne », Almanach social pour l’année 1840, Paris, Librairie sociale (1839), p. 183 (en ligne sur le site de la Bibliothèque virtuelle de l’Université de Poitiers, Premiers socialismes).
Annuaire administratif et commercial de Lyon et du département du Rhône pour 1838..., Lyon, Pelagaud, Lesne, Crozet, 1838, p. 97 (en ligne sur Google livres->https://books.google.fr/books?id=5yumyINro1oC&dq=Qu%C3%A9ru%20Lyon&hl=fr&pg=RA2-PA97#v=onepage&q=Qu%C3%A9ru%20Lyon&f=false]).
Archives des découvertes et des inventions nouvelles faites dans les sciences, les arts et les manufactures, tant en France que dans les pays étrangers pendant l’année 1838 : avec l’indication succincte des principaux produits de l’industrie française ; la liste des brevets d’invention, de perfectionnement et d’importation, accordés par le gouvernement pendant la même année, et des notices sur les prix proposés ou décernés par différentes sociétés savantes, françaises et étrangères, pour l’encouragement des sciences et des arts, Paris, Treuttel et Würtz, 1840, p. 469 (en ligne sur Google livres).
Description des machines et procédés spécifiés dans les brevets d’invention, de perfectionnement et d’importation…, tome 46, Paris, L. Bouchard-Huzard, 1842, p. 486 et p. 502 (en ligne sur Google livres).
Bulletin des lois du royaume de France…, premier semestre de 1839..., tome 18, Paris, Imprimerie royale, juillet 1839, p. 506 (en ligne sur Gallica).
Bulletin des lois du royaume de France…, premier semestre de l’année 1842, tome 24, Paris, Imprimerie royale, 1842, p. 686 (en ligne sur Gallica).

Bibliographie

Henri Desroche, « Fouriérisme ambigu. Socialisme ou religion ? », Revue internationale de philosophie, vol. 16, n° 60 (2), 1962, pp. 200-220.

Sitographie

Jean-Claude Sosnowski, « Liste des « abonnés [à La Phalange] qui ont droit aux gravures de Chartres », (1837 ?) », charlesfourier.fr, rubrique « Réalisations et propagation », avril 2014, en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1307 (consulté le 17 octobre 2016).


Index

Lieux : Lyon, Rhône

Notions : Catholicisme - Groupe local - Union harmonienne

Pour citer cette notice

SOSNOWSKI Jean-Claude, « Quéru, Jacques-Edmond », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en novembre 2016 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1797 (consultée le 24 mars 2017).

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