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Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : janvier 2015

Édant, Gabriel


Né à Lyon (Rhône) le 4e jour complémentaire an IX (21 septembre 1801). Décédé le 1er juin 1863 à Lyon. Commerçant et fabricant en soieries. Correspondant de l’Union harmonienne à Lyon pour l’année 1840. Communiste néo-babouviste. Franc-maçon.


Gabriel Édant est le fils de Claude Philippe Etienne Édant et Jeanne Cotte. Le 28 janvier 1841, il épouse Françoise Marie Louise Kertzel marchande de modes à Lyon, née le 7 juin 1814, fille d’un rentier dont il est veuf très tôt. Une fille naît de cette union.
Son adhésion au fouriérisme date des années 1836-1837. Alors qu’il contribue à la fondation de différentes sociétés secrètes (la Société des Fleurs, celle des Familles puis celle des Égaux) qui font de lui un communiste néo-babouviste proche de Joseph Benoit dont il est l’ami, il est néanmoins correspondant de l’Union harmonienne pour l’année 1840, dit résidant passage de la Banque à Lyon. En 1840, il est établi 17 rue des Capucins et réside chez sa sœur 11 rue Saint-Pierre.
Avant la Révolution de 1848, il figure « des premiers, et comme un des plus intelligents, dans le parti socialiste » [1]. Il est l’un de ceux qui assurent les liens entre les socialistes lyonnais et parisiens « par ses amis Ch. Teste, Pierre Leroux, George Sand, Ferdinand François » [2].

Membre du conseil municipal provisoire ou comité révolutionnaire issu de la Révolution de février 1848, il préside la commission des subsistances. Il siège au comité d’organisation du travail à Lyon, commission établie par Emmanuel Arago, « chargée de régler les différends entre patrons et ouvriers et de rechercher la meilleure organisation sociale » [3]. Cette commission, présidée par Morellet, « était l’œuvre des phalanstériens » [4]. Édant en est l’un des vice-présidents au côté de Joseph Benoit. Il y dépose un vœu réclamant la « suppression des ateliers dans les maisons de réclusions et communautés religieuses, à charge pour le gouvernement de prendre sous sa protection les enfants que cette mesure laisserait sans ressources » [5]. Il est pressenti comme candidat lors des élections à l’Assemblée nationale constituante. Le journal déclare qu’« il circule une [...] liste émanée, dit-on, des loges maçonniques, mais que nous croyons avoir été faite par l’école phalanstérienne, parce que la plupart des noms appartiennent à cette école, et que des socialistes populaires n’y ont été joints que pour servir de passeport aux autres » [6]. Son nom est cité avec ceux de Greppo, Joseph Benoit, Guillermain et Gabriel Charavay, « des républicains et des socialistes franchement populaires » [7]. Le nom d’Édant est finalement retiré des listes de candidats [8]. Présenté sur les listes du Censeur et du Club central comme Morellet et Morlon, il est élu conseiller municipal de Lyon en juin 1848 [9] et devient adjoint au maire. Il prend position contre le décret du gouvernement du 30 mai promulgué afin de substituer le travail à la tâche au travail à la journée dans les ateliers nationaux. Bien que le conseil municipal accepte cette substitution, Édant émet une critique de principe : le travail à la journée à le mérite de préserver le plus faible et d’empêcher « le plus fort d’absorber la portion du plus faible […]. Malheureusement, nous sommes placés dans une situation doublement difficile pour défendre ce principe. D’une part nous avons à administrer les fonds de la cité, et dans les circonstances présentes, il y a nécessité de les sauvegarder autant que possible ; d’autre part nous avons constaté à notre grand déplaisir que le travail a été si mal fait dans les chantiers nationaux, que chercher à le défendre serait se rendre complice d’une dilapidation des deniers publics » [10]. Il se démet de ses fonctions d’adjoint lors de la séance du 28 août 1848 [11].
En septembre 1848, il est élu conseiller général du Rhône. Le 5 décembre 1851, un mandat d’arrêt est lancé contre lui. Il est impliqué dans le mouvement associationniste lyonnais des années 1848-1851. Au début de l’année 1849, il participe à la fondation de l’Association démocratique des industries réunies. L’association a pour but l’achat et la confection, la vente et l’échange de tous objets quelconques, mobiliers ou immobiliers, travaux et industries en tous genres. Elle met en exploitation un café, dit « démocratique », 3, place du Perron, à Lyon et une boucherie 12, rue des Tables-Claudiennes.
Il est démis de son mandat de conseiller général le 26 février 1853 pour refus de prêter serment à l’empereur. Bien que retiré de la vie publique, il continue de militer dans les rangs républicains jusqu’à sa mort. Toujours négociant, il réside lors de son décès 14 rue du Trion à Lyon.
En 1865, un ami Armand Fraisse publie quelques-uns de ses écrits, Chansons et quatrains. C’est l’œuvre d’un « libre-penseur, franc-maçon » [12], homme aux « aspirations fraternelles [… à la] nature franche, ouverte et aimante » [13]. Mais aucun écrit à caractère politique n’est publié. Sa bibliothèque donne lieu à une vente publique [14].


Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : janvier 2015

Notes

[1Joseph Benoit, Souvenirs de la République de 1848, Lyon-Paris, Genève, Duchamp et Cie, Corraterie, 1855, p. 29, note 1.

[2Ibidem.

[3Léon Lévy-Schneider, « Les débuts de la révolution de 1848 à Lyon à propos d’un ouvrage récent », Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome IX, 1911, p. 55.

[4Joseph Benoit, Souvenirs de la République de 1848, Lyon-Paris, Genève, Duchamp et Cie, Corraterie, 1855, p. 37.

[5« Extrait des registres de la commission de l’organisation du travail, séance du 8 mars », Le Tribun du peuple, 13 mars 1848, cité par François Dutacq, opus cité, p. 203.

[6« Examen des candidatures. (Suite. - Voir les n° 11 et 13) », Le Tribun du peuple, 26 mars 1848, pp. 1-2.

[7Ibidem

[8François Dutacq, opus cité, pp. 336-337, note 5.

[9Le Censeur, 17 juin 1848 et Le Peuple souverain, 17 juin 1848, cités par François Dutacq, op. cit., pp. 409-410, note 5.

[10Archives municipales de Lyon, 1217WP78 registre des délibérations de la ville de Lyon, séance du 22 juin 1848, p. 211, pp. 83-85, cité par François Dutacq, op. cit., p. 420, note 4.

[11Archives municipales de Lyon, 1217WP78 registre des délibérations de la ville de Lyon, séance du 28 août 1848, p. 211.

[12Léopold Niepce, Les Bibliothèques anciennes et modernes de Lyon, Lyon, Henri Georg [1876], p. 319.

[13Chansons et quatrains, Lyon, imprimerie Rey et Sézanne, 1865, p. V.

[14[Vente (Livres)], Lyon, A. Brun, 24 novembre 1863, 32 p.


Ressources

Œuvres

Chansons et quatrains, Lyon, imprimerie Rey et Sézanne, 1865 (en ligne sur Gallica).

Sources

Archives municipales de Lyon, état civil de Lyon, 2E1170 registre des décès, 5e arrondissement, acte n° 486 du 2 juin 1863 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 96).
Archives municipales de Lyon, état civil de Lyon, 2E353 registre des mariages, acte n° 92 du 28 janvier 1841 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 47).
Archives municipales de Lyon, 921 WP 205 recensement, 1er arrondissement, 1840 pour 1841, 5e section, Les Capucins (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 12).
Archives municipales de Lyon, 1217WP78 registre des délibérations de la ville de Lyon, 20 janvier 1848-28 décembre 1848 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon).
« Adresses des correspondants membres de l’Union harmonienne », Almanach social pour l’année 1840, Paris, Librairie sociale (1839), p. 180 (en ligne sur le site de la Bibliothèque virtuelle de l’Université de Poitiers, Premiers socialismes).
« Extrait des minutes du greffe de la Cour royale de Lyon. Liste des trente-six jurés... », Le Censeur, journal de Lyon, 24 février 1838, p. 2 (en ligne sur la Bibliothèque numérique de Lyon, Numelyo).
L’Organisateur lyonnais, bulletin républicain, 28 février 1848, p. 4 (en ligne sur la Bibliothèque numérique de Lyon, Numelyo).
Feuille du jour. Nouvelles de Paris (Correspondance particulière), 5 mars 1848, p. 2 (en ligne sur la Bibliothèque numérique de Lyon, Numelyo).
Le Tribun du peuple, organe de la Société démocratique, 12 mars 1848, p. 2 (en ligne sur la Bibliothèque numérique de Lyon, Numelyo).
Le Tribun du peuple, organe de la Société démocratique, 16 mars 1848, p. 1 (en ligne sur la Bibliothèque numérique de Lyon, Numelyo).
« Examen des candidatures. (Suite. - Voir les n° 11 et 13) », Le Tribun du peuple, 26 mars 1848, pp. 1-2 (en ligne sur la Bibliothèque numérique de Lyon, Numelyo).
Le Censeur, journal de Lyon, 27 mai 1848, p. 3 (en ligne sur la Bibliothèque numérique de Lyon, Numelyo).
Statuts de l’Association démocratique des industries réunies, Lyon, Rey-Sézanne, 1849 (en ligne sur Gallica).
Joseph Benoit, Souvenirs de la République de 1848, Lyon-Paris, Genève, Duchamp et Cie, Corraterie, 1855, p. 37 (en ligne sur Hathi trust).
Joseph Benoit, Confessions d’un prolétaire (Lyon, 1871) présentées par Maurice Moissonnier, avec le concours de Jean Nicot,..., Paris, Éditions sociales, 1968.

Bibliographie

François Dutacq, Histoire politique de Lyon pendant la révolution de 1848 (25 février-15 juillet). Thèse pour le doctorat présentée à la faculté des lettres de Lyon, Paris, Edouard Cornély, 1910 (en ligne sur Gallica).
Jean Gaumont, « De l’origine des influences subies par certaines associations précoopératives », Revue des études coopératives, 8e année, n° 30, janvier-mars 1929, pp. 151-160 (en ligne sur Gallica).
Léon Lévy-Schneider, « Les Débuts de la révolution de 1848 à Lyon à propos d’un ouvrage récent », Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome IX, 1911, pp. 24-61, 177-198.
Léopold Niepce, Les Bibliothèques anciennes et modernes de Lyon, Lyon, Henri Georg [1876], p. 319 (en ligne sur le site de la Bibliothèque de l’ENSSIB->http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/48847-bibliotheques-anciennes-modernes-de-lyon.pdf]).
Iouda Tchernoff, Associations et sociétés secrètes sous la Deuxième République, 1848-1851, d’après des documents inédits, Paris, F. Alcan, 1905, pp. 156-159 (en ligne sur Internet Archive).
« Édant, Gabriel », Le Maitron, Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social (en ligne sur Le Maitron).
« Drivon-Fleuri », Le Maitron, Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social (en ligne sur Le Maitron).


Index

Lieux : Lyon, Rhône

Notions : Association - Communisme - Election - Union harmonienne

Pour citer cette notice

SOSNOWSKI Jean-Claude, « Édant, Gabriel », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en janvier 2015 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1529 (consultée le 11 décembre 2017).

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