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Bernard Desmars  |  mise en ligne : octobre 2016

Maitrot de Varenne, François (Marie Alexandre)


Né le 18 janvier 1811 à Vannes (Morbihan), décédé le 8 mars 1891 à Blois (Loir-et-Cher). Ingénieur des ponts et chaussées. Abonné aux différents organes fouriéristes, des années 1840 jusque vers 1890. Apporte une aide financière à la Librairie des sciences sociales, des années 1860 aux années 1880.


François Maitrot de Varenne est le fils d’un rentier. Il est admis à l’École polytechnique en 1831, puis à l’École des ponts et chaussées en 1833 ; il est nommé aspirant ingénieur en 1837. Dès cette époque, il est abonné à La Phalange [1].
Promu ingénieur de seconde classe en 1839, il travaille à la direction des travaux maritimes à Rochefort, avec notamment Nicolas Lemoyne, disciple de Fourier et auteur de plusieurs brochures phalanstériennes. Au début des années 1840, il est toujours abonné à La Phalange [2].

Un socialiste à Rochefort

François Maitrot de Varenne est bien inséré dans la société de Rochefort. Il participe aux travaux de la Société d’agriculture, sciences et belles lettres de la localité. Il se marie en 1846 avec Félicité Céline Perrin, la fille d’un propriétaire de Rochefort. Deux enfants naissent de cette union, dont, en 1852, Paul, futur préfet de la Troisième République. En 1847, il est promu ingénieur de première classe en 1847. Sous la Seconde République, il s’engage nettement dans le camp républicain et socialiste. Dans l’été 1848, il se fait élire au conseil général de Charente-Inférieure, mais son élection est annulée par le conseil de préfecture, sa qualité d’ingénieur du port de Rochefort étant incompatible avec l’exerce du mandat de conseiller général ; il envisage alors de démissionner de ses fonctions d’ingénieur, mais y renonce finalement. Selon La Démocratie pacifique, il envisage la candidature aux élections législatives de mai 1849 [3].

Ses convictions et son engagement politiques lui valent de solides inimitiés locales ; en 1849, il est « signalé par divers représentants de la Charente-Inférieure comme socialiste », et ces élus demandent au ministre des Travaux publics sa mise en disponibilité ou son déplacement dans un autre département [4]. Il est effectivement muté en 1850 dans l’arrondissement de Fontenay, en Vendée. L’ingénieur en chef des ponts et chaussées en Vendée lui recommande « une grande circonspection dans sa conduite et dans la manifestation de ses opinions » [5].

Désormais, les fiches remplies par ses supérieurs sont très élogieuses : à la rubrique « Exactitude et régularité dans le service », elles indiquent : « remarquables (point d’occupations étrangères [au service]) » ; son « zèle » « ne laisse rien à désirer », sa « tenue » est « bonne », voire « excellente » ; son caractère est « doux et facile », ou encore « vif, [avec] de la rondeur [et un] fond excellent » ; son « éducation » est « bonne » ou même « parfaite ». Bref, c’est un « ingénieur très distingué, dirigeant parfaitement son service », il « a des qualités qui le recommandent à la bienveillance de l’administration », écrivent ses chefs qui sollicitent pour lui des promotions et des décorations [6].

Ayant rejoint la Haute-Garonne en 1853, il est affecté au service hydraulique. Il s’intéresse au projet d’installation d’une colonie au Texas et apporte son soutien financier à l’initiative dirigée par Considerant [7]. En 1856, il est promu ingénieur en chef et nommé dans le Finistère ; il est d’abord chargé du service ordinaire, puis du service maritime du département, avant de prendre la direction des travaux du port Napoléon (ou port de commerce) à Brest. L’activité qu’il déploie dans cette dernière fonction suscite de vibrants éloges de la part de la municipalité et de la Chambre de commerce ; le maire de Brest prend en 1873 un arrêté attribuant son nom à une rue voisine du port [8]. De 1866 à 1872, Maitrot de Varenne est en poste à Blois (Loir-et-Cher), où il reçoit la croix d’officier de la Légion d’honneur (en 1867), avant d’être nommé inspecteur général du corps des ponts et chaussées. Il prend sa retraite en 1876.

Un engagement fouriériste maintenu

Si, à partir de 1850, il avait dû taire ses opinions socialistes, il renoue avec l’École sociétaire à la fin des années 1860.

Je vois avec bien du plaisir l’École sociétaire donner signe de vie et faire paraître La Science sociale. Quoique mes occupations m’eurent [sic] empêché jusqu’ici de suivre comme je l’aurais voulu les efforts que vous avez tenté ces dernières années pour reconstituer un centre, je prends toujours le plus vif intérêt à vos travaux [9].

Il s’abonne à La Science sociale en 1867 et verse 100 francs pour la Librairie des sciences sociales [10] ; dans la décennie suivante, il s’abonne au Bulletin du mouvement social [11]. Dans les années 1870 et au début des années 1880, il envoie à plusieurs reprises des sommes d’argent pour empêcher ou plutôt repousser la liquidation de la Librairie des sciences sociales [12]. Il assiste au banquet du 7 avril 1879 [13]. Il est abonné en 1881 au Devoir, le périodique publié par Jean-Baptiste Godin, le fondateur du Familistère de Guise [14]. Au milieu des années 1880, alors que la Librairie des sciences sociales a été dissoute, quelques disciples s’efforcent de reconstituer une organisation fouriériste, qui prend le nom de Ligue du progrès social ; Maitrot de Varenne fait partie de ses membres [15]. Cette Ligue, sous la direction d’Hippolyte Destrem, publie à partir de 1888 La Rénovation, périodique auquel Maitrot de Varenne s’abonne, dernière manifestation de son engagement fouriériste [16].


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : octobre 2016

Notes

[1Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, Archives sociétaires, 10AS31(1) (689Mi51, vues 10-22). Cf. Jean-Claude Sosnowski, « Liste des « abonnés [à La Phalange] qui ont droit aux gravures de Chartres », (1837 ?) », charlesfourier.fr , rubrique « Réalisations et propagation », avril 2014, en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1307.

[2École normale supérieure, fonds Considerant, carton 3, dossier 2, chemise 1, cahier n°4 ; un abonnement d’un an est pris en février 1842.

[3La Démocratie pacifique, 7 mai 1849.

[4Archives nationales, F/14/2274/1, dossier professionnel de Maitrot de Varenne, note de Bineau, ministre des Travaux publics.

[5Archives nationales, F/14/2274/1, dossier professionnel de Maitrot de Varenne, rapport de l’ingénieur en chef du département de la Vendée, 1850.

[6Archives nationales, F/14/2274/1, dossier professionnel de Maitrot de Varenne, rapports de ses supérieurs.

[7Bibliothèque municipale de Lyon (Part-Dieu), fonds Rude, carton 55, liste de souscripteurs pour le Texas.

[8Cette décision est annulée par le ministre de l’Intérieur, Maitrot de Varenne étant alors toujours vivant et même en exercice et ne pouvant donc voir son nom attribué à une rue. Archives nationales, F/1cI/147, hommages, Finistère, dossier sur les rues Blaneau et Maitrot et de Varenne, à Brest.

[9École normale supérieure, carton 13, dossier 1, lettre de Maitrot de Varenne depuis Blois, s. d. [1867].

[10École normale supérieure, fonds Considerant, carton 2, dossier 12, rapport de Le Rousseau et de Lesage sur la Librairie des sciences sociales, comptes de la Librairie, versements.

[11École normale supérieure, carton 4, dossier 3, chemise 2, registre de recettes et de dépenses mai 1877-février 1880, abonnements de Maitrot de Varenne en janvier 1878 et janvier 1879. Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 39 (681 Mi 66), lettre de Limousin (19 mai 1880) signalant à Talon qu’il a reçu le montant de l’abonnement de Maitrot de Varenne.

[12Il s’engage en 1879-1880 pour 50 francs par an, somme qu’il verse régulièrement en 1880, 1881 et 1882. Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 32 (681 Mi 53).

[13107e anniversaire de Fourier – Nécrologie phalanstérienne – Propagation morte –Doctrine vivante – Le 7 avril à Marseille, Paris, Librairie des sciences sociales, 1879, p. 2.

[14Archives du Familistère de Guise, registre des abonnés, service gratuit et échanges au 1er octobre 1881 ; documents aimablement transmis par Nicolas Sauvé.

[15Bulletin n°2 de la Ligue du progrès social (conservé à la Bibliothèque municipale de Nevers, fonds Morlon, 1364, dossier 7).

[16La Rénovation, n°21, 20 octobre 1890, « Petite correspondance ».


Ressources

Œuvres :
Rapport fait à la société d’agriculture, sciences et belles-lettres de Rochefort sur la fabrique d’horlogerie de M. Rodanet (avec Boissac, Bonnet de Lescure, Eug. Roy-Bry et Le Moyne), s. l., s. d., 22 p.
Hydraulique agricole. Des irrigations et dessèchements dans le département de la Haute-Garonne, Paris, V. Dalmont, 1857, XVI-400 p., planches.
Voies de communication départementales et vicinales. Lettre de l’ingénieur en chef de Loir-et-Cher à MM. les membres du Conseil général, Blois, Impr. de Lecesne, 1872, 32 p.
La Seine maritime, son estuaire et ses ports, lettre à M. L.-L. Vauthier, Paris, Vve C. Dunod, 1886, 42 p.

Sources :
Archives nationales, F/1cI/147, hommages publics, Finistère.
Archives nationales, F/14/2274/1, dossier professionnel de Maîtrot de Varenne.
Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, Archives sociétaires, 10 AS 31(1) (689Mi51, vue 17), « Abonnés [à La Phalange] qui ont droit à la gravure de Chartres », s.d. [1837 ?]
Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 32 (681 Mi 53), Librairie des sciences sociales ; 10 AS 39 (681 Mi 66), lettre de Limousin à Tallon, 19 mai 1880.
Archives nationales, base Léonore, dossier de Légion d’honneur de François Marie Alexandre Maitrot de Varenne, LH/1700/52 (en ligne sur la base Léonore)
Archives nationales, base Léonore, dossier de Légion d’honneur de Paul Maitrot de Varenne, LH/1700/53 (en ligne sur la base Léonore).
Bibliothèque de l’École polytechnique, Famille polytechnicienne, base de données des élèves de l’École polytechnique (en ligne sur la Famille polytechnicienne)
École normale supérieure, fonds Considerant, carton 2, dossier 12, rapport de Le Rousseau et de Lesage sur la Librairie des sciences sociales.
École normale supérieure, fonds Considerant, carton 3, dossier 2, chemise 1, cahiers d’abonnement à La Phalange.
École normale supérieure, carton 4, dossier 3, chemise 2, registre de recettes et de dépenses mai 1877-février 1880.
École normale supérieure, carton 13, dossier 1, correspondance en 1866 et 1867, lettre de Maitrot de Varenne depuis Blois, s. d. [1867].
Bibliothèque municipale de Lyon (Part-Dieu), fonds Rude, carton 55, liste de souscripteurs pour le Texas.
Bibliothèque municipale de Nevers, fonds Morlan, 1364, dossier 7, Ligue du progrès social, Bulletin, n°2.
Archives du Familistère de Guise, Registre des abonnés, service gratuit et échanges au 1er octobre 1881 (documents aimablement transmis par Nicolas Sauvé, auteur de Le Devoir (1878-1888), outil de propagande du familistère de Guise, mémoire de master 1 d’histoire contemporaine, université de Picardie Jules Verne, 2006).
Archives départementales du Morbihan, état civil de Vannes, acte de naissance, 19 juillet 1811 (en ligne sur le site des Archives départementales du Morbihan, vue 8/78).
Archives départementales du Loir-et-Cher, état civil de Blois, acte de décès, 9 mars 1891 (en ligne sur le site des Archives départementales du Loir-et-Cher, vue 510/655).]
La Démocratie pacifique, 7 mai 1849.
107e anniversaire de Fourier – Nécrologie phalanstérienne – Propagation morte – Doctrine vivante – Le 7 avril à Marseille, Paris, Librairie des sciences sociales, 1879, 31 p.
La Rénovation, n°31, 20 octobre 1890.

Sitographie :
Jean-Claude Sosnowski, « Liste des « abonnés [à La Phalange] qui ont droit aux gravures de Chartres », (1837 ?) », charlesfourier.fr , rubrique « Réalisations et propagation », avril 2014, en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1307.


Index

Lieux : Blois, Loir-et-Cher - Brest, Finistère - Rochefort-sur-Mer, Charente-Maritime

Notions : Librairie - Politique - Presse - Souscription

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Maitrot de Varenne, François (Marie Alexandre) », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en octobre 2016 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1787 (consultée le 17 avril 2017).

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