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GILMORE Jeanne : La République clandestine. 1818-1848 (1997)

Paris, Aubier, 1997, 452 p.


Bernard Desmars  |  1997 / n° 8 |  décembre 1997



Index

Personnes : Gilmore, Jeanne

Pour citer ce document

DESMARS Bernard , « GILMORE Jeanne : La République clandestine. 1818-1848 (1997)  », Cahiers Charles Fourier , 1997 / n° 8 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article158 (consulté le 10 décembre 2017).

Texte intégral

A l’automne 1822, les quatre sergents de la Rochelle sont exécutés pour leur participation à un complot de la Charbonnerie ; au même moment, Fourier publie son Traité de l’association domestique-agricole. La rédaction et la publication en 1829 du Nouveau monde industriel et sociétaire sont contemporaines de l’agitation libérale et républicaine qui aboutit à la révolution de 1830. Sous la Monarchie de Juillet, la diffusion des idées républicaines s’effectue parallèlement à la propagande menée par l’École sociétaire. Quels sont les liens entre les deux mouvements ? Et plus précisément, quelles ont été les attitudes des fouriéristes envers les combattants de la République ? On connaît le peu d’intérêt éprouvé par Fourier pour les questions institutionnelles et sa défiance pour ce qui peut rappeler la Révolution française. De même, Considerant, pendant une grande partie de la Monarchie de Juillet, ne montre guère d’hostilité envers le régime. Pourtant, on sait aussi, et la lecture de La République clandestine et de son index, le confirme, que des hommes plus ou moins proches de Fourier et de l’École sociétaire (Gabet à Dijon, Guépin à Nantes et surtout Cantagrel à La Démocratie Pacifique) se sont investis dans la lutte républicaine contre la monarchie de Louis-Philippe, aux côtés d’ailleurs d’autres "socialistes utopiques" tels que Cabet, Louis Blanc, Leroux... La Démocratie pacifique se retrouve à plusieurs reprises associée à d’autres journaux républicains en 1847 et 1848, en particulier dans la campagne des banquets qui mène à la révolution de février 1848. Aussi espère-t-on, en abordant La République clandestine de J. Gilmore, obtenir quelques lumières sur les relations entre les fouriéristes (et plus largement les socialistes utopiques) et les républicains.

Malheureusement, l’ouvrage ne permet guère de comprendre comment on est passé de la méfiance initiale de nombreux fouriéristes envers la République à l’adhésion et à la participation de nombre d’entre eux, et en particulier de Considerant, à celle qui s’installe en 1848. Il est vrai que l’ouvrage vise principalement à tracer le récit des activités clandestines des républicains. C’est d’ailleurs là sa principale limite : s’intéressant surtout aux conspirations, organisations occultes, rencontres secrètes de chefs républicains, et organisé selon une trame événementielle, il ne montre pas nettement ce qui rapproche et ce qui distingue les différents acteurs de cette histoire, libéraux, républicains et réformateurs sociaux. Surtout, l’enracinement social de l’idée républicaine, les modalités de sa diffusion ne sont pas vraiment abordés pour eux-mêmes, mais seulement effleurés à travers les portraits des républicains et les difficultés des journaux avec la censure.

Ceci est sans doute accentué par les choix bibliographiques de l’auteur qui a abondamment utilisé le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle (paru entre 1863 et 1879), dont l’auteur, Pierre Larousse, est contemporain des événements présentés. Pourtant, outre que cette oeuvre peut surtout témoigner sur l’opposition républicaine à l’époque du Second Empire, elle ne peut dispenser de recourir à des travaux plus récents d’histoire sociale et politique : par exemple, le récit des révoltes lyonnaises des Canuts se réfère aux notices consacrées par Larousse, mais néglige les recherches des historiens. De même, les études d’histoire régionale (de M. Agulhon sur Toulon et le Var ; de G. Dupeux sur le Loir-et-Cher, par exemple) qui abordent la vie politique au temps de la monarchie censitaire ne sont pas mentionnées.

Malgré ses lacunes et ses choix discutables, l’ouvrage souligne l’effervescence politique et idéologique des années 1815-1848, où coexistent les ambitions de réorganisation sociale et les tentatives de révolution politique. Pour mieux comprendre les liens entre les unes et les autres, il faut sans doute un travail plus systématique reposant sur l’analyse des textes (journaux, brochures, correspondances), sur l’étude des trajectoires individuelles et des projets collectifs.


Bernard Desmars

Bernard Desmars

Bernard Desmars est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Lorraine. Après avoir étudié la délinquance des premières décennies du XIXe siècle, il s’intéresse depuis quelques années déjà aux militants fouriéristes, et surtout à ce qu’ils deviennent après la Seconde République, aux voies qu’ils empruntent pour réaliser leurs ambitions et concrétiser leurs idéaux. Il participe depuis une quinzaine d’années aux activités de l’Association d’études fouriéristes. Il a récemment publié Militants de l’utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle (Dijon, Presses du Réel, 2010)


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