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FOURIER Charles : Le réveil d’Epiménide (2014)

Précédé de « L’inconvenance reconvertie » par René Schérer et « Le visionnaire et son énigme » par Constantin Irodotou, Fontfroide, Editions Fata Morgana, 2014.


Chantal Guillaume  |  2014 / n° 25 |  janvier 2015



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Personnes : Irodotou, Constantin - Schérer, René

Pour citer ce document

GUILLAUME Chantal , « FOURIER Charles : Le réveil d’Epiménide (2014)  », Cahiers Charles Fourier , 2014 / n° 25 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1521 (consulté le 10 décembre 2017).

Texte intégral

Ce texte qui nous est donné à lire est un manuscrit inédit de Fourier déniché et présenté par Constantin Irodotou et préfacé par René Schérer (avec Stéphane Cosson et Anne Pichard pour la transcription). Gageure que publier ce texte qui comporte plusieurs versions incomplètes, avec des notes et ajouts et dont le manuscrit est parfois illisible. Ce qui rend l’entreprise encore plus intéressante et qu’il faut saluer, d’autant plus que l’association d’études fouriéristes a modestement contribué à soutenir financièrement cette publication qu’elle a jugée d’une grande qualité et d’un intérêt scientifique incontestable pour la connaissance de l’œuvre de Fourier.

Fourier fait de ce héros semi-légendaire le personnage essentiel d’une pièce de théâtre d’anticipation. En effet Epiménide se réveille après un très long sommeil en l’an 2000 et découvre le bouleversement des mœurs et des mentalités opéré par l’établissement du nouvel ordre sociétaire. L’utopie d’une société harmonieuse a été réalisée dans cette 9e période. Comme le montre René Schérer dans sa préface, Epiménide affronte cette « inversion / reconversion » radicale des valeurs morales de la civilisation. L’écart absolu devient réalité dans cette société qui célèbre l’essor des passions les plus inconvenantes. L’harmonie sociétaire rêvée par Fourier est advenue et comme le montre René Schérer, elle « est conditionnée par l’émancipation amoureuse de la femme ». L’amour enfin libéré dans ce texte engendre des sentiments d’une grande générosité et donne au dévouement religieux une nouvelle dimension. La charité, l’hospitalité, l’accueil de l’étranger empreints de sensualisme, d’érotisme sans fard deviennent les vertus cardinales. Ce qui était désigné en civilisation comme crime et perversion devient vertus (viol, prostitution). René Schérer dans sa préface fait ce parallèle avec l’œuvre de Sade en montrant que celui-ci assume le crime, alors que Fourier le transforme joyeusement en qualité sociale et morale.

Constantin Irodotou insiste dans sa présentation, sur la destinée singulière de ce texte qui figurait à l’état de brouillon à la fin de la Théorie des quatre mouvements, préfigurant ainsi une grande théorie de « l’attraction passionnée ». Il faut suivre C. Irodotou lorsqu’il montre que l’érotique joue un rôle fondamental dans l’ordre social imaginé par Fourier mais le visionnaire a vite conçu que son siècle n’était pas prêt à accueillir une pensée de la libération sexuelle aussi audacieuse. Deux siècles plus tard Epiménide tout scandalisé la découvre dans sa radicalité. C. Irodotou fait l’hypothèse que la forme théâtrale est plus appropriée pour faire passer des idées dérangeantes, inacceptables « l’impubliable devenait présentable en étant représentable ».

Epiménide se réveille avec Jafar au Liban et ils sont accueillis dans la phalange de Tibur. Epiménide est initié par l’astronome Hipparque et l’Egérie de Tibur, grande Pontife, à cette nouvelle religion inimaginable pour lui car elle célèbre le sexe dans des pratiques les plus réprimées par la civilisation. Les huit classes de prêtres et prêtresses invitent à officier pour le salut des âmes et des corps en s’adonnant à toutes les vertus qui ont été des vices en civilisation. Ce texte est à découvrir pour son audace réjouissante et peut-être faut-il adhérer à l’hypothèse de Constantin Irodotou : Le Nouveau Monde Amoureux a été conçu comme une vaste pièce de théâtre consacrée au réveil d’Epiménide.


Chantal Guillaume

Chantal Guillaume

Professeur de philosophie. Elle a publié plusieurs articles dans les Cahiers Charles Fourier et dans Luvah. Elle vit et écrit des textes de fiction à la campagne (au bord de la Loue).


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