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Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : mars 2016

Jolly, Antoine


Artiste peintre à Paris. Membre du Comité de la souscription phalanstérienne en 1841. Administrateur de l’Union industrielle du Brésil à Paris. Membre de la colonie du Sahy (Brésil) en 1842. Proche de Benoît Mure.


Le nom de Jolly est cité comme celui de l’un des principaux contributeurs au premier bal organisé en février 1840 pour la souscription phalanstérienne initiée par le groupe du Nouveau Monde. Avec Rouffinel et Lahaye, il est à l’origine des « grands tableaux et inscriptions qui décoraient la salle » [1]. Il est inscrit comme peintre sur la « liste des principaux artistes et travailleurs appartenant à l’École sociétaire, résidans (sic) à Paris » [2]. Il est établi 113 rue Faubourg Poissonnière à Paris. En janvier 1841, Jolly [3], dont l’adresse est cette fois au 34 rue Vieille-du-Temple à Paris, est membre du « Comité de la souscription phalanstérienne » organisée par le groupe du Nouveau Monde (il ne l’était pas en mars 1840 à la différence de Lahaye). A la même date, Le Premier Phalanstère inscrit la somme de 3 francs au nom de Jolly pour la fondation du phalanstère d’enfants, projet vers lequel se concentre l’effort du comité. En avril 1841, Jolly, artiste peintre est désigné comme l’un des administrateurs de l’Union industrielle dirigée par Arnaud, Jamain et Derrion, union chargée de recruter des colons pour établir un phalanstère au Brésil à l’initiative de Benoît Mure. La société, dont l’acte est déposé à Paris le 21 mai 1841, est établie provisoirement chez le docteur Arnaud et son intitulé est ainsi libellé : « Arnaud, Jamain, Derrion et compagnie » [4]. Mais Mure déjà au Brésil n’est pas solidaire de cette organisation. Le contrat fait suite à un précédent qu’il a déposé en septembre 1840 auprès du consul du Brésil, contrat qui lui confiait « des pouvoirs pour l’obtention d’une concession et la négociation d’un prêt auprès du gouvernement brésilien » [5].
Le 21 octobre 1841, Jolly embarque avec Derrion et 107 autres migrants pour le Brésil [6]. Le 14 décembre le navire entre en baie de Rio de Janeiro. Mais les colons à peine débarqués et reçus par l’empereur du Brésil, la désunion éclate au grand jour. Jolly, bien que membre du conseil d’administration de l’Union industrielle, société refusée par Mure, prend le parti de ce dernier avec 28 autres « réfractaires » dénonçant des « camarades fainéants » [7]. Le 30 décembre, il est du voyage de La Caroline qui mène les partisans de Mure (et une poignée de fidèles de Derrion et Jamain) à l’île de São Francisco do Sul face à la péninsule du Sahy ; Derrion, Jamain et d’autres sont abandonnés à Rio de Janeiro. De São Francisco do Sul, Mure mène ses fidèles aux terres de la colonie, sur la péninsule. Le 19 janvier 1842, afin de garantir son autorité sur les colons, et afin de répondre à la demande des autorités brésiliennes, Mure réclame l’approbation d’un « contrat social ou règlement intérieur de la colonie sociétaire » [8] par signature de chacun des colons. Jolly est de ceux qui tentent de convaincre les colons de cette nécessité. Les autorités brésiliennes finissent par reconnaître Benoît Mure comme le directeur légitime de la colonie ; néanmoins les colons ont été recrutés par la société « Arnaud, Jamain, Derrion et compagnie ». C’est pourquoi Mure intime à Jolly l’ordre de retourner en France afin de recruter de nouveaux volontaires. Jolly et son épouse arrivent à Rio de Janeiro le 25 février 1842 [9], et embarquent pour Paris afin de revenir d’ici quelques mois avec des « colons soumis et industrieux » [10].
À Paris, pour l’aider dans sa tâche, il retrouve le peintre en bâtiment Rouffinel qui n’a pas embarqué pour le Brésil en octobre 1841. Il ouvre un bureau de recrutement, concurrent de celui de la société « Arnaud, Jamain, Derrion et compagnie », au 29 rue de la Chaussée d’Antin [11]. Jolly est probablement à l’origine de la création de l’Agence coloniale du Brésil installée 8 rue des Prouvaires à Paris (c’est l’adresse données par deux phalanstériens depuis 1840, le docteur en médecine et chirurgien dentiste Guidon de Weysset [12] et le chapelier Neville [13]). En juillet 1842, quelques semaines après le retour de Jolly à Paris, l’agence publie Phalanstère du Brésil. Voyage dans l’Amérique méridionale [14]. Cette lettre est un outil de propagande en vue de recruter de nouveaux colons. L’action semble efficace ; afin de transporter cent-dix-sept nouvelles recrues, Jolly passe contrat avec un armateur à Dunkerque, Charles Delrue qui affrète un navire pour le Brésil [15] en août 1842. Le nom d’Antoine Jolly disparaît alors des écrits et archives sociétaires.


Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : mars 2016

Notes

[1« Faits divers », Le Nouveau Monde, 1er mars 1840, p. 4. L’orthographe de son nom donnée dans cet article est « Joly » mais il ne s’agit probablement pas de l’œuvre du musicien Alfred Joly mais bien de celle d’un peintre comme Rouffinel et Lahaye.

[2Almanach social pour l’année 1841, Paris, Librairie sociale (1840), p. 173.

[3Est-ce le même individu ?

[4Manifeste et statuts de l’Union industrielle, Paris, au siège la Société, 1841, p. 10, cité par Laurent Vidal, Ils ont rêvé d’un autre monde, Paris, Flammarion, 2014, pp. 100-101.

[5Laurent Vidal, opus cité, p. 100.

[6Laurent Vidal, opus cité, p. 150.

[7« Officio de Henri Jules Wallenstein à M. le Comte », 9-21 décembre 1841, Bibliothèque nationale de Rio de Janeiro, Mss. I-28-17, 14, n° 5, cité par Laurent Vidal, opus cité, p. 185 et p. 190.

[8Archives historiques de Joinville (Santa Catarina, Brésil), Coleção Carlos Ficker, « Lettre de Benoît Mure au président de la province », 2 février 1842, citée par Laurent Vidal, opus cité, pp. 202-203.

[9Diário do Rio de Janeiro, 25 février 1842, cité par Laurent Vidal, opus cité, p. 219. Le journal note l’arrivée à bord du Concordia d’« Antonio Jally » à Rio.

[10Archives historiques de Joinville (Santa Catarina, Brésil), Coleção Carlos Ficker, « Lettre de Benoît Mure au président de la province », 13 février 1842, citée par Laurent Vidal, opus cité, p. 219.

[11Il s’agit de l’adresse du marchand de matériel pour peintre, Jules Berville (Sébastien Bottin, Almanach-Bottin du commerce de Paris, des départements de la France et des principales villes de France…, 1842, Paris, Au bureau de l’Almanach du commerce (1841), p. XLVIII).

[12« Liste des principaux artistes et travailleurs appartenant à l’École sociétaire, résidans (sic) à Paris », Almanach social pour l’année 1841, Paris, Librairie sociale (1840), p. 170. « Membres du Comité de la souscription phalanstérienne », Le Premier Phalanstère, 15 janvier 1841, p. 2. « Travailleurs de l’École phalanstérienne », Le Premier Phalanstère, 15 janvier 1841, p. 4.

[13« Deuxième liste de la souscription pour la fondation du phalanstère d’enfants », Le Premier phalanstère, lundi 15 février 1841, p. 4.

[14Louise Bachelet, Phalanstère du Brésil. Voyage dans l’Amérique méridionale, Paris, Agence coloniale du Brésil, 1842, 20 p. ; Laurent Vidal, opus cité, p. 227-228, attribue ce texte à Benoît Mure et invalide le fait que l’auteur soit Louise Bachelet.

[15Laurent Vidal, opus cité, pp. 232-233.


Ressources

Sources

« Propagande populaire. Bal pour la souscription phalanstérienne », Le Nouveau Monde, 1er mars 1840, p. 2.
« Faits divers », Le Nouveau Monde, 1er mars 1840, p. 4.
« Membres du Comité de la souscription phalanstérienne », Le Premier Phalanstère, 15 janvier 1841, p. 2.
« Première liste de la souscription pour la fondation du phalanstère d’enfants », Le Premier Phalanstère, 15 janvier 1841, p. 4.
« Liste des principaux artistes et travailleurs appartenant à l’École sociétaire, résidans (sic) à Paris », Almanach social pour l’année 1841, Paris, Librairie sociale (1840), p. 173 (en ligne sur le site de la Bibliothèque virtuelle, Les Premiers socialismes, Université de Poitiers).

Bibliographie

Laurent Vidal, Ils ont rêvé d’un autre monde, Paris, Flammarion, 2014, pp. 100-101, p. 150, p. 185, p. 190, p. 203, p. 219, p. 225, p. 232.


Index

Lieux : Paris, Seine - Sahy ou Sai (São Francisco do Sul, Santa Catarina), Brésil

Notions : Enfance - Essai sociétaire - Fête - Groupe local - Réalisateurs - Souscription

Pour citer cette notice

SOSNOWSKI Jean-Claude, « Jolly, Antoine », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en mars 2016 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1704 (consultée le 13 août 2017).

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